Der
Kindergarten ...
J'ouvre mon calepin pour y
inscrire quelque mots. Ce sont des mots que j'aime et qui ne
demandent qu'à être aimer. Je veux y inscrire
l'innocence et la pureté, la vie, l'espoir et
l'amour.
Pour ne plus être
soi-même, ne plus respirer, ne plus chanter, mourir
dans une cage ; entendre les cris d'un garçon sauvage
aux mille visages. Fermer les yeux pour rêver,
rêver d'amour...
Et sur le soleil de
l'espoir, vaincre la bataille ; tuer l'oiseau noir qui
brûle l'écharpe jaune du Petit Prince. Tuer la mort pour vivre.
Massacrer l'éphémère puis
l'apprivoiser.
Ne plus comprendre sa
haine, mais vivre sa peine.
Demander pardon à
son ami. Ne plus crier des mots de crainte, mais chanter
l'espoir de se revoir dans un an ou deux ou trois
ou...
Ne plus dire à
bientôt, ni au revoir, sans pleurer sur les chapitres
de l'angoisse, sans avoir peur, sans mentir, sans mentir,
sans mentir, mentir, mentir. Ne plus mentir pour aimer la
vérité, pour aimer son ami et caresser son
chien.
Ne plus regretter le
parfum de la vie... sentir et goûter les roses rouges
de la vie et brûler les roses noires de la
mort.
J'ai la splendide
sensation de l'infini qui s'évapore dans les
profondeurs obscures de mes rêves. Quand je dors, je
descends les marches d'une cave obscure qui s'achève
sur un miroir. Je me regarde, le visage blanc et les cheveux
noirs, et je vois un cœur se dessiner à
l'intérieur d'un rectangle, ma maison.
Soldat, c'est l'histoire
d'un soldat qui tue ses ennemies et qui, le soir,
écrit des mots d'amour à sa
maîtresse.
Un oiseau noir me regarde.
Il me sourit pour me dire au revoir, puis il pleure, car je
pars bouffer le parfum rose des rues de Paris.
Une montre cassée
ne dérange pas le temps, ses aiguilles ne bougent plus ; mon regard est fixé sur le cadran, et je laisse
fuir encore le temps.
Pour ne plus caresser la
tempête, ni écouter les sifflement du vent, je
dors. Je dors pour me réduire à n'être
plus qu'un soupçon, une querelle, un bout
d'humanité.
Sourire ou pleurer, dans
les larmes bleues du ciel et dans les pensées noires
des hommes ?
Des yeux sur le sol, des
mains sur les murs, du sang sur la fenêtre, une
machine à écrire qui crache des cheveux, ma
chambre fait partie de mon cauchemar.
La vie est un rail droit
et symétrique. C'est le chemin, le Tao.
Un
oiseau rare qui a peur d'un soir
Regarde
sans cesse dans l'espoir,
Espoir
de battre l'éphémère.
Dans un
visage qui chante la mer,
Parmi
des plumes qui s'envolent vers l'éther.
Un
oiseau rare qui a peur du soir
Mange
encore dans le noir,
Noir
des pauvres regards.
Dans un
vase qui verse du marc,
Parmi
des plumes qui survolent la mare.
Un
oiseau rare qui a peur d'un soir
Cueille
doucement dans l'espoir,
Espoir
de vivre un miracle.
Dans un
visage qui chante la mer,
Parmi
des plumes qui brûlent en Enfer.
Quand le soleil se couche,
quand les étoiles commencent à briller, ma
pensée s'évanouit sur un lit de roses noires.
Au lever du soleil, quand les oiseaux mâles
cherchent leur femelle, mon corps devient fou.
Ma raison s'égare
quand elle embrasse mes fantasmes. Tous les jours elle
attend, passive mais attentive. Quand elle me fait rouler des
larmes sur mes joues déjà bleutées,
elle me fait peur. De temps en temps elle me parle,
certainement pour me sortir du profond sommeil de mes
pulsions sauvages. Mais, ma peur demeure et ma pureté
s'évanouit dans les draps blancs de mon lit. Pas de
tâches, mais une nappe de couleur rouge égaie
cette blancheur.
Mon sang est impur, mes
larmes sont trop belles, ma vie est trop courte...
Si je regarde mon corps :
le balancement de mes bras, la marche de mes jambes,
l'oscillation de mes hanches ; me sentant vivant, un
être vivant, un être organique, il est difficile
de penser que je suis condamné à mourir si
vite.
L'imagination me trompe.
Elle me nargue. Pourtant elle tire sa puissance de la
réalité du temps et de l'espace. Alors,
suis-je malade, où est-ce mon imagination qui me
donne à souffrir de la sorte ? Rien dans mon corps ne
prouve l'existence d'une si dure Maladie. C'est
elle-même, ma maladie, qui me force à croire
que je suis malade. C'est apparemment une maladie
imaginaire.
Ma raison me guide dans le
parcours de mon imaginaire.
Si j'étais
né malade, ma maladie ne signifierait rien pour moi.
Mais en grandissant, je commencerai certainement à me
rendre compte que je suis effectivement très
différent des autres. Pourquoi, qu'est-ce qui aurait
pu changer ? Absolument rien, si ce n'est ma
perception des objets du monde extérieur. Je reviens
à mon imagination pour me poser une dernière
question : suis-je vraiment malade ?
Après dix-neuf ans
de liberté adolescente, je réalise que je suis
plus un humain qu'un animal sauvage.
Le phallus, éternel
et toujours beau, pénètre mes
désirs.
Je ne serai pas un artiste
tant que je n'aurai pas rencontré la femme qui se
voile devant le visage de ma vie.
Le sacré chez
l'homme vient de sa perpétuelle quête de la
Vérité. Mais, il n' y en a aucune. Et, s'il y
existait vraiment une vérité, il y en aurait
de trop. Ma vérité est celle de vivre.
Quand j'entend retentir le
glas du Père La Chaise, je suis un homme violent, qui
a peur, et quand j'écoute la douce mélodie des
oiseaux de la nature, je suis sage.
Je suis honnête
parce que je ne veux pas dépendre des autres. Je suis
déjà dépendant de leur amour ; c'est de
trop.
Je n'attends pas le
Jugement Dernier, comme certains ; je vis simplement et
j'attends ma vie. J'attends ma vie. J'attends ma
vie...
Que sont les doux fruits
immortels de la vie ? Du sang ?
Quand l'homme est
pressé, il se perd toujours sur son chemin. Ainsi je
ne cours plus sur les trottoirs. Je consomme mon temps.
Assis sur un banc jaune,
qui peut bien penser que je suis vivant et seul dans ce
monde ?
Mes désirs sont des
obstacles à la réalisation de ma sagesse. Mais
je dois obéir à mon sexe si je veux vivre
encore dans le bonheur.
J'essaies d'être quelqu'un ; c'est un effort dur mais très
méritant.
J'agis pour que l'on
puisse me reconnaître.
Seul le temps n'a pas le
droit de me dévisager.
L'abondance est mauvaise.
C'est un malin acquis. Alors que la privation peut nous
soigner des maladies les plus terribles et des plus
douloureuses. Un stylo est bien plus précieux qu'une
paire de chaussures !
Dépasser, se
surpasser, persévérer dans l'action : voilà de quoi faire avec la volonté d'un
homme.
Nous sommes trop libres : mettons-nous des barreaux de prison. Enfermons-nous dans la
lumière, laissons nos oreilles filtrer la
mélodie du monde. Vivons le bon pour que la vie soit
belle.
La douleur est belle quand
elle dépasse la jouissance.
Personne ne peut
établir des lois contre l'obsession des autres. Je
suis ma loi qui se résume ainsi : je vis.
Le chacun pour soi
n'existe pas ; ce n'est pas une règle en soi.
Fuir à toutes
jambes, c'est préméditer sa propre mort. La
vie est un passage à maîtriser.
Quand de l'œuvre vient la
lumière, l'essence enveloppe l'existence de mon
ouvrage.
Vivre le tout, pour ne pas
mourir vide d'un tout.
Le temps est une distance.
Il est la distance qui se loge entre la naissance d'un
être et sa mort. Le temps est un repère
quantitatif, mais non normatif, car il appartient au domaine
de l'intersubjectivité. Le temps est un espace
généralisé par l'ensemble des
êtres humains dans l'instance d'une multitude de
petites durées. Le temps est un segment qui divise
d'autres petits morceaux de segments sans aucune fin.
Le temps n'existe pas : il
sort de l'invisible quand il est quantifiable. C'est un
commencement sans fin. Pourquoi parler du temps ? Je devrais
le dépenser dans un jardin d'enfant ?
Je me forcerai à
vivre pour me venger de ce que je n'ai pas pu
être.
Je me regarde dans un
miroir. Mon visage n'apparaît pas. Où suis-je ?
Démoniaque,
masochiste, Ange sadique, il n'y a plus rien de nouveau dans
la croyance. Il n'y a plus d'objet auquel il faut croire
sans douter de l'existence de ce dernier. Je réduis
ma capacité de croire à ne croire qu'en
moi-même. Ma foi est ma raison. Mon cœur n'existe
plus pour de tels bigoteries dont j'avoue avoir cru avec
certitude et grande dévotion.
Le Divin m'échappe.
Il se bat contre moi, pour se libérer de mes pulsions
fantasmatiques. Il veut me transporter dans le monde du
sacré, là où l'existence est facile et
sans douleur. Mais je me sens très bien dans ce monde profane ; il n'y pas lieu de changer d'air.
Rien n'est plus vrai que
la mort, et plus faux et ironique que la vie. Pourtant la vie
est plus belle que la mort.
Ne sommes-nous pas, en
fait, l'espèce la plus faible de l'Univers puisque
nous ne connaissons pas la Vérité, ce dernier
espoir ?
Une substance inconnue, que je ne sais même pas définir par la
pauvreté de mon vocabulaire, est filtrée dans
mon corps par les myriades de vaisseaux sanguins. Je sens
cette substance comme étant un objet étranger.
Est-ce lui, mon Virus ? J'ai l'entière certitude que
mon Virus me parle. Il dialogue avec moi comme des saints
parleraient avec Dieu. Quelle est cette substance naïve
?
Alors que je souffre
à cause du temps ; je l'aime.
Je m'oblige à ne
pas mourir, c'est une lutte pour la vie. J'ajouterai que
c'est une lutte pour la vie, mais aussi pour la mort. Ne pas
mourir pour mourir de la vie. Voilà à quoi je
dois exposer mon existence.
Il serait très
facile de mettre un terme à mon existence : une lame
de rasoir, une corde épaisse, un sac en plastique
transparent, un tuyau de gaz, un pistolet, de l'essence et
aussi ... Pourquoi, tout de suite ?
Ma faiblesse, mon peu de
courage, ma volonté perdue, m'empêche de
découvrir l'odeur des feuilles jaunes de l'automne.
Derrière cette faiblesse, le temps gagne de plus en
plus sur ma vie. Jamais je ne le dépasserai, il sera
toujours devant moi. Mais, peut-être que dans
l'instant de la mort, il ne sera plus là ; je le
dépasserai alors, et je pourrai enfin vivre.
Mes amis meurent. Je
demeure toujours. Pourquoi le monde n'est-il pas un miroir
inversé ? Où le mort serait vivant et le
vivant mort. Quand irai-je rejoindre mes amis dans la
pénombre rougeâtre de l'Haeden ?
Je ne cesserai jamais
d'écrire des mots car ils m'éternisent
d'autant plus vite que je m'approche de la mort.
Mes pensées sont
sauvages quand elles deviennent des larmes et mes larmes
sont civilisées quand elles deviennent des
pensées.
J'aime le mouvement des
gens dans la rue ; il m'assure que je ne suis pas seul et
encore moins immobile.
Mon corps a
été violé par une violente force
charnelle. La chair l'a sali : il est faible maintenant.
Demain sera un jour encore
plus triste et plus immobile.
Ma vie se consume comme la
flamme d'une bougie. Je peux l'éteindre et la
rallumer.
Il est parfois
préférable de faire le sourd. Car entendre des
voix qui me dégouttent est une perte de temps. Je ne
veux pas être écœuré davantage avec ces
sortes de sottises humaines.
Pourquoi parler de
chiffres puisque c'est par leur nomination que les morts se
comptent, un à un. Quant aux lettres, elles
confondent le mensonge avec la vérité.
Grimace du passé,
je tremble devant le présent, et je frémis en
pensant à l'avenir.
L'étrangeté
du temps coule dans les veines de mon espoir.
Je n'ai plus d'œufs à pondre pour remplir le nid du monde.
Au carrefour des saisons,
j'ai peur de m'égarer trop loin du chemin qui
mène au Paradis.
J'ai peur que le sang
glisse derrière mon dos, à mon insu. J'ai peur
qu'il pourrisse dans ma tombe, avant que les médecins
légistes l'aient léché. J'ai peur
d'être morbide...
Je suis, à moi seul,
le visage de la mort, le visage d'une maladie incurable,
mystérieuse et inconnue, mais malgré tout
très attirante.
Quand je serai
terminé, les gens se déplaceront à leur tour pour vider leurs paupières de sacs de larmes
asséchées depuis bien longtemps.
La matière remplit
le vide d'espoir. Il ne me reste plus qu'à
espérer ; c'est mon dernier espoir, j'en ai le
droit.
La nature me dit que ma
mort approche, mais la société m'enseigne,
chaque jour, que je n'ai pas le droit de mourir trop vite et
que je dois aimer..
Dois-je continuer à
vivre dans la peur, ou bien mourir pour bannir mes
souffrances ? Cette question est imbécile.
Ne suis-je pas
moi-même le centre de ma démence ?
Les douleurs du monde
m'aveuglent...
Je veux raser la culture
de masse, je veux transformer le monde des choses en un
monde de sensations et d'émotions ; je veux changer
l'ordre menteur de la nature, afin de vivre pleinement le
présent.
Vivre sa vie. Être dans sa
vie. Aimer sa vie. Ne faire qu'aimer...
Ou bien j'écris
dans l'erreur, ou dans une illusion charmante.
Un venin mortel coule le
long de mes veines. Ma main écrit des mots par le
souffle de ce venin.
Je dois dépasser ma
honte. Elle est le résultat de mes pulsions
masochistes. C'est la honte d'un criminel.
Je suis un assassin en
puissance, et un humain toujours en acte. Mais je suis
encore homme comme le monde est monde.
Éros remplit le vase vide
de mon imagination. Il détruit ma honte et disperse
mon chagrin.
L'instant
démoniaque du temps cadavérique voyage dans
l'espace profond de ma planète. Je suis seulement un
étranger. Le
petit prince
L'extraordinaire se
mélange avec mon rêve et parvient à me
faire oublier les plus vieilles et les plus faibles choses
du monde.
L'être humain, s'il
croit au hasard et à la finalité, c'est parce
qu'il a la potentialité de modifier son
déterminisme. Alors s'il veut aimer, il peut aimer.
Le temps n'a pas de
saisons alors que les saisons changent dans le temps.