L'auto-immunité est une
réponse, a priori inadaptée, de l'organisme
qui ne peut plus reconnaître comme "soi" certains de
ses constituants qui sont alors perçus comme des
antigènes étrangers par son système
immunitaire qui va, de ce fait, essayer de les
éliminer.
Dans
certains cas, le système immunitaire de l'organisme
développe une réponse vis-à-vis d'un
antigène étranger qui se retourne contre
certains des constituants de l'organisme en raison de
l'existence d'une similitude entre certains acides
aminés (une séquence de quelques acides
aminés à une dizaine) de l'antigène
étranger et certains des constituants de l'organisme
; ces acides aminés de l'organisme sont alors
perçu aussi comme des antigènes
étrangers. Dans ces cas, l'auto-immunité
serait donc une conséquence de l'existence de
similitudes biologiques qui découleraient d'une
réponse initialement adaptée (réponse
immunitaire vis-à-vis d'un antigène
étranger).
C'est ce
qui se produit dans le cadre de l'infection à VIH
(mais sans qu'il y ait de traduction clinique d'une
manifestation classique d'auto-immunité). Ainsi pour
expliquer le nombre élevé de lymphocytes T4
détruits alors que le nombre de lymphocytes
infectés par le VIH n'est pas aussi
élevé, certains ont avancé que des
phénomènes d'auto-immunité pourraient
intervenir en raison d'une similitude existant entre la
boucle V3 de la gp110 et le récepteur des lymphocytes
T4 (d'autres phénomènes interviendraient,
comme l'apoptose). Cette réponse en anticorps serait
d'ailleurs insuffisante pour avoir une action satisfaisante
sur le VIH dans la mesure où elle serait
quantitativement limitée car déterminée
par un antigène étranger ayant une similitude
avec un constituant de l'organisme (le récepteur CD4)
; malgré cette similitude, la stimulation
antigénique déclenchée par la gp110
serait suffisamment puissante pour qu'elle ne puisse pas
être réprimée, malgré la
constitution antigénique similaire du
récepteur CD4.
Ceci est à rapprocher de l'apparition d'anticorps
anti-plaquettaires responsables de la thrombopénie
chez les personnes infectées par le VIH ; cette
thrombopénie est très fréquente chez
ces patients et elle a la caractéristique de ne pas
avoir de traduction clinique (absence d'hémorragie
même en cas de thrombopénie inférieure
à 50 000/mm3). C'est la raison
pour laquelle on n'institue pas de traitement, à la
différence des personnes non infectées par le
VIH où une telle thrombopénie occasionne des
hémorragies pouvant mettre en jeu le pronostic vital
à très brève
échéance.
Sans vouloir trop rentrer dans ce sujet fort complexe, nous
souhaitons rappeler qu'il existe une similitude biologique
entre l'enzyme reverse transcriptase du VIH (et d'autres
rétrovirus) et l'enzyme Tdt / Terminal
deoxynucleotidyl transferase (cette enzyme n'intervient que
pendant la période embryonnaire pour mettre en place
la diversité des capacités de réponses
potentielles du système immunitaire de l'organisme
vis-à-vis de l'ensemble des antigènes
étrangers à un organisme donné et qu'il
serait amené à rencontrer à l'âge
adulte). On pourrait se demander si, de ce fait, soit
l'organisme aurait des difficultés pour
développer une réponse immunitaire
vis-à-vis de la reverse transcriptase (reconnue par
erreur comme "soi") soit, ce qui est moins probable mais
n'est pas impossible, que, si l'organisme arrivait à
développer ses défenses vis-à-vis de la
reverse transcriptase, cela pourrait se retourner contre lui
(la Tdt n'étant plus exprimée après la
naissance, il n'en reste pas moins qu'elle a
été codée par une partie du
génome humain). Rappelons aussi qu'une des
caractéristiques du VIH est représentée
par ses capacités importantes de mutation ; le niveau
élevé d'erreurs développées par
la reverse transcriptase constitue une grande
différence avec le Tdt. On avance souvent, avec
raison, que le VIH peut échapper à l'action
des antirétroviraux en raison de ses capacités
de mutation. Est-ce que le haut niveau d'erreurs de la
reverse transcriptase pourrait être un moyen
d'échapper justement aux défenses de
l'organisme ?
On peut
aussi remarquer qu'il existe dans le code
génétique humain des parties qui, a priori, ne
codent pour aucune protéine de l'organisme, et qui
contiennent des séquence de parties de
rétrovirus (reliquats d'un stade évolutif
où seul l'ARN existait ; l'ADN n'étant pas
encore apparue dans l'évolution des cellules). On
peut se demander si, en raison de l'existence de ces
séquences, a priori muettes, notre système
immunitaire pourrait développer des réponses
vis-à-vis d'antigènes étrangers
contenant aussi ces séquences (notamment des
rétrovirus) ou ne développer qu'une
réponse insuffisante.