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Chroniques du sida ordinaire.


Témoignages => Chroniques => HIV HOP => Chap. 10. (2000)


HIV HOP


chapitre dix + entracte

J'ai eu beau leur dire qu'il n'y avait rien dans les bagages, le règlement c'est le règlement ; et on s'est tapé la fouille de toutes nos affaires, avec examen de chaque pièce de tissu, inspection de tous les objets, ouverture de tous les sacs, poches et boites, jusqu'à mes médicaments dont les flacons furent soigneusement vidés. Et ils ont eu bien raison, car tout au fond de ma blague à tabac (rangée avec une série d'objet personnels), dans un bout de feuille de papier pliée astucieusement, voila-t-il pas que "tiens, qu'est ce que c'est que ces petites graines ?..."
Ah ben ça alors ! Les graines de marijuana que m'a un jour donné Horus, en me précisant que ni elles, ni les générations d'avant, n'avaient eu le moindre contact avec un engrais ou un produit chimique industriel. Cent pour cent naturel. Que j'avais égarées, bien sûr. Je suis tout surpris de les retrouver et ça les fait marrer ; car, bon, il n'y a pas grand chose. Mais ils les mettent de coté tout de même.
On passe aux choses sérieuses, le sac de golf. Là, je m'en occupe moi-même. J'ouvre la poche latérale, sort mes vieilles chaussures au cuir tout éraflé (à moitié rongées par l'humidité et aux clous encore plus rouillés que le pick-up de Brian), extrait de chacune un saucisson de belle taille, enveloppé dans du plastique (totalement inefficace, donc) et les pose sur le bureau, tandis que la pièce s'emplit d'une odeur caractéristique. Vraiment fraîche cette herbe ; leur chien a dû devenir complètement cinglé.
Et là, bien que ce soit très éloigné d'une grosse prise, je vois bien qu'ils sont heureux comme des gosses ; et ils se pressent tous les quatre autour de la balance, pour voir combien il y en a. Content de vous faire plaisir, les gars.
Seulement, maintenant qu'ils ont trouvé ça, il y a une chose qu'ils ne peuvent éviter (car, bizarrement, je vois bien que ça les gêne plus que moi (il faut dire que je suis un peu dans le cirage, tant je suis fatigué ; je sors à peine d'un mois d'hôpital bien tassé, tout de même) : la fouille au corps.
Déjà, ils exemptent Valérie d'office (pas très professionnel, mais ça nous arrange tous). Ensuite ils m'emmènent à deux vers une cellule, me demandent mes chaussures (en me regardant le nombril), puis ma chemise (en regardant leurs pieds) qu'ils tâtent vaguement du bout des doigts, mon pantalon (en regardant le mur) dans l'examen duquel ils se penchent avec un bel ensemble, et finalement me demandent (avec quelques efforts, et en regardant ailleurs) de baisser mon caleçon, puis de faire un tour complet sur moi même. Alors qu'il doit se passer quelque chose de passionnant dans le couloir, vu qu'à cette étape, ils sont pratiquement en dehors de la cellule. Bon, je n'ai pas deux kilos de crack collés sous les aisselles (comme il s'en doutaient), et ne veulent rien voir de plus. Touchants ces douaniers.

Nous revoilà dans le bureau, et on passe à l'interrogatoire.
- Bon, vous reconnaissez que vous transportez une marchandise illégale?
- ben oui, bien sûr.
Ça l'étonne de plus en plus. Je n'essaie même pas de lui monter le bateau "c'est pas à moi, quelqu'un l'a mis là, je ne sais pas de quoi vous parlez..." ; mais d'un autre côté je ne suis pas non plus complètement effondré, et je lui fait des aveux sur le ton d'une conversation de salon. Donc il est très étonné, et je me fais un malin plaisir de lui montrer que moi, je suis étonné de son étonnement ; j'aimerais bien lui faire comprendre que pour moi, c'est tout naturel de se promener avec ça.
- et quelle est la valeur de la marchandise ?
- Ahhhhhh...et bien ça, je ne peux pas vous dire.
- combien ça vaut ?
- si je ne peux pas vous le dire c'est parce que je ne le sais pas ...
- mais enfin, combien vous l'avez achetée ?
- ah mais je ne l'ai PAS achetée.
- comment ça ?
- Ben non, on me l'a donnée.
Là ça l'arrête. Il me regarde un moment avec un air incrédule, se tourne vers ses copains avec des sourcils qui vont bientôt toucher ses cheveux, et ne trouvant aucune aide de ce côté là (ils font tous exactement la même tête) me fixe à nouveau.
- Ben oui, juste avant de partir de Ste Lucie, un ami rasta m'a donné ça pour que une fois chez moi, je puisse fumer la "bon'zeb" en pensant à eux.
Il ne veut toujours pas comprendre.
- voyez-vous, chez les rastas, enfin, les vrais, il existe de nombreuses règles de conduite, comme ne pas tuer, ne pas voler, etc... qui, si elles sont suivies scrupuleusement (nous parlons des vrais rastas, hein ?) mènent par exemple à être végétarien (pour ne pas tuer une vie) et à ne jamais vendre de ganja. Car se serait voler que de vendre une chose offerte par Jah. La ganja, ça ne se vend pas, ça se partage. C'est une règle de base. D'ailleurs, la prochaine fois que vous chopez un de ces pseudo-rastas qui dealent à tous les coins de rue de Fort De France (et autour de "la savane" en particulier), si vous voulez vraiment leur faire honte, laissez tomber la morale ; dites leur juste que Jah les regarde. Car ils violent une règle fondamentale de leur philosophie, mais ça l'homme blanc le sait rarement.
Là j'ai l'impression d'être à l'école. Côté professeur évidement. Ils m'ont laissé parler tout ce temps, m'on écouté sans bouger, et semblent même être intéressés... Étonnants ces douaniers.
Ils se réveillent doucement, reviennent à leur formulaire, et se demandent bien ce qu'ils vont marquer dans la case. Il n'y a manifestement pas la place d'y écrire tout ça, et "valeur nulle", ça va avoir du mal à passer. Alors ils discutent un moment (ils sont plus au courant des tarifs que moi) et finissent par se mettre d'accord sur une somme. Ils commencent vraiment à me plaire.
Petit remue ménage, l'un part avec le formulaire, l'autre avec les pièces à conviction, le troisième vers le prochain avion, et le dernier... nous garde. Il nous explique qu'habituellement, enfin selon le règlement, il devrait nous attacher au radiateur (si, si, il Y A un RADIATEUR dans la salle d'interrogatoire du service des douanes, à Fort De France) qu'il nous montre du doigt, et qui, je le suppose, ne doit servir qu'à ça (quoique, si ils mettent la clim à fond pour les touristes, les autochtones doivent lancer le chauffage dans leurs bureaux), mais que cette fois, ça n'a pas l'air nécessaire. Il faut dire que ni l'un ni l'autre ne montrons le moindre signe d'agressivité, et que de toute façon, vu notre état, il ne risque pas grand chose.
- et maintenant, il se passe quoi ?
- et bien mon collègue contacte le Préfet de Police...
(oh merde, un vendredi soir, ça ne met pas de bonne humeur...)
- ...pour lui soumettre l'affaire. Il peut demander une garde à vue avant interrogatoire par la police, ...euh ... lundi.
(oh putain, un week end en taule ...)
- ou ?
- si c'est une toute petite prise, il peut faire relâcher avec juste une amende. Pas de casier, rien.
- et nous, on est une petite prise, ou une grosse prise ?
- ben... vous, il y en a un peu beaucoup. Mais bon, on voit bien que vous ne trafiquez pas ; la consommation personnelle, ça passe mieux ; c'est les passeurs qu'on essaie d'arrêter. Mais enfin quand même, il y en beaucoup.
- on a une chance quand même ?
- fff ... normalement non. Mais, bon j'ai discuté avec mes collègues, et on est tous d'accord pour proposer une simple amende.
- alors c'est vous qui décidez ?
- non, pas vraiment. Disons que d'habitude avec cette quantité, vous n'y coupez pas. Maintenant, si on lui explique que vous n'êtes pas un dealer, ni un voyou, et qu'on est d'accord pour vous laisser partir, ça peut marcher.
De plus en plus sympas les gars.
Il nous laisse aller aux toilettes, chacun son tour, SANS nous accompagner (en nous précisant que d'habitude ..., mais que là c'est spécial...). Détail amusant, il y a une grille au fond de l'urinoir. Bien sûr ; le premier endroit pour se débarrasser d'un petit sachet encombrant. Évident, mais je n'y avais pas pensé.
On est bien restés deux heures avec notre douanier moustachu, à parler de choses et d'autres. Bien sûr, il nous a raconté quelques "grosses prises", et je le lançai sur le sujet de "à quoi on les repère". Alors là, c'était pas très clair dans son esprit. Car, bien qu'affirmant avoir de bons résultats, il fut incapable de nous définir un suspect-type. Parfois c'est le jeune négligé, mais parfois aussi, c'est le cadre cravaté ou la mère de famille avec ses gosses (et là, une histoire sur les couches culottes remplies de coke) ; c'est une question de flair, nous dit il. Exactement comme pour le chien, hormis que le chien SAIT pourquoi il aboie, car il reconnaît une odeur. Le douanier, lui, travaille d'une manière beaucoup moins rationnelle, car il "flaire" quelque chose, sans savoir ce que c'est. On pourrait dire qu'il travaille au pif.
Comme nous l'avons amadoué, il finit même, après quelques contorsions, et pas mal de gêne, par nous demander "et... finalement, quel effet ça fait, ... de fumer de l'herbe ?...". Je rêve. Ce type passe sa vie à surveiller, suspecter, interpeller, fouiller des gens ; tout ça au cas où ils détiendraient une substance interdite, dont il a déjà vu passer l'équivalent de plusieurs tonnes, et en plus ça pousse tout seul dans cette île, avec des gens qui en fument pratiquement à tous les coins de rue, et bien il n'a jamais essayé. De plus en plus étonnant.
Je ne rate pas une telle occasion de faire un peu de promotion (et d'instruction) en prenant bien garde de ne pas trop en faire, et d'énoncer la stricte réalité. Que fumer rend un peu bête, c'est vrai, mais en décontractant, pas en excitant. Qu'un fumeur, même ayant abusé, n'a jamais envie de cogner sur son voisin, ni de violer sa voisine, ni de rouler à cent cinquante dans une agglomération. Et que à mon avis, si on remplaçait l'alcool par le cannabis, dans toutes les occasions où il est consommé, on règlerait d'un coup pas mal de problèmes de société.
Je ne sais pas s'il me croit complètement, mais en tout cas, il aura eu l'occasion de se confronter au point de vue de l'utilisateur. C'est toujours ça. Je ne peut pas non plus évangéliser cannabiquement tous les douaniers du monde.

Le collègue en charge de la procédure finit par revenir, et nous annonce que ça va marcher, qu'il suffit de remplir un ou deux formulaires, de payer l'amende, et on nous relâche. Soulagement.
Premier formulaire sur lequel un de nos artistes (courbé en deux sur la feuille, les doigts serrés sur son crayon et le bout de la langue pointant entre ses lèvres) s'occupe à décrire les faits qui nous ont conduits là ; j'apprend ainsi qu'un certain "Rak" (le fameux chien, qui depuis, je suppose, avec tout ce qu'il s'est pris dans les cellules olfactives, a dû partir en cure de désintoxication) a "montré des signes très nets d'excitation au passage d'un sac de golf de couleur rouge" (je suis sûr qu'il a mordu quelqu'un), qu'ils ont consulté les étiquettes, identifié les propriétaires du lot de bagage, et les ont interpellés en salle d'embarquement. Le reste, on connaît.
Deuxième formulaire, auquel je participe, car il s'agit en gros d'un contrat à l'amiable, entre moi et l'administration, qui s'engage à abandonner toute poursuite, sous réserve du paiement immédiat (et en liquide) d'une amende d'un montant de ... merde, on n'a pas assez,... trois mille cinq cent francs. Ah. Je le leur dit bien sûr. Ils se renfrognent ; pas de pognon pas de contrat ; donc, en taule.
"on a bien une carte bleue..." ah, là, ça peut s'arranger. Bien qu'on ne le fasse pas habituellement, on va faire une exception (encore !), et on nous accompagne jusque dans le hall de l'aéroport, vers un des distributeurs d'argent (alors qu'on devrait être menotté à un radiateur au fond de leurs bureaux) ; là, la bonne fée des transactions bancaires électroniques est avec nous, car nous arrivons à réunir la rançon.

Retour au bureau, versement de la somme, dernières signatures, "vos exemplaires à conserver", et ils nous raccompagnent vers la sortie, nos bagages soigneusement alignés sur des chariots (qu'ils poussent), et là, au moment de se séparer, arrive la chose la plus incroyable, la plus inattendue,... et finalement la plus agréable : ils s'excusent . Oui, oui, comme je vous le dis :
"Vous savez on est désolés de vous avoir fait subir tout ça, car vous êtes des gens bien, mais on ne fait pas ce qu'on veut ; il y a le règlement ; alors, nos excuses." Sans blague.
Même chez les douaniers, il y a des gens incroyables.

à suivre...

Shabin

© Copyright Shabin, France, 1999.


Entracte

Analyse comptable du bonheur

Il y a deux manières de voir le bonheur.

La manière actuelle (qui découle directement du monde très matérialiste dans lequel nous évoluons) selon laquelle nous vivons sans cesse le cycle fermé suivant :
- désir
- accomplissement du désir
- plaisir
- usure du plaisir
- nouveau désir.

Rien d'extraordinaire là dedans ; vous avez envie d'une voiture neuve, vous vous l'offrez, vous profitez du plaisir ainsi obtenu, vous vous habituez (pendant que la voiture vieilli), et après un certain laps de temps, commencez à avoir envie ... d'une voiture neuve.
Alors, évidemment, il n'y a pas besoin d'être polytechnicien pour s'apercevoir que ça ne mène nulle part. Car vous pouvez décrire indéfiniment cette sinusoïde du bonheur, et finir par vous retrouver un jour (ça, personne n'y échappe) en face de votre créateur (ou pire, en face de rien du tout, selon vos croyances), et vous demander ce que vous avez bien pu faire durant vos années terrestres. Par exemple, en quoi à l'heure de votre mort, êtes-vous différent (et meilleur [ne me demandez pas selon quels critères, ç'est vous que ça regarde]) de celui que vous étiez, disons à l'époque de la fin de l'adolescence.

Sachant que ce qui fait évoluer chacun, c'est sa quête et que ce que tout le monde recherche, c'est le bonheur ; si votre notion du bonheur vous condamne à recommencer sans cesse le même processus (en repartant de zéro [et même de "moins quelque chose"]), il y a toute les chances que, dans votre quête, vous n'ayez pas trouvé grand chose.
Et que, donc, vous ne soyez guère différent (et donc pas meilleur) que dix, vingt, ... cinquante ans auparavant.

Alors, pourquoi le bonheur serait-il condamné à fonctionner sur le même principe que les drogues dures ? (je veux mon shoot, je me pique, je plane, je sens la "descente", ... je veux mon shoot).
Tout simplement parce que, dans une vision matérialiste des choses, on considère qu'à un moment donné, il existe sur terre une certaine quantité de "bonheur" ; imaginez que vous additionnez toutes les marchandises disponibles actuellement sur la planète (du paquet de chewing gum jusqu'à une île du pacifique), que vous organisez sous la forme d'un "camembert".
Alignez en face l'ensemble de la population du globe, et présentez entre les deux le dénominateur commun de l'argent.
D'abord, il vous faut acheter un morceau de bonheur ; une tranche du camembert. Et comme ça s'use, il faut recommencer régulièrement.
Ensuite, il n'y a pas besoin d'être surdoué pour comprendre que si monsieur X prend une plus grosse tranche du camembert (en achetant plus de ces marchandises), il y en aura moins pour les autres. Et que donc, un, il faut se battre pour obtenir son morceau ; deux, lorsque l'un "gagne", par réflexion, d'autres "perdent".
Et donc, en définitive, le bonheur commence par la division, pour se diluer dans l'usure. Je crois que je vais me flinguer tout de suite.

Ou alors ...
Ne peut-on imaginer ce fameux bonheur fonctionner sur le principe de l'addition, et sans limite dans le temps ? Là, bien sûr, on sort du domaine matériel. Car si vous dites à votre comptable que vous allez augmenter les salaires et les frais, mais que vous voulez aussi un résultats en hausse, il va vous rire au nez. Non, ça ne marche pas avec tout ce qu'on peu comptabiliser rationnellement. Là, il faut passer à une comptabilité métaphysique et essayer de voir les choses de plus loin.
Personnellement, je me considère comme heureux lorsque je me trouve dans la situation suivante :
- j'ai envie de quelque chose.
- je peux réaliser cette chose.
- je la réalise.

On ne peut pas faire plus général, et je crois que ça peut s'appliquer à pratiquement tout le monde. Très franchement, si j'arrive un jour à me trouver EN PERMANENCE dans cette situation, je crois pouvoir dire que je me considérerai comme parfaitement heureux. Intéressant. Voyons voir ça de plus près :
- Réaliser quelque chose dont on a envie, lorsqu'on peut le faire, ça ne pose de problème qu'aux masochistes profonds (qui feraient mieux d'aller consulter un psychiatre).
- Avoir envie de quelque chose, en général on n'a que l'embarras du choix. Sauf pour les désabusés complets (qui de toute façon ont arrêté leur lecture avant la fin du premier chapitre), et quelques contemplatifs hindouistes qui ont opté (avec succès) pour le renoncement (et auxquels je laisse sans aucune jalousie ce bonheur qui n'est rien d'autre que l'absence de malheur).
- En fait, pour la grande majorité des gens, le vrai problème dans cette équation, c'est de POUVOIR. Je voudrais bien habiter dans une grande maison avec jardin, ET rouler dans une voiture de sport, ET m'habiller chez ... (inscrire ici votre marque préférée), ET partir en vacances aux antipodes, ET, ET, ET ... Je voudrais bien, mais je ne PEUX pas.
Et ça, c'est grave. Car ne pas pouvoir réaliser ce qu'on désire, ce n'est pas seulement du "manque à gagner" de bonheur car ça ne vous laisse pas dans le même état ; ça vous rend tristes, déçus, frustrés, aigris... ce que vous voulez. Ça vous rend malheureux .

Alors comment faire ? Et bien peut-être faut-il prendre le problème à l'envers et se poser la question de savoir s'il existe quelque chose que l'on peut faire tout le temps. Ce qui, déjà, éviterait un certain nombre d'ulcères.
Et bien figurez-vous qu'il existe une telle chose. Une chose que RIEN ni PERSONNE ne peut vous empêcher de faire, c'est de donner .
Et oui. On peut toujours refuser ce que vous offrez, mais on ne peut vous empêcher de le faire. Très intéressant.
"Bon d'accord, on peut le faire tout le temps, mais dites moi un peu ce qui peut me faire envie dans le fait de donner ?" allez-vous me dire.
Et bien plusieurs choses. D'abord, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, ça fait du bien. C'est plus évident lorsque vous connaissez personnellement la personne à qui vous donnez, mais c'est aussi vrai lorsque vous donnez cent balles à un clochard, un chèque à MSF, ou que vous déposez un paquet de riz dans les paniers à destination du Kossovo.
D'une manière générale, faire du bien, cela fait du bien ; je sais bien que les religions prétendent qu'il faut se sacrifier, souffrir pour les autres, et faire le bien juste pour le bien (en gros, soyez bons et cons) et forcément, ce n'est pas facile à appliquer (d'ailleurs, on ne peut pas dire que ça se bouscule à l'entrée des églises...). Il serait probablement plus efficace d'être bon et intelligent : UN, faire du bien en général, et donc, le plus facile, donner, cela fait du bien. DEUX, il n'y a pas de "descente" ; c'est inusable ; et donc, ça s'additionne. TROIS, comme il ne s'agit pas d'une tranche d'un certain "camembert" bien déterminé, mais de quelque chose que vous créez, qui ne sort d'aucun stock, vous ne lésez personne.
Et le meilleur de tout ... on peut le faire absolument quant on veut.

Donc, dans ma comptabilité métaphysique, il existe une valeur que ne régie pas la règle de compensation, pour qui un "plus" ici n'implique pas un "moins" ailleurs, qui ne subit aucun amortissement, le don.
- j'ai envie de donner (mon temps, mon argent, mon attention...) parce que ça me fait plaisir ; parce que je sais que ça me fait du bien ; et que donc ça me rend heureux ; durablement ; et que j'aime ça.
- je peux le faire, je peux TOUJOURS le faire.
- je le fais, je ne suis pas non plus complètement con !

Voilà, je ne sais pas si je vous ai convaincu, ni même si je vous ai donné envie d'essayer, mais en tout cas, en ce qui me concerne, je crois bien avoir trouvé une valeur miraculeuse, et j'ai bien l'intention d'en abuser.

Et puis il y a des à-côtés.

Shabin

© Copyright Shabin, France, 1999.

final


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