Quand j'ai pu
enfin retourner à mon travail, mon employeur m'a
appris qu'il m'avait remplacé car un mois d'absence,
c'était trop et qu'il ne pouvait pas me
reprendre.
Dans notre maison d'exil,
au milieu des bombes et sans travail, alors que toute la
charge de la famille reposait sur ma tête, j'ai
pensé que c'était mieux d'aller tenter sous
d'autres cieux. J'ai, alors, quitté ma famille et mon
pays.
Ma première
étape fut la Tanzanie. Mais, là, les
réfugiés vivent dans des conditions
insupportables car ils sont trop nombreux.
J'ai encore une fois décidé de quitter pour
aller plus loin.
Maintenant, je suis au
Botswana dans un camp de réfugiés.
Ici, ça va un peu mieux car nous sommes moins
nombreux en comparaison avec le nombre de
réfugiés qui sont en Tanzanie.
Mais, c'est triste de voir comment les gens vivent dans ce
camp de réfugié. La majorité des
enfants ne vont pas à l'école (même ceux
qui étaient déjà scolarisés dans
leur pays qu'ils ont dû abandonner).
L'ivresse et la prostitution sont monnaies courantes ; les
filles se prostituent à même 1F
français/nuit ; beaucoup tombent enceintes à
l'âge de 14 - 16 ans et c'est très
malheureux car il y en a beaucoup qui sont infectées
par le VIH.
Selon une infirmière de la petite clinique du camp de
réfugié de Dukui, la majorité des
adultes, à partir de 22 ans, meurent du Sida. Tandis
que la majorité des enfants de moins de 5 ans meurent
en raison des diarrhées et de la malnutrition.
La majorité des réfugiés sont
désespérés parce qu'ils ne peuvent pas
travailler car il est très difficile d'obtenir un
permis de travail ici. Environ 5% des réfugiés
seulement travaillent.
Pour gagner de l'argent, il faut voler, se prostituer ou
vendre sa nourriture (qui n'est même pas suffisante :
un réfugié reçoit chaque mois 17,5 kg
de farine de maïs, 1 kg de sucre, 750 ml d'huile de
cuisine, 1,5 kg de haricots, 4 litres de pétrole et 3
savons pour la lessive ; pour ceux qui ne mangent pas la
pâte de maïs, comme les somaliens, ils
reçoivent 15 kg de spaghetti à la place de la
farine).
Et, après, boire de la bière parce qu'ils
n'ont aucun espoir de regagner leur pays un jour.
Presque tous les
gouvernements d'Afrique éprouvent du plaisir à
tuer ; j'ai fui mon pays parce que le gouvernement tire
à bout portant sur son peuple.
Je me suis réfugié dans un pays où le
gouvernement tue doucement en poussant les
réfugiés au suicide involontaire.
Devant cette situation
inadmissible, je me suis dit qu'il fallait que je
réagisse.
J'ai donc décidé de créer une
association pour venir en aide aux séropositifs et
aux personnes au stade de Sida car ils sont très
nombreux ici dans ce camp et que les conditions de vie y
sont très dures.