Bien des
gens vivant avec le VIH ont eu l'impression à la
suite de leur test (sérologique à VIH) d'avoir
raté leur vie. Si c'était à refaire,
disent-ils, il y aurait beaucoup de choses qu'ils feraient
autrement.
Pour ma part, ce virus ne
m'ébranla pas de si tôt.
En 1997 -j'avais 30 ans-
j'avais fait la connaissance d'un homme avec qui nous avions
des promesses de mariage. Sans attendre les
procédures officielles, on s'était
décidé de vivre maritalement ; jusque
là, tout allait pour le mieux.
Quelque temps plus tard,
notre bonheur a commencé à se fissurer avec
plusieurs maladies opportunistes que mon fiancé
développait (typhoïde - toux - zona). Il
était suivi médicalement par un médecin
qui connaissait très bien son statut de
séropositif et qui malgré tout ne m'avait fait
part de rien.
Toute ignorante,
j'étais toujours à son chevet pensant que cela
devait passer. Pour dissimuler mes doutes, il me disait que
c'était sa famille qui lui en voulait parce que
socialement il avait réussi ses études et
décroché un emploi de magistrat. Pourtant la
famille était au courant de son statut
sérologique depuis près de dix ans et c'est
cette même famille qui m'accusait d'avoir
envoûté leur fils. J'étais parmi eux
comme un enfant.
De plus en plus son
état de santé a commencé à se
dégrader. Sa famille ne venait plus le voir, elle se
moquait de moi. Ni le médecin ne m'aurait
informé de quoi que ce soit.
J'ai contracté
plusieurs dettes pour soigner son infection pulmonaire qui
ne semblait pas vouloir finir. Débordée par
mes multiples efforts, j'ai fait venir son grand
frère ; quelques heures après, il rendit
l'âme entre mes mains.
Le médecin qui le
suivait a préféré appeler son grand
frère pour lui dire de me ramener à
l'hôpital après les obsèques, pour faire
des analyses.
Avant que je ne revienne
à la maison, tout avait été
vidé, jusqu'à mes objets personnels.
Deux semaines après
l'enterrement, la femme à son grand frère m'a
appelée pour me dire que mon fiancé
était mort du SIDA, et que le médecin traitant
avait demandé à son mari de m'amener à
l'hôpital pour faire des analyses. Malheureusement,
son mari ne l'a pas fait parce qu'il avait honte et il a
préféré me laisser dans
l'ignorance.
Pour rentrer chez moi, il
a fallu que ses collègues et amis fassent une petite
quête pour mon transport et mon test, qui
malheureusement s'est révélé
positif.
Heureusement qu'à ce moment précis
j'étais à côté de ma meilleure
amie et mes enfants qui m'ont réconfortée
moralement et psychologiquement ; sinon, j'aurais dû
rendre l'âme.
J'ai passé presque
trois mois de ma vie dans le vide, dans le noir, sans but
précis. Petit à petit, j'ai commencé
à m'interroger personnellement :
- Pourquoi Dieu a voulu
que cela m'arrive ? Et j'ai trouvé la
réponse :
- C'est d'accepter de vivre avec ce virus.
- C'est de partager ma vie avec ce virus pour aider mes
enfants et la société.
o J'ai donc
découvert que dans cette épreuve
intérieure une vie nouvelle a commencé ; et
depuis que j'ai accepté de vivre avec le virus,
j'ai repris ma vie normalement, avec toutes mes ambitions
et mes espoirs.
o J'ai appris le bonheur des choses simples.
o J'ai trouvé dans l'expérience intime de
la maladie la force et le courage qui dépassent
mon entendement.
Maintenant :
# Je peux apprécier
la valeur de la vie, savoir combien de fois il est
honorable et majestueux d'avoir un jour de plus.
# Je peux comprendre et ressentir la souffrance des
autres.
# J'ai appris à regarder, au travers de la vie, ce
qui nous attend tous.
Ayant transcendé
mon statut, j'en parle autour de moi.
o Je n'ai pas encore le
courage d'annoncer mon statut à ma famille, mais
je les prépare déjà moralement.
o Ma meilleure amie est au courant, et son estime pour
moi n'a pas changé ; au contraire, elle a
grandi.
o Et j'accepte de faire des témoignages, comme ici
aujourd'hui.
o C'est pour faire comprendre à tous mes
frères et sœurs que le Sida est une
réalité.
o Je voudrais aussi faire comprendre que le Sida n'est
que la phase finale de la maladie ; hormis cela, il y a
la séropositivité qui ne doit exclure
personne des groupes sociaux, car une personne
séropositive ne fait aucun mal.
o Je voudrais aussi faire comprendre que le Sida
étant un problème de société,
seuls nous-mêmes pouvons l'enrayer en assurant une
protection systématique avant chaque rapport
sexuel (hors mariage) ; sinon, nos économies sont
menacées.
o Je voudrai aussi vous faire comprendre que le Sida n'a
aucune distinction. Il peut attraper tout le monde
(riches, pauvres, petits et grands).
Je lance un cri d'appel
à tous mes frères et sœurs séropositifs
; je les prie de :
- Ne pas perdre
espoir.
- Garder la mémoire haute, et à travers
cela on peut vaincre la maladie.
- Ne pas distribuer le virus, puisqu'en ayant des
rapports non-protégés, on s'infeste
plus.
- À nos familles africaine de savoir gérer
l'après deuil de nos défunts, sans nous
approprier leurs biens tout en niant la
réalité.
Mon souhait le plus cher
en tant que personne vivant avec le VIH, est de m'investir
pour cette cause humanitaire, pour qu'ensemble :
- PV VIH*, nous prenions
des résolutions qui nous offrirons l'accès
aux soins, toutes couches sociales confondues.
- PV VIH, nous puissions assurer notre bien être et
celui de nos enfants orphelins.
- PV VIH, nous partagions nos peines et nos joies.
- PV VIH, nous parvenions à montrer le vrai visage
du Sida.
Actuellement, je fais de
la prise en charge psychosociale à la SWAA
(Hôpital Laquintinie) et des visites à
domicile.
Je tiens à
remercier toutes ces personnes que j'ai rencontrées
depuis ce jour où j'ai effectué mon test de
dépistage jusqu'à ma venue au centre de prise
en charge, car elles m'ont donné de la
générosité à un moment difficile
de ma vie.
Je termine ce
témoignage en disant à mes frères et sœurs séropositifs de ne pas oublier le
côté spirituel, de se remettre tous entre les
mains de Dieu ; il a voulu que nous soyons ainsi, et
peut-être un jour il nous montrera le
remède.
Je vous remercie.
Joséphine
Conseillère Psychosociale
SWAA (Hôpital Laquintinie)
BP 5607
Douala, Cameroun
Tel : +237 42 32 46
Fax : +237 40 24 94