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J'ai fait un rêve


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Alain Prod'homme

" Comme Martin Luther King, j'ai fait un rêve
Je retrouvais à nos côtés tous nos amis morts du Sida ; je revoyais Jean-Michel et Jean René Den, Nicolas, Bruno, Franck, Thierry, Michel et bien d'autres hélas !
[...]
« Avant de vouloir faire la révolution, il faut faire la révolution dans son cœur.»
Que chacun comprenne et applique cette citation du pasteur noir assassiné.
Mais, avais-je fait un rêve ? "


 Il s'agit d'un extrait d'un texte qu'Alain avait écrit en 1993 (publié dans STVB N° 15).
C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès d'Alain survenu le 1er février 1996.
À la suite de Jean-René Grisoni et de Michel Guillou, il fut le 3ème Président de l'association
POSITIFS, jusqu'en 1995. Depuis la création de l'association en 1989, il s'est battu comme un lion contre le Sida, mais aussi et surtout contre les effets néfastes que le Sida engendre au delà de la sphère purement médicale : l'ignorance et l'exclusion étaient devenues ses cibles de prédilection dans son combat. Ainsi, il fut l'une des premières personnes à témoigner à visage découvert sur sa maladie au sein de son entreprise, la BNP. Pour s'opposer à l'exclusion, il avait choisi de briser la loi du silence en accord avec la direction de la BNP et avec le soutien d'assistantes sociales et de médecins du Travail. C'est ainsi qu'avec un de ses collègues, Den, lui aussi séropositif, il commença à Paris un long périple. Puis ce fut à Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, puis aux quatre coins de la France où inlassablement il anima des conférences-débat sur le thème de "Deux collègues, deux malades témoignent." à chaque fois, son témoignage a permis de réaliser des actions de proximité sur la prévention et l'information. Car, comme il aimait à le répéter : "On peut faire des centaines d'émissions sur le Sida, il y aura toujours du boulot pour vaincre cet autre virus qui s'appelle l'ignorance." À ce propos, il avait appris à connaître les pratiques de certains présentateurs de télévision pour lesquels le Sida est en fait, avant tout, un moyen comme un autre pour faire de l'audimat, et il n'était pas tendre avec eux. Et il y avait de quoi : n'a-t-il pas accepté, pour une de ses dernières interventions en public, de participer, malgré l'aggravation de sa maladie, à une émission consacrée au thème du "Sida et Entreprise" où il n'a pu s'exprimer que durant moins d'une minute !
Ses interventions l'amenèrent aussi dans plusieurs établissements scolaires, notamment avec son compagnon Bruno Bricout. Que ce soit au lycée François Arago, Cadiot, Paul Bert, Champelain, Eugène Delacroix, Léo Lagrange, etc. des centaines d'élèves et des enseignants ont pu s'informer à plusieurs reprises à son contact.
Concernant la prévention, il fut aussi l'un des premiers à dénoncer le coût excessif du préservatif. Ce qui s'oppose à la prévention de la transmission du Sida notamment chez les jeunes. De même sur l'absence d'informations sur les gels lubrifiants (à l'eau), qui sont parfois utiles pour améliorer "l'observance du port du préservatif" et au sujet desquels il mena plusieurs enquêtes dans des grandes surfaces à Paris et en Province. Et, il n'hésita pas à dénoncer les magasins qui faisaient se côtoyer dans leurs rayonnages préservatifs et lubrifiants à base de vaseline (qui peuvent rendre poreux les préservatifs !) et à appeler au boycott de certaines marques comme Nivéa, et de certains magasins (Rallye à Brest et à Lanester) dont les pratiques laissaient penser que «la prévention du Sida ne les préoccupait que très peu».
Il fut aussi, avec Christian Colin, un des membres fondateurs du groupe de parole d'auto-support commun à
POSITIFS et à VLS (1991-1994) et le principal responsable de la permanence téléphonique de POSITIFS jusqu'en 1994.
Il s'est battu comme un lion plein de tendresse et puis, à la fin de l'année 1994, alors qu'il avait eu la chance de n'avoir contracté durant sa maladie qu'un zona, des paresthésies des quatre membres (d'origine iatrogène) sont apparues. Puis elles se sont généralisées à tel point que le contact de tout vêtement déclenchait des décharges électriques insoutenables. Il a dû vivre pendant plusieurs mois quasiment nu sur son lit, assommé par la prise de morphiniques devenus nécessaires, mais prescrits tardivement et qui se sont révélés peu efficaces. Et puis, au début du 2ème trimestre de 1995, Alain a commencé à se détacher de ses fonctions au sein de l'association ; il a, paradoxalement, progressivement renoncé à son combat personnel contre la maladie, de la même manière que cela s'était produit chez deux autres membres de
POSITIFS (Michel Guillou et Bruno Ramponi) : arrêtant tous ses traitements, au début à l'insu de son entourage, puis s'alimentant de moins en moins. On a l'impression que le virus du Sida s'est alors tellement développé au niveau de son cerveau qu'il a pu modifier progressivement son comportement dans le cadre du syndrome neurologique de l'Aids Dementia Complex (pour lequel aucun traitement n'est efficace). On peut aussi se demander à quel point les douleurs d'origine iatrogène qu'il a dû endurer n'ont pas été aussi responsables de cette évolution.
C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons évoqué ses derniers mois, d'autant plus que nous avons été impuissants et que nous étions conscients du calvaire qui s'est alors abattu sur son compagnon, puis sur sa famille.
Nous n'oublierons jamais celui qui s'est battu avec acharnement contre le Sida, mais nous pensons que nous n'avons pas le droit d'oublier ces derniers mois . " Les morts nous interpellent et nous conjurent de transmettre leur message : l'ENTOURAGE doit être vigilant ! "
Nous pensons qu'Alain aurait apprécié que l'on transmette cet ultime témoignage.

C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris ces derniers mois le décès de Nathalie Dragon d'Act-Up qui fût tellement active au sein du TR5, celui de Pierre Kneip de Sida Info Service survenu le 2 décembre 1995, celui de Rémi Darne, Président de l'Association des Communistes Combattants du Sida survenu le 19 février 1996 et de bien d'autres.
Comme pour Alain, nous souhaitons rendre hommage au dynamisme qu'ils ont développé au sein de leur association et aux combats qu'ils ont menés contre le Sida, chacun à leur manière, et nous souhaitons exprimer notre sympathie à l'égard de leur famille et de leurs proches.

Drs. J. Avicenne


...Dans mon rêve, POSITIFS-PARIS avait des contacts plus cordiaux avec les autres associations ; les querelles de personnes et de pouvoir étaient oubliées ; chacun était complémentaire et différent.

Le journal de l'association "Sida Tout Va Bien" était drôle et sérieux, avec plein de bonnes nouvelles : le vaccin contre le Sida était au point et les anti-viraux donnaient de bons résultats, et les travaux de la recherche sur le Sida avaient permis de trouver aussi de nouvelles pistes pour traiter d'autres maladies graves (certains cancers, maladies neurologiques, cardiovasculaires, etc.).

Le problème des hémophiles était définitivement réglé, tous les malades étaient guéris. Les congrès médicaux étaient des espaces de rencontre où chacun échangeait et collaborait, tous les chercheurs se communiquaient les résultats de leurs travaux, les laboratoires prenaient en compte les malades et les associations, les médecins étaient proches de leurs patients et avaient l'humilité de ne pas toujours apporter des réponses trop hâtives ; les patients étaient des hommes et des femmes à part entière ; l'hôpital n'avait plus de problèmes d'argent, de lits, d'infirmières mal payées ; toutes les infirmières et les médecins pouvaient prendre le temps avec leurs patients.

Les soins palliatifs s'étaient bien développés, les patients qui malheureusement "partaient" encore, le faisaient accompagnés dans la tendresse, l'amitié, l'amour, et entourés et aimés.

Toutes les associations de lutte contre le Sida marchaient la main dans la main ; chacun pouvait intervenir dans tous les domaines sans être taxé (par ignorance ou par facilité ?) de raciste ou de fasciste ! L'information et la prévention circulaient dans tous les pays et sur tous les continents ; chacun pouvait se soigner, manger à sa faim et être égal aux autres devant les maladies.

Tout le monde avait accès à tous les traitements et toutes les médecines ; il n'y avait plus qu'une seule médecine ouverte aux autres, "parallèles" ou "complémentaires". Les protocoles étaient lisibles et faciles d'accès pour tous les patients ; il ne fallait plus attendre d'être mal en point ou pistonné par un politique pour pouvoir y avoir accès. L'argent du Sida allait aux malades nécessiteux et aux associations de terrain, l'argent du Sida ne faisait plus vivre des armées de personnes malhonnêtes ! La prévention et l'information étaient accessibles à tous et à toutes ; le Sida n'était plus homosexuel, hémophile, hétérosexuel ; il n'y avait plus de Sida chez les enfants et les homosexuels.

Et pour conclure, toujours avec Martin Luther King : ...



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© Copyright association POSITIFS, France, 1996.
Parution antérieure dans Sida Tout Va Bien N° 24, avril 1996.
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mise à jour en octobre 2006.