Messieurs les
Législateurs
" Vous permettez, Messieurs… que
j’emprunte cet illégal cylindre magique qui fait un tube radieux
dans ma vie si étriquée, si moche, si noire et si douloureuse.
Embauchez des collaborateurs pour assister les marchands de sable afin
qu’ils travaillent aussi au service des victimes de cruelles
maladies, interdits de vraies bonnes nuits sans douleur.
Ceux-ci
ne saupoudreraient pas de sable d’or les mirettes de nos chères têtes
blondes, mais c’est de l’herbe de Perlimpinpin qu’ils
disperseraient aux malchanceux pour qui nuits et souffrance sont
indissociables.
Messieurs
les décideurs… décidez-vous ! Respectez nos souffrances et donnez
votre aval à ceux qui se portent au secours des malchanceux et osent
défier la loi actuelle : ils sèment, ils récoltent et remplissent
en toute illégalité ces bienfaisants cylindres… Ils font acte
d’assistance à personnes en souffrance.
Avis
aussi à tous les « Nicolas » et toutes les « Pimprenelles » le
sort peut vous choisir, à tout moment pour être les hôtes de
quelque fléau aussi incurable qu’affligeant… Hôtes et hôtesses
forcés, cela va de soi ! … Alors ne condamnez pas les utilisateurs
et ceux qui, solidaires, font germer et entretiennent ces plantes aux
antalgiques arômes.
Je
veux et j’aimerais croire que vous saurez tenir compte de cette
supplique.
Il
n’y a pas que les petits qui ont besoin d’un marchand de sable et
de son acolyte nounours… Tout le monde a droit au sommeil… ceux
qui souffrent aussi !
Laisser un
individu supporter l’insupportable n’est pas digne d’êtres
humains. Bonnes et douces nuits à tous les Nicolas et Pimprenelles.
Merci
Messieurs de l’attention que vous porterez à cette bafouille.
Que
notre belle France est ringarde ! D’autres pays se sont penchés sur
la question et ont décidé d’aider leurs patients en souffrance et
autorisé la pratique du « joint », j’ose le dire, pour adoucir le
quotidien de leurs victimes impuissantes. Quand il n’y a plus que
cela pour que la vie reste vivable, quand on n’a que cette solution
à offrir en partage aux êtres chers, proies de quelque monstrueux
mal, alors on ne réfléchit plus… Ou plutôt, on réfléchit enfin
sainement et… on fait ! … Qu’importe la loi, les flics, la
taule, pourvu qu’on ait des moments de répit.
Bien
avant que je n’ose user de ce rouleau de papier fin, qui « fait un
tabac » dans mes neurones, par peur d’impliquer amis et parents,
bien avant donc, j’ai contacté une doctoresse pour d’abominables
douleurs si habituelles en temps ordinaire et particulièrement
violentes en cette fin de journée. Celle-ci m’a aussitôt fait une
piqûre de morphine et m’a prescrit quelques comprimés pour compléter
sa potion. Les douleurs se sont estompées jusqu’à disparaître
totalement et j’ai pu enfin m’endormir comme un bébé… Plus
tard, mon compagnon m’a raconté ce qu’encore j’ai peine à
croire : « tu t’es assise sur le lit, et tu t’es mise à parler
en disant : le caillou, il est là, c’est celui là qu’il faut
prendre pour se laver ». Comme il me demandait de quel caillou il
s’agissait et qu’est-ce que je voulais en faire, je me suis
presque énervée en lui expliquant : « Tu sais bien ! Pour se laver
! Il y en a partout ! Tu en prends un, tu frottes avec sur le bras, et
ça mousse ! Regardes sur l’étagère, il y a plein de cailloux pour
se laver. » puis j’essayais de me lever pour lui montrer que
j’avais raison, que les cailloux étaient bien là et ne pouvaient
servir qu’à la toilette… « L’étagère est pleine de
cailloux… ils servent à ça… etc. etc.… » Il parait que cela a
duré longtemps, longtemps… J’ai peine à le croire, mais venant
de Bruno je ne peux qu’accepter
cette version des faits… Je ne me rappelle de rien du tout.
Alors ?
Quoi choisir ? Piqûre dans un cylindre ou cylindre de fumée ?
Liquide légal ou fumée illégale ? J’ai opté pour le second.
Toutes
mes nuits redeviennent ce qu’elles auraient toujours dû être :
sereines et paisibles, bien sûr avec quelques cauchemars, mais
quasiment plus de douleurs...."