Maintenant, je
suis dans l'obligation de demander à mon père
(je n'ai pas de permis de conduire) de m'accompagner au
Centre Hospitalier d'Aurillac. Ce qui veut dire 120 km
aller et retour.
Je trouve aberrant
d'être obligé d'effectuer un tel
déplacement, à notre époque, pour une
prise de sang.
Mon état général est relativement bon
(pour le moment), malgré ma toxicomanie. Je souhaite
effectuer une désintoxication, mais où vais-je
bien pouvoir trouver un psychologue qui m'aidera à
vivre et à me sentir mieux sans substitut. Je suis
résigné car je sais qu'il me faudra effectuer
des déplacements fréquents sur Aurillac.
L'éloignement d'une grande ville ne m'aide pas : je
vis sans amour, "en solitaire avec mon virus et ma
toxicomanie", au milieu d'un bourg où le mot SIDA n'a
pas de sens !
J'ai heureusement la
chance d'avoir des parents proches de moi et
compréhensibles, des amis à qui je
téléphone ou j'écris, une partie de ma
famille également. Ce qui ne m'empêche pas de
me mettre à flipper : le moral tombe en dessous de
zéro, des angoisses s'emparent de moi. Cela fait
maintenant 10 ans que je suis séropositif : j'avoue
que j'ai peur ; c'est parfois insupportable à vivre
...
C'est une chaîne
sans fin car dès que le blues me prend, que le VIH et
la solitude prennent le dessus, j'ai tendance à
forcer sur les doses de codéine. L'état second
me permet de calmer mes angoisses et d'annihiler mes
pensées. Je me dois de préciser que j'ai
contracté le virus du VIH par voie sexuelle. Je n'ai
jamais touché à une seringue.
Isolé de la ville,
isolé des gens, je dois "gérer" mes angoisses
comme je le peux. Avec souvent plus de bas que de hauts. Je
suis conscient que mes parents sont attentifs, à mon
écoute, et que d'autres personnes infectées
par le VIH se trouvent dans une situation
désespérée, sans famille, sans amis,
loin de tout.
C'est dégueulasse !
Ce n'est déjà pas facile de vivre avec ce
putain de virus ; si en plus on se retrouve seul, alors, il
n'y a plus qu'à se flinguer.
Éric
Mars 1996.