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HYBRIDES


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Sylvain Maillot

septembre 1992, avril 1993

La maladie rend la mort toujours présente ;
les souffrances nous relient à des réalités métaphysiques, qu'un homme normal et en bonne santé ne comprendra jamais.

CIORAN (sur les cimes du désespoir)


PRÉFACE

Hybrides, ces deux substances différentes de nature ou d'essence, voilà un titre qui dérange et réconforte. La prose, les pensées et la matière de ce "livre" constituent son hétérogénéité. Mais y a t-il un fonds commun et une unité dans le contenu de toutes ces hybrides ? Seul mon lecteur sera capable de répondre à cette question. Je ne crois pas qu'il y ait une seule réponse à donner quand on a effectivement lu ce "livre" dans son intégralité et dans ces circonstances. Mais alors, quelle est l'histoire de ce "livre" ? De la part de l'auteur, la réponse est simple : la vie est autre. Quant au lecteur, si je peux me permettre un instant, de prendre sa place, je ne vois point d'histoire, ni de compte de fée, mais bien un "livre" de sensations. Un livre de sensations, et non "à sensations" car il n'est pas question, ici, d'"état-d'âmes". Bref, ce n'est toujours pas un roman ou une nouvelle, et la détermination du mot "livre" est loin de satisfaire son contenu. Hybrides, ce n'est pas un livre, c'est Hybrides.

Trois grandes parties divisent Hybrides : PROSE, PENSÉES, MATIÈRE. L'ordre de lecture n'a pas d'importance si ce n'est d'un point de vue chronologique.

La Prose alimente les Pensées et celles-ci se transforment en matière, matière à penser.


PREMIÈRE PARTIE

PROSE...

J'ai la profonde impression d'attendre. C'est peut-être un lendemain, que j'attends, avec toutes ses haines et toutes ses joies. Demain sera un autre jour, une autre limite à dépasser.

Chaque jour me donne l'impression d'une longue attente.

J'agonise dans le plaisir du temps qui me fait souffrir en appelant un moi qui a peur de fuir trop en avant. J'attends ainsi demain, un jour meilleur ou la mort.

Des cerveaux bouillent autour de moi. Dans cette bibliothèque du Centre George Pompidou, l'espace vert, le ciel bleu, le sol gris, me font rappeler la sagesse de mon enfance, toute mon éducation acquise dans la nature sauvage des livres et des dictionnaires. Les mémoires bouillent, les cellules cogitent à l'intérieur de la boite crânienne de ces nombreux étudiants parfumés de cette flore et de cette faune livresque. Des mots se sculptent sur des centaines de pages blanches. Elles se noircissent pour avaler les souvenirs d'une longue journée de travail. Le cœur a délivré ses douleurs et a emprisonné ses passions pour quelques heures de vives concentrations abrutissantes. Matière à penser... Elle fait vivre les jeunes étudiants de cette bibliothèque sauvage, elle n'est ni dans le présent ni dans le passé, mais elle travaille pour l'avenir, pour le devenir glorieux de l'élève.

Et moi, je ne suis qu'un enfant éduqué par la nature sauvage des livres, sans l'amour d'un père ni d'une mère. Je suis encore un enfant qui cherche à apprendre l'ivresse dionysiaque de l'art et l'envoûtement charnel de la mort.

Des bourgeons verts clairs, ensoleillés par la lumière jaune du ciel, commencent à décorer les arbres marrons de la nature. Une tendresse, un début de beauté, coiffe déjà la virilité masculine des arbres de la Terre. -Un printemps- Un éternel retour-. Peut-être le dernier. Un dernier bonheur avant de me nourrir de sable et de me baigner dans le gis foncé d'une tombe.

Au Père La Chaise, les chants des oiseaux accompagnent le paisible repos de la mort que digère ses sépultures. -Orgie de macchabées, effusions de sang, repos de la mort charmant et paisible ; tableau d'un peintre surréaliste, avec des tombes rondes et triangulaires, avec des statues sans tête et sans mains, dans le parfum morbide du four crématoire-. C'est un tableau qui fige le néant dans le désespoir et l'immortalité du monde. -Cris de douleurs et hurlements de souffrance.

Le printemps allume la tendresse comme on allume un petit feu. Il est l'éveil du temps, c'est la première heure des soucis et du bonheur. Beauté sans beauté, laideur sans laideur, il a son charme et sa séduction. Les jeunes gens se déshabillent et exposent leur fierté virile aux doux regards provocateurs des jeunes filles. Tout semble sauvage, puéril, commencement, dégourdissement étirement et étalement sur un miroir brillant. Mais ce printemps qui se mire dans la folie de l'éternel retour, engendre des monstres qui dévorent les plus petites souris de la nuit. Festin de bonheur derrière ce miroir où se cache les monstres de l'hiver.

Station de métro. Que le monde est sale. Les couleurs se battent pour tuer la déprime des clochards. Les gens marchent parmi la poussière et les microbes. Ils accompagnent leur mort à leur pied comme on traîne un caniche sur un trottoir. Dans ce tube cimenté, et parasité de microbes, plus rien ne ressemble à ce qu'il y a d'humainement visible. Les yeux se noircissent devant les affiches de cinéma et les enfants sucent leurs doigt noirs. Assises dans le secret d'un siège qui tremble aux frappes des rails, deux grands-mères collées, avec des cheveux blancs et gris, parlent. Leurs mains, avec leurs petites rides profondes, marquent le temps. C'est un temps que seul le métro peut apprécier. -"Maladie, tension, médicaments, ce matin ils m'ont dit..., et de patron jacquet, j'ai loupé la marche... ce n'est qu'un petit quelque chose...". C'est le discours du jour. Mais il tient une place importante dans un petit coin de la vie de ces deux vieilles. Ce ne sont jamais les mêmes que je rencontre, Vendredi, Samedi, Dimanche, à Concorde, à la Madeleine, à St Lazare, à St Maur... Tant de "petit quelque chose", pour le grand rien du monde. Solidarité invisible et espoir confus, un va et vient, tout se mélange dans le métro. Tout passe sans savoir : la richesse et la pauvreté, la peine et la haine. On y a peur car un secret demeure immobile : qui sommes nous parmi tant de bras et de jambes, parmi tant de chair ? C'est aussi la peur de la bombe. Boum !!!, peur de mourir avant d'avoir bouffé un gâteau, avant d'avoir baisé.

Il me semble que je n'évolue plus dans ce monde. Je ne grandis plus ni ne vieillis.

Je crois être imperméable au temps.

Il me semble aussi que je régresse dans le passé pour tenter de reconstruire un avenir meilleur.

Je suis maintenant un trou qui n'a pas de fin. Ce trou est un vase vide qui essaie de m'aspirer. Je pénètre peu à peu, d'abord sur le bords du vase puis sur les parois. Je me confonds avec la substance lice et plate du verre. Mes yeux ne voient plus qu'une spirale infinie d'eau verte. Et mon corps est devenu un morceau de verre dur et froid. Puis je m'endors dans ce trou lisse et profond. Je m'endors pour m'éterniser un bref instant. Le temps d'un soupir.

Arrêter tout un instant. Ne plus bouger parmi la foule agitée. Fuir les mouvements du monde pour se retrouver seul, assis sur un banc se demandant pourquoi suis-je ici et pas ailleurs. Fuir le mouvement insaisissable du monde pour devenir soi-même. Être pour soi ce que le monde n'est pas.

Je m'arrête un instant pour débarrasser ma bouche d'un objet encombrant. Les gens m'espionnent car je ne fait plus partie de leur mouvement, de leur rite quotidien. Je deviens un objet d'observation pour ce public sauvage détruit par l'écoulement dramatique du temps. Je deviens un objet, "un petit quelque chose" de curieux que l'on veut agrandir à la loupe. J'ai l'impression d'être une pendule que l'on vient de casser. Mais je suis un être vivant, j'existe et je ne suis toujours pas mort. Alors peu importe ce que peut penser la foule.

La mort n'est faite que de pierres grises et de fer rouillé. Tout le cœur de l'homme, tout l'espoir de l'humanité, se résume en un bref mot : la mort. C'est un trou noir et puant, un trou qu'il est difficile d'imaginer sans y tomber complètement. La mort a sa pierre et son fer. Mais elle a aussi son parfum. Ce sont des parfums inexplicables qui dérangent les narines des visiteurs de cryptes. Parmi ce parfum, les corbeaux gros et noirs dégueulent leur mélodie morbide. Le matin, quand le brouillard se lève du dessus des tombes, ils chantent pour prier l'enfer. Perchés entre l'éternité et la mortalité, ils chantent des chants d'espoir. À travers cette musique et ce parfum, derrière les pierres grises et le fer rouillée, dorment tranquillement des corps moribonds qui n'ont pas vus le jour depuis quelques siècles. "Famille Mader", "Familles Flamant et Collet" et puis les corbeaux chantent et puis les gens passent, "Claude Grandcaudon", "Famille Chaveton" et plus rien devant la sépulture de la "Famille Jemmy Cesbron". Plus rien et plus personne n'écoute les chants mortifères. Tout est redevenu calme. Il fait nuit. Et pourtant ils dorment toujours : "Moïse Blanc 1897-1984", "Suzane Blanc 1906-1988", "Letainturier 1877"; dans l'ombre, à côté d'un arbre, parmi tant de poussière : "Louis Alphonse Maximilien", "Gérard Compte de Raynevall, né à Paris le premier avril mille huit cent quinze, décédé à Paris le dix février mille huit cent cinquante huit." Tous ces chiffres et toutes ces lettres me dateront aussi comme l'on date une feuille avec un tampon d'encre noire. Tant de noms s'inscrivent par magie sur ces pierres émoussées ! "Concession à perpétuité, année 1880." La mort a aussi son vocabulaire, sa sémantique, sa musique et son parfum.

Dos appuyé contre la mort, je me repose. Une feuille jaune tombe. Elle est morte. Elle vient de tomber pour toujours, pour un non retour. Morte pour rien, morte pour mourir, tout simplement. Un peu de glas prépare la cérémonie. Et je pénètre déjà dans ma tombe. On me sacrifie au rite séculaire de la mort... Cauchemar, je me réveille en beauté.

La vie aussi a son vocabulaire, sa musique et son parfum. Elle coule entre nos mains comme tombe le sable fin d'un clepsydre. C'est un navire sur l'océan qui affronte la tempête et l'orage, puis le soleil. Bourrasque d'eau salée, torchon trempé de sueur humide, gros cordon peint par la viande rouge du matelot, force et faiblesse en un soupir ou pendant une agonie, toute la vie est dans ce bateau qui transporte l'homme de terre en terre. Même dans le mystère de l'océan, la vie se conjugue au présent. Mais attention, n'écoutez pas les chants des sirènes !

Nous ne connaissons de la vie que sa peau, sa surface, son enveloppe. L'intérieur reste un secret. La vie est simple, elle est superficielle et spontanée. Elle joue avec nos émotions comme un mauvais jongleur qui laisse tomber ses boules.

C'est une puissance qui naît dans la constance des jours et des nuits. Car la vie est aussi réelle que le jour est jour et que la nuit est nuit.

Cependant la vie n'est véritablement la vie que lorsque qu'elle meurt. Toute vie doit avoir un commencement puis une fin, un alpha et un oméga. La vie a commencé un instant, un moment et elle continue aujourd'hui, sans moi.

La vie, c'est quand on sort de chez soi, parmi le soleil et les gens. La vie, c'est quand on est. Mais c'est surtout quand on aime.

Saeculum, la vie est une prière de la nature. Mais que prie la nature ? Elle prie Dieu. Elle prie Dieu pour calmer les déluges violents de la beauté sauvage. -Le jardin des oliviers. Pourtant ce Dieu Vérité scandalise ma vie. Il démonte ma croyance pour construire une supercherie. Ai-je le droit de ne plus croire à ce culte ? Est-ce un crime que de croquer au doux fruit de l'impur ?

Le départ d'un train, un bruit de rail, la fermeture d'une fenêtre, de l'air frais qui glisse dans le wagon, puis, c'est le chaos qui succède au silence de la gare. Déjà le gros train noir et gris s'élance comme un couple de valseurs sur la piste, dans un tunnel de néons violets. Tâches violettes, dans un paradis de tristesse, je suis abandonné parmi des inconnus assis à côté de moi, sur la même ligne. Un flash bleu du ciel suffit à colorer les faces de ces gens corrompus par le silence bruyant du train. Et à nouveau le ciel recommence son spectacle, un rideau bleu peint la pâleur de l'horizon. Puis, un amalgame de couleurs tendres rajoutent de la gaieté à ce décor : le vert, le marron, le rouge brique, le jaune clair... Ces couleurs vives semblent parfumer mes émotions d'une liqueur printanière. Et l'inquiétante étrangeté pâle de l'horizon finit par donner un goût plus amer à ma solitude. Mouvement de solitude, le train emporte ma vie et ma mort dans son amas de métal brillant. Le temps et l'espace ne comptent plus pour moi dans ce train. Il n'est plus question de retourner dans le silence de la gare. J'avance et j'avance encore, à travers une histoire de couleurs et de formes. Le bruit saccadé des roues en métal sur les rails, les claquements de portes à chaque virage, les courants d'air qui font couler mon nez d'un liquide vert clair, la plénitude du ciel bleu, sont perdus pour toujours. Un instant suffit pour qu'il ne soit plus cet instant. Un souvenir devient une image flou d'un passé erroné. C'est parce que le départ du train est une fuite dans le temps, que le bruit des roues est une secousse, que le claquement d'une porte est une gifle, que le silence du ciel est un tableau, et aussi c'est parce que la vie est un champs de bataille, que je me bas.

Pour exorciser mon corps des fantasmes criminels, la musique des indiens caresse mes oreilles. Tam tam, toum toum..... .... ... ... Force, puissance, agressions ésotériques, j'entends dans le silence de mon rêve des esprits jaunes et rouges qui frappent la peau polie des bêtes sauvages. Je me sens d'un coup transporté au-delà d'une rivière d'argent, dans le silence de l'éther invisible, comme si on me berçait dans un nuage. Des esprits nus, exposant leur poitrine brune et déguisée de marques rouges et grises,-marques de guerre-, entrent chaque nuit dans mes terres. Ils viennent déranger le vent de mon espoir. Chaque nuit je participe à ce rite où les plumes dansent plus vites que les feuilles de l'automne. Chaque nuit, ces indigènes glorifient mon esprit. Ils le bénissent avec des cendres chaudes qui s'écoulent le long de ma peau très lisse et avec du sang de sanglier qui dégouline dans ma gorge. Et je me sens déjà consommé par la magie des esprits. Mon corps commence à sécréter une substance humide : je transpire. La chaleur s'empare de mon innocente fraîcheur. Un bruit de fer métallique s'enfonce dans le timbre de mes oreilles : le train freine. Les étoiles brillantes du ciel se sont métamorphosées en tâches violettes. Le tam tam a disparu, affolé par le grincement aigu de la masse métallique. Ce ne devait être qu'un rêve. Pourtant, il reste un goût amer et râpeux, au fonds de ma gorge.

La dame essuie ses lunettes avec un mouchoir en papier beige. Elle disparaît : "-mademoiselle Gérardi" a annoncé le médecin du centre de l'hôpital. L'autre dame a les deux mains croisées. Sans alliance et sans pacotilles, elle admire, bouche demi ouverte, le papier peint rectangulaire de la salle d'attente. Une autre dame lit un magazine. Enchevêtrée de bijoux de luxe, d'une paire de lunettes antiques, d'un sac à main en peau de crocodile, et d'une longue veste noire pour homme, c'est une vielle dame intelligente. Tout d'un coup, tic, tic, l'une d'entre elles se ronge les ongles. Un moment de suspens, déclenché par ce pincement désagréable, amplifie l'angoisse de l'attente : à qui le tour ? Une autre dame encore vient à s'asseoir à mes côtés, un parfum enchanté dérange mes narines qui étaient plongées dans l'intrigue de ce catalogue de femmes. Étrangère beauté exotique, elle se mit à l'étude de ses formules de mathématiques. Tout le monde, ici, dans cette salle d'attente apparemment consacrée à l'œuvre démesurée de la femme, tout ce monde, a son occupation, son passe temps ou son casse-angoisse. On se ronge les ongles, on plonge dans des magazines, et on étudie, dans l'attente d'une nouvelle perturbation déshonorante de la part des médecins. Partie avec ses rognures d'ongles, Madame Le Corps a laissé son écharpe jaune sur son fauteuil. Le vent vient de le balayer. Puis c'est à mon tour de rencontrer l'ange de la mort :"-au revoir mesdames...".

C'est encore une folle qui sait me parler des belles choses. Mais elle ne voit plus le monde. Elle ne se souvient que de sa beauté. Elle est devenue aveugle, mais, parfois elle chante. Derrière un rideau de folie majestueuse, j'entends des poings qui frappent sous la table, j'entends sa chanson, un murmure, un hurlement. Elle me regarde souvent comme si elle voulait me dire quelque chose de secret. Mais elle ne parle toujours pas. Ou si elle parle, elle parle de rien. Cette folle est chaste, c'est un enfant qui n'a pas encore de puberté, ou un adulte qui vient de la perdre. Son visage est maquillé avec un débordement excessif de rouge foncé et de poudre blanche. C'est beau. On dirait qu'un tableau est peint sur la toile de son visage. Un artiste vient de passer avec sa palette et son pinceau. -Tableau du monde sauvage, euphorie rassurante de l'inquiétante étrangeté de la vie. Ce sont des folles aux cheveux roux, des rousses démoniaques qui aiment sucer et mordre leur peau blanche parfumée d'alcool brun et de fumée de cigarette. Le geste d'un bras qui vient heurter mon épaule m'invite aux jeux des folles. Elles lèvent le rideau rouge de leur folie majestueuse pour m'emporter sur scène. Qui est fou parmi tant de comédiens aliénés ? Je m'égare sur la scène du spectacle débile, confondant la folie avec ma maladie. Il ne reste plus qu'à prier que je meure fou pour faire semblant de ne pas souffrir.

Devant la baie vitrée de la salle d'attente de mon centre d'hôpital, le soleil gifle l'ombre de mes doigts qui dessinent des mots noirs sur des pages blanches. Un divin trait lumineux égaie l'encre de mon stylo qui s'épuise dans sa course contre le temps. Derrière la baie vitrée, les oiseaux doivent chanter. Mais je n'entends que les bistouris des chirurgiens et les rayons lasers des machines. Je suis enfermé dans une boite de conserve qui retient ma vie pour qu'elle soit digestible. À chaque nomination, madame quidam, je culbute contre un morceau d'angoisse, un bout de peur et une pelle d'étourdissement. C'est alors qu'il est temps de se rafraîchir : j'ouvre la baie, et j'entends... j'entends siffler le vent tout seul. Je regarde les toits de Paris qui n'ont jamais changés. Ils restent avec leur gris clair, leurs tôles et leurs gouttières. Parfois des pots de fleurs rouges tachent les balcons blanchis par les merdes des pigeons. Et des sauterelles et des rats se chagrinent la meilleurs place pour survivre, parmi cette foule d'immeubles plâtreux. Peu à peu, dans l'étourdissement de mon attente, l'architecture ombrageuse du sommeil de Paris frôle ma chair. Et j'attends, moi aussi, un quidam.

Sur les quais d'Austerlitz, le reflet lumineux des phares des voitures et des grues au loin, pénètrent le vertige de ma fatigue nocturne. Fatigué de rechercher la victime virile de ma nuit comme un léopard qui chasse sa proie dans le silence des craquements de la forêt vierge, je m'enfuis vers l'appel des sirènes qui déjà m'engouffrent dans leur sein marin. Je m'assois pour me reposer comme une sauterelle d'hiver, épuisée par les coups de vents glacés. Mes fesses tiennent une place minutieuse sur cette image de la nuit qui se dessine sur le tableau de mes deux yeux noirs. J'y vois, ici, une île déserte, penchée sur un coin d'océan bleu, seule parmi l'immensité de l'horizon. Je rêve : j'entends et je sens un vent qui siffle et qui souffle des crachats s'écrasant en un panier de morceaux de pluies minuscules, sur les rivages saccadées de la côte. Un cri de murmure et de feuilles froissées pimentent les chants amers des oiseaux de l'île qui se hâtent vers leur cachette mystérieuse, au plus profond de leur rassurante solitude. L'île déserte change de couleurs. Elle se métamorphose comme un caméléon vert en un jaune amer puis en marron. À ces couleurs déjà tristes succèdent le brillant et le violet de la foudre. J'ai le vertige, l'île tangue comme le navire, à l'horizon obscur, affolé par la tempête. Des vagues immenses, qui ressemblent aux façades des pyramides égyptiennes, cognent la coque du navire, de droite puis de gauche : "-à bâbord " dit le capitaine, et "-à tribord " reprend-t-il. Tout, absolument tout est trempé, tout dans le moindre détail. Les rochers égouttent leurs eaux filtrées par la terre. Un nouveau brillant humide scintille sur ces roches cristallines. Une surface onirique plonge mon silence dans l'épouvante d'un chagrin nocturne, d'un soir de tempête. Devant cette orgie de saisons, devant la réalité des corps, de la gare d'Austerlitz, qui se mélangent comme dans un tourbillon de feuilles d'automne, la nature m'offre la poitrine blanche de son splendide corps. Devant cette orgie de saisons sauvages, ma peau s'étire, fatiguée par les coups des gros grêlons. Aux bruits infernaux, passe le silence d'un arbre mort, tombé sur la route. Une odeur de fraîcheur verte se dégage de l'amas de feuilles aplaties par la dureté de la terre. Abandonné sur un île déserte, dans un coin de l'océan bleu, un homme vient me caresser l'oreille, avec un éternel bonjour. Sous cette île déserte, je cède ma bile noire qui massacre mon espoir.

Je me regarde dans le lac d'un parc, couler des larmes sur mes joues de gamin. Et je vois se refléter un enfant avec des joues rougies par le soleil. Un maquillage brutal colore l'épiderme délicat du jeune garçon. Et je me retrouve dans mon silence, au-dessus de Paris, dans le parc des Buttes Chaumont. En-dessous de mes pieds dansent le sable jaune et la poussière grise. Et devant mes deux globes marrons, la nature s'émerveille en montrant la féminité de ces plantes capricieuses qui valsent, immobiles, avec le vent. Le dessin vulgaire d'un arbre me raconte les saisons qui sont passées. Un mouvement de ma main droite vers ce dessin profile la virilité de l'arbre : des rides, et des cicatrices. Chaque cicatrice me parle d'amour et de sagesse. À travers l'écorce ridée de l'arbre, ma main sent de la chaleur et de l'humidité. Un ton grave vibre dans le sommeil profond et éternel, au fonds, au cœur de cet arbre. J'enlève ma main et une poudre verte a laissé ses traces sur mes doigts. Une branche de rameaux, un bout de lierre, des pas et des gens, un monde simple caresse mes yeux et mes oreilles. Des seins qui balancent de droite puis de gauche, des morceaux de bras qui gesticulent partout, des va et vient de tête brune puis blonde et rousse, des bruits de pas, des cris d'enfants, des bruissements de feuillage, des chants d'oiseaux rares, le monde me paraît immense. Mais un petit chemisier rouge à carreaux blanc, dérange cette simplicité grossière du monde. Une petite fille me demande l'heure. Je lui réponds : "-cela est inutile ! ".

Assis de nouveau sur un banc parmi une foule de corbeaux, une foule de vieux et de vieilles. Assis parmi la vieillesse pour entendre les douleurs mortuaires de la fatalité, j'écoute leurs pensées jonchées de murmures, encrassées par le raclement de leur salive très sèche. Un frisson d'espoir habille chacun de leur visage d'un sourire laid et charmant à la fois. Tant de vieux autour d'un seul jeune qui pense déjà avoir quatre vingt années. Je sens qu'il y a encore de l'amour derrière ces visages, de l'amour encore jeune, du sexe et des fantasmes atroces. Les tâches grises d'un journal vernissent la grosse paire de lunettes d'un jeune vieillard enraciné sur un banc infertile, un banc immobile. Et une vielle qui se coiffe les cheveux en cachette, par un léger geste de pudeur, lui cligne de l'œil gauche. Un instant, un moment d'éternité, un laps de temps qui vient de fuir pour toujours, mais ils partent chacun de leur côté ; l'un traverse le pont, l'autre court vers la plaine verte et blanche. Encore à ma droite gisent des vieillards habillés avec des blousons d'hiver, des blousons bleus marines. J'essaie de regarder dans la profonde pâleur de leurs yeux, et j'y trouve un jouet d'enfant caché. C'est un jouet d'enfant derrière une vitrine opaque. Je voudrais me masquer les yeux pour ne plus être tenté de ramasser ce jouet qui brille. Je ne peux plus résister à leur regard, je fuis donc, à travers mes souvenirs d'enfant.

Là-bas, dans ce parc tranquille, je suis sur une autre planète, une planète clôturée par des arbres immenses et englobée, à partir du haut, par une grande toile bleue. Tout est chaleur parfumée le long d'une côte d'herbe et de tulipes. Là-bas, je survis, je dépasse ma peur ; je tue l'angoisse mécanique de la rue goudronnée. Là-bas, je suis une femme qui respire, qui chante, et qui pleure. C'est une femme qui aime la vie, une femme qui aime les femmes, une garçonne, une sauvage petite garce perdue au milieu de la béatitude. Elle me regarde, elle ouvre sa poitrine. Elle m'attend, légère et stupide à la fois. Cette femme, c'est moi.

Je pense dessiner un épisode heureux de ma vie sur une seule toile. Celle où est peinte une fleur éphémère du printemps. Toujours bercé par le vide, goinfré de tôles métalliques, je mange les petits enfants roses qui pénètrent dans le cœur de mon vertige ascendant. Puis, comme une plume, je monte droit et raide vers un sommet inespéré.


DEUXIÈME PARTIE

PENSÉES...

Le jardin des enfants... du sable fin et un toboggan, des rires et des bobos, une maman avec un berceau bleu et blanc, j'attends qu'ils jouent avec moi. J'ai envie de courir avec ces petits enfants. J'ai envie de leur raconter des histoires de fées. Une peluche, un petit ballon, une corde à sauter, des sandales, et de la poussière... Redevenir cet enfant qui pleure, là bas, tout seul, dans un coin du parc. Redevenir amour pur, cœur innocent.

Der Kindergarten ...

J'ouvre mon calepin pour y inscrire quelque mots. Ce sont des mots que j'aime et qui ne demandent qu'à être aimer. Je veux y inscrire l'innocence et la pureté, la vie, l'espoir et l'amour.

Pour ne plus être soi-même, ne plus respirer, ne plus chanter, mourir dans une cage ; entendre les cris d'un garçon sauvage aux mille visages. Fermer les yeux pour rêver, rêver d'amour...

Et sur le soleil de l'espoir, vaincre la bataille ; tuer l'oiseau noir qui brûle l'écharpe jaune du Petit Prince. Tuer la mort pour vivre. Massacrer l'éphémère puis l'apprivoiser.

Ne plus comprendre sa haine, mais vivre sa peine.

Demander pardon à son ami. Ne plus crier des mots de crainte, mais chanter l'espoir de se revoir dans un an ou deux ou trois ou...

Ne plus dire à bientôt, ni au revoir, sans pleurer sur les chapitres de l'angoisse, sans avoir peur, sans mentir, sans mentir, sans mentir, mentir, mentir. Ne plus mentir pour aimer la vérité, pour aimer son ami et caresser son chien.

Ne plus regretter le parfum de la vie... sentir et goûter les roses rouges de la vie et brûler les roses noires de la mort.

J'ai la splendide sensation de l'infini qui s'évapore dans les profondeurs obscures de mes rêves. Quand je dors, je descends les marches d'une cave obscure qui s'achève sur un miroir. Je me regarde, le visage blanc et les cheveux noirs, et je vois un cœur se dessiner à l'intérieur d'un rectangle, ma maison.

Soldat, c'est l'histoire d'un soldat qui tue ses ennemies et qui, le soir, écrit des mots d'amour à sa maîtresse.

Un oiseau noir me regarde. Il me sourit pour me dire au revoir, puis il pleure, car je pars bouffer le parfum rose des rues de Paris.

Une montre cassée ne dérange pas le temps, ses aiguilles ne bougent plus ; mon regard est fixé sur le cadran, et je laisse fuir encore le temps.

Pour ne plus caresser la tempête, ni écouter les sifflement du vent, je dors. Je dors pour me réduire à n'être plus qu'un soupçon, une querelle, un bout d'humanité.

Sourire ou pleurer, dans les larmes bleues du ciel et dans les pensées noires des hommes ?

Des yeux sur le sol, des mains sur les murs, du sang sur la fenêtre, une machine à écrire qui crache des cheveux, ma chambre fait partie de mon cauchemar.

La vie est un rail droit et symétrique. C'est le chemin, le Tao.

Un oiseau rare qui a peur d'un soir

Regarde sans cesse dans l'espoir,

Espoir de battre l'éphémère.

Dans un visage qui chante la mer,

Parmi des plumes qui s'envolent vers l'éther.

Un oiseau rare qui a peur du soir

Mange encore dans le noir,

Noir des pauvres regards.

Dans un vase qui verse du marc,

Parmi des plumes qui survolent la mare.

Un oiseau rare qui a peur d'un soir

Cueille doucement dans l'espoir,

Espoir de vivre un miracle.

Dans un visage qui chante la mer,

Parmi des plumes qui brûlent en Enfer.

Quand le soleil se couche, quand les étoiles commencent à briller, ma pensée s'évanouit sur un lit de roses noires. Au lever du soleil, quand les oiseaux mâles cherchent leur femelle, mon corps devient fou.

Ma raison s'égare quand elle embrasse mes fantasmes. Tous les jours elle attend, passive mais attentive. Quand elle me fait rouler des larmes sur mes joues déjà bleutées, elle me fait peur. De temps en temps elle me parle, certainement pour me sortir du profond sommeil de mes pulsions sauvages. Mais, ma peur demeure et ma pureté s'évanouit dans les draps blancs de mon lit. Pas de tâches, mais une nappe de couleur rouge égaie cette blancheur.

Mon sang est impur, mes larmes sont trop belles, ma vie est trop courte...

Si je regarde mon corps : le balancement de mes bras, la marche de mes jambes, l'oscillation de mes hanches ; me sentant vivant, un être vivant, un être organique, il est difficile de penser que je suis condamné à mourir si vite.

L'imagination me trompe. Elle me nargue. Pourtant elle tire sa puissance de la réalité du temps et de l'espace. Alors, suis-je malade, où est-ce mon imagination qui me donne à souffrir de la sorte ? Rien dans mon corps ne prouve l'existence d'une si dure Maladie. C'est elle-même, ma maladie, qui me force à croire que je suis malade. C'est apparemment une maladie imaginaire.

Ma raison me guide dans le parcours de mon imaginaire.

Si j'étais né malade, ma maladie ne signifierait rien pour moi. Mais en grandissant, je commencerai certainement à me rendre compte que je suis effectivement très différent des autres. Pourquoi, qu'est-ce qui aurait pu changer ? Absolument rien, si ce n'est ma perception des objets du monde extérieur. Je reviens à mon imagination pour me poser une dernière question : suis-je vraiment malade ?

Après dix-neuf ans de liberté adolescente, je réalise que je suis plus un humain qu'un animal sauvage.

Le phallus, éternel et toujours beau, pénètre mes désirs.

Je ne serai pas un artiste tant que je n'aurai pas rencontré la femme qui se voile devant le visage de ma vie.

Le sacré chez l'homme vient de sa perpétuelle quête de la Vérité. Mais, il n' y en a aucune. Et, s'il y existait vraiment une vérité, il y en aurait de trop. Ma vérité est celle de vivre.

Quand j'entend retentir le glas du Père La Chaise, je suis un homme violent, qui a peur, et quand j'écoute la douce mélodie des oiseaux de la nature, je suis sage.

Je suis honnête parce que je ne veux pas dépendre des autres. Je suis déjà dépendant de leur amour ; c'est de trop.

Je n'attends pas le Jugement Dernier, comme certains ; je vis simplement et j'attends ma vie. J'attends ma vie. J'attends ma vie...

Que sont les doux fruits immortels de la vie ? Du sang ?

Quand l'homme est pressé, il se perd toujours sur son chemin. Ainsi je ne cours plus sur les trottoirs. Je consomme mon temps.

Assis sur un banc jaune, qui peut bien penser que je suis vivant et seul dans ce monde ?

Mes désirs sont des obstacles à la réalisation de ma sagesse. Mais je dois obéir à mon sexe si je veux vivre encore dans le bonheur.

J'essaies d'être quelqu'un ; c'est un effort dur mais très méritant.

J'agis pour que l'on puisse me reconnaître.

Seul le temps n'a pas le droit de me dévisager.

L'abondance est mauvaise. C'est un malin acquis. Alors que la privation peut nous soigner des maladies les plus terribles et des plus douloureuses. Un stylo est bien plus précieux qu'une paire de chaussures !

Dépasser, se surpasser, persévérer dans l'action : voilà de quoi faire avec la volonté d'un homme.

Nous sommes trop libres : mettons-nous des barreaux de prison. Enfermons-nous dans la lumière, laissons nos oreilles filtrer la mélodie du monde. Vivons le bon pour que la vie soit belle.

La douleur est belle quand elle dépasse la jouissance.

Personne ne peut établir des lois contre l'obsession des autres. Je suis ma loi qui se résume ainsi : je vis.

Le chacun pour soi n'existe pas ; ce n'est pas une règle en soi.

Fuir à toutes jambes, c'est préméditer sa propre mort. La vie est un passage à maîtriser.

Quand de l'œuvre vient la lumière, l'essence enveloppe l'existence de mon ouvrage.

Vivre le tout, pour ne pas mourir vide d'un tout.

Le temps est une distance. Il est la distance qui se loge entre la naissance d'un être et sa mort. Le temps est un repère quantitatif, mais non normatif, car il appartient au domaine de l'intersubjectivité. Le temps est un espace généralisé par l'ensemble des êtres humains dans l'instance d'une multitude de petites durées. Le temps est un segment qui divise d'autres petits morceaux de segments sans aucune fin.

Le temps n'existe pas : il sort de l'invisible quand il est quantifiable. C'est un commencement sans fin. Pourquoi parler du temps ? Je devrais le dépenser dans un jardin d'enfant ?

Je me forcerai à vivre pour me venger de ce que je n'ai pas pu être.

Je me regarde dans un miroir. Mon visage n'apparaît pas. Où suis-je ?

Démoniaque, masochiste, Ange sadique, il n'y a plus rien de nouveau dans la croyance. Il n'y a plus d'objet auquel il faut croire sans douter de l'existence de ce dernier. Je réduis ma capacité de croire à ne croire qu'en moi-même. Ma foi est ma raison. Mon cœur n'existe plus pour de tels bigoteries dont j'avoue avoir cru avec certitude et grande dévotion.

Le Divin m'échappe. Il se bat contre moi, pour se libérer de mes pulsions fantasmatiques. Il veut me transporter dans le monde du sacré, là où l'existence est facile et sans douleur. Mais je me sens très bien dans ce monde profane ; il n'y pas lieu de changer d'air.

Rien n'est plus vrai que la mort, et plus faux et ironique que la vie. Pourtant la vie est plus belle que la mort.

Ne sommes-nous pas, en fait, l'espèce la plus faible de l'Univers puisque nous ne connaissons pas la Vérité, ce dernier espoir ?

Une substance inconnue, que je ne sais même pas définir par la pauvreté de mon vocabulaire, est filtrée dans mon corps par les myriades de vaisseaux sanguins. Je sens cette substance comme étant un objet étranger. Est-ce lui, mon Virus ? J'ai l'entière certitude que mon Virus me parle. Il dialogue avec moi comme des saints parleraient avec Dieu. Quelle est cette substance naïve ?

Alors que je souffre à cause du temps ; je l'aime.

Je m'oblige à ne pas mourir, c'est une lutte pour la vie. J'ajouterai que c'est une lutte pour la vie, mais aussi pour la mort. Ne pas mourir pour mourir de la vie. Voilà à quoi je dois exposer mon existence.

Il serait très facile de mettre un terme à mon existence : une lame de rasoir, une corde épaisse, un sac en plastique transparent, un tuyau de gaz, un pistolet, de l'essence et aussi ... Pourquoi, tout de suite ?

Ma faiblesse, mon peu de courage, ma volonté perdue, m'empêche de découvrir l'odeur des feuilles jaunes de l'automne. Derrière cette faiblesse, le temps gagne de plus en plus sur ma vie. Jamais je ne le dépasserai, il sera toujours devant moi. Mais, peut-être que dans l'instant de la mort, il ne sera plus là ; je le dépasserai alors, et je pourrai enfin vivre.

Mes amis meurent. Je demeure toujours. Pourquoi le monde n'est-il pas un miroir inversé ? Où le mort serait vivant et le vivant mort. Quand irai-je rejoindre mes amis dans la pénombre rougeâtre de l'Haeden ?

Je ne cesserai jamais d'écrire des mots car ils m'éternisent d'autant plus vite que je m'approche de la mort.

Mes pensées sont sauvages quand elles deviennent des larmes et mes larmes sont civilisées quand elles deviennent des pensées.

J'aime le mouvement des gens dans la rue ; il m'assure que je ne suis pas seul et encore moins immobile.

Mon corps a été violé par une violente force charnelle. La chair l'a sali : il est faible maintenant.

Demain sera un jour encore plus triste et plus immobile.

Ma vie se consume comme la flamme d'une bougie. Je peux l'éteindre et la rallumer.

Il est parfois préférable de faire le sourd. Car entendre des voix qui me dégouttent est une perte de temps. Je ne veux pas être écœuré davantage avec ces sortes de sottises humaines.

Pourquoi parler de chiffres puisque c'est par leur nomination que les morts se comptent, un à un. Quant aux lettres, elles confondent le mensonge avec la vérité.

Grimace du passé, je tremble devant le présent, et je frémis en pensant à l'avenir.

L'étrangeté du temps coule dans les veines de mon espoir.

Je n'ai plus d'œufs à pondre pour remplir le nid du monde.

Au carrefour des saisons, j'ai peur de m'égarer trop loin du chemin qui mène au Paradis.

J'ai peur que le sang glisse derrière mon dos, à mon insu. J'ai peur qu'il pourrisse dans ma tombe, avant que les médecins légistes l'aient léché. J'ai peur d'être morbide...

Je suis, à moi seul, le visage de la mort, le visage d'une maladie incurable, mystérieuse et inconnue, mais malgré tout très attirante.

Quand je serai terminé, les gens se déplaceront à leur tour pour vider leurs paupières de sacs de larmes asséchées depuis bien longtemps.

La matière remplit le vide d'espoir. Il ne me reste plus qu'à espérer ; c'est mon dernier espoir, j'en ai le droit.

La nature me dit que ma mort approche, mais la société m'enseigne, chaque jour, que je n'ai pas le droit de mourir trop vite et que je dois aimer..

Dois-je continuer à vivre dans la peur, ou bien mourir pour bannir mes souffrances ? Cette question est imbécile.

Ne suis-je pas moi-même le centre de ma démence ?

Les douleurs du monde m'aveuglent...

Je veux raser la culture de masse, je veux transformer le monde des choses en un monde de sensations et d'émotions ; je veux changer l'ordre menteur de la nature, afin de vivre pleinement le présent.

Vivre sa vie. Être dans sa vie. Aimer sa vie. Ne faire qu'aimer...

Ou bien j'écris dans l'erreur, ou dans une illusion charmante.

Un venin mortel coule le long de mes veines. Ma main écrit des mots par le souffle de ce venin.

Je dois dépasser ma honte. Elle est le résultat de mes pulsions masochistes. C'est la honte d'un criminel.

Je suis un assassin en puissance, et un humain toujours en acte. Mais je suis encore homme comme le monde est monde.

Éros remplit le vase vide de mon imagination. Il détruit ma honte et disperse mon chagrin.

L'instant démoniaque du temps cadavérique voyage dans l'espace profond de ma planète. Je suis seulement un étranger. Le petit prince

L'extraordinaire se mélange avec mon rêve et parvient à me faire oublier les plus vieilles et les plus faibles choses du monde.

L'être humain, s'il croit au hasard et à la finalité, c'est parce qu'il a la potentialité de modifier son déterminisme. Alors s'il veut aimer, il peut aimer.

Le temps n'a pas de saisons alors que les saisons changent dans le temps.

 El juego del amor late al compas de la muerte.

Je me demande si c'est déjà espérer que de se demander ?

Nous nous croyons libre ; alors pourquoi ne le sommes nous pas ? Je suis bien libre de croire que je crois être libre. Voilà sans doute la définition de ma liberté.

Je parle souvent avec mon jour et mon heure, mais je n'ai toujours pas de vérité.

L'étrangeté soude ma passion avec mon action. Elle rend mes idées vivantes car elle les différencie les une des autres et les distingue du monde. Quand je suis cet étranger, je m'appartiens à moi-même : sans vérité ni illusion, sans opinions ni savoir.

N'y a t'il rien de plus certain que la vie?

Que dois-je encore espérer de cette sensible bataille qu'est la vie ? Que reste-t-il à dire et à mettre en œuvre qui ne soit déjà fait ? Pourquoi dois-je continuer à verser des larmes pour les douleurs du monde ? Larmes de désespoir ou larmes de secours ?

 "The children of despair..."

Puissance de guérir, volonté de vivre... Ma vie ne dépend plus que de ma volonté. Mais ce n'est pas la volonté de guérir qui m'incite à vivre encore ; c'est certainement la volonté d'espérer aimer pour toujours.

Doit-on choisir la complexité de la vie ou celle de la mort ?

Je ne veux plus prier pour des mânes inexistantes qui brûlent mon corps chaque soirée, devant la flamme de ma bougie blanche.

Espoir et futilité. Pourquoi toujours se poser des questions alors qu'il suffit de prononcer un oui ou un non pour continuer à vivre ? La vie est une seule et unique question : "- quand finira t'elle ?" La vie est ce passage lent vers la mort. L'homme, qui vit, est un trapéziste. Je suis ce trapéziste qui joue entre la terre et le ciel, entre la vie et la mort.

La banalité d'un mot est bien plus profonde que tout intellect.

Je ne me préoccupe pas de ce que peuvent dire les auteurs de ma vie. Car ce qui est beau chez moi est dans mes mots, et pas ailleurs. Cette beauté est éternelle, elle se rapproche de plus en plus vite de la mort.

Une nuit blanche suffit à mon corps pour passer une journée noire.

Je n'ai que deux désirs : l'un de vivre et l'autre de mourir.

L'espoir trompe ma raison qui n'a plus confiance en la science, ce termite.

Le temps semble creuser ma tombe. Mais la terre est encore trop sèche. Ce n'est toujours pas de la boue. Le temps semble creuser ma tombe, mais l'amour semble durcir la terre. Et je vis de cette amour.

Mon urine est plus chaude que la lave d'un volcan en chaleur.

Elle allume des feux encore plus purs que la sagesse du monde. Combrose : la terre est mon homme !

Les gens n'ont pas d'histoires, mais j'ai une histoire parce que je vis. Je vis parmi les autres. Je suis toujours un vivant parmi les autres. Je vis dans la tristesse et dans la joie, moi-aussi, comme ce chien couché à mes pieds.

Mon "être-là" rejoindra mon "être-bas" quand ma raison aura craché ses derniers mots. Serai-je encore une définition quand je ne serai plus ? Serais-je quelqu'un ? -un être capable d'aimer ?

Je n'ai pas encore lu le Grand Livre du monde, ni les livres du Grand Monde. Je me contente de mon Livre.

On ne peut écrire que ce que l'on vit. Et quand la vie est dure alors l'écriture est belle.

Certaines gens flottent sur une rivière, d'autres coulent dans un océan.

Il m'a toujours été difficile d'imaginer une femme frigide avec des cheveux roux. Peut-être suis-je cette femme ?

Que faut-il ajouter au temps et à l'espace pour ne plus craindre la mort ? Que faut-il ajouter à la blancheur d'une page blanche pour qu'elle soit plus belle ? Que faut-il ajouter aux chants pour qu'il n'y aie plus de sons ? - "Un petit quelque chose" ?

 Algo de pequenito : vivir, siempre vivir

Le monde est une toile grise. Les gens sont un tableau en noir et blanc ; mais, moi, je vais le peindre ce tableau.

Je ne suis jamais le même. Et c'est pour cela que je dois continuer à vivre, pour changer.

Ce qui manque aux clochards, c'est la gaîté des pigeons. J'aurais eu une pensée pour ces petites gens que nous faisons semblant d'ignorer, moi le premier.

Le monde est une tortue. C'est une carapace imperméable habitée par une bête molle.

Je ne suis pas un peintre mais je peux, moi aussi, parler des couleurs.

Je me masturberai sur la décrépitude du corps d'un vieillard enchaîné par de lourdes chaînes d'acier blanc.

Il ne me reste plus qu'à rédiger mon testament. Le temps me semble compté ; que dire de ceux qui sont morts ?

Je m'appuie sur un mur, j'ai peur de tomber...

Je ne serai plus un artiste : il est sans doute trop tard. Je terminerai ma vie comme elle a commencé : une majuscule et un point.

Si je vis encore aujourd'hui, c'est pour aider les autres à leur faire comprendre que je m'aime. Dois-je apprendre à aimer à nouveau ?

Mes larmes brûlent mon visage. Je ne peux plus attendre.

Ce sont souvent les chants de la mort que j'entends en traversant la chaussée. Un accident suffirait à anéantir mes douleurs. Mais je ne veux pas.

Je suis une bulle qui voyage d'espace en espace. Je ne peux plus respirer.

attendre, attendre, attendre, attendre, attendre, attendre, attendre...

Ne penser à rien, c'est vivre deux fois plus vite.

Le cul d'un Ange, le phallus d'un démon. Quelle beauté que l'amour !

Si je désire, alors c'est de vivre.

Je dois être vivant car il me semble que je pense. Mais moins je pense, plus je vis.

Comment puis-je encore espérer à un lendemain qui chante ?

Quel bonheur de savoir que je ne serai jamais ridé comme les vieux à moins que je ne meure plus tard. Je vais mourir à travers un corps de jeune et une tête de vieux.

Je crois être mort quand je dors, mais mes sens me trompent.

J'ai reçu comme cadeau du ciel un crâne que je pose sur mon bureau afin que je puisse le caresser à toute volonté.

La vie est faite de détails. Elle n'est jamais acquise. Ce n'est pas une totalité. Ce n'est pas ni le début d'une spirale.

Il faut être contre tout, pour être en accord avec une chose : la vie.

Un cimetière est un labyrinthe de tombes. On s'y perd parfois entre les pierres, puis on tombe profondément dans un trou ; on glisse dans un couloir qui n'en finit pas.

J'écoute le chant des corbeaux dans les cimetières. C'est une douce mélodie amère qui réveille les morts de leur profond silence éternel.

Quand je dépasse le portillon noir de la vie, mes pas trébuchent sur les pavés de la mort ; je suis entré dans un empire où le temps ne compte plus pour personne.

Sur les chemins de la mort, ce sont des voix qui se soulèvent de la pierre et du fer rouillé. J'y perds mon propre langage, je redeviens sauvage. Ce n'est plus une voix qui sort de ma bouche de mortel mais des bruits qui creusent la cavité humide de mon corps.

Je n'ai plus de temps pour me métamorphoser en un animal invulnérable. LION.

Mais je n'ai toujours pas acquis l'impossible gaîté du monde.

Serons-nous assez grand après le déluge ?

Quand j'écris, ce sont mes yeux qui parlent.

Les femmes commencent à embrasser le seuil de mon enfer. Aux cris d'un Ange frigide succèdent les hurlements d'un démon sodomisé.

 Am I an Artist ... ?

Le mensonge du don fabrique mes vices. D'où viennent ces dons de la honte ? Dons des cicatrices de la nature ? Dons de la honte, d'être trop différent de la santé ? Dons du ciel ; n'est ce pas beau ? Qu'a pu me donner la nature ? Le don de ses ailes ?

J'attends toujours, patient, mais vulnérable pour les microbes...

Les vieux marchent très loin avec trois pattes, et je suis incapable de marcher avec uniquement deux jambes, sans me fatiguer.

L'éternelle vision de l'Ange est un de mes purs fantasmes -un fantasme de peur. Manger une pomme pourrie est indéfiniment plus désangoissant que cette laide image qui croit soulager mes rêves. En rêvant à l'Ange, j'ai cru voir Narcisse.

 Angel, where are you ? Will you try to recue me from death ?

a t t e n d r e a t t e n d r e

a t t e n d r e a t t e n d r e

a t t e n d r e a t t e n d r e

a t t e n d r e a t t e n d r e

a t t e n d r e a t t e n d r e

a t t e n d r e a t t e n d r e

Jamais ne savoir, c'est trop savoir. Pourquoi faut-il que je sache pour ne rien savoir ? Où se cache le mystère ?

Quelques centimes et un petit morceau de mégots, une paire de basquettes usées, peu de chose plaisent aux clochards.

Dans le voyage à travers le vide, j'entends des tic-tac de pendules, je vois des poules qui pondent des oeufs, et je sens des odeurs électriques.

Mes bras, ce lacis de veines, épousent la rondeur du monde.

Le geste léger d'une femme laisse se répandre dans l'air un parfum violent qui perce les deux trous de mon nez.

La pensée est un œuf qui attend d'être couvé, à l'insu d'un tic-tac, derrière des barrières électriques.

Il a suffit que je descende dans le trou noir du métro pour me rendre compte que je suis seul avec deux manteaux bleus, une paire de chaussures déchirées par la violence du temps, et une petite miette de pain sur un siège parmi treize.

Un deux, un deux trois, un deux trois quatre, puis rien. Un soupir, un halètement puis la mort. Un sourire, un pleur, un visage rouge, puis la crise. Une chambre éclairée, une chambre sombre, puis un amas de poutres sucrées par la poussière blanchâtre du plâtre.

J'ai l'étrange impression d'avoir dessiné un cercle avec ma pensée. Suis-je clos sur moi-même ?

Des murs mous, des miroirs liquides ; je suis en dessous du temps, et en deçà de ma mort.

Il est peut-être 4 heures du matin : je n'en sais pas plus que vous, mais peu importe ; j'écris encore pour ne pas rêver de ma mort.

C'est une mendiante qui est folle. Et qui traverse l'ombre de sa vie sans embrasser ses enfants. Elle me demande de l'argent. Mais je n'ai pas un sou à donner à la folie, car je donne trop avec mon cœur.

Le recyclage des corps. Vont-ils me recycler aussi ?

Ici ça sent le pétrole...

Et des amoureux s'embrassent sur le trottoir, et des rats font la cour dans le trou noir du métro. Mais comme tout ce monde semble jouer ! Et moi je reste célibataire avec un petit copain, mon infection. Au fait comment t'appelles-tu ? "Personne" je suppose. Absolument personne, puisque tu ne sais même pas que j'ai existé.

 What's his name ? Angel !

J'ai l'ultime impression d'avoir tendu le bras pour aider quelqu'un que je ne connaissais point, mais qui me connaît trop maintenant. Mon Virus.

Mon monde ouvre à présent les yeux sur la superstition que nourrit l'invisible.

Je ne suis pas seul. Qui es-tu ? Encore tu es toujours là.

Ne plus penser pour ne plus souffrir. Je veux mourir dans la démence, en oubliant peu à peu, peu à peu et peu à peu, tout ce que j'ai manqué ; en fait, la vie. Et on vous dira qu'il n'est pas trop tard... j'ai honte parfois d'être ce genre d'homme.

La vie m'a trop instruit du temps, je dois la quitter. Faudra t-il lui dire au revoir ? Ou à jamais ; un petit adieu, oui, ce petit quelque chose du monde.

Pourquoi rêver puisque je n'ai plus de fantasme que le sexe : la sodomie, la fellation et la mort.

Croire que l'on a froid, croire que l'on va mourir dans une semaine, croire que l'on va blesser pendant un peu de temps ses copains, croire, toujours croire ; croire que l'on est dans la vie, et que dans notre sang, il y a la mort.

Dans l'ombre d'un cauchemar éveillé, des fils fins et transparents cousent le dessus d'avec le dessous de mes lèvres. Une araignée caresse la viande de ma chair avec ses crochets... Un vampire n'aurait pas autant aimé cette magnifique boucherie parfumée de foutre.

Je suis perdu sur un océan bleu ; le sel et le soleil taillent mon visage de traits monstrueux. Suis-je encore beau, dans cette solitude qui torture les tendons de ma peau ?

C'est un enfant brun, avec des cheveux bleus, des joues jaunes, des mains coupées en deux par des lames de rasoirs aiguisées, taillées la veille de notre repas chez ton ami.

On en rit, puis... puis on en pleure : pour rien et pour tout le monde. Voilà ; certains parlent même des lendemains qui chantent.

Je vis aujourd'hui pour contempler les cimetières, avant de les habiter. HUMOUR

Il suffit de crever pour que les autres comprennent enfin que l'on a existé et que peut-être on existe encore.

Saeculum, aeternam... Saeculum, aeternam... Saeculum, aeternam... Lux aeterna ... requiem... requiem... dona eis requiem... requiem... requiem... requiem...

Fuyez donc mon lit, laissez moi éjaculer sur la blancheur de mes draps. Seul, seul, pour ne rien faire que de me masturber, parce que là où je vais, bientôt, il n'y a certainement plus de jouissance. Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe Sexe ?

Je n'ai toujours pas conçu d'œuvre. Je suis minable. Mais, je suis moi, peut-être un fou, ou bien un artiste, et, aussi, un assassin.

 " I don't want to know what people think of me. They actually know I am going, going away... away to die alone. Help, no, no thank you, but LIFE LIFE and LIFE and always LIFE.

Where is there a burden ?

Dying for others, Dying for the world,

But living for myself

To confess that to live or to die truly is

To confess that to love or to hate truly is

Who can ignore my pain ?

Having death inside my corps, feeling it each day, each hour, each minute, without knowing of what I am going to die : LOVE ?

Dying steadily in a garden of roses,

Still praying for relief "

Un petit silence parmi tant de bruit. Et puis un grand silence, et enfin la mort.

De l'eau salée coule sur mon front, elle décolore mes cheveux noirs. La photo sera ratée.

Les yeux fermés, je me sens déjà allongé dans mon lit de roses noires.

Quand je rêve de la Terre, la lune me répond par la blancheur qu'elle réverbère sur les fenêtres de ma chambre.

Dans le métro, une jeune fillette dormait déjà, tête couchée sur son épaule, laissant gonfler, puis dégonfler, la veine jugulaire de son cou très pâle.

Quand on me parle d'un poulet, je vois du gras qui suinte sur le visage d'un jeune étudiant en Faculté de Lettre.

Plus je me crois approcher de la mort, plus mes ami(e)s ont du mal à me comprendre. Je suis pourtant prêt à me flageller pour le bonheur d'un homme.

J'ai écrasé mon ampoule de zinc ; un petit point rouge est apparu sur le bout de mon index, un gonflement, puis de la chaleur... tout ça pour attirer furtivement un bout de "sparadrap".

J'ai calqué la mort sur une feuille blanche : une goutte de sang rougeâtre.

Je veux bouffer la pisse des vieux, et me saigner le gland de ma verge avec une seringue antisida.

Si seulement je faisais ce que je voulais faire, je ne perdrais pas mon temps à espérer.

J'attends toujours qu'il se réveille. Tout de suite. Maintenant.

 

Der Tod... und das Leben... mit eine Blume...

Das Licht... und das Dunkelheit... BLUT und TOD... Nein !

Assis sur le bord d'une petite muraille, la fraîcheur de la pierre pénètre dans le bleu de mon jeans et y colle des empreintes vertes.

La mousse chatouille les pattes des oiseaux qui jubilent au doux vent parfumé du printemps.

Des "petits quelque choses" colorent en vert l'extrémité des membres des marronniers. Déjà les bourgeons disparaissent derrière des feuilles en forme de mains. Tout recommence. Est-ce mon dernier printemps ?

Dans ce couvent de séduction, l'art s'agenouille pour mourir devant le démon de la nature.

Plus d'amour, plus de travail ; qu'un peu de thé et de sexe suffisent amplement à me conserver encore pour quelques mois ou quelques années, peut-être.

Ce matin, ce n'était plus la peine de lire mes mots, car mon nez était dérangé par l'emparfumement farineux d'un vieux chauve, bouclé par des lunettes plus petites que les deux globes de ses yeux ronds.

En marchant à toutes jambes dans les couloirs sombres du métro parisien, on entend une petite musique de guerre.

Je crois avoir réussi à dessiner pour la première fois mon Lycée : une grosse boite, en carton gris, pleine de petits garçons sauvages qui se disputent des places pour participer au concert agaçant de leur professeur.

Une douleur intime vole le parfum de ma peau quand on vient à m'interroger sur le pourquoi de mes écrits.

Unaussprechliche... ? ! ? ! ? L'inexprimable...

Je ne peux pas exprimer l'inexprimable. Et je crois que peu de personnes me comprennent à ce sujet. Pourtant, l'indicible marque bien l'antisuperficialité de mes émotions.

Ne suis-je pas, moi-même, un chef-d'œuvre ?

Je veux dépasser les frontières du cosmos. Je désire aller au-delà des limites de l'illimité. Je veux vivre ce que je ne peux pas vivre ici et maintenant. Je veux me saisir dans ma substance. Je veux vivre en moi par toute ma puissance.

 Am I an artist... ? capable de tracer un trait droit et une courbe courbée, capable de bouffer une toile en noir et blanc, sans avaler de travers une tache grise ?

C'est un garçon qui ressemble à mon frère... un assassin burlesque.

Une petite bague violette, même pas en or, contente la jeune fille brune qui me regarde dans la main de son petit ami.

Je ne considère plus la naissance comme le commencement d'une fin mais le début d'un commencement qui se finira. Ce qui laisse plus d'espoir aux nouveaux petits bébés qui sortent de la coquille de leur mère.

J'aime les choses que je distingue. J'adore me perdre dans la douce et chaude saveur de l'alcool.

Deux bougies saumons, un pain rassis, quatre dessous de table ; je suis assis devant un bureau, prêt à écrire n'importe quoi, à n'importe qui.

Ma mort ne m'a toujours pas achevé, mais mon silence commence à m'enterrer.

Et sur ma tombe, on signera d'un seul nom...

Je ne bande plus, mais je rêve ; ainsi je peux imaginer mes fantasmes, et je peux vivre la douleur d'un autre...

Envoûtement, séduction, charme, joie et tristesse: quelques mots marquent encore notre jeunesse. Elle n'est pas perdue. Elle prend un bol d'air frais.

Boutons graisseux de jeunes garçons, chaude pisse du vieillard, morsure de la maladie, tout est à la mode : même le parfum mélancolique des roses noires.

Je viens de comprendre que je suis moins philosophe qu'écrivain ; et encore moins poète que chanteur.

Plus je me concentre sur le monde, plus je me vois inutile. Pourtant ma vie est là. Et je lance le défit de vivre, le défit de battre la solitude et le chagrin du désespoir.

Je vis à Paris. Je peux vivre ma vie. Enfin, j'attends mes amis...

La flamme de mon amour ne réchauffe plus que le sang de mon corps, un sang empoisonné qui voyage tout le temps.

Dois-je encore aimer ? Et pourquoi pas ? Aimer tout le monde en même temps... Je m'aime pour aimer les autres, mais m'aiment-ils ?

Car je suis une bougie. Un petit homme éphémère comme le vol d'un papillon multicolore.

Vivre Vivre Vivre Vivre Vivre Vivre...

Je ne veux plus caresser la tempête ni écouter l'orage, mais simplement dormir dans le plus profond des silences de la vie nocturne. Je veux simplement être un soupçon, une querelle, un bout d'humanité.

Il faut que je sourie et que je pleure dans la petite lucarne bleue du ciel.

Mon ombre cache la lueur nègre d'un cierge.

Plus qu'un symptôme encombrant, je suis un humain.

Un petit bout d'écharpe, de grosses chaussures à talon, une légère chemisette verte, et un parfum, séduisent les hommes sur le quai de départ. Un son qui brunit dans un sommeil rouge, un mirage qui passe, un mirage qui crache, un sifflet pour un gros chien marron, les jeunes filles se mêlent à la foule énervée dans l'attente.

Des jambes de femmes, des jupons rouges et des collants noirs, ...un couloir, un trou sans fonds qui plonge vers l'enfer, une valse de garçons en émois, des femmes, et, des femmes encore, sucent l'ombrelle du temps.

Je rencontre un garçon qui se demande pourquoi les saisons ne se marient pas entre elles. Question inquiétante !

Mes attitudes sont sans plénitudes. Elles obéissent à mes fantasmes d'espoir.

Mon stylo me vit à travers son encre qui découle le long du tuyau en plastique transparent.

Assis dans un parc sauvage, parmi le silence doux de la nuit, je sens une étrange et inquiétante volupté nuptiale qui, peu à peu, broie mon angoisse.

J'ai peur de ne plus savoir entendre les Klaxons des voitures, les sirènes des policiers et des pompiers, le vrombissement mécanique du métro ; j'ai peur de finir dans le silence de la nuit où les bêtes fauves sortent leurs griffes aiguisées. J'ai peur de rester, là, tout seul, avec comme parfum ma sueur, et comme nourriture mes excréments.

J'aime sentir l'odeur humide des gouttes d'eau qui tombent sur ma peau nue, blanche, et maigre. Des gouttes de sang, des gouttes de vie.

La vie est un sauvage refrain qui chante une chanson d'amour. La chanson d'un enfant perdu.

Le monde me quitte, je l'observe encore, peut-être pour y recueillir quelque espoir impérissable.

Mon corps est aussi fatigué que mes mots et mon incertitude me noircit davantage le cœur.

Plus mes mots peignent ces pages, plus je me déshabille.

Mon plaisir est d'écrire ce que je crois sentir, ma haine est de ne pouvoir écrire ce que je suis.

Que dois-je espérer des autres pour me faire aimer ? Car je ne veux plus me sacrifier au monde, j'ai commis assez de sacrifices. C'est assez.

Il ne suffit plus que j'écrive ; maintenant je dois compter, compter le temps qui s'écoule et qui ne reviendra plus pour moi.

Je n'arrive pas encore à tuer le temps, il doit trop m'aimer.

La précipitation des jours m'angoisse. Le souci de perdre du temps me détruit peu à peu. Alors que rien n'est prévu, tout le semble. Le temps ; toujours parler du temps : est-ce par quoi on doit se connaître ?

Je casse le temps car j'ai encore peur. Je le broie, je le mouds en un grain très fin pour le laisser couler entre mes petits doigts. Le temps m'épuise. Je ne puis arracher une page de mon livre sans que le temps me conduise sur la déchirure dorsale de mes mots. Je ne joue pas avec le temps, je vis avec lui. Je l'attends et il me guette. Je lui offre mes mots malades en espérant qu'il les guérît un à un. Mes mots sont complices du temps. Ils sont des histoires, des histoires de mots et de phrases.

Le temps m'importe peu maintenant. Je dois effacer mon passé pour reconstruire mon présent. Et ceci grâce à l'amour. C'est à l'amour de tuer le temps qui efface mon espoir. Le temps ne me quitte pas encore ; je le fuis donc à travers des corps nus. Il ne m'a toujours pas tué. Mes armes de bataille pour lutter contre le temps sont mes soucis, des soucis humains. Ils se battent pour retrouver un moi perdu dans les saisons de l'année. Mon intimité a disparu par magie ; le temps l'a envoûtée avec sa balance et son tic tac.

Je m'égare derrière le miroir du néant.

Je ne serais plus qu'une myriades de destinées englouties à jamais dans la folie maraude d'un contemplateur d'images blanches.

Mirage, nuage mes sens seront dispersés par carnage.


TROISIÈME PARTIE

MATIÈRES...

DES MOTS MALADES

Non, ce n'est pas avec ce mot que j'aurais aimé commencé à écrire. Mes mots me tiennent à ma plume. Ils lui résistent comme obsédés par une passion. Comment écrire ce que je suis ? Je désire mettre un terme à mes mots malades qui se cachent dans le liquide rougeâtre de mon sang. Alors qu'à travers des mots je voyagerai, à travers un corps je mourrai. J'embrasserai mes mots avant de partir. Leurs pages auront déjà bu l'encre noir de mon stylo "Artpen". Mes mots sont bien malades ; me laisseront-ils mourir en paix ? Me baigneront-il d'une victoire que je mérite ? Je ne me soucie plus de ces mots malades. Ils n'ont qu'à jouir seuls sur leur lit de pages. Mes mots n'ont plus le droit à l'erreur, ils sont écrits pour vous. Chacun d'entre eux est mesuré avec amour et haine. Leurs morphèmes, leurs phonèmes, rien ne résiste à la mesure de mes mots.

Chaque matin, en ouvrant les pages de mon livre, mes mots me percent les yeux comme la violence d'une lumière vive. Ils sont là. Ils existent. Ce ne sont pas des Hébrides de rêves. Ils sont là pour m'obséder à écrire ce que je ne crois pas être mais ce que je dois être.

Je ne me connais pas assez bien pour aimer mes mots autant que ma maladie. Ils confondent les feuilles jaunes et rousses de l'automne avec l'égoïsme charnel de l'été. Leur beauté ne m'appartient pas encore. C'est vous qui les rendez beau en les lisant. Cette beauté glisse dans la pupille de vos petits yeux ronds, puis elle coule dans votre mémoire et s'achève, esquissant votre aimable corps d'enfant gâté.

Je suis fier de mes mots qui naissent de mes émotions spontanées et qui produisent en moi de l'effet. Ne cherchez pas à savoir l'effet qu'ils produisent ; acceptez les comme ils sont. Que sont ces mots qui ne doivent pas savoir ? Mes mots m'abandonnent, mes mots me font mal. Mes mots me font vivre, mes mots me font souffrir. Ils forment le combat de la vie qui est une lutte à mort, un duel entre ma santé et mon être. C'est un combat de mots, un duel de l'être et du non-être. Chacun de mes mots lutte pour ma survie en créant des histoires, des histoires de mots. Ils m'éternisent dans le temps. Et enferment ce dernier dans les pages vertes de mon espoir. Mes mots malades attendent le temps. Pourtant, c'est déjà trop tard : ils ont tué l'illusion de l'absolu.

J'écris des mots pour produire le sens de ma vie. Ils m'aident à comprendre l'intimité de mon moi.

J'attends que mes mots continuent à me parler pour que j'apprenne à me connaître davantage avant de me dissoudre en fines particules moléculaires.

Mes mots réalisent-ils la totalité de mon être ? Si ce n'est pas encore fait, il ne me reste qu'à espérer. Mais que m'est-il permis d'espérer ?

J'ouvre ces premières pages et je me rends compte qu'il est inutile d'écrire. Comment peut-on écrire quand on ne se connaît pas ? Mes mots ne sont pas les reflets d'un néant, mais ils ne visent guère non plus à me connaître davantage. Ces pages ne disent rien que je ne comprennes. C'est sans doute la raison pour laquelle je persiste à écrire dans cette ignorance. Ainsi, ces pages me disent qu'il faut espérer même quand il n'y a plus du tout d'espoir. En les baptisant "maison", "noir", "peur", ils me soignent déjà. Mes mots me purgent sans cesse.

Ma fatigue me dresse pour écrire des mots insensés et contagieux. Ce sont vos mots. Ils vous racontent que je suis aussi quelqu'un avant d'être un autre.

Ces quelques mots sur ces pages blanches sont déjà morts. On les connaît sur le moment puis on les oublie après être passé à la phrase suivante. Que veulent dire ces mots qui meurent sans cesse ? Les mots meurent comme des éphémères.

La mort convoite mes mots. Que sont ces mots qui me font honte ? Ils me déshabillent derrière une sépulture.

Mes mots passent tellement vite devant mes yeux, que j'en confonds la sensualité de la fiction, et l'imaginaire de la réalité. Suis-je ce que j'écris ? C'est-à-dire, une majuscule et une phrase ?

Mon corps exige que je meure alors que mes mots me retiennent.

Parfois ma masturbation échappe à la chaîne de la douleur pour briser quelques mots honteux sur une feuille de papier blanche.

Le temps et le néant se conjuguent au présent pour éterniser mes mots. Mais ces mots sont infinis. Ils me font peur puisqu'ils disent que je vais mourir. Ils veulent que je meure sans que je féconde. Jamais ce mot "enfant" ne sera peint sur mes pages. Que de vaines masturbations !

Écrire pour vivre ou écrire pour m'éterniser, donc mourir ? Voilà le défit que me lance mon écriture. Il me semble que je n'écris pas pour vivre, mais pour mieux survivre. Ce m'est un devoir que de créer des mots sur le blanc de mes pages.

J'attends depuis trop longtemps que mes mots me délivrent de la mort. Je suis condamné à mourir avant la fin de l'humanité, et aussi condamné à écrire des mots malades qui ne veulent pas guérir. J'attends donc le verdict de mes mots et la sentence de ma mort. Votre histoire aurait-elle peur de mes mots ?

 DE L'ILLUSION

Nous sommes dans un monde d'illusion où les perspectives ce croisent et se mêlent entre elles pour nous inviter à croire que nous existons et que nous sommes uniquement ce que nous devons être.

La représentation de nos intuitions est suffisante à notre raison alors que cette dernière nous trompe à chaque instant. Ce n'est pas un malin génie qui nous trompe, c'est notre nous-même qui est dans l'erreur. L'erreur nous apprivoise ; elle fait partie de notre existence.

Dans ce monde, la perspective s'amuse et parfois se moque de nous. Elle se moque surtout de notre ignorance. Et tant que nous voulons vivre dans ce champs de perspective inopportune, nous demeurons enfermé dans le même jeu d'illusion où la mort se confond avec l'amour.

 DE L'ESPÉRANCE

L'espérance annule toute forme d'athéisme. Le doute renforce toute forme de croyance. Je doute et j'espère par mes mots qui sont mon langage, l'expression de ma vie.

 DE LA MUSIQUE

Des sons sortent de nos bouchent et pénètrent dans les profondeurs intimes de nos oreilles. Ils créent une harmonie lorsque ces différents sons s'accordent entre-eux. Cette harmonie peut être belle ou laide, peu importe ; elle existe dans le temps, elle est donc vivante. Cette harmonie de sons donne du sens : c'est-à-dire qu'elle procure de la joie ou de la tristesse. Elle nous parle. Elle nous transmet un message, une parole de vérité : VIVRE.

Mes oreilles ne suffisent pas à entendre les différents sons harmonisés. Elles ne sont que des fenêtres ouvertes le jour et entrouvertes la nuit. À mes oreilles, il faut ajouter mes autres membres sensoriels, et surtout ma capacité perceptive. L'ensemble organe/perception me permet d'apprécier l'harmonie. Et mon entendement qui dérive de cet ensemble m'autorise à juger bon ou mauvais ce que mes oreilles entendent et ce que mes sens perçoivent. Ainsi, tous mes sens sont en éveil quand des sons harmonisés pénètrent longuement dans les fenêtres de ma perception.

Je parle des sons qui chantent la mort. Car ils séduisent. Les sons de la mort sont harmonieux mais ils provoquent en moi, dans mon être perceptif, une séduction attirante et brûlante. Alors que la musique, la mise en forme du fonds sonore, me charme. Cette dernière ne me trompe jamais. Quant à l'harmonie, elle me plonge dans le précipice éternel de l'envoûtement. Il est, ainsi, facile de comprendre pourquoi on ne peut écrire que la musique sur un papier : l'harmonie ne s'écrit pas, elle se joue.

La mort chante alors ce que l'amour écrit.

La musique a toujours peur du silence, l'harmonie est un champs du silence. La musique a donc le devoir de remplir le vase vide du silence.

L'harmonie est partout. Elle est présente dans tous les espaces temporels. Elle est ici et maintenant. Elle est un donné sensible, particulier, et illusoire. Alors que la musique est au-delà du simple donné contingent, elle est universelle car travaillée à partir d'un projet éthique. Elle est une exigence morale. D'où le conflit entre l'universalité de la musique et la contingence de l'harmonie.

La musique subsume la peur dans son absolu. Grâce à elle, la mort remplace l'amour, la vie découle de la Vérité.

 DE LA VÉRITÉ

Je cherche la vérité, ou peut-être une vérité, la mienne. Je cherche perpétuellement ce que l'autre n'est pas en moi et ce que moi je ne suis pas en lui. En d'autres termes, je cherche la vérité, et plus précisément une vérité qui est la mienne. Il s'agit de la vérité de mon existence. C'est une vérité qui se valide par le doute de n'être pas ce que je suis et d'être autre que moi-même et différent d'autrui, tout cela en même temps.

Ma vérité se traduit au travers du regard d'autrui. Ce regard est illusoire. Il séduit la totalité de mon être pour me tromper. Je veux dire qu'autrui me rend honteux de mes gestes. Voilà la raison pour laquelle je doute de ce que je suis. Autrui me donne à croire que je ne suis pas ce que je devrais être. Je suis autrement aux regards des autres. Je doute de ce que je suis. Et pour me débarrasser de ce doute qui énergétise ma honte, je cherche la vérité.

Or, la vérité ne peut-être véritable qu'à elle-même. Elle est sa propre définition puisqu'elle existe.

La vérité n'est pas simple. Elle est complexe. C'est aussi un paradoxe qui nous illusionne. La vérité étant véritable, comment ne pourrais-je pas découvrir ma vérité ?

Je suis condamné à chercher ce qu'aucun homme, et aucun Dieu n'est capable de trouver : une vérité. -Celle de la mort.

 LES AUTRES

Les hommes se sont égarés. Leur ignorance des choses du monde affirme leur individualisme. L'individu ne se retrouve plus dans son espèce. Où allons-nous ? Nos regards ne se rencontrent plus. Et il est difficile, maintenant, de distinguer le fou du malade. L'homme s'est perdu dans la jungle. Trop de mauvaises herbes nous empêchent d'y voir clair.

Si l'individu veut continuer à perpétuer son espèce biologique, alors il doit jouer le rôle de la personne. Cette dernière est un personnage de théâtre qui doit mimer la réalité. Ce n'est pas une fiction, c'est un personnage qui existe bel et bien et qui joue à être ce qu'il n'est pas pour être ce qu'il est. À vrai dire, sans le jeu, l'individu resterait sauvage. Mais pour bien jouer son rôle, il faut, avant tout, se reconnaître dans le miroir du monde. Reconnaître que l'on est autre que soi-même, c'est accepter son altérité, et par là, reconnaître celle des autres.

 DIEU ABANDONNÉ

Doit-on croire ou peut-on croire ? Cela ferait une gentille dissertation. La Bible est-elle une parole ou un livre ? Une réalité ou une fiction ? Croit-on savoir qu