Notre ami est mort l'an
passé, lors de vacances à l'étranger,
d'une détresse respiratoire non expliquée. Les
moyens médicaux en Afrique, loin des grandes villes,
restent limités. Nous avons de suite
décidé de prendre l'avion, mon ami et moi,
dès que nous avons su qu'il allait très mal ;
trop tard, du reste, il était déjà DCD.
J'avais, de Paris, organisé par
téléphone, en rapport avec son médecin
à la Pitié Salpêtrière, le
traitement qu'il fallait lui administrer ; mais ils
n'avaient pas ce qu'il fallait, là-bas... Alors,
j'avais essayé d'organiser son rapatriement
médical, et j'y étais arrivé ; mais il
est mort 1/4 d'heure avant l'arrivée des ambulances
qui devaient l'emmener vers l'avion sanitaire... Beaucoup
d'efforts, toute une journée au
téléphone avec l'Afrique et Paris, faisant le
lien entre tous et les médecins de là-bas.
Nous avons appris
très tard qu'il n'était plus, vers 23 H. Le
lendemain matin, nous avons pris le premier avion,
grâce à des amis qui nous ont
financièrement aidé. J'avais attendu le matin
pour prévenir la famille, après avoir
moi-même repris un peu mes esprits pour pouvoir
appeler, après même avoir pris du Valium pour
essayer de me contenir et pouvoir parler. On me le reproche
maintenant, mais qu'auriez-vous fait ? Les déranger
à minuit, en pleurant, ne pouvant même pas
articuler ? Soit.
S'il n'avait que notre
N° de tel sur lui, il devait bien y avoir une raison...
Les personnes à prévenir en cas d'accident, et
bien, c'était nous deux, mon ami et moi.
Arrivé
là-bas, je me suis occupé de tout. J'ai
rencontré les médecins, je suis allé
dans "la morgue municipale" (l'hôpital n'avait pas de
morgue), qui était en fait une pièce
surchauffée par le soleil ardent qui servait
d'entrepôt aux cadavres en putréfaction,
jetés - empilés même - sur le sol ou sur
des planches pour les plus riches... Vidant mon esprit, je
réussis à trouver C. et, à coup de
bakchichs, à dégoter une chambre froide, ou presque.
Le lendemain,
harnaché avec ce que l'on avait pu trouver (gants de
vélo, bandes Velpo sur le visage,
imprégné d'échantillons de parfums
qu'avait eu la gentillesse de me donner la parfumerie de la
ville dans laquelle j'avais acheté tout ce qu'il me
fallait pour redonner à C. figure humaine), je suis
retourné à la morgue - la famille devant
arriver le soir - pour remettre en état ce corps
jeté là. Si je l'ai fait, si j'en ai eu le
courage, c'est qu'il m'avait toujours demandé de
m'occuper de lui s'il lui advenait quelque chose ; et aussi
pour mon ami avec lequel il avait vécu pendant 10
ans, car nous étions restés tous les trois
inviolablement liés jusqu'à la mort.
Pendant que mon ami et
d'autres m'attendaient à l'extérieur, j'ai
enlevé, avec l'aide du gardien de la morgue, tous les
corps en putréfaction - car il faut savoir qu'il faut
parfois des semaines pour obtenir le permis d'inhumer -,
certains même à coup de bassines et de
sceaux... pour javelliser cette pièce et pouvoir
"travailler" tranquillement à la remise en
état de son corps - toilette et maquillage... -, mais
dans une ambiance un peu plus saine ; car je suis quand
même malade depuis des années, sous
pentathérapie.
Une fois fini,
j'étais content. Tous ses vœux seraient
exaucés. Il partait dans le pays où il voulait
partir, serait enterré là-bas (nous lui avons
acheté en vitesse une concession), sans souffrir,
sans vieillir (il avait 60 ans), sans
déchéance et toujours beau ; jusqu'au dernier
regard que porteraient les hommes sur lui... Y. m'en
remercia, il craignait tellement... mais il l'a vu beau,
reposé et comme dormant paisiblement. Il fut
rassuré : la mort n'avait pas forcément un
mauvais visage lorsqu'on lui donne un petit coup de main
pour s'occuper de l'enveloppe qu'elle nous laisse là,
comme ça, sans rien dire...
Le lendemain, simplement,
la famille - ils ne furent en fait que deux à venir -
arriva. Nous attendions dix personnes... B. avait
préparé le couscous pour 10...
Bien sûr, ils
m'appelaient tous sur mon portable, et je me suis
retrouvé avec plus de 10 000 FF de
téléphone, en sus de tous les frais que
j'avais supporté. Après m'être
débattu 5 jours durant dans toutes les
administrations - car il en faut des papiers
légalisés, payés, signés, plus
qu'en France ! -, nous avons pu l'enterrer exactement
à l'emplacement qu'il désirait. Ce fut un
instant merveilleux, si l'on fait abstraction du discours
homophobe de son frère... Il faisait beau et chaud,
temps superbe pour la saison, les vols de goélands
l'accompagnaient jusqu'à ce que le cercueil fût
recouvert... Toute la poésie qui se dégageait,
qui vivait à chaque instant - comme celle qu'il
vivait en tant que peintre, qu'il aurait voulue -,
était là. Rien de morbide, de mortifère
- ce qu'il refusait -, si ce n'est le reportage photo des
deux membres de la famille, de la morgue - avant que l'on ne
ferme le cercueil -, à la dernière
pelletée de terre qui le recouvrit....
Vint alors le moment des
comptes. On me remboursa une partie des frais avec des
chèques sur lesquels il y avait une opposition
illégale... et dont je ne suis toujours pas
remboursé à ce jour, because avocat
homophobe... Il avait fait clôturer le compte de C.
dans ce pays, et je dus payer tous les ouvriers qui
travaillaient à la maison que nous avions en
commun... Mais je lui avais déjà versé
l'argent sur le compte, et c'est son frère qui en a
profité... Donc, j'ai payé deux fois... Mais
je m'en fiche ; C. est bien, maintenant, grâce
à nous deux !
Un an après, alors
qu'ils nous poursuivent toujours au tribunal pour des faits
dont nous sommes innocents, je suis bien malade. Je ne peux
plus travailler. Je viens de passer 6 mois à
l'hôpital en alternance, presque mourant pour la nuit
de la Saint Sylvestre, et bien sûr, les dettes
s'accumulent car, en plus, ils ont volé toutes les
affaires que j'avais dans la maison que je louais à
C. en France, ne m'ayant même pas laissé le
temps de partir. Constat d'huissier, plaintes non
reçues... Vive la justice française qui
prétend aider ! Surtout lorsque resurgit l'homophobie
du système...
Alors voilà, je
vous écris depuis mon studio de 28 M2, frigorifié car je ne peux
plus payer ni l'électricité ni le
téléphone ; ce qui a valu que je parte
presque, une nuit, vidé par une diarrhée alors
même que je ne pouvais appeler des secours...(à
se demander si le fonds de soutien de France Télécom existe encore...) Il me reste encore
la possibilité du mail ; mais jusqu'à quand ?
Même les travailleurs sociaux ne peuvent rien faire,
disent-ils ; ni, pire encore, la CAF ou la Sécu qui
vous laisse dans votre merde avec trois mille et quelque
francs par mois. Et il faudrait que j'adapte mon
régime ; mais ça coûte trop cher, et il
me faudrait plus de dents, que l'on m'a arraché
à cause des kystes sur les racines qui me
provoquaient des sinusites à répétition
; et je n'y vois plus très bien à cause de ce
foutu zona ophtalmique... mais tout ça, ça
coûte cher. Alors, dès fois, on aimerait aussi
sortir boire un café, ou aller au cinéma, mais
c'est aussi trop cher, et personne pour m'aider
momentanément en attendant qu'un jour, qui sait, la
justice fasse en sorte que je récupère mes 28
000 Frs de chèques, et mes affaires....
Je ne regrette en rien
d'avoir dépensé mes économies afin de
donner à C. ce qu'il voulait, ce qu'il m'avait fait
promettre de faire pour lui ; mais je pense qu'il serait un
peu normal que la famille contribue ; surtout lorsqu'ils me
demandent, quelques mois après, cyniquement, combien
ils me doivent pour l'embaumement !
Voilà comment on se
retrouve au bord du suicide, prêt à le faire,
en n'attendant plus rien d'autre de la Vie que la Mort,
à cause de faits bêtement matériels mais
qui parfois peuvent rendre la vie insupportable
jusqu'à la raccourcir dans des souffrances plus que
physiques.
Si toutefois il existait,
en ce bas monde, quelqu'un qui voudrait simplement savoir
pourquoi, connaître l'enfer qu'est devenu ma vie,
alors, qu'il écrive à POSITIFS, qui
transmettra. Ah ! oui, j'ai oublié de vous dire que
j'ai 38 ans et que je croyais qu'à cet âge, on
a encore des raisons d'espérer...
Merci d'avoir pris le
temps de lire ces bafouilles, mais mon esprit a maintenant
trop de mal à suivre et corriger ; neuropathies dues
aux médicaments obligent, comme la faiblesse de
l'état général et de ce pauvre cœur,
encrassé par ces foutues drogues...
Merci encore,
Ma.Su