NDLR
: En publiant, il
y a bientôt 7 ans, Innocents et
Coupables comme
éditorial du N°11 de notre journal Sida Tout Va
Bien, nous rendions hommage à Jean René
GRISONI, Membre Fondateur puis Président de
l'association POSITIFS.
Il nous arrive encore de penser à lui, ainsi
qu'à d'autres membres de l'association POSITIFS,
aujourd'hui disparus, et sans lesquels l'association
POSITIFS ne serait pas devenue ce qu'elle est maintenant, au
niveau national et surtout international.
Aujourd'hui, alors que notre serveur Internet a
été consulté plus de 500 000 fois (un 5
avec 5 zéros, et sans l'aide d'aucune subvention !),
nous souhaitons lui rendre à nouveau hommage en
republiant ce texte et en lui conférant, grâce
à la toile du Web, une diffusion ubiquitaire et
intemporelle !
De plus, nous pensons que
ce texte est historiquement important et édifiant, et
qu'il est toujours d'actualité dans l'Affaire du sang
contaminé
qui, il y a 7 ans, était évoquée de
façon sporadique, et sous l'appellation pudique de
l'Affaire de la
transfusion sanguine.
Cette terrible Affaire du
sang contaminé nous obligera, pendant longtemps,
à ne pas oublier le fait que, si l'on avait
écouté les recommandations
éclairées de certains chercheurs et si l'on
avait pris, sans retard, les mesures adaptées
(notamment dépistage précoce et
adéquat), la prise en compte du SIDA en tant
qu'épidémie aurait pu être faite de
façon plus précoce par les autorités
dites "compétentes" ! Le nombre de personnes
contaminées (et pas uniquement par la voie des
transfusions) en aurait été fortement
réduit.
À ce propos, il convient
de rappeler certaines de nos positions dans cette affaire,
en ce qui concerne le chapitre de la responsabilité
du ministère de la Santé et des hommes
politiques : nous considérons que cette
responsabilité incombe avant tout à certains
conseillers techniques du ministère de la
Santé, qui ont traité avec
légèreté certaines informations qui
leur étaient parvenues sur leur bureau .*
Rappelons qu'en raison de la diversité et de la
complexité des sujets médicaux, ce sont les
conseillers techniques qui ont mission d'informer et de
prévenir les hommes politiques sur tout dossier de
Santé publique à risque.
Donc, l'acharnement systématiquement pointé en
direction des seuls hommes politiques nous paraît
douteux.
Il faut aussi savoir que
ces conseillers techniques sont en poste parfois de
manière immuable : c'est particulièrement le
cas au ministère de la Santé où la
plupart siègent pendant des décennies,
indépendamment des remaniements
ministériels.
Or, dans certains cas, ces membres auraient des liens
hautement privilégiés avec l'industrie
pharmaceutique : "22 des 27 membres du conseil scientifique
de l'Agence du médicament (qui autorise la mise sur
le marché des médicaments) déclarent
des liens d'intérêt avec des laboratoires"...
"Les pouvoirs publics, garants théoriques de la
santé publique, sont confrontés à des
intérêts économiques puissants :
laboratoires pharmaceutiques, producteurs d'engrais et
agriculteurs, utilisateurs, producteurs et distributeurs
d'alcool et de tabac, etc." **
Au chapitre de la
responsabilité, il convient en effet de mentionner
aussi explicitement ceux dont le principal objectif est de
faire de l'argent
coûte que coûte, comme c'est le cas de certains
industriels *** qui ont commercialisé
certains réactifs de tests du Sida moins performants
que d'autres, et qui se sont pourtant acharnés
à la course pour la place de leader.
Nous tenions à
préciser certaines de nos positions car le
ministère de la Justice ne s'est, à aucun
moment, adressé à nous pour recueillir notre
point de vue !
Pourtant, les principaux intéressés sont,
certes, les contaminateurs et les contaminés,
surtout, mais aussi les associations de lutte contre le
Sida, notamment celles dont les membres ont
été contaminés par cette voie, et pas
uniquement celles, parmi les plus médiatisées,
que l'on projette régulièrement sur le devant
de la scène, par facilité journalistique, ou
pour d'autres raisons...
Dr J.
AVICENNE
Juin 1999