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Sur la mort de THIERRY


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Ça fait tout drôle de ne plus avoir de frère.

Avec sa mort, c'est comme si toute une partie de mon monde, de ma vision du monde s'était effondrée. Cela s'explique sans doute parce que le monde, nous l'avons regardé de façon semblable mon frère et moi au début de notre vie : la vision du monde de chacun (ou mieux : son regard) doit être issue de celle des parents, du regard sur eux aux commencements. Je crois que je suis comme devenu moins objectif depuis sa mort : je n'ai en quelque sorte plus son éventuel regard, imaginaire, à coté du mien ; une partie, latérale de mon regard sur le monde s'est pour ainsi dire effondrée. Je ne peux plus me mettre dans son regard et donc déplacer, relativiser le mien !

Thierry, ancien costaud, devenu tout maigre à la suite des diarrhées, est décédé le jeudi 2 février à 15h00 ; malgré tous les soins dont il a été entouré, surtout par ma mère (devenue radiesthésiste et magnétiseuse), mon père, mon excellent ami Albert...

Parents... Comme le prêtre dans son homélie à l'occasion de l'enterrement de Jean-René l'a dit, il n'est pas normal que les enfants partent avant leurs parents. Pas normal, mais pas injuste ! « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ce sont les fils et les filles de la Vie qui se désire. Ils vous traversent mais ne sont pas de vous. Et s'ils vous entourent, ils ne sont pas à vous.»

Loi de causalité, lame VIII (Crimes et châtiments) : « Vous marchez en cortège, ensemble vers votre moi divin. Vous êtes le chemin et ceux qui cheminez. Quand tombe l'un d'entre vous, il tombe pour ceux qui le suivent, met en garde contre la pierre d'achoppement. De même, il tombe pour ses prédécesseurs qui, bien que plus rapides, plus affermis, n'ont pas ôté la pierre.»

Thierry est «passé de l'autre coté» un jour très néfaste où, dans son thème astral Saturne, transitait son Saturne natal ; indice (et non preuve) en Astrologie d'une possibilité de mort.

C'est arrivé très brusquement. Il était encore en forme à Noël et avait fait une mystérieuse virée nocturne juste avant. Une virée de son âge. Il est mort avant ses 30 ans. Son naturel était très fêtard et il était bien plus résistant que moi la nuit. Lorsqu'il est entré à l'hôpital début janvier, nous pensions, nous voulions croire, que ce ne serait que pour quelques semaines. À la mi-janvier, avant tous ses examens très souvent inutiles, il aurait peut être pu sortir. S'il avait imité un de ses voisins de chambre - qui s'est évadé, effaré devant la programmation d'une telle quantité d'analyses et d'examens programmés - peut-être serait-il encore en vie...?

Le programme médical comptait plus que le malade ! Il devait faire effort pour savoir de quoi il pouvait bien souffrir alors même que la fatigue, la souffrance et les humiliations - y compris celles pour savoir - le minaient....

C'était comme à la parade ! Il ne fallait pas qu'un bouton de guêtre, pas qu'un examen ne manque. Le programme comptait beaucoup plus que le malade ; comme, en 1870, les moyens d'action l'emportaient sur l'objectif de résultat. Ce fût pour lui un effondrement très rapide, comme en 1870 : le terrain était prêt pour cela, affaibli par la suffisance de généraux qui récidivèrent dans la vanité avant la guerre, afin de la préparer, et encore en 1940... Nous n'avons pas fini de dresser des lignes Maginot à tous bouts de champs !

Prions pour que, malgré leur morgue, ses médecins aient pu tirer quelques leçons... Mais l'enjeu est sans doute très faible : il ne s'agit après tout de la vie que d'un seul souffrant, patient - comme ces mots sont significatifs : souffre-t-on patiemment autant du médecin que de la maladie - c'est-à-dire que n'est en jeu que la vie de chacun d'entre nous, simple personne quelconque, semblable à n'importe qui et comparable à personne.

Je me remets le film souvent : Thierry est décédé, ce jeudi 2 février à 15h00, malgré tous les soins dont il a été entouré par notre mère, notre père, notre ami Albert (radiesthésiste et magnétiseur), un de ses amis : Luis, et mon ancien médecin Yann G. Le B. (homéopathe, le neveu du docteur Jacques D., autre excellent ami, acupuncteur, homéopathe, chiropracteur, psychothérapeute, ... ) ; Yann s'était mobilisé et venait très très souvent soigner mon frère. Nous voulions le sauver avec amour ; peut être était-ce une autre forme d'acharnement que celui des médecins, peut être n'était-ce que de l'orgueil, comme le dit Maman.

Thierry est mort d'épuisement après une semaine où, malgré une très forte fièvre - jusqu'à 40,7° - on l'a beaucoup baladé d'hôpital en hôpital (de St.-A. aux D.), ou de service en service. Le cœur a dû lâcher après un pneumothorax sur fond de «pneumo-cystose». Selon les infirmières, très douces et admirables - contrairement à ses médecins abominablement perdus dans leur monomanie sans âme, sans écoute, scientifiques sans être thérapeutes - il semblerait qu'après le premier pneumothorax, tout se soit recollé (?), après soins, quand a dû survenir un deuxième pneumothorax. Malgré la morphine, dans l'inconscience depuis le matin de ce 2 février, Thierry a certainement souffert.

Comme on le sait hélas, on ne meurt sans doute pas du Sida ; on meurt d'épuisement, surtout avec des Kaposi et des pneumo-cystoses...

Hélas, Jacques D. ne pouvait lui venir en aide ; c'est en fait le meilleur médecin que je connaisse parce qu'il soigne aussi l'esprit et n'hésite pas à assumer de l'originalité pour l'efficacité. Peut être aurait-il pu l'aider : notamment parce que Thierry et ma mère ont manqué de libre-arbitre, d'irrespect et de méfiance vis-à-vis de son médecin de l'hôpital St. A., hôpital pas recommandé, comme P. dit-on. Ce médecin, le Docteur B., débutante, l'a épuisé d'examens et d'analyses, après l'avoir très très affaibli par des cures très fortes et insoutenables d'antibiotiques «préventifs» qui lui ont en quelque sorte ruiné le foie. Jacques D. a toujours eu le don, le talent et le courage de ne pas prendre au sérieux des autorités, aussi suffisantes et hautaines qu'incompétentes - notamment médicales. Je le fréquente depuis des années, mais n'ai pas encore assez de cette force.

Hélas également, son dernier lundi, j'avais insisté avec Maman pour que Thierry refuse certains examens ; examens qu'il a fini par ne pas tous pouvoir faire. Refusés à l'hôpital des D. du fait de son épuisement, mais encore plus épuisé par le déplacement. Pour l'histoire, il était resté une heure et demi dans l'ambulance : il manquait des papiers au chauffeur.

Hélas encore, j'avais voulu, sans doute quelques mois trop tard, que Thierry essaie le médicament au gui et à l'or d'Olivier D., un ami séropositif depuis au moins 12 ans. Mais Thierry a toujours eu la fièvre depuis que nous nous sommes procuré ce médicament courant janvier ; or il paraît que l'on ne peut pas prendre ce médicament en cas de fièvre. C'est un médicament élaboré par un médecin suisse et qui serait de plus en plus utilisé dans les pays germaniques. Il remonterait, voire doublerait les T4. Mais Thierry n'en avait plus et le docteur B. ne voulait pas de transfusion - ce qui se fait souvent maintenant (une de ses amies survit ainsi depuis près de 10 ans). Hélas, la fenêtre de vie exista peut être pour Thierry. Peut être s'entrouvrit-elle ? Mais elle ne s'ouvrit pas assez pour qu'il s'y faufilât !

Au total, Thierry n'a guère eu de chance dans sa vie, que ce soit affectivement ou professionnellement (ses mérites n'ont pas été reconnus ; ses ex-employeurs l'ont beaucoup entouré, une fois mort seulement ; il avait été licencié quelques mois plus tôt pour cause de maladie).

Médicalement, il en était de même. Son médecin ne l'aimait pas, lui non plus ; il n'a pas voulu en changer malgré nos conseils. On guérit aussi d'amour. De toute façon, les hôpitaux «touche pas à mon malade», en fait et non en droit, se feraient concurrence et garderaient jalousement les dossiers médicaux : si un malade change d'hôpital, semble-t-il, il est obligé de refaire tous ses examens ! Belle arme contre les malades conçus comme dans la dissuasion contre des ennemis !

Comme le laissait supposer mon cher défunt ami, Jean-Paul ARON - que j'ai trop peu fréquenté, mais beaucoup aimé - on a tort d'imaginer que les médecins sont de meilleurs hommes que les autres. Pour des raisons de perte ou d'absence de vocation à la suite d'une sélection sans humanisme (cf. Edgar MORIN), et parce qu'il est facile d'avoir du pouvoir quand on sait et qu'on a du pouvoir de vie et de mort, du pouvoir sur sa vie avec du pouvoir sur sa santé sur quelqu'un qui ne sait pas, les médecins sont certainement souvent pires que la moyenne des hommes. Le pouvoir corrompt - le pouvoir absolu...

C'est notamment contre ça que Jean-René GRISONI, mon très cher défunt ami, avait fondé POSITIFS, association des séropositifs en colère, et son journal ironique et d'informations sur les recherches et les thérapeutiques parfois inédites (parce que les règles d'expérimentation de thérapeutiques pour les séropositifs sont trop lentes pour eux) : TOUT VA BIEN. Jean-René est décédé le 30 mars 1992 et son jumeau parfait, Jean-Michel, très affecté, l'a rejoint du même mal six mois plus tard. Avec Thierry, ça fait 7 morts dans mes proches. Plus un depuis que j'ai commencé à tracer ces lignes.

Thierry, mon frère, sale gosse, ne réfléchissait pas assez avant d'agir, trop volontaire, entier, aimant trop l'action (né avec le soleil en signe du Bélier et la lune en Scorpion). En l'occurrence, il voulait tant guérir qu'il acceptait tout traitement ou examen, sans vouloir s'apercevoir de son état de faiblesse. Sa jeunesse, au moins d'esprit puisque son corps était déjà fané, expliquait cela. Un seul interne avait pourtant été franc en lui affirmant que ses chances s'amenuisaient ! Il refusait d'y croire et, dans le même temps, discutait avec l'aumônier de l'hôpital (d'où le prétexte d'un enterrement religieux). Fallait-il être franc avec lui ? Nous souhaitions tellement prendre nos désirs pour des réalités... Maman a aimé s'occuper de lui. Si j'avais été à sa place, moi bien plus raisonnable paraît-il, ma mère me laissait entendre que je serais encore vivant...

Quoi dire d'autre ? Mon frère n'était pas un ami. Il était plus et moins : il était mon frère. Le seul.

De façon «archaïque», «primitive», j'ai déliré en pensant qu'il allait se réveiller lorsque je suis arrivé à Paris une heure et demi trop tard pour son dernier soupir (sortant en trombes de mon entreprise bancaire et super-rationnelle) et, surtout, à l'occasion de sa mise en bière le mardi matin, avant une très belle cérémonie à l'Église, suivie d'un émouvant enterrement. J'avais aussi l'angoisse qu'il soit enfermé vivant dans son cercueil. Cette angoisse ne m'a jamais passé. J'ai encore la peur qu'il ait été enterré vivant, avant qu'il ne se réveille, et j'ai toutes les peines du monde à me raisonner....

Peines... La douleur.... «Ta douleur marque l'éclatement de la coquille qui enferme ta compréhension. Comme le noyau du fruit doit s'ouvrir pour que son cœur paraisse au soleil, tu dois connaître la douleur.» (Khalil GIBRAN).

J'ai bien aimé certaines prières à l'Église lors de l'enterrement : «la mort n'est rien. Je suis juste passé de l'autre coté. Je suis moi. Tu es toi. Ce que nous étions l'un pour l'autre, nous le sommes toujours....» C'est d'inspiration épicurienne. Pas du tout catholique.

Et «...Tout homme est une part du tout... Ainsi donc, n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi», de John DONNE, catholique converti à l'Anglicanisme. Le texte a été choisi par mon père et demandé avec force. C'est plutôt stoïcien.

Le père F. nous avait fait le catéchisme, à moi puis à Thierry. Quelles retrouvailles ! Son sacristain malade... (ou alcoolique ?), très en retard, a fait commencer la messe bien en retard. Pour faire plaisir à mon père, je n'ai pas pu faire lire par le pauvre vieux prêtre, bien abandonné dans son église, les propos sur la mort dans le prophète de Khalil GIBRAN : « Vous voudriez connaître le secret de la mort ! Mais comment le connaître, à moins de le chercher au cœur de la vie ? La chouette, dont les yeux sont pétris de nuit sont aveugles en plein jour, ne saurait percer le mystère de la lumière. Si vous voulez vraiment contempler l'esprit de la mort, ouvrez largement votre cœur vers le corps de la vie. Car la vie et la mort sont une, comme le fleuve et la mer.... Remettez-vous-en aux rêves, car en eux se cache la porte de l'éternité. Votre crainte de la mort n'est que le tremblement du berger debout devant le roi dont la main va l'adouber.... Vous ne chanterez vraiment que le jour où vous boirez de la rivière du silence. C'est au sommet de la montagne que vous commencerez l'ascension. Vous danserez pour de bon quand la terre réclamera vos membres.»

La mort n'est injuste qu'à courte vue. Je le crois.

Les mystères de la mort de Thierry et la bonté perpétuelle de sœur Gertrude, ma voisine et amie, m'ont quelque peu réconcilié avec le Catholicisme. (J'ai même communié). C'est pourtant la plus belle chapelle qui vit pour ses vicaires ! C'est aussi un exemple de lettre tellement détournée, au détriment de l'esprit....

C'était horrible, derrière mes parents et le cercueil, très beau, en chêne clair ; j'avais la sensation de jouer un rôle d'acteur, surtout à la sortie de la messe devant cette foule de parents tous en noir et d'amis à nous ou à Thierry, ceux-ci souvent très beaux, très élégants même en noir puisque dans la mode comme Thierry. J'ai beaucoup pleuré en donnant rendez-vous à ses amis pour son anniversaire, le dernier que nous fêterons. Non pas par goût morbide, mais parce qu'il y avait trop de monde pour le cimetière. Sur une nouvelle tombe - on a fini par remplacer notre vieille pierre tombale de famille et j'en ai choisi une en granit gris aux lignes dures, sobres, pures qui lui aurait plu - ceux qui le voudront iront.

Il y avait certains de ses proches que je n'avais pas vu depuis des années, puisque je voyais peu Thierry (quels regrets aujourd'hui !) et qu'aucun de ses amis n'était l'un des miens. Il en va de même quant à la famille : nous nous fréquentons peu. Pourtant, on s'aperçoit dans les grandes occasions qu'on s'aime et qu'on aime partager ensemble. Ainsi va la vie... Mais pourquoi si peu d'occasions et de volonté pour aimer, pour s'aimer ?

Avec cette sortie, cette irruption de l'Église sous le regard de tous, j'avais l'impression de jouer un des premiers rôles, la vedette étant défunte. La scène était très forte, très crue, avec un voyeurisme exacerbé : chacun étant concerné voulait voir, par amitié ou du fait, pour certains malades, que cette cérémonie préfigure peut être la leur. Le milieu de la mode est très touché.

Thierry était probablement un des plus doués parmi ses amis stylistes, me semblait-il subjectivement. Son style était particulier : sa «patte» était très reconnaissable par sa raideur agréable à la vue, par son épaisseur, par la rigidité pourtant harmonieuse de ses lignes, droites autant que possible. Il est un de ceux, par manque de relations, de tact, de patience, qui a eu une toute petite carrière, inachevée, «coupée trop court», mal finie.

C'est étonnant ce qu'il avait comme amis : fidèles, aimant, qui ont souvent répété qu'ils perdaient un de leur meilleur ami.

J'ai jeté une belle rose rouge qui ressemblait à mon frère, raide et pleine, luxueuse et luxuriante, sur son cercueil, tout en bas, au fond de notre tombe de famille très ancienne, très profonde, où j'irai quand je devrai, à mon tour, rejoindre mon principe.

Hélas, selon mes tirages de tarots que j'ai bien fini par faire sur le tard le mardi, très inquiet avec le soleil radieux (référence à une renaissance, à une nouvelle vitalité et à des jumeaux astraux) lame XVIIII, et le pendu (une autre manière de voir), lame XII, il devait passer à une autre vie et j'avais seulement compris (je voulais seulement comprendre) qu'il ne serait plus jamais le même, diminué, tourné vers l'être et moins le paraître, mais qu'il survivrait ! Il a su mon interprétation fausse avant de partir... Qu'en penser ?

Que Thierry soit heureux où il est ! Qu'il soit heureux où est son âme, dans la lumière, avec son ange gardien et tous les autres, lui qui raffolait des anges. Qu'il soit heureux où est son âme et où qu'il aille, où est son âme et où il ira ; peut-être vers une autre vie ? Il me semble qu'il a peu péché, sans tuer, en volant peu, en mentant peu, en trichant peu... Évidemment, il s'est assez peu efforcé d'être un sage, puisqu'il vivait trop dans l'instant.

Il doit être heureux où se trouve son âme. J'imagine qu'il chante, grimpe, danse, dessine et coud. Peut être se refait-il comme une santé après un long voyage, avant de se réincarner !? Je finirai bien par le retrouver... Comme mes amis. Dans l'amitié, pour moi, il y a de l'éternité. On ne sait pas pourquoi ça a commencé, et souvent ni où, ni quand, mais ça dure, ça dure. J'ai espoir de construire ma vie sur quelques idées de progrès et de dépassement, même si l'effort n'est pas une tendance toujours facile, ni durable.

Je me soutiens patiemment avec des idées humanistes et spirituelles, issues d'une synthèse de lectures philosophiques, religieuses, de techniques managériales ou ésotériques (ces mondes techniciens ne communiquent pas ou très peu ; je ne dois pas être un mage, seulement un cadre supérieur responsable) glanées de ci, de là et d'expériences méditées. Dans ces expériences - la mort de Thierry, après celle de Jean-René qui fût mon meilleur ami, et les autres - de cette maladie, les morts successives de Jean-Claude C., de Jean-Michel, de Marc P., d'Olivier T., ou les décès avec violence de Renault T., de Philippe B., de Christophe L., qui vient de se suicider, toutes ces morts sont, de toutes ces expériences, les plus frappantes.

Thierry était très marqué par notre grand-père maternel. Lorsqu'il délirait dans ses dernières heures, avant de geindre si fort qu'on l'entendait dans tout l'hôpital et avant que j'aie aussitôt rappliqué sans le revoir vivant, il disait aller très bientôt jouer aux cartes avec notre grand-père. Comme quand nous étions petits ! (Moi je jouais aux petits-chevaux avec ma grand-mère alsacienne qui était adorablement très mauvaise joueuse).
Le cercueil de Thierry est juste au-dessus de celui de notre grand-père.

Patrice
Lille, février à mai 1995



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Parution antérieure dans Sida Tout Va Bien, N·21, juillet 1995.

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