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Lettre d'ITALIE sur une situation catastrophique. (1)


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Novembre 1996

Les mauvaises nouvelles se succèdent ... avant la journée du 1er décembre où bien souvent le triomphalisme est de mise, et où l'on oublie systématiquement de parler des scandaleux problèmes que doivent affronter les séropositifs et les sidéens italiens.

Traduction d'un article paru dans "La Repubblica" du 14 novembre 1996.

Subvention échue pour le centre contre le SIDA

Polyclinique

Sept milliards de lires partis en fumée...


 

La polyclinique perd sept milliards* de financement public pour la réalisation d'un service réservé aux malades du SIDA. L'hôpital a laissé échoir les délais pour faire décoller le projet. Milan perd ainsi une importante occasion d'améliorer l'assistance apportée aux personnes atteintes du SIDA." Milan a le triste record des malades du SIDA, qui sont plus de 6 000" - dénonce Vittorio Carrieri, responsable de la Santé Publique en Lombardie - et ce qui vient de se passer à la Polyclinique est un fait grave." Comment un hôpital peut-il laisser passer une occasion comme celle-ci de mettre sur pied un nouveau service avec trente nouveaux lits ?

Le plan, approuvé il y a dix ans à l'époque du Ministre de la Santé De Lorenzo, prévoyait que, si avant juillet 1996 la Polyclinique n'avait pas utilisé les fonds mis à sa disposition, les fonds en question seraient retournés à Rome. C'est ce qui s'est produit. L'hôpital, bien qu'ayant mis en œuvre le projet exécutif du nouveau service, n'a jamais commencé les travaux. Les financements sont donc retournés au Ministère à Rome.

Monsieur Renzi a déclaré : " Cet argent devait être utilisé tout de suite pour réaliser le nouveau service SIDA. Maintenant, nous allons devoir tout recommencer à zéro et attendre de longues années avant que ne commence la réalisation du service en question." Le choix de ne pas réaliser le nouveau service est très discutable - précise Vittorio Carrieri - mais ce qui est pire, c'est qu'aucun médecin n'a protesté contre cet état de choses. Il semblerait que la réalisation du service SIDA n'était pas souhaitée par les médecins.

Les pôles pour la lutte contre le SIDA restent ceux de toujours : l'hôpital Niguarda avec 42 lits, l'hôpital San Paolo avec 15 lits, l'hôpital San Raffaele avec 30 lits et l'hôpital Sacco avec 80 lits, où les travaux du nouveau service ne sont pas encore achevés. Depuis mai dernier, le chantier pour l'achèvement du nouveau service SIDA a été arrêté. " L'urgence SIDA avance - conclut Monsieur Carrieri - mais il semblerait que certains ne s'en rendent pas encore compte."


En résumé :

  • Pour plus de 6 000 malades, 167 lits d'hôpitaux ; d'où liste d'attente, hospitalisation loin du domicile des malades, avec tout ce que cela comporte (aggravation des maladies opportunistes, isolement des malades loin de leur famille, personnes restant chez elles entre la vie et la mort ...).
  • La plupart des projets ne décollent pas ; non par faute de fonds mais, chose beaucoup plus grave, faute de la non utilisation des fonds en question dans les délais prescrits.
  • Seuls 1 000 malades (ayant moins de 60 CD4) reçoivent la trithérapie (d'où marché noir, course à l'étranger pour ceux qui en ont les moyens - voir la lettre de Pompeo Donofrio jointe à la présente).


* Note : 1 FF = 300 Lires.

 


Traduction d'une lettre publiée dans l'hebdomadaire Epoca .

LE `COCKTAIL ANTISIDA' ET LES RETARDS DE L'ITALIE

Le Congrès de Vancouver pour les séropositifs et les malades du SIDA a ouvert de nouveaux espoirs, mais la polémique continue. Il s'agit de la polémique au sujet du business financier fondé sur la commercialisation des médicaments. [...] Au delà des personnages célèbres et des milliards, les véritables protagonistes de tout cela - c'est-à-dire les séropositifs et les malades du SIDA - où sont-ils ? Souvent, ils doivent frapper à de nombreuses portes - parfois à la mienne - avec un regard illuminé d'une lueur d'espoir, certes pas ignares mais sans aucun doute peu intéressés par toutes ces polémiques "académiques", à la recherche désespérée des médicaments si convoités. Peu intéressés - disais-je - car, bien qu'impliqués dans un incroyable circuit d'argent et de pouvoir, les malades veulent être soignés à tout prix. Qui pourrait leur donner tort ? Mais comme dans le supplice de Tantale, qui mourut de soif enchaîné à quelques centimètres d'un ruisseau d'eau fraîche, pour les séropositifs, les anti-protéases, bien qu'étant à portée de main, ne sont pas disponibles. Les médicaments pour ceux qui possèdent des moyens financiers adéquats sont bel et bien à portée de la main en Suisse, au Vatican ou dans des lieux parfois plus proches. Comme dans les années sombres de la guerre, ou comme pour tout ce qui est illégal, il suffit de pouvoir disposer de quelques millions de lires (un million de lires = 3 000,00 FF) par mois pour se les procurer, également à Naples.

Ainsi, le cocktail d'AZT, 3TC et anti-protéases pour la thérapie du SIDA - tout comme l'héroïne et la cocaïne - finiront par connaître les mêmes parcours, par alimenter le même marché et, pourquoi pas, augmenter les mêmes formes de criminalité désespérée de ceux qui n'ont plus rien à perdre. [...]

Pompeo Donofrio
Assistant Clinique Dermatologique
Université Federico II, Naples.


Note : le prix de l'Invirase en Suisse : 650 francs suisses, soit environ 2 600,00 FF.

Franck
Le 14 novembre 1996.

lettre 2



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