SURRÉALISME 21

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Le Grand Livre de la Libération Naturelle par la Compréhension dans le Monde Intermédiaire.

Le Guide pour le Voyage

6

Le Guide du monde intermédiaire

La prière de la réalité immédiate

Ô Amitabha, lumière illimitée du Corps de Vérité,
Ô Divinités du Corps de Lotus bénignes et féroces,
Ô Padma Sambhava, sauveur incarné des êtres,
Je me prosterne devant les Trois Corps des Mentors Spirituels !

Le nom sanscrit Amitabha veut dire " lumière illimitée ". C'est le Bouddha des versets bouddhiques occidentaux, connu sous le nom de Sukhavati. Il est aussi le Seigneur de la famille du Lotus des archétypes divins tantriques. Dans cette invocation, on le relie au Corps de Vérité, c'est-à-dire à l'aspect de la Bouddhéité associée à la réalité ultime. Les Divinités du Lotus, quant à elles, sont en relation avec le Corps de Béatitude, l'aspect de la sagesse de la Bouddhéité qui est subjectif et transcendant, alors que Padmasambhava représente le Corps d'Émanation de l'incarnation. Ainsi, le pratiquant salue dès le début les maîtres spirituels comme étant les incarnations des Trois Corps de la Bouddhéité. À ce stade, les pratiquants d'aujourd'hui peuvent y substituer l'invocation d'une trinité, d'une dualité ou d'une unité, quelles qu'elles soient, pourvu qu'ils la considèrent comme la plus sacrée et qu'elle les aide à se sentir bien et en sécurité.

Cette Grande Libération Naturelle par la Compréhension est l'art qui libère les pratiquants moyens pendant qu'ils traversent le monde intermédiaire.


Préliminaires

Il est assuré que ceux qui ont les capacités les plus grandes seront libérés durant l'exécution des instructions pratiques qui enseignent l'art de libérer les êtres. S'ils ne le sont pas, ils doivent pratiquer la Libération Naturelle par la Transmission de l'Âme pendant l'état intermédiaire du moment de la mort.

" La transmission de l'âme " (en tibétain : 'pho-ba) est une pratique contemplative par laquelle les yogis et les yoginis avancés peuvent quitter volontairement leur corps en éjectant la partie la plus subtile de leur conscience par le sommet de leur crâne, et en la transmettant dans un univers de bouddha ou terre pure. Ils doivent d'abord recevoir l'initiation à cet art et ensuite pratiquer, au cours de longues retraites, la mise en correspondance de la conscience et des énergies nerveuses subtiles. La Libération Naturelle mentionnée ici est une version de cette pratique qui est associée à notre texte. Elle n'est généralement pas publiée parce qu'elle est dangereuse à pratiquer sans avoir reçu l'initiation préalable.

Les pratiquants de capacité moyenne seront très certainement libérés de cette façon. Dans le cas contraire, ils doivent s'évertuer à mettre en oeuvre cette Grande Libération par la Compréhension pendant le monde intermédiaire de la réalité.

À cette fin, vous devrez d'abord comprendre la situation par une analyse systématique de la mort selon la Libération Naturelle par les Signes de la Mort.

Cette Libération Naturelle est publiée avec notre texte. Elle fait état d'un foisonnement de présages, d'interprétations de rêves et d'observations médicales qui aident à prévoir la mort dans des situations spécifiques.

Quand les signes de la mort sont clairement là, vous devez employer la Libération Naturelle par la Transmission de l'Âme. Si la transmission de l'âme réussit, il est superflu de lire ce Livre de la Libération Naturelle. Si elle ne réussit pas, il convient de lire le Livre de la Libération Naturelle clairement et distinctement, assis à côté du corps. Si le corps est parti, alors vous devez vous asseoir au chevet ou à côté du siège du défunt. Vous devez invoquer le pouvoir de la vérité, faire appel à l'âme et visualiser le corps du défunt assis en face de vous à vous écouter et lire ce Livre de la Libération Naturelle. Durant ce processus, il serait très perturbant si les êtres chers et les parents se mettaient à pleurer et à se lamenter. Il convient de les calmer. Si le corps est encore là, pendant la période où la respiration extérieure a cessé, mais où la respiration intérieure se poursuit, le maître du mort, son disciple ou un ami ou un parent qu'il aimait et en qui il avait confiance, doit lire ce Livre de la Libération Naturelle, les lèvres tout près de l'oreille sans la toucher.


L'utilisation du Livre de la Libération Naturelle

Il n'est pas nécessaire de lire à haute voix au défunt les nombreuses instructions faites pour les lecteurs du Livre de la Libération Naturelle, cela engendrerait même une grande confusion. En conséquence, il ne faut lire à haute voix que les paragraphes typographiés en italiques ; les paragraphes d'instruction, quant à eux, vous expliquent de quelle façon procéder.

Vous devez faire des offrandes importantes et fréquentes aux Trois Joyaux. Si vous n'en avez pas les moyens, il convient d'installer les offrandes symboliques qui sont à votre portée, quelles qu'elles soient, puis de visualiser des offrandes infinies. Vous devez ensuite réciter trois ou sept fois la prière de Demande d'Aide aux Bouddhas et Bodhisattvas. Ensuite, vous devez réciter précisément et mélodieusement la prière du Refuge contre Toutes les Terreurs du Monde Intermédiaire, la prière pour la Délivrance des Passages Difficiles du Monde Intermédiaire et la prière des Versets Essentiels des Six Mondes Intermédiaires. Ensuite, il faut lire sept fois ou trois fois, selon les possibilités, ce Grand Livre de la Libération Naturelle par la Compréhension du Monde Intermédiaire.

Les " Trois Joyaux " sont le Bouddha, son Enseignement et la Sainte Communauté. Le texte recommande d'installer un autel avec une statue du Bouddha et peut-être un exemplaire d'un texte bouddhique pour représenter les enseignements. Les offrandes sont composées de petites coupes remplies d'eau, de fleurs, d'encens, d'une bougie ou d'une autre source de lumière, et ainsi de suite. Même sans objets matériels, il vous est possible de visualiser toute une installation et d'offrir des univers entiers de belles choses à tous les êtres éveillés. Si vous ou le défunt n'avez pas de religion, pensez à l'environnement favori du défunt et décorez le symboliquement ou en imagination d'une manière qui lui ferait plaisir et qui l'attirerait. Les prières mentionnées ci-dessus sont incluses dans le chapitre 5.


Reconnaissance de la claire lumière pendant l'état intermédiaire du moment de la mort

La claire lumière est une transparence indescriptible, une lumière qui irradie dans toutes les directions, une lumière qui est pourtant au-delà de la clarté du soleil ou de la lune et aussi au-delà du manque de clarté ou de l'obscurité. Le texte utilise la terminologie d' " états " ou de " mondes intermédiaires " d'une façon qui prête un peu à confusion. Ce passage s'appelle Prière de la Réalité Intermédiaire. Le monde intermédiaire du moment de la mort est ainsi l'un des six mondes intermédiaires principaux. Il est considéré comme différent du " monde intermédiaire de la réalité ". Le monde intermédiaire du moment de la mort se divise, lui aussi, en deux états intermédiaires dont l'un s'appelle " la claire lumière de la réalité " de l'état intermédiaire de la mort, et dont l'autre n'a pas de nom. Le premier survient alors que la conscience du défunt est encore prisonnière dans le canal central de son système nerveux subtil tandis que la seconde se produit après que la conscience a quitté le corps par un chemin autre que celui du sommet de la tête. Aussi, j'ai appelé ces deux états de la façon suivante : " l'état intermédiaire de la claire lumière de la réalité du canal central " et " l'état intermédiaire de la claire lumière de la réalité hors du corps ". Ces deux états surviennent très peu de temps après l'arrêt de la respiration, le premier se produisant immédiatement après. Ce sont des moments particulièrement cruciaux pour qui veut intervenir et aider quelqu'un à opérer une transition réussie au moment de la mort. L'idéal est d'aider cette personne à passer à un état de libération consciente, ou de lui permettre au moins d'intégrer un royaume positif et orienté vers la libération, tel qu'un Univers de Bouddha ou terre pure. En effet, au moment de la mort, tout être, et spécialement tout être humain, a une occasion idéale de se libérer des habitudes compulsives, des perceptions trompeuses et des conceptions erronées. En conséquence, dans la culture tibétaine, il est considéré comme important d'aider une personne aimée pendant le processus de la mort proprement dit, de lui éviter les lieux effrayants et perturbants comme les salles d'urgence des hôpitaux, et de s'arranger pour que les assistants puissent rester avec le corps au moins durant quelques heures.

Dans un souci de clarté, j'ai omis de traduire les titres tibétains des chapitres. Ces titres énumèrent des sujets qui sont traités beaucoup plus loin dans le texte afin d'orienter le lecteur.


La claire lumière de la réalité du canal central

" L'état ou monde intermédiaire " est utilisé sous au moins trois acceptations ici ; ce qui provoque une légère confusion. Il est utilisé dans son sens familier qui décrit la période entre la mort et la renaissance dans son ensemble (nous avons alors préféré " monde "). Il est utilisé dans un sens technique dans " le yoga de l'état intermédiaire ", dans l'ensemble principal des mondes intermédiaires : les mondes intermédiaires de la vie, du rêve, de la médiation, du moment de la mort et de l'existence. Les trois derniers sont alors des subdivisions du " monde intermédiaire " familier. Il est aussi utilisé dans ce texte en tant que " phase d'un état intermédiaire ", où l'expérience d'une période spécifique de l'un des six états intermédiaires est elle aussi appelée un état intermédiaire. Ainsi, dans le monde intermédiaire du moment de la mort, il y a les deux états intermédiaires de claire lumière ; et dans le monde intermédiaire de la réalité, il y a l'état intermédiaire des divinités bénignes et l'état intermédiaire des divinités féroces ; chacune d'entre elles étant à nouveau divisée en plusieurs jours. J'ai simplifié en appelant le troisième usage une " phase de l'état intermédiaire ", et en omettant à l'occasion l'utilisation commune du terme.

Vous devez utiliser cette Libération Naturelle avec tous les types de gens -avec ceux qui ont une bonne compréhension mais qui n'ont pas encore reconnu la claire lumière, avec ceux qui l'ont reconnue mais qui n'ont pas encore développé cette reconnaissance par la pratique, et même avec les individus égocentriques ordinaires à qui manque toute espèce d'éducation. Une fois qu'ils auront reconnu la claire lumière objective, ils atteindront le Corps de Vérité non né par la voie abrupte et directe sans passer par aucun état intermédiaire.

La puissance de l'enseignement de la Libération Naturelle est remarquée ici. La conscience est si souple dans l'état intermédiaire que la simple compréhension de la réalité peut transformer la structure entière de l'illusion, et la libération peut se produire instantanément.

Utilisation de la Libération Naturelle : le plus favorable est d'amener au chevet le mentor principal du défunt duquel il a reçu les instructions. Si vous ne pouvez pas l'amener, alors les frères ou les soeurs spirituels qui ont les mêmes engagements pourront le remplacer. S'ils ne peuvent pas venir, alors un enseignant spirituel de la même lignée conviendra. S'il ne peut pas venir, alors quiconque capable de lire le texte précisément et distinctement devra le lire de nombreuses fois. Quand on aura rappelé à la défunte la description du mentor de cette manière, il ne fait aucun doute qu'elle reconnaîtra la claire lumière objective et qu'elle sera instantanément libérée.

La langue tibétaine utilise rarement les pronoms pour de telles instructions, étant donné que le sujet à la troisième personne est inclus dans la forme verbale et ne différencie pas le genre de personne. Alors qu'il est incontestable que les maîtres spirituels de sexe masculin sont les plus nombreux au Tibet, il y a aussi des femmes mentors ou lamas. Bien évidemment, la mort ne respecte pas le sexe et le défunt est aussi souvent masculin que féminin. Si j'adopte la simplicité et que j'utilise le pronom masculin tout le temps en anglais, on aura l'impression que le Tibet est plus sexiste qu'il ne l'est en réalité. Si j'écris " il ou elle " tout le temps, cela rend le style gauche. Aussi, j'ai choisi d'alterner entre les pronoms masculin et féminin de manière arbitraire lorsqu'il s'agit de descriptions générales à la troisième personne.

Moment d'utilisation de la Libération Naturelle : après que la respiration a cessé, les vents neuraux se dissolvent dans le canal central de la sagesse et la conscience s'élève distinctement en tant que claire lumière qui ne produit rien. C'est le moment où il convient d'utiliser la Libération Naturelle, avant que les vents ne s'inversent et ne s'échappent par les canaux droit et gauche, et que les visions des mondes intermédiaires n'apparaissent et ne vous attirent. Après que le souffle extérieur a cessé, le souffle intérieur subsiste (à l'intérieur du canal central) seulement durant le temps qu'il faut pour prendre un repas.

Conseils supplémentaires : le mieux est de réussir à éjecter l'âme quand le souffle est juste sur le point de cesser. Si cela ne réussit pas, vous devez dire ceci :

Ô noble Gilbert, maintenant le temps est venu pour toi de chercher la voie. Au moment où ton souffle s'arrêtera, la claire lumière objective du premier monde intermédiaire apparaîtra, comme ton maître te l'a décrite auparavant. Ton souffle extérieur cesse et tu fais l'expérience de la réalité absolue et vide comme l'espace ; ta conscience immaculée et nue se lève claire et vide, sans horizon ni centre. À cet instant-là, par toi-même, tu dois rester au sein de cette perception. Je vais te la décrire à nouveau à ce moment-là.

Les instructions habituelles qui permettent de reconnaître la claire lumière sont indiquées ci-dessus. La Libération Naturelle par la Vision Nue du chapitre 8 est une description beaucoup plus complète, du même type. La conscience est claire et sans contenu, infinie et dépouillée de toute structure, et elle semble libre de toute subjectivité ou de tout sens d'objectivité. La difficulté à la reconnaître vient de la force d'inertie de l'habitude de se ressentir présent dans une perspective subjective, et donc à ressentir de la peur ou à s'évanouir parce que l'on perd le sens du contrôle. C'est pourquoi les instructions poussent le défunt à s'identifier à la transparence infinie, à la reconnaître comme le soi, sans moi essentiel.

Avant que ce souffle (extérieur) ne cesse, vous devez répéter ceci de nombreuses fois à son oreille, de façon à ce que ces paroles s'inscrivent profondément dans son esprit. Ensuite, quand la respiration est juste sur le point de s'arrêter, mettez-le dans la posture du lion, le côté droit sur le sol, et comprimez les pulsations des vaisseaux du cou. Comprimez-les fortement et arrêtez les pulsations des deux vaisseaux du sommeil (dans le cou). Alors, les vents entreront dans le canal central et ne pourront pas retourner en arrière ; et son âme s'échappera assurément par la voie du trou de Brahma.

On voit clairement que juger du moment juste et précis où le souffle s'arrête est une affaire très épineuse qui requiert le doigté et la précision d'un expert, et qu'elle ne peut pas être entreprise à la légère par n'importe qui. Le " trou de Brahma " est situé à l'endroit de la fontanelle, au sommet du crâne. Par la compréhension de la Libération Naturelle, l'âme contenue dans la goutte de vie d'énergie subtile s'en va par cet endroit, de la même façon qu'elle est éjectée lors de la pratique de l'éjection de l'âme.

Ensuite, il faut relire la description. Ce moment s'appelle " la claire lumière de la réalité du premier état intermédiaire ". Une réalisation infaillible du Corps de Vérité se produit au cours de ce processus pour chaque être vivant. Qui plus est, durant le temps où le souffle intérieur subsiste, après que le souffle extérieur s'est arrêté, les vents se dissolvent dans le canal central. Les gens ordinaires appellent cela " perte de conscience ". Sa durée est variable ; elle dépend de la qualité de vie de la personne et de son degré de pratique des vents neuraux et des canaux. Elle peut demeurer pendant une longue période chez ceux qui ont une pratique considérable, une quiétude stable ou une grande pratique des canaux. Pour de telles personnes, il faut lire la description de façon répétée pour renforcer leur détermination jusqu'à ce que de la lymphe suinte des ouvertures des sens. Pour ceux qui sont de grands pécheurs ou dont les canaux sont bloqués, cette période ne durera pas plus longtemps qu'un claquement de doigts. Pour d'autres, elle durera le temps de la prise d'un repas. Étant donné que la plupart des écrits philosophiques et yogiques affirment que les défunts restent inconscients durant quatre jours et demi, ils demeureront dans et autour de leurs canaux centraux pendant cette période. Aussi, vous devez persister dans la description de la claire lumière pour eux.

Voici comment faire : si le défunt en a la capacité, il doit affermir sa résolution à l'avance. S'il ne peut pas le faire lui-même, alors son maître, ses frères ou soeurs spirituels, ou amis de cœur, doivent s'asseoir près de lui. Ils doivent prononcer les signes de la dissolution dans l'ordre.

Maintenant, ce mirage que tu vois est le signe de la dissolution de la terre dans l'eau. Cette fumée est le signe de la dissolution de l'eau dans le feu. Ces bluettes sont le signe du feu qui se dissout dans le vent. Cette bougie allumée est le signe du vent qui se dissout en conscience. Ce ciel éclairé par la lune est le signe de la conscience qui se dissout en luminance. Ce ciel éclairé par le soleil est le signe de la luminance qui se dissout en radiance. Ce ciel sombre est le signe de la radiance qui se dissout en imminence. Cette pénombre de l'aurore est le signe de l'imminence qui se dissout en claire lumière.

Le texte mentionne seulement " les signes de mirage, et ainsi de suite ". J'ai restitué la description complète des huit signes subjectifs parce qu'il est important que les défunts les reconnaissent car ils leur permettent de s'orienter dans un royaume nouveau fait d'expériences étranges qui ne leur sont pas familières.

Quand ces signes sont sur le point de culminer, vous devez rappeler au défunt sa conception de l'esprit de l'illumination. Si le défunt est un maître spirituel, vous devez dire doucement :

Vénérable maître ! je vous en prie, agissez selon vos conceptions spirituelles sans faillir.

Je traduis le sanscrit bodhichitta par " esprit d'éveil ", et bodhicittotpada par " conception spirituelle ". Il s'agit de l'attitude spirituelle qui distingue un bodhisattva, un héros ou une héroïne messianique qui vit pour délivrer tous les autres êtres vivants de la souffrance. C'est une résolution messianique que de devenir parfaitement éveillé pour être capable de délivrer les autres de la souffrance et de les amener au bonheur. C'est, pour un bodhisattva, l'aboutissement logique de l'amour et de la compassion envers les êtres, combiné avec la sagesse qui connaît leur situation réelle, et l'horizon infini de l'interdépendance entre soi et les autres. La psychologie tibétaine considère paradoxalement que cette attitude d'altruisme est la meilleure garantie d'une bonne destinée du moi. En conséquence, il est crucial de rappeler au défunt ses conceptions spirituelles au moment de la mort.

Si le défunt est un compagnon spirituel ou une autre personne, appelez-le par son nom et dites les paroles suivantes :

Ô noble Gilbert, maintenant que tu es arrivé à ce que l'on appelle la mort, tu dois te comporter selon ta conception de l'esprit d'éveil. Tu dois concevoir aussi ton esprit d'éveil : " Hélas ! Je suis arrivé au moment de la mort. À partir de maintenant, en m'appuyant sur cette mort, je vais développer mon esprit par la seule contemplation de la conception de l'esprit d'éveil de l'amour et de la compassion. Pour le bien de tous les êtres qui emplissent l'espace tout entier, je dois atteindre la parfaite Bouddhéité. " Et vous devriez penser tout particulièrement : " Maintenant, pour le bien de tous les êtres, je vais comprendre la claire lumière de la mort comme étant le Corps de Vérité. Immergé dans cette expérience, j'atteindrai la réalisation suprême du Grand Sceau, et j'accomplirai les buts de tous les êtres. Si je n'atteins pas cela, alors je reconnaîtrai le monde intermédiaire comme tel pendant que je le traverserai. Je comprendrai cet état intermédiaire comme étant le Corps d'Intégration du Grand Sceau et j'accomplirai les buts des êtres qui emplissent l'espace infini en manifestant ce qui sera nécessaire pour dompter qui que ce soit. " De cette façon, ne perdant jamais la volonté de cette conception spirituelle, vous devez vous souvenir de l'expérience acquise dans votre pratique passée et dans votre éducation.

Je rends le sanscrit Mahamudra par " Grand Sceau ". Cette expression se réfère à la réalité ultime en tant qu'amour total, comme expérience de la vacuité, comme union mentale et physique absolue dans un orgasme de béatitude avec l'épouse passionnée de l'universelle vacuité de la sagesse intime en infinie expansion. L'expression " Grande Perfection ", quant à elle, se réfère à l'ultime tel que l'abordent les experts les plus avancés en contemplation tantrique.

Cela doit être exprimé clairement, les lèvres près de l'oreille. De cette façon, ne vous laissant distraire à aucun moment, vous devez prier pour le défunt et accomplir cette pratique.

Ensuite, quand la respiration extérieure aura cessé, vous devez comprimer fortement les canaux du sommeil (au niveau du cou) et dire les paroles suivantes ; d'abord à un maître spirituel ou à un supérieur :

Maître vénérable ! Juste en ce moment, la claire lumière objective luit sur vous. Reconnaissez-là ! Je vous en prie, incorporez-là à votre expérience.

Vous devez la décrire aux autres comme suit :

Ô noble Gilbert, écoute-moi ! Juste en ce moment, la claire lumière pure de la réalité luit sur toi. Reconnais-la !

Ô noble personne, ceci : ta présence actuelle à la vacuité claire, naturelle et consciente, cette présence à la vacuité claire qui n'a aucune objectivité de substance ou de signe ou de couleur ; la réalité est juste ceci : la Mère, le Bouddha de la Bienfaisance Universelle ! et ceci : ta présence consciente à la vacuité naturelle qui ne succombe pas à un vide faux et destructeur ; juste ta propre présence consciente, incessante, brillante, distincte et vibrante -cette présence même est le Père, le Bouddha de la Bienfaisance Universelle ! La seule présence de l'indivisibilité de la vacuité insubstantielle et naturelle de ta conscience, et sa présence vibrante et brillante est le Corps de Vérité de Bouddha, et rien d'autre. Ta conscience demeure donc dans cette immense masse de lumière de vacuité et de clarté inséparables. Tu es libéré de la vie et de la mort -la Lumière Permanente de Bouddha est cela même. Il suffit de la reconnaître. Reconnaître comme Bouddha la pureté naturelle de ta propre présence consciente, contempler ta propre présence consciente, c'est demeurer dans l'état de réalisation intérieure de tous les Bouddhas.

" La Bienfaisance Universelle " traduit le nom sanscrit Samantabhadra dans ses formes mâle et femelle. La Bienfaisance Universelle est le célèbre Bodhisattva divin du sutra de la Guirlande de Fleurs, le Samantabhadra qui a réalisé le samadhi interdépendant si profondément qu'il est capable de multiplier à l'infini toutes ses bonnes actions dans tous les univers macrocosmiques ou microcosmiques. Par exemple, il peut se prosterner consciemment devant le Bouddha qui se trouve devant lui. Le Bouddha Samantabhadra Père-Mère représente la dimension ultime et inconcevable elle-même, le Corps de Vérité, l'expérience que constitue l'union d'éternelle jouissance de la présence à la vacuité. L'identification donnée ici ressemble à l'expression de l'Initiation de la Parole, la " Grande Quatrième Intuition " qui est considérée comme la plus élevée des initiations ésotériques des Tantras du Yoga Inégalé. La nature de la réalité évoquée est telle qu'elle ne peut être créée ni atteinte par aucune espèce d'effort, parce qu'elle n'est jamais perdue. Elle est là depuis toujours, présente à la conscience de celui qui a atteint l'Illumination. Donc, il ne peut y avoir de progression dans la prise de conscience de sa présence. L'on est instantanément libéré par la simple compréhension de cette identification.

Vous devez répéter cela trois ou sept fois, clairement et correctement. Avec la première répétition, la personne défunte se souviendra de la description précédente que lui avait faite son maître spirituel. Avec la seconde répétition, elle comprendra l'identité de sa propre présence nue avec la claire lumière. Avec la troisième répétition, reconnaissant sa nature, elle deviendra le Corps de Vérité, libéré de l'union et de la séparation, et sera assurément libérée. Reconnaissant ainsi la première claire lumière, elle sera libérée.


La claire lumière de la réalité hors du corps

Cependant, si l'on doute et que l'on ne reconnaisse pas la première claire lumière, à nouveau la claire lumière apparaît. Elle apparaît après que le souffle extérieur a cessé, dans un délai un peu plus long que la prise d'un repas. C'est la " deuxième claire lumière ". En raison des bonnes ou mauvaises pulsions du devenir, le vent est relâché par le canal droit ou gauche et s'échappe par un orifice corporel quelconque ; ensuite, la conscience émerge dans la voie claire de l'état intermédiaire. À nouveau, bien que le temps soit décrit comme " le temps qu'il faut pour prendre un repas ", cela dépend de la nature des canaux du défunt et de l'attention qu'il leur a portée.

À ce point, le défunt sent sa conscience sortir de son corps, mais il ne reconnaît pas la situation ; au contraire, il se préoccupe et se demande : " Suis-je mort ou non ? " Il se sent encore comme s'il était relié à ceux qu'il aime. Il entend leurs pleurs. Avant que les intenses hallucinations du devenir et que sa terreur absolue de la mort n'apparaissent, vous devez à nouveau utiliser les instructions. Il y a des versions variées : celles pour le pratiquant du cycle de la perfection et celles pour le pratiquant du cycle de la création. Pour le pratiquant du cycle de la perfection, vous l'appelez par son nom trois fois, puis vous répétez l'orientation de la claire lumière donnnée ci-dessus. Si c'est un pratiquant du cycle de la création, vous devez lire les textes de méditation et les pratiques de visualisation de l'archétype divin avec lesquels il avait pratiqué. Ensuite, priez comme suit :

Souvenez-vous que vous êtes toujours au chevet du défunt dont la conscience est maintenant sortie de son corps et flotte précairement dans la pièce. Cette période commence probablement à peu près une demi-heure après que la respiration s'est complètement arrêtée et peut se prolonger durant plusieurs jours. En conséquence, dans la culture tibétaine, il est considéré comme souhaitable de garder le corps sans procéder à l'enlèvement avant plusieurs jours, bien que ce soit impossible dans les climats chauds en raison de la putréfaction. On rapporte souvent que les corps des lamas très avancés restent immobiles en position de méditation durant plusieurs jours sans se décomposer de la façon habituelle. Le pratiquant de l'étape de la perfection a développé les canaux d'énergie du système nerveux subtil, démêlé ses nœuds ; il est devenu familier des états intérieurs subtils et hors du corps. Aussi, la claire lumière est-elle identifiée directement. Le pratiquant de l'étape de la création a développé des facultés très grandes de visualisation, et les archétypes divins et leurs environnements sacrés, sous forme de mandala, lui sont très familiers ; leur forme et leur structure ont cultivé les vents, les canaux et les gouttes de conscience de manière subliminale. Les instructions doivent donc les ramener aux archétypes divins avec lesquels ils se sentent à l'aise et ouverts.

Ô noble Gilbert, médite sur ton archétype divin ! Ne te laisse pas distraire ! Dirige toute l'intensité de ta volonté vers ton archétype divin ! Médite et considère qu'il n'est qu'apparence sans réalité, comme la lune dans l'eau ! Ne médite pas en le considérant comme matériel !

Si le défunt est une personne ordinaire, orientez-la comme suit :

Médite sur le Seigneur de la Grande Compassion !

La personne ordinaire est ici celle qui ne pratique pas de façon systématique la visualisation ou la transformation dans des états où les énergies physiques, ou la conscience sont modifiées. Cependant, sa participation à une culture spécifique est en soi une visualisation, un processus de transformation, une routine d'imagination et de perception. Si elle pratique une religion, sa familiarité de longue date avec un dieu spécifique, une déesse, un sauveur ou un prophète transformera cet être pour elle en archétype divin. Si elle n'est pas intéressée par la religion, sa familiarité avec des leaders politiques particuliers, des célébrités, des symboles nationaux ou autres personnes ou lieux les aura transformés en archétype ou mandala pour elle. Le texte invoque le Seigneur de la Grande Compassion, l'archange Bodhisattva Avalokiteshvara, le personnage Sauveur pour tout participant à la culture tibétaine, une divinité puissante qui garde un oeil sur toutes les créatures vivantes, et les aide à éviter la souffrance et à trouver le bonheur. Vous préférerez peut-être invoquer Jésus, ou Moïse, Mahomet, Krishna, Wakan, Tanka ou Odin ou Zeus, ou la Grande Mère sous l'une quelconque des myriades de formes qu'elle prend. Tout archétype de la sainteté, tout personnage compatissant, toute représentation de la réalité ultime sert ici à rassurer la conscience de l'âme et à l'intégrer à la gracieuse présence de la réalité ultime et sacrée. Il est nécessaire qu'elle ne craigne aucune hallucination ou aucune scène surprenante qui pourrait arriver et qu'elle se dirige vers des destinées positives. On considère aussi que la représentation imagée d'un de ces grands sauveurs servant d'icône, permet à l'attention de se concentrer et rend l'âme réceptive à la compassion active de ces êtres.

En s'orientant de cette façon, il ne fait aucun doute que même ceux qui n'avaient jamais identifié l'état intermédiaire auparavant l'identifieront. De plus, ceux qui, dans la vie, avaient un mentor qui le leur avait décrit, mais qui ne s'y étaient que peu familiarisés par la pratique, ne seront pas capables par eux-mêmes de devenir lucides dans le monde intermédiaire. Ils ont besoin qu'un maître spirituel, un être cher ou un ami l'évoque pour eux. Et c'est également indispensable pour ceux qui ont de grandes chances de renaître dans des mondes horribles et qui avaient acquis auparavant une certaine connaissance, une certaine intuition de la voie mais qui ont renié leurs voeux ou détruit leurs engagements fondamentaux.

Les conséquences du fait de renier ses voeux et ses engagements de la part de quelqu'un qui a atteint une certaine compréhension de la voie sont très graves. Ce n'est pas parce qu'il y a une tendance à la punition dans cette tradition. C'est plutôt dû au fait que celui qui suit la voie depuis un certain temps atteint un niveau où il jouit d'une plus grande liberté par rapport à ses propres pulsions instinctives et qu'il devient plus ouvert. Son potentiel d'énergie vitale devient donc plus malléable, plus souple, et son horizon s'étend largement, allant jusqu'à la Bouddhéité et la perfection du devenir. Si ensuite il se retourne radicalement vers le mal ou le " côté obscur ", pour ainsi dire, son horizon élargi inclut maintenant des états extrêmement négatifs, infernaux, et il se peut qu'il se trouve en grand danger.

Si le défunt réussi à comprendre le premier état intermédiaire, c'est ce qu'il y a de mieux. S'il n'a pas réussi, alors, quand la réalité est évoquée dans le second état intermédiaire, sa conscience s'éveille et il est libéré. Ici, pendant que l'instruction du second état intermédiaire a lieu, sa conscience, auparavant incertaine au sujet de sa propre mort, devient soudain claire ; cela s'appelle " l'état du corps magique impur ". À ce moment-là, si l'instruction réussit, les réalités de la mère et du fils se rencontrent et le devenir perd son pouvoir sur lui. C'est comme la lumière du soleil qui conquiert l'obscurité. La voie de la claire lumière conquiert le pouvoir du devenir et il est libéré.

Le corps magique, souvenez-vous, est le corps d'énergie subtile qui ressemble au corps de rêve que l'on construit consciemment au troisième stade du cycle de la perfection. Ici, en raison du pouvoir de l'enseignement, le corps subtil que le devenir a construit dans le monde intermédiaire est transformé par la clarté instantanée de la compréhension dans le troisième stade impur du corps magique. Cette accélération intense du devenir vers la Bouddhéité est possible en raison de la grande malléabilité et de la capacité de transformation de l'âme et de son corps subtil dans le monde intermédiaire. La " réalité de la mère " est la claire lumière objective, la transparence de fait de la réalité ultime dont on fait l'expérience directement au-delà de la dichotomie sujet-objet. On l'appelle " mère " parce qu'elle est la matrice de tout possible. La " réalité de l'enfant " est la lumière qui paraît claire, à la transparence encore filtrée par la conceptualisation, ciblée par une compréhension conceptuelle exacte, mais qui retient encore un sens instinctif de la subjectivité et de l'objectivité. C'est le niveau de l'expérience de la claire lumière qui va avec la présence du corps magique impur. Quand elle se développe et devient la claire lumière de la mère, le corps magique se purifie ; l'union suprême entre le corps magique du père et la claire lumière de la mère devient l'Intégration Inégalée, le Grand Sceau, la Grande Perfection - l'épuisement du devenir qu'est la Bouddhéité.

Une fois de plus, ce qu'on appelle le " second état intermédiaire " apparaît soudain devant le corps mental ; et la conscience erre à portée de voix. À ce moment-là, si les instructions sont données, leur but sera atteint. À ce moment-là, les hallucinations du devenir n'ont pas encore commencé et il est capable de toute transformation. Ainsi, même s'il a échoué et n'a pas reconnu la claire lumière objective, il peut encore reconnaître la claire lumière du second état intermédiaire et donc atteindre la libération.



Le monde intermédiaire de la réalité des divinités bénignes
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