Je vous
remercie de votre appel téléphonique.
Je suis
empêtré dans mon drame humain, impuissant et
malheureux.
Fabio est en train de
mourir, victime d'une maladie douloureuse - le SIDA - mais
aussi, chose beaucoup plus choquante et révoltante,
d'un gouvernement et d'une société qui n'ont
aucune envie d'améliorer le sort des
séropositifs et des sidéens.
Le seul médicament
octroyé reste l'AZT. Nous avons acheté le
Saquinavir en Suisse. On nous avait promis le DDC pour le 10
décembre. Cette promesse n'a pas été
tenue ... Nous luttons contre le SIDA de Fabio avec du
Bactrim.
Notre très
`catholique' ministre de la santé, cette chère
Madame Rosy Bindy, a promis que les malades ayant moins de
60 CD4 auront accès aux trithérapies. Certains
journaux de la péninsule déclarent que la
distribution tardive de ces médicaments par rapport
aux autres pays européens serait responsable de la
mort de plus de 3 000 patients. De plus, rien ne nous dit
que les médicaments nouveaux seront effectivement
donnés aux malades courant décembre, comme le
soutient le ministre de la Santé qui, lors d'une
interview donnée à la chaîne
privée italienne "Italia 1" déclarait en juin
1996 "que les nouveaux médicaments seraient
rapidement distribués aux malades". Juillet ...
août ... septembre ... octobre ... novembre ... Rien !
Le silence ... la distribution, au compte-gouttes, à
quelques 1 000 malades, selon des critères
très flous. Décembre : nouvelle promesse.
Sera-t-elle suivie d'effets ? ...
Le gouvernement italien,
par ses retards, est responsable de bien des souffrances, de
drames inutiles. Ce que je considère comme de
véritables assassinats d'État continuent dans
l'indifférence la plus totale, orchestrés par
un ministre qui n'arrête pas de clamer à tue
tête qu'elle "est et reste catholique" (?!?). Le
calvaire vécu aux côtés de Fabio a
été des plus injustes. Liste d'attente, refus
d'hospitalisation, médicaments non distribués,
impossibilité de trouver un dentiste pour soigner une
carie ... Toutes ces punitions cruelles et inutiles,
infligées au nom des restrictions budgétaires,
des règlements, des normes ... Notre combat est perdu
d'avance si les choses ne changent pas !
Je suis fatigué
d'ouvrir tous les jours mon journal et d'y trouver des
mauvaises nouvelles (voir articles de journaux ci-joints*)
... Ma douleur de ces jours est immense. Fabio
s'éteint irrémédiablement, victime de
ces retards, de ces comptes mesquins ("ces
médicaments coûtent très chers et
doivent être distribués à bon escient",
nous dit le ministre ???!!!) ... Soit !!!
Je fini cette lettre en
vous remerciant à nouveau.
*
Traduction
d'articles extraits de `La Repubblica'