Bardo thos grol.
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Bardo signifie simplement l'"
état intermédiaire ". Dans le langage courant,
" le monde intermédiaire " fait
référence à toute la période qui
va de la mort à la renaissance. En termes techniques,
les Tibétains distinguent six mondes
intermédiaires : le " monde intermédiaire de
la vie " (entre la naissance et la mort), le " monde
intermédiaire du rêve " (entre le sommeil et le
réveil), le " monde intermédiaire de la transe
" (entre l'état de veille et la transe), et les trois
mondes du " moment de la mort ", de la "
réalité " et de l'" existence " (entre la mort
et la renaissance).
Les mots thos grol signifient que l'enseignement de ce
livre est " libérateur " par le seul fait
d'être " étudié " ou " compris ", car il
donne à la personne confrontée au monde
intermédiaire une compréhension si
naturellement claire et profonde qu'elle ne requiert pas de
réflexion ou de contemplation
prolongée.
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Les Tibétains ont
toujours appelé leur pays Bo, ajoutant parfois le mot
Khawajen, qui veut dire " Pays des Neiges
". La période historique du Tibet remonte à
environ 2 300 ans, c'est-à-dire au temps de l'Empire
gréco-macédonien en Occident, de l'Empire maya
en Inde et de la fin de l'empire des Zhou en Chine. Pendant
les 8 premiers siècles de l'histoire
tibétaine, le pays fut dirigé par une dynastie
militaire. Son système religieux, animiste,
était régi par un ordre de chamans
initiés aux pratiques divinatoires, à la
sorcellerie et aux rites sacrificiels. L'administration
politique était assurée par une famille royale
dons les membres, disait-on, descendaient des cieux : les
sept premiers rois étaient arrivés sur terre
par une échelle magique suspendue dans l'espace,
qu'ils devaient emprunter à nouveau à leur
mort pour remonter au ciel. (cf. l'échelle de Jacob
!) À la suite d'un conflit au palais, le
huitième roi coupa la corde qui reliait la terre au
ciel, et dès lors les rois, comme les pharaons
d'Egypte, furent ensevelis sous de grands tumulus
funéraires, avec leurs biens et leurs compagnons.
Sur le plan religieux, les
Tibétains avaient tendance à déifier
des éléments de la nature, en particulier les
montagnes et le ciel, et pratiquaient en commun un ensemble
complexe de rites sacrificiels, divinatoires et
propitiatoires destinés à un panthéon
de divinités souterraines, terriennes et
célestes. La culture de haute altitude se distinguait
de celles qui l'entouraient par son orientation plus
spirituelle. La durée de la vie est un peu plus
courte en haute altitude, et le paysage montagneux,
grandiose et austère, est propice à la
réflexion et à la contemplation. Dans les
temps les plus reculés cette spiritualité
avait un objectif pratique. Comme la plupart des
chamanismes, elle était en quête de
réussite, victoire, santé et
fécondité sur terre. Pendant la période
de conquête militaire, le Tibet adopta un
système de type monarchique dirigé par des
chamans. Puisque le roi était un dieu descendu du
ciel, il garantissait pouvoir et ordre. Le rôle du
chaman était de maintenir cet ordre. À cette
fin, il invitait la famille royale, célébrait
la présence du monarque, s'assurait de concours des
divinités célestes, terrestres et
souterraines, et il assurait la régence. Le chaman
devait alors voyager jusqu'au pays des morts acquérir
une expérience personnelle de la période de
chaos entre les deux règnes et revenir en
témoigner. Son rôle était de puiser
l'énergie du chaos tout en maintenant celui-ci
à sa place, loin du pays des vivants, royaume de
l'ordre.
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790 : construction du premier
monastère à Samye ; l'université
bouddhique indienne y est transférée, ayant
pour tâche de rassembler toutes les connaissances
nécessaires alors disponibles en Aise.
830 : création du
système médical tibétain.
Ensuite, le militarisme tibétain ne
put être rétabli, malgré des troubles
internes, en raison du pouvoir du bouddhisme et de sa morale
de non-violence.
1409 : création de la Grande
Fête de la Prière à Lhassa : deux
semaines de prières chaque année lunaire. Ils
consacraient ainsi " leurs précieuses vies humaines,
riches et libres de possibilités " à leur
évolution personnelle pour parvenir à
l'illumination.
1573 : le terme Dalaï Lama
(Maître des Océans) apparaît à
l'occasion d'une visite que fit le 3ème du nom,
rétrospectivement, en Mongolie.
1642 : Sa Sainteté le
Cinquième Dalaï Lama fut couronné roi du
Tibet.
Les
initiés
devinrent des aventuriers du monde intérieur,
extrêmement audacieux, des " psychonautes ". Ils entreprenaient des voyages
intérieurs jusqu'aux frontières les plus
éloignées de la conscience, à travers
toutes ses transformations, dans la vie et au-delà de
la mort. Ils produisirent les arts et sciences du passage de
la vie à la mort. La psychologie tibétaine
moderne a la faculté de percevoir partout dans
l'univers physique et mental l'empreinte de la
spiritualité. Ce qui est de l'ordre du spirituel agit
dans la nature ; c'est une énergie subtile, mais elle
est plus puissante que l'énergie
matérielle.
La productivité
spirituelle se
mesure à la profondeur que peut atteindre la sagesse
de l'homme, à sa compassion ; les bouddhistes
tibétains sont persuadés que la
réalité extérieure est liée au
développement mental intérieur dans une suite
infinie d'existences. Si l'on ne prend pas en
considération la possibilité de vies futures,
la mort n'est plus qu'un état physiologique semblable
à une ligne horizontale sur un
électroencéphalogramme. On ne
s'intéresse pas du tout à ce que devient la
personne, physiquement et mentalement, après la
mort.
Les
Tibétains
poussèrent très loin l'utilisation de la
concentration et de la mémoire pour avoir
accès à l'expérience de l'existence
passée ; ils expérimentèrent ainsi la
traversée onirique des mondes intermédiaires
de la mort à la renaissance.
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La religion n'est qu'un
aspect du bouddhisme. Le bouddhisme est un enseignement qui
fut dispensé à l'origine par le Bouddha
Shakyamuni, il y a de cela environ deux mille cinq cents
ans. Le Bouddha (" l'Eveillé " ou " celui qui est
parvenu à l'illumination ") a rejeté sans
concession la version indienne contemporaine de la croyance
religieuse en un Créateur tout-puissant. Il
reconnaissait la présence d'êtres surhumains,
mais non tout-puissants, qu'il appelait " dieux ". Il
encouragea les gens à remettre en question
l'autorité, à utiliser leur jugement, à
ne pas accepter des traditions irrationnelles. Il pensait
que l'esprit humain est capable de comprendre toutes choses
parfaitement si est doué au départ de
compétences suffisantes, si on lui donne
l'éducation qui convient, et s'il est prêt
à fournir des efforts héroïques.
Lui-même y parvint à l'âge de 35
ans.
Le Bouddha utilisait le
mot sanscrit "
Dharma " (dérivé du verbe
Idhr qui veut dire " contenir ") pour
désigner sa vérité ou son Enseignement.
La découverte essentielle du Bouddha ce fut la
liberté comme vérité fondamentale ; et
surtout, l'aptitude à se libérer de la
souffrance, de la servitude, de l'ignorance. L'individu
parvenu à ce degré de conscience est
désormais tenu à l'écart de la
souffrance ; il n'est plus prisonnier de quoi que ce soit,
il est maintenu hors de portée de tous les
conditionnements. " Dharma " en vint à signifier
l'Enseignement, la voie de la pratique de l'Enseignement, la
vertu de cette pratique, la réalité ou la
Vérité apportée par cet Enseignement,
et la liberté par rapport à cette
réalité ou Vérité, ie le nirvana
lui-même. En tant qu'Enseignement, le Dharma se divise
en deux branches : le Dharma des Textes et le Dharma de
l'Expérience (l'Enseignement et sa Pratique).
Celles-ci se divisent à leur tour en trois branches :
dans le Dharma des Textes, il y a trois types
d'enseignements oraux : le corpus de la Discipline, le
corpus du Discours et le corpus de la Science Claire ; dans
le Dharma de l'Expérience, il y a trois types de
savoirs supérieurs : l'Éthique, la Méditation
et la Sagesse.
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Avant Bouddha, il y avait
en Inde des ascètes et des ermites errants, mais il
fut le premier à organiser des communautés de
moines et de nonnes sédentaires aux abords des villes
; la Communauté. Les trois grands aspects du
bouddhisme, le Bouddha, le Dharma et la Sangha &endash;
Enseignant, Enseignement et Communauté &endash;
furent appelés les Trois Joyaux du bouddhisme. Depuis
un millénaire, on considère comme bouddhistes
les gens qui " prennent refuge " dans ces Trois
Joyaux.
La réalité
telle que Bouddha la voyait se situe au-delà des
théories dogmatiques, tout en étant librement
ouverte à l'expérience dépourvue de
préjugés. La forme que revêt la vie
humaine est parfaitement adaptée à la
réalité ; elle est aussi très proche
d'une compréhension totale de celle-ci qui,
lorsqu'elle est atteinte, apporte une libération et
un bonheur extraordinaires.
Le Bouddha rejeta
toutes les théories absolues de l'âme, celles
qui posaient comme principe l'existence d'une
identité immuable, d'une essence personnelle rigide,
pour proposer sa doctrine capitale du non-moi ou
non-âme
(anatma). Il enseigna que l'habitude
psychologique d'endosser une subjectivité, une
identité sans évolution possible, était
un des plus grands obstacles sur la voie d'une bonne
existence. Néanmoins, le Bouddha ne rejeta jamais
l'idée de la présence relative d'un moi
vivant. Il insista sur la continuité de l'âme
changeante et fluide passant de vie en vie. Il rejeta sans
ambiguïté le nihilisme de son époque qui
allait jusqu'à réduire l'âme (le moi, ou
l'identité) relative, conventionnelle, vécue,
à un épiphénomène
aléatoire du monde matériel. Il insista sur la
réalité, la vulnérabilité, la
responsabilité et les possibilités
d'évolution du moi relatif. En fait, son enseignement
de la relativité universelle du moi donna naissance
à une vision qui devint très populaire, d'un
monde où l'individu entretient nécessairement
des relations multiples avec les formes sans limites de
l'existence. Cette vision conduisit des personnes
appartenant à des communautés bouddhistes
à s'engager avec détermination et en toute
conscience dans la voie de l'évolution vers la
réalisation de leur potentiel le plus
élevé, et vers la transformation du monde
entier en un environnement salutaire.
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Les
écrits bouddhiques du Véhicule Universel ou
Grand Véhicule, qui devinrent populaires en Inde
environ quatre siècles plus tard, enseignent qu'un
Bouddha est un être cosmique dont l'état de
perfection consiste en Trois Corps : d'abord, la sagesse
parfaite d'un Bouddha devient un Corps de
Vérité, Corps de la Réalité
en ce sens qu'un être qui a atteint l'illumination
perçoit l'univers comme étant en communion
avec lui. Ensuite, la compassion parfaite d'un Bouddha
devient une Forme Corporelle, une incarnation sans limites
qui émane de la communion bienheureuse de
l'être éveillé avec la
réalité ultime de la liberté, pour
aider d'innombrables autres êtres à
échapper à la souffrance en réalisant
leur propre communion avec la liberté. Cette Forme
Corporelle est elle-même divisée en deux : il y
a un Corps de
Béatitude,
qui est une sorte de corps subtil ou
éthéré fait de la joie pure
qu'éprouve un Bouddha quand il se libère de la
souffrance, quand il réalise la nature absolue de la
réalité. Cette joie est aussi infinie que la
réalité, son subtil rayonnement est
omniprésent dans toutes choses. Ensuite, il y a un
Corps
d'Emanation qui
provient de l'énergie contenue dans le Corps de
Béatitude quand un Bouddha souhaite entrer en
relation avec des êtres ordinaires qui ne parviennent
pas à percevoir cette présence
béatifique autour d'eux, qui éprouvent
souffrance et aliénation. Les Bouddhas engendrent --
créent par magie &endash; toutes les incarnations
grossières qui leur sont nécessaires pour
entrer en relation avec les êtres, les libérer
de leurs souffrances, enfin les amener à leur propre
illumination, et à leur propre béatitude.
Ainsi, tous les Bouddhas ont ces Trois Corps :
Vérité, Béatitude et Emanation. Ces
catégories nous permettent de mieux comprendre le
sens qu'ont les Tibétains de la réalité
et de la présence, difficile à concevoir, des
êtres éveillés.
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Les Tibétains
acceptent les récits de leurs psychonautes comme nous
acceptons ceux de nos astronautes qui sont allés sur
la Lune.
Les Tibétains
considèrent l'anesthésie que procure l'oubli
comme quelque chose de très improbable ; ils
envisagent la mort comme une porte qui s 'ouvre sur un
espace de transition qui peut être pire qu'un danger
mortel pour ceux qui n'y sont pas préparés ou
qui se laissent entraîner par des habitudes et des
attitudes négatives. Aussi voient-ils naturellement
la mort comme un vide maléfique et puissant ; elle
est tapie là-bas et peut venir les saisir à
tout moment. En harmonie avec leur héritage indien,
ils donnent à cette peur l'apparence de Yama, dieu de
la Mort, féroce et terrifiant, roi du monde
souterrain et juge des morts. Il est
représenté avec un visage bleu nuit, une
tête de buffle et deux bras qui tiennent l'un un
gourdin en forme de colonne vertébrale
surmontée d'un crâne et l'autre un nœud coulant ; son phallus est en érection et il chevauche
nu un buffle qui crache du feu. Il est parfois
accompagné de la redoutable Chamounda, que l'on peut
aussi considérer comme la personnification
féminine de son énergie. Il a des serviteurs
innombrables et dévoués qui parcourent le
monde pour prendre les âmes des mourants. Quand Yama
vient leur rendre visite, ils ne peuvent pas dire non et
doivent descendre avec lui dans le monde souterrain. Leurs
bonnes et leurs mauvaises actions sont pesées sur la
balance dans son château qui n'a ni porte ni
fenêtre. Yama les juge puis, s'ils sont vertueux, les
envoie vers les différents royaumes célestes ;
ou, si ce sont des pécheurs, vers les royaumes des
animaux et des enfers. S'ils ont beaucoup de chance et que
parmi leurs vertus il y a une grande sensibilité, de
la générosité et de l'intelligence, ils
pourront revenir au royaume des hommes, qui est
supérieur à celui des cieux sur le plan de la
pratique spirituelle.
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