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Témoignage de Joséphine.


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Témoignage de Joséphine. (1999)

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(Afrique)

Bien des gens vivant avec le VIH ont eu l'impression à la suite de leur test (sérologique à VIH) d'avoir raté leur vie. Si c'était à refaire, disent-ils, il y aurait beaucoup de choses qu'ils feraient autrement.

Pour ma part, ce virus ne m'ébranla pas de si tôt.

En 1997 -j'avais 30 ans- j'avais fait la connaissance d'un homme avec qui nous avions des promesses de mariage. Sans attendre les procédures officielles, on s'était décidé de vivre maritalement ; jusque là, tout allait pour le mieux.

Quelque temps plus tard, notre bonheur a commencé à se fissurer avec plusieurs maladies opportunistes que mon fiancé développait (typhoïde - toux - zona). Il était suivi médicalement par un médecin qui connaissait très bien son statut de séropositif et qui malgré tout ne m'avait fait part de rien.

Toute ignorante, j'étais toujours à son chevet pensant que cela devait passer. Pour dissimuler mes doutes, il me disait que c'était sa famille qui lui en voulait parce que socialement il avait réussi ses études et décroché un emploi de magistrat. Pourtant la famille était au courant de son statut sérologique depuis près de dix ans et c'est cette même famille qui m'accusait d'avoir envoûté leur fils. J'étais parmi eux comme un enfant.

De plus en plus son état de santé a commencé à se dégrader. Sa famille ne venait plus le voir, elle se moquait de moi. Ni le médecin ne m'aurait informé de quoi que ce soit.

J'ai contracté plusieurs dettes pour soigner son infection pulmonaire qui ne semblait pas vouloir finir. Débordée par mes multiples efforts, j'ai fait venir son grand frère ; quelques heures après, il rendit l'âme entre mes mains.

Le médecin qui le suivait a préféré appeler son grand frère pour lui dire de me ramener à l'hôpital après les obsèques, pour faire des analyses.

Avant que je ne revienne à la maison, tout avait été vidé, jusqu'à mes objets personnels.

Deux semaines après l'enterrement, la femme à son grand frère m'a appelée pour me dire que mon fiancé était mort du SIDA, et que le médecin traitant avait demandé à son mari de m'amener à l'hôpital pour faire des analyses. Malheureusement, son mari ne l'a pas fait parce qu'il avait honte et il a préféré me laisser dans l'ignorance.

Pour rentrer chez moi, il a fallu que ses collègues et amis fassent une petite quête pour mon transport et mon test, qui malheureusement s'est révélé positif.
Heureusement qu'à ce moment précis j'étais à côté de ma meilleure amie et mes enfants qui m'ont réconfortée moralement et psychologiquement ; sinon, j'aurais dû rendre l'âme.

J'ai passé presque trois mois de ma vie dans le vide, dans le noir, sans but précis. Petit à petit, j'ai commencé à m'interroger personnellement :

    - Pourquoi Dieu a voulu que cela m'arrive ? Et j'ai trouvé la réponse :
    - C'est d'accepter de vivre avec ce virus.
    - C'est de partager ma vie avec ce virus pour aider mes enfants et la société.

    o J'ai donc découvert que dans cette épreuve intérieure une vie nouvelle a commencé ; et depuis que j'ai accepté de vivre avec le virus, j'ai repris ma vie normalement, avec toutes mes ambitions et mes espoirs.
    o J'ai appris le bonheur des choses simples.
    o J'ai trouvé dans l'expérience intime de la maladie la force et le courage qui dépassent mon entendement.

Maintenant :

    # Je peux apprécier la valeur de la vie, savoir combien de fois il est honorable et majestueux d'avoir un jour de plus.
    # Je peux comprendre et ressentir la souffrance des autres.
    # J'ai appris à regarder, au travers de la vie, ce qui nous attend tous.

Ayant transcendé mon statut, j'en parle autour de moi.

    o Je n'ai pas encore le courage d'annoncer mon statut à ma famille, mais je les prépare déjà moralement.
    o Ma meilleure amie est au courant, et son estime pour moi n'a pas changé ; au contraire, elle a grandi.
    o Et j'accepte de faire des témoignages, comme ici aujourd'hui.
    o C'est pour faire comprendre à tous mes frères et sœurs que le Sida est une réalité.
    o Je voudrais aussi faire comprendre que le Sida n'est que la phase finale de la maladie ; hormis cela, il y a la séropositivité qui ne doit exclure personne des groupes sociaux, car une personne séropositive ne fait aucun mal.
    o Je voudrais aussi faire comprendre que le Sida étant un problème de société, seuls nous-mêmes pouvons l'enrayer en assurant une protection systématique avant chaque rapport sexuel (hors mariage) ; sinon, nos économies sont menacées.
    o Je voudrai aussi vous faire comprendre que le Sida n'a aucune distinction. Il peut attraper tout le monde (riches, pauvres, petits et grands).

Je lance un cri d'appel à tous mes frères et sœurs séropositifs ; je les prie de :

    - Ne pas perdre espoir.
    - Garder la mémoire haute, et à travers cela on peut vaincre la maladie.
    - Ne pas distribuer le virus, puisqu'en ayant des rapports non-protégés, on s'infeste plus.
    - À nos familles africaine de savoir gérer l'après deuil de nos défunts, sans nous approprier leurs biens tout en niant la réalité.

Mon souhait le plus cher en tant que personne vivant avec le VIH, est de m'investir pour cette cause humanitaire, pour qu'ensemble :

    - PV VIH*, nous prenions des résolutions qui nous offrirons l'accès aux soins, toutes couches sociales confondues.
    - PV VIH, nous puissions assurer notre bien être et celui de nos enfants orphelins.
    - PV VIH, nous partagions nos peines et nos joies.
    - PV VIH, nous parvenions à montrer le vrai visage du Sida.

Actuellement, je fais de la prise en charge psychosociale à la SWAA (Hôpital Laquintinie) et des visites à domicile.

Je tiens à remercier toutes ces personnes que j'ai rencontrées depuis ce jour où j'ai effectué mon test de dépistage jusqu'à ma venue au centre de prise en charge, car elles m'ont donné de la générosité à un moment difficile de ma vie.

Je termine ce témoignage en disant à mes frères et sœurs séropositifs de ne pas oublier le côté spirituel, de se remettre tous entre les mains de Dieu ; il a voulu que nous soyons ainsi, et peut-être un jour il nous montrera le remède.

Je vous remercie.

Joséphine
Conseillère Psychosociale
SWAA (Hôpital Laquintinie)
BP 5607
Douala, Cameroun
Tel : +237 42 32 46
Fax : +237 40 24 94


* Personne vivant avec le virus VIH (PV VIH)

Voir aussi :

Aides pour l'Afrique

Assassinée pour avoir révélé sa séropositivité...

Demande d'aide pour l'association FONDATION ESPOIR - GUINÉE F E G

Espoir Vie Togo

Le Fonds de Solidarité Thérapeutique International

Le Sida : une autre plaie pour l'Afrique.

Association SID'AFRIQUE

Le SIDATHON Côte d'Ivoire

Témoignage d'A.

Témoignage et demande d'aide de R.B.

Témoignage d'Hélène

Témoignage de M. : Lettre d'Afrique à l'association POSITIFS

Témoignage en provenance du Botswana



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