À John B.
West,
(1949/2001)
Mick m'écrit que
John est mort, je le crois, je m'y attendais. John
sidéen depuis vingt ans, a trompé la mort
trente fois au moins mais le voilà mort, qui n'est
pas mort du SIDA... Crises cardiaques
répétées, son cœur à bout,
angioplastie, ses artères ravagées par les
trithérapies. Vingt ans de molécules
incertaines, raisons de sa survie, ont causé sa
mort.
Mick m'écrit que
tout fut digne. J'espère que la mort fut douce. Je ne
sais ce que ça signifie, je comprends même que
ça ne veut rien dire, espérer quand tout est
accompli. La douceur de la mort, fantasme de vivant. John
est mort. Je réponds à Mick trois lignes dans
un mauvais anglais, je peine à dire, je suis triste
comme un vendredi saint, je suis con comme un vendredi
treize. John est mort, mardi dix. Je l'apprends ce matin
sous un ciel hébété.