Nous avons récemment appris cette
terrible nouvelle : pour avoir lutté contre le SIDA
au sein de sa communauté, une de nos sœurs d'Afrique
du Sud a été assassinée. Gugu DLAMINI,
âgée de 36 ans et volontaire de l'association
nationale des personnes vivant avec le VIH/SIDA en Afrique
du Sud (National Association of People Living with
HIV/AIDS-NAPWA), a été lapidée et
battue à mort par ses voisins, deux semaines à
peine après avoir révélé son
statut VIH au cours des cérémonies pour la
journée mondiale de lutte contre le SIDA, le 1er
décembre 1998.
Par le
passé, de nombreuses femmes au sein d'ICW ont pris la
décision courageuse de révéler leur
statut, mais pour aucune d'entre elles, cela n'a eu une
telle conséquence tragique. Nous savons que vous
partagez notre colère et notre sentiment d'horreur et
que vous vous associez à notre deuil. Mercy
MAKHALEMELE et Prudence MABELE, toutes deux membres Sud
Africaines d'ICW et activistes de
la lutte contre le SIDA, ont tenu à témoigner
après cet épouvantable
événement. Mercy : " C'était une femme
délicieuse et charmante, et à présent,
son enfant est orphelin à cause du SIDA. Non pas
parce qu'elle en est morte. Mais parce qu'elle a
exercé un de ses droits constitutionnels : la
liberté de parole ". Prudence, la première
femme en Afrique du Sud à avoir
révélé publiquement son statut VIH en
1994, se souvient que Gugu avait été
menacée à plusieurs occasions et que, pour des
raisons de sécurité, elle avait finalement
dû déménager et s'installer à
Pretoria.
Mercy et
Prudence ont toutes deux exprimé ce que ce brutal
assassinat signifie pour les personnes séropositives
en Afrique du Sud, pays qui connaît un des plus fort
taux de progression de l'épidémie. Prudence ne
sait plus "à présent, si les personnes doivent
révéler publiquement leur statut." Mercy
espère que "cet événement permettra de
galvaniser la colère chez les activistes." Le
Député Président, Thabo MBEKI, qui
l'année dernière, au cours de la
journée mondiale de lutte contre le SIDA avait
lancé son initiative "Lutter en Partenariat contre le
SIDA ", a fait la déclaration suivante : " C'est une
histoire abominable. Nous devons prendre soin et soutenir
les personnes touchées par le VIH, non pas les
traiter comme si elles étaient porteuses d'une
maladie diabolique. "
Par une
triste ironie du sort, il est fort possible que certaines
des personnes qui ont attaqué Gugu DLAMINI soient
séropositives elles-mêmes. D'après de
récentes estimations de l'OMS et de l'ONUSIDA, entre
un adulte sur sept et un adulte sur neuf serait
touché par le VIH dans ce pays. Au moins trois
millions de personnes en Afrique du Sud sont
séropositives, et au KwaZuluNatal, là
où a vécu Gugu DLAMINI, 30% de la population
adulte est touchée par le virus.
ICW est
profondément choquée et attristée par
la mort de Gugu DLAMINI. Individuellement, nous avons
essayé de comprendre la portée d'une telle
tragédie. Nous reconnaissons que c'est le pire de nos
cauchemars devenu réalité. Et bien
qu'extrême, cet événement est loin
d'être isolé. Dans beaucoup d'autres endroits
du monde, des femmes séropositives, des hommes, des
enfants doivent également faire face à une
hostilité sans bornes et une extrême violence
si leur statut VIH est révélé
publiquement.
ICW n'a
jamais encouragé les femmes à
révéler volontairement et publiquement leur
statut, sauf après que ces dernières aient
sérieusement considéré les
conséquences qu'une telle décision pourrait
avoir sur leur vie future. Et pourtant, nous savons que tant
que nous continuerons de cacher notre statut, la honte, le
secret et la peur continueront d'avoir des effets
négatifs sur nos vies. Vivre en secret avec le VIH
peut être isolant et déprimant. Mais dans
certaines situations, révéler publiquement son
statut peut être dangereux.
En Afrique
du Sud, Mercy MAKHALEMELE espère organiser une marche
de protestation à la fin mars. Ce qui s'est
passé ce 12 décembre 1998 ne doit jamais
être oublié. Mais ce serait une erreur
d'oublier les violences auxquelles continuent de faire face
les personnes séropositives dans le monde entier.
C'est une des principales raisons pour lesquelles les
personnes séropositives doivent se rassembler et
continuer à se battre pour leurs droits et leur
avenir. C'est aussi pourquoi il est important qu'ICW
continue d'exister pour les femmes séropositives du
monde entier.
Bien que
nous parlons souvent de l'importance de la visibilité
des personnes séropositives, un tel
événement nous amène à nous
demander si la visibilité en elle-même change
les choses pour le mieux.
Que
pensent les lectrices d'ICW Actualité ? Quelles
expériences - positives ou négatives -
avez-vous vécues après avoir rendu public
votre statut ?