Que s'est-il
passé à l'instant où j'ai croisé
son regard ? Je ne le saurai jamais ... en apparence, rien
ne pouvait nous rapprocher.
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Lui, dès sa naissance
voué à l'exclusion, enfant perdu dans une
famille d'illettrés, cherchant un peu de chaleur dans
un univers où le manque d'amour glaçait les
étés les plus chauds. Personne pour l'aider
à grandir, à apprendre le bien et le mal. Plus
tard, pour faire croire aux autres (et à
lui-même) qu'il existait, il s'est
façonné une image de rebelle revendiquant la
solitude comme son insoumission face à toutes sortes de
contraintes. Depuis son enfance, il avait compris qu'il
fallait mieux enfouir au plus profond de son être son
besoin d'amour et tous ses trésors de tendresse qui
pouvaient le perdre. Sa révolte contre toutes formes
d'injustice, il n'avait même pas les mots pour
l'exprimer...
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Moi, née dans un milieu où ne
manquaient ni l'argent ni le confort, et où les
mondanités étaient une règle de vie et
les enfants muets par définition. Personne ne
répondait à mes questions et l'amour
était absent car «tabou». J'ai vite compris
que le pouvoir ne pouvait passer que par le savoir, et je me
suis créé, pour grandir, un univers où
mes seuls amis étaient les livres ; les yeux grands
ouverts sur ce monde, je ne constatais qu'injustices contre
lesquelles je m'insurgeais déjà...
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Lui,
a poussé
comme une mauvaise graine semée sur une terre aride ;
il apprenais que le pouvoir, c'était l'argent... et
sa seule façon d'exister, c'était d'en
posséder beaucoup. De là à tomber dans
la délinquance... Il n'y avait qu'un pas qu'il a vite
franchi. Puis vinrent les tentations du «voyage»,
du «trip» souvent sans retour ; s'envoler avec la
drogue pour mieux s'y perdre, c'était facile, mais
cela menait souvent à l'incarcération.
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Moi, je grandissais chaque jour un peu
plus curieuse, un peu plus seule... Le vide affectif
n'était comblé que par le bonheur de retrouver
mes livres. On m'a très vite
«démarquée» du reste de la famille,
avec raison car je n'avais rien à leur dire.
L'injustice me faisait de plus en plus réagir ; je
prenais déjà des positions qui
dérangeaient les «âmes bien
pensantes» et qui se disaient
«charitables».
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Lui, il allait d'incarcération
en solitude, de solitude en toxicomanie et de toxicomanie en
incarcération ; c'était son lot quotidien, et
quand le couperet tomba avec le diagnostic : séropositif ... à quoi pouvait-il
rêver désormais ? Deux fois malade, deux fois
exclu ; condamné à mort pour cause d'enfance
assassinée, il ne lui restait que les plaisirs
éphémères procurés par ces
filles qui partageaient son lit, et qui le laissaient si
amer au petit matin... Parents ! êtes vous donc si
inconscients ?
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Moi, je m'acharnais à
revendiquer mon indépendance face à des
parents qui usaient leur énergie à refuser de
comprendre quoi que ce soit, me clouant au mur de la
marginalité, renforçant ainsi ce besoin de
combattre qui était en moi.
Nos routes semblaient pour
le moins aux antipodes, et pourtant ... Un jour, elles se
sont croisées dans un lieu où lui pensait
trouver un peu de chaleur humaine auprès de ceux qui,
atteints du même mal, se retrouvent
régulièrement ; et moi, toujours guidée
par une insatiable curiosité, ce besoin de savoir, de
connaître m'ont amenée ce jour là en cet
endroit. Le destin nous réservait bien des surprises.
Il fallait bien un lieu où nos routes puissent se
croiser.
Aujourd'hui et jour après jour, nous apprenons
à nous aimer, à nous apprécier à
travers nos différences qui sont autant de richesses
et non des handicaps comme beaucoup semblent le penser.
Notre sensibilité est la même. Notre vision du
monde, en dépit de ses apparences bien souvent
trompeuses, se rejoint, et notre objectif, le but que nous
nous sommes donnés, est devenu notre combat
quotidien. Certains ricaneront que tout cela est bien
utopique ... et quelque peu prétentieux de notre
part.
À tous ceux là, j'ai envie de répondre que le
fait de vivre aujourd'hui, d'être en bonne
santé et en pleine possession de ses facultés
intellectuelles implique des devoirs autant que des
droits.
Le devoir, chacun à son échelle, d'essayer de
faire avancer l'humanité, d'améliorer la
condition humaine au lieu de la détruire.
Nous, nous avons choisi de lutter main dans la main contre
tous ces préjugés qui ressemblent trop
à une prison, contre l'intolérance et le
racisme qui mènent tout droit à la
toxicomanie, contre toutes ces injustices qui
gangrènent notre société aussi
sûrement que le cancer.
Et c'est d'abord aux enfants que nous voulons transmettre
tout ce que nous avons appris dans la vie, ce qui nous a
été donné sur des chemins si
différents et qui se sont croisés ce soir
là. Le hasard n'y était pour rien.
Cette petite phrase, si petite soit-elle et qui tient en 4
mots : SIDA TOUT
VA BIEN, on
l'a faite nôtre aujourd'hui.
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Lui, il va bien, merci. Il n'est plus
condamné. Il sourit à la vie; il essaie de
naître tel qu'il est lui-même ; il se
découvre, se surprenant un peu plus chaque jour. Il
va pouvoir vivre cette enfance qui lui a été
volée. Et cette toxicomanie qu'il traîne avec
lui depuis plus de vingt ans et qui le poursuivra toujours,
pensez-vous si fort que je vous entends ...
Mais de quelle toxicomanie voulez-vous parler ? Je ne vois
pas ce que vous entendez par là ... et lui non plus
d'ailleurs !
Alors vous, si bien emmitouflés dans votre savoir,
vous qui condamnez souvent à mort des êtres
humains qui ne demandent qu'à être aimés
et écoutés, en refusant de saisir une main
qu'ils vous tendent, en refusant de leur offrir le plus
petit espoir ... respectez-les, écoutez-les ... ils
ont beaucoup de choses à vous apprendre.
Rachid &
Marie-France
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Ce témoignage se veut avant tout un message d'espoir
pour tous ceux qui se croient condamnés, pour tous
ceux qui luttent pour sortir de l'enfer ; si nous pouvons
les aider à se sentir moins seuls, il n'aura pas
été inutile. Et s'il permet de faire
réfléchir et d'ébranler les certitudes,
les idées toutes faites de ceux qui ont la chance
d'avoir accès au savoir, nous nous sentiront encore
un peu mieux armés pour continuer.
Ceux qui se sont reconnus, et les autres, au travers de ce
témoignage, peuvent nous écrire. Nous
répondront à toutes les lettres.
Écrivez à
:
Sida Tout Va
Bien -
POSITIFS, BP 230, 75865 Paris cedex
18, France
qui
transmettra.
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