La claire lumière de la
réalité du canal central
" L'état ou monde
intermédiaire " est utilisé sous au moins
trois acceptations ici ; ce qui provoque une
légère confusion. Il est utilisé dans
son sens familier qui décrit la période entre
la mort et la renaissance dans son ensemble (nous avons
alors préféré " monde "). Il est
utilisé dans un sens technique dans " le yoga de
l'état intermédiaire ", dans l'ensemble
principal des mondes intermédiaires : les mondes
intermédiaires de la vie, du rêve, de la
médiation, du moment de la mort et de l'existence.
Les trois derniers sont alors des subdivisions du " monde
intermédiaire " familier. Il est aussi utilisé
dans ce texte en tant que " phase d'un état
intermédiaire ", où l'expérience d'une
période spécifique de l'un des six
états intermédiaires est elle aussi
appelée un état intermédiaire. Ainsi,
dans le monde intermédiaire du moment de la mort, il
y a les deux états intermédiaires de claire
lumière ; et dans le monde intermédiaire de la
réalité, il y a l'état
intermédiaire des divinités bénignes et
l'état intermédiaire des divinités
féroces ; chacune d'entre elles étant à
nouveau divisée en plusieurs jours. J'ai
simplifié en appelant le troisième usage une "
phase de l'état intermédiaire ", et en
omettant à l'occasion l'utilisation commune du
terme.
Vous devez utiliser cette
Libération
Naturelle avec
tous les types de gens -avec ceux qui ont une bonne
compréhension mais qui n'ont pas encore reconnu la
claire lumière, avec ceux qui l'ont reconnue mais qui
n'ont pas encore développé cette
reconnaissance par la pratique, et même avec les
individus égocentriques ordinaires à qui
manque toute espèce d'éducation.
Une fois qu'ils
auront reconnu la claire lumière objective, ils
atteindront le Corps de Vérité non né
par la voie abrupte et directe sans passer par aucun
état intermédiaire.
La puissance
de l'enseignement de la Libération
Naturelle est
remarquée ici. La conscience est si souple dans
l'état intermédiaire que la simple
compréhension de la réalité peut
transformer la structure entière de l'illusion, et la
libération peut se produire
instantanément.
Utilisation de la
Libération
Naturelle : le
plus favorable est d'amener au chevet le mentor principal du
défunt duquel il a reçu les instructions. Si
vous ne pouvez pas l'amener, alors les frères ou les soeurs
spirituels qui ont
les mêmes engagements pourront le remplacer. S'ils ne
peuvent pas venir, alors un enseignant spirituel de la
même lignée conviendra. S'il ne peut pas venir,
alors quiconque capable de lire le texte
précisément et distinctement devra le lire de
nombreuses fois. Quand on aura rappelé
à la défunte la description du mentor de cette
manière, il ne fait aucun doute qu'elle
reconnaîtra la claire lumière objective et
qu'elle sera instantanément
libérée.
La langue
tibétaine utilise rarement les pronoms pour de telles
instructions, étant donné que le sujet
à la troisième personne est inclus dans la
forme verbale et ne différencie pas le genre de
personne. Alors qu'il est incontestable que les
maîtres spirituels de sexe masculin sont les plus
nombreux au Tibet, il y a aussi des femmes mentors ou lamas.
Bien évidemment, la mort ne respecte pas le sexe et
le défunt est aussi souvent masculin que
féminin. Si j'adopte la simplicité et que
j'utilise le pronom masculin tout le temps en anglais, on
aura l'impression que le Tibet est plus sexiste qu'il ne
l'est en réalité. Si j'écris " il ou
elle " tout le temps, cela rend le style gauche. Aussi, j'ai
choisi d'alterner entre les pronoms masculin et
féminin de manière arbitraire lorsqu'il s'agit
de descriptions générales à la
troisième personne.
Moment d'utilisation de la
Libération
Naturelle :
après que la respiration a cessé, les vents
neuraux se dissolvent dans le canal central de la sagesse et
la conscience s'élève distinctement en tant
que claire lumière qui ne produit rien. C'est le
moment où il convient d'utiliser la Libération
Naturelle, avant
que les vents ne s'inversent et ne s'échappent par
les canaux droit et gauche, et que les visions des mondes
intermédiaires n'apparaissent et ne vous attirent.
Après que le souffle extérieur a cessé,
le souffle intérieur subsiste (à
l'intérieur du canal central) seulement durant le
temps qu'il faut pour prendre un repas.
Conseils
supplémentaires : le mieux est de réussir
à éjecter l'âme quand le souffle est
juste sur le point de cesser. Si cela ne réussit pas,
vous devez dire ceci :
Ô noble Gilbert,
maintenant le temps est venu pour toi de chercher la voie.
Au moment où ton souffle s'arrêtera, la claire
lumière objective du premier monde
intermédiaire apparaîtra, comme ton
maître te l'a décrite auparavant. Ton souffle
extérieur cesse et tu fais l'expérience de la
réalité absolue et vide comme l'espace ; ta
conscience immaculée et nue se lève claire et
vide, sans horizon ni centre. À cet
instant-là, par toi-même, tu dois rester au
sein de cette perception. Je vais te la décrire
à nouveau à ce moment-là.
Les
instructions habituelles qui permettent de reconnaître
la claire lumière sont indiquées ci-dessus. La
Libération
Naturelle par la Vision Nue du chapitre 8 est une description
beaucoup plus complète, du même type. La
conscience est claire et sans contenu, infinie et
dépouillée de toute structure, et elle semble
libre de toute subjectivité ou de tout sens
d'objectivité. La difficulté à la
reconnaître vient de la force d'inertie de l'habitude
de se ressentir présent dans une perspective
subjective, et donc à ressentir de la peur ou
à s'évanouir parce que l'on perd le sens du
contrôle. C'est pourquoi les instructions poussent le
défunt à s'identifier à la transparence
infinie, à la reconnaître comme le soi, sans
moi essentiel.
Avant que ce souffle
(extérieur) ne cesse, vous devez
répéter ceci de nombreuses fois à son
oreille, de façon à ce que ces paroles
s'inscrivent profondément dans son esprit. Ensuite,
quand la respiration est juste sur le point de
s'arrêter, mettez-le dans la posture du lion, le
côté droit sur le sol, et comprimez les
pulsations des vaisseaux du cou. Comprimez-les fortement et
arrêtez les pulsations des deux vaisseaux du sommeil
(dans le cou). Alors, les vents entreront dans le canal
central et ne pourront pas retourner en arrière ; et
son âme s'échappera assurément par la
voie du trou de Brahma.
On voit
clairement que juger du moment juste et précis
où le souffle s'arrête est une affaire
très épineuse qui requiert le doigté et
la précision d'un expert, et qu'elle ne peut pas
être entreprise à la légère par
n'importe qui. Le " trou de Brahma " est situé
à l'endroit de la fontanelle, au sommet du
crâne. Par la compréhension de la
Libération
Naturelle,
l'âme contenue dans la goutte de vie d'énergie
subtile s'en va
par cet endroit, de la même façon qu'elle est
éjectée lors de la pratique de
l'éjection de l'âme.
Ensuite, il faut relire la
description. Ce moment s'appelle " la claire lumière
de la réalité du premier état
intermédiaire ". Une réalisation infaillible
du Corps de Vérité se produit au cours de ce
processus pour chaque être vivant. Qui plus est,
durant le temps où le souffle intérieur
subsiste, après que le souffle extérieur s'est
arrêté, les vents se dissolvent dans le canal
central. Les gens ordinaires appellent cela " perte de
conscience ". Sa durée est variable ; elle
dépend de la qualité de vie de la personne et
de son degré de pratique des vents neuraux et des
canaux. Elle peut demeurer pendant une longue période
chez ceux qui ont une pratique considérable, une
quiétude stable ou une grande pratique des canaux.
Pour de telles personnes, il faut lire la description de
façon répétée pour renforcer
leur détermination jusqu'à ce que de la lymphe
suinte des ouvertures des sens. Pour ceux qui sont de grands
pécheurs ou dont les canaux sont bloqués,
cette période ne durera pas plus longtemps qu'un
claquement de doigts. Pour d'autres, elle durera le temps de
la prise d'un repas. Étant donné que la
plupart des écrits philosophiques et yogiques
affirment que les défunts restent inconscients durant
quatre jours et demi, ils demeureront dans et autour de
leurs canaux centraux pendant cette période. Aussi,
vous devez persister dans la description de la claire
lumière pour eux.
Voici comment faire : si
le défunt en a la capacité, il doit affermir
sa résolution à l'avance. S'il ne peut pas le
faire lui-même, alors son maître, ses
frères ou soeurs spirituels, ou amis de cœur,
doivent s'asseoir près de lui. Ils doivent prononcer
les signes de la dissolution dans l'ordre.
Maintenant, ce
mirage que tu vois est le signe de la
dissolution de la terre dans l'eau. Cette fumée est le signe de la dissolution de
l'eau dans le feu. Ces bluettes sont le signe du feu qui se
dissout dans le vent. Cette bougie allumée est le signe du
vent qui se dissout en conscience. Ce ciel
éclairé par la lune est le signe de la conscience qui
se dissout en luminance. Ce ciel éclairé par
le soleil est le signe de la luminance qui
se dissout en radiance. Ce ciel sombre est le signe de la radiance qui se
dissout en imminence. Cette pénombre de l'aurore est le signe de
l'imminence qui se dissout en claire
lumière.
Le texte
mentionne seulement " les signes de mirage, et ainsi de
suite ". J'ai restitué la description complète
des huit signes subjectifs parce qu'il est important que les
défunts les reconnaissent car ils leur permettent de
s'orienter dans un royaume nouveau fait d'expériences
étranges qui ne leur sont pas
familières.
Quand ces signes sont sur
le point de culminer, vous devez rappeler au défunt
sa conception de l'esprit de l'illumination. Si le
défunt est un maître spirituel, vous devez dire
doucement :
Vénérable
maître ! je vous en prie, agissez selon vos
conceptions spirituelles sans faillir.
Je traduis le
sanscrit bodhichitta par " esprit d'éveil ", et
bodhicittotpada par " conception spirituelle ". Il
s'agit de l'attitude spirituelle qui distingue un
bodhisattva, un héros ou une héroïne
messianique qui vit pour délivrer tous les autres
êtres vivants de la souffrance. C'est une
résolution messianique que de devenir parfaitement
éveillé pour être capable de
délivrer les autres de la souffrance et de les amener
au bonheur. C'est, pour un bodhisattva, l'aboutissement
logique de l'amour et de la compassion envers les
êtres, combiné avec la sagesse qui
connaît leur situation réelle, et l'horizon
infini de l'interdépendance entre soi et les autres.
La psychologie tibétaine considère
paradoxalement que cette attitude d'altruisme est la
meilleure garantie d'une bonne destinée du moi. En
conséquence, il est crucial de rappeler au
défunt ses conceptions spirituelles au moment de la
mort.
Si le défunt est un
compagnon spirituel ou une autre personne, appelez-le par
son nom et dites les paroles suivantes :
Ô noble Gilbert,
maintenant que tu es arrivé à ce que l'on
appelle la mort, tu dois te comporter selon ta conception de
l'esprit d'éveil. Tu dois concevoir aussi ton esprit
d'éveil : "
Hélas ! Je suis arrivé au moment de la mort.
À partir de maintenant, en m'appuyant sur cette mort,
je vais développer mon esprit par la seule
contemplation de la conception de l'esprit d'éveil de
l'amour et de la compassion. Pour le bien de tous les
êtres qui emplissent l'espace tout entier, je dois
atteindre la parfaite Bouddhéité.
" Et vous devriez
penser tout particulièrement : " Maintenant, pour le bien de tous
les êtres, je vais comprendre la claire lumière
de la mort comme étant le Corps de
Vérité. Immergé dans cette
expérience, j'atteindrai la réalisation
suprême du Grand Sceau, et j'accomplirai les buts de
tous les êtres. Si je n'atteins pas cela, alors je
reconnaîtrai le monde intermédiaire comme tel
pendant que je le traverserai. Je comprendrai cet
état intermédiaire comme étant le Corps
d'Intégration du Grand Sceau et j'accomplirai les
buts des êtres qui emplissent l'espace infini en
manifestant ce qui sera nécessaire pour dompter qui
que ce soit. " De
cette façon, ne perdant jamais la volonté de
cette conception spirituelle, vous devez vous souvenir de
l'expérience acquise dans votre pratique
passée et dans votre éducation.
Je rends le sanscrit
Mahamudra par " Grand Sceau ". Cette
expression se réfère à la
réalité ultime en tant qu'amour total, comme
expérience de la vacuité, comme union mentale
et physique absolue dans un orgasme de
béatitude
avec l'épouse passionnée de l'universelle
vacuité de la sagesse intime en infinie expansion.
L'expression " Grande Perfection ", quant à elle, se
réfère à l'ultime tel que l'abordent
les experts les plus avancés en contemplation
tantrique.
Cela doit être
exprimé clairement, les lèvres près de
l'oreille. De cette façon, ne vous laissant distraire
à aucun moment, vous devez prier pour le
défunt et accomplir cette pratique.
Ensuite, quand la
respiration extérieure aura cessé, vous devez
comprimer fortement les canaux du sommeil (au niveau du cou)
et dire les paroles suivantes ; d'abord à un
maître spirituel ou à un supérieur
:
Maître
vénérable ! Juste en ce moment, la claire
lumière objective luit sur vous.
Reconnaissez-là ! Je vous en prie,
incorporez-là à votre
expérience.
Vous devez la
décrire aux autres comme suit :
Ô noble Gilbert,
écoute-moi ! Juste en ce moment, la claire
lumière pure de la réalité luit sur
toi. Reconnais-la !
Ô noble personne,
ceci : ta présence actuelle à la
vacuité claire, naturelle et consciente, cette
présence à la vacuité claire qui n'a
aucune objectivité de substance ou de signe ou de
couleur ; la réalité est juste ceci : la
Mère, le Bouddha de la Bienfaisance Universelle ! et
ceci : ta présence consciente à la
vacuité naturelle qui ne succombe pas à un
vide faux et destructeur ; juste ta propre présence
consciente, incessante, brillante, distincte et vibrante
-cette présence même est le Père, le
Bouddha de la Bienfaisance Universelle ! La seule
présence de l'indivisibilité de la
vacuité insubstantielle et naturelle de ta
conscience, et sa présence vibrante et brillante est
le Corps de Vérité de Bouddha, et rien
d'autre. Ta conscience demeure donc dans cette immense masse
de lumière de vacuité et de clarté
inséparables. Tu es libéré de la vie et
de la mort -la Lumière Permanente de Bouddha est cela
même. Il suffit de la reconnaître.
Reconnaître comme Bouddha la pureté naturelle
de ta propre présence consciente, contempler ta
propre présence consciente, c'est demeurer dans
l'état de réalisation intérieure de
tous les Bouddhas.
" La
Bienfaisance Universelle " traduit le nom sanscrit
Samantabhadra dans ses formes mâle et
femelle. La Bienfaisance Universelle est le
célèbre Bodhisattva divin du sutra de la
Guirlande de Fleurs, le Samantabhadra qui a
réalisé le samadhi interdépendant si
profondément qu'il est capable de multiplier à
l'infini toutes ses bonnes actions dans tous les univers
macrocosmiques ou microcosmiques. Par exemple, il peut se
prosterner consciemment devant le Bouddha qui se trouve
devant lui. Le Bouddha Samantabhadra Père-Mère
représente la dimension ultime et inconcevable
elle-même, le Corps de Vérité,
l'expérience que constitue l'union d'éternelle
jouissance de la présence à la vacuité.
L'identification donnée ici ressemble à
l'expression de l'Initiation de la Parole, la " Grande
Quatrième Intuition " qui est
considérée comme la plus élevée
des initiations ésotériques des Tantras du
Yoga Inégalé. La nature de la
réalité évoquée est telle
qu'elle ne peut être créée ni atteinte
par aucune espèce d'effort, parce qu'elle n'est
jamais perdue. Elle est là depuis toujours,
présente à la conscience de celui qui a
atteint l'Illumination. Donc, il ne peut y avoir de
progression dans la prise de conscience de sa
présence. L'on est instantanément
libéré par la simple compréhension de
cette identification.
Vous devez
répéter cela trois ou sept fois, clairement et
correctement. Avec la première
répétition, la personne défunte se
souviendra de la description précédente que
lui avait faite son maître spirituel. Avec la seconde
répétition, elle comprendra l'identité
de sa propre présence nue avec la claire
lumière. Avec la troisième
répétition, reconnaissant sa nature, elle
deviendra le Corps de Vérité,
libéré de l'union et de la séparation,
et sera assurément libérée.
Reconnaissant ainsi la première claire
lumière, elle sera libérée.