Le
«démarrage» (mois de Mars et Avril 1996) a
été relativement calme. A l'origine, la
majorité des appels concernaient des articles
médicaux parus dans «Sida Tout Va
Bien»,
à savoir beaucoup de demandes de renseignements
complémentaires concernant le cartilage de requin,
puis le CHAM3. Ces questions, ne relevant pas de ma
compétence, ont été transmises à
un des Docteurs J. Avicenne avec lequel je travaille en
étroite collaboration (rapports quasi journaliers sur
les appels).
Vers la fin du mois d'avril, P.I.S.E. a pris une orientation
différente. Il faut préciser que des
associations rurales ont fait paraître une information
sur la permanence (Fédération Nationale des
Foyers Ruraux et Associations de Développement du
Milieu Rural ainsi que Familles rurales). Ces publications
nous ont permis de mettre en évidence que de
nombreuses personnes séropositives, ou malades, se
trouvaient dans des situations morales très
difficiles. A partir de ce moment, une grande partie des
appels provinrent du milieu rural. L'information n'est pas
passée dans nos campagnes. L'exclusion est grande. La
solitude également...
A partir de cette période, P.I.S.E. a pris une
orientation plus "sociale", avec surtout des demandes de
soutien psychologique et moral importantes.
Parallèlement, à la suite de la publication du
témoignage d'Éric sur le VIH et la toxicomanie en
milieu rural (voir S.T.V.B. N° 24) - qui d'ailleurs a
été repris par plusieurs médias (Impact
médecin, Foyers Ruraux, etc...) -, le nombre d'appels
de personnes défavorisées, en situation
morales et sociales difficiles, s'est encore accru.
Par la suite, un nombre croissant d'appels, de personnes HIV
+, de toxicomanes, est survenu. Dans un premier temps, il a
d'abord fallu effectuer les démarches auprès
des organismes sociaux, afin d'obtenir une couverture
sociale (ainsi que l'aide médicale) ; ensuite trouver
d'urgence un hébergement (ce qui relève d'une
véritable gageure !). La majorité d'entre eux,
faute de couverture d'assurance maladie, ont
abandonné tout traitement et tout suivi
médical. D'autres avaient perdu toute confiance
à l'encontre du milieu médical et/ou des
organismes d'État. Ce qui a impliqué une remise en
confiance, ainsi qu'un accompagnement de ma part dans les
démarches administratives, mais aussi
médicales.
A l'origine, je ne pensais pas être amené
à faire «un travail de terrain». Mais je ne
pouvais rester devant le téléphone pour
conseiller ces malades ; de plus un soutien associatif
permet d'ouvrir certaines portes...
Il est vrai que ces déplacements ont quelque peu pris
du temps sur les permanences téléphoniques,
mais le résultat est plus que concluant. Je
culpabilise de n'être pas toujours présent.
C'est pourquoi lors de mes absences, il est tout à
fait possible maintenant de me joindre, par le biais d'un
téléphone portable (numéro
indiqué sur le répondeur).
Par contre lorsqu'un malade est remis «sur pieds»,
je tiens à conserver des contacts ; cela me semble
très important pour le malade, mais aussi pour
moi.
Je suis également amené à travailler en
partenariat avec diverses associations : en particulier
«VAINCRE LE SIDA» (VLS) à qui j'ai fait
appel d'urgence et dont je tiens d'ailleurs à
remercier chaleureusement toute l'équipe pour leur
aide et leur dévouement lors de demandes de prise en
charge de malades dans l'urgence. J'en profite pour
remercier Liliane, Sandrine, Corinne et toute l'équipe
d'infirmières pour leur soutien.
En conclusion, P.I.S.E.
est actuellement en développement. Mais je dois dire
que beaucoup d'appels sont des combats à mener,
demandant beaucoup de temps et de présence. Le
problème essentiel actuel est de trouver des
logements (50% des appels). Je me propose de faire un point
plus précis dans quelques mois. En attendant, courage
et bon été.
Alexis.