SURRÉALISME 21

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Le Grand Livre de la Libération Naturelle par la Compréhension dans le Monde Intermédiaire.

L'art tibétain de mourir

Il est important de comprendre la dimension scientifique du Grand Livre de la Libération Naturelle par la Compréhension dans le Monde Intermédiaire pour l'aborder de manière pratique et l'utiliser efficacement. Le livre original est utile aux Tibétains principalement de deux façons. Tout d'abord, il est considéré comme un ouvrage scientifique sur les réalités et les expériences de la mort. Il les instruit sur le processus de la mort, sur la manière dont leurs actions dans le présent peuvent affecter ce processus et sur les moyens de gérer leur mort quand elle arrive. Ces instructions les aident aussi à comprendre la mort de leurs proches, à s'y préparer et à la gérer. Ensuite, ce livre est considéré comme un guide de pratique spirituelle à deux niveaux : il aide les pratiquants et pratiquantes du yoga à acquérir les capacités dont ils ont besoin pour traverser la crise de la mort avec savoir-faire et confiance ; et il donne à ceux qui se sentent incapables de se préparer pleinement à la mort et qui manquent de confiance dans leurs aptitudes, une idée religieuse de la manière dont ils peuvent chercher de l'aide auprès d'êtres divins et angéliques éveillés. Aucun touriste avisé ne partirait pour un pays étranger sans un bon guide donnant des instructions sur les préparatifs essentiels, l'équipement nécessaire, les dangers et les obstacles. Aucun Tibétain avisé ne quitterait le territoire connu de cette vie sans un bon guide du monde intermédiaire.

Dans le chapitre qui précède, j'ai décrit l'analyse tibétaine des réalités du processus de la mort. Dans celui-ci, je présenterai les préparations à la mort, les moyens de développer l'énergie éthique, les savoir-faire de la contemplation, et la vision pénétrante et réaliste requise pour traverser le monde intermédiaire avec succès. Tout en restant principalement à l'intérieur du cadre du Livre de la Libération Naturelle, j'introduirai occasionnellement quelques idées d'autres enseignements tibétains pour clarifier mon propos.

 

Préparation ordinaire à la mort

Ô ! Quand bientôt le monde intermédiaire de la vie apparaîtra pour moi,
J'abandonnerai la paresse puisque la vie n'a plus de temps,
Et sans fléchir je suivrai la voie de l'étude, de la pensée et de la méditation,
Et, m'attachant à l'étude des perceptions et de l'esprit,
Je réaliserai les Trois Corps de l'Illumination !
Maintenant que j'ai enfin obtenu un corps humain
Ce n'est pas le moment de rester sur la voie du divertissement.

(Les Versets Essentiels des Six Mondes Intermédiaires)

L'art de mourir commence avec les préparations à la mort. Comme un voyage, quelle qu'en soit la destination, il nécessite toutes sortes de préparations. Le Livre de la Libération Naturelle suggère au moins cinq types de préparations à effectuer au cours de la vie, qui mettent en jeu information, imagination, éthique, méditation et intellect.

La première préparation consiste à acquérir une image claire de ce à quoi l'on doit s'attendre. Nous pouvons le faire en étudiant les descriptions scientifiques internes de la mort, en en maîtrisant les schémas principaux, et en les mémorisant jusqu'à ce que nous soyons prêts pour la crise à n'importe quel moment.

La seconde forme de préparation, encouragée par Le Livre de la Libération Naturelle comme par la tradition bouddhique dans son ensemble, consiste à développer l'imagination pour qu'elle appréhende de façon positive les royaumes potentiels de l'avenir. Les textes bouddhiques, en raison du milieu social relativement peu coercitif des pays bouddhistes, et de l'Inde en particulier, sont riches en descriptions visionnaires de paradis, de royaumes célestes, d'édens cachés, entre autres. Ces descriptions existent certainement dans toutes les traditions religieuses, mais surtout dans le domaine ésotérique des mystiques de ces traditions. Les sociétés autoritaires, militaristes et orientées vers la production, d'Occident et d'Extrême-Orient, ont eu tendance à réprimer l'imagination individuelle de royaumes paradisiaques et persécutèrent les visionnaires qui firent l'expérience de la beauté céleste. C'est seulement à une époque récente, avec la richesse accrue et le relâchement consécutif du contrôle social engendrés par la modernisation en Occident et en Extrême-Orient, qu'a disparu la censure qui bridait l'imagination populaire, et qu'ont pu se développer les arts séculaires et sacrés qui ouvrent l'imagination à la félicité.

La lecture des sutras bouddhiques et des traités qui décrivent les terres bouddhas célestes, tels que le Sukkhatavi de Bouddha Amitabha (Le Pur Pays de la Félicité), devrait constituer une préparation importante pour la mort. Le terme " terre bouddha " fait référence à l'environnement d'un Bouddha ; il signifie que la transmutation de l'individu fini en un corps infini de conscience englobe l'environnement ; si bien que le moi et l'autre se confondent.

Vous devez avoir essayé d'imaginer dans tous ses détails l'un des royaumes céleste décrit dans les sutras pour qu'il ait un sens pour vous quand, dans Le Livvre de la Libération Naturelle, il sera écrit qu'un bouddha particulier émerge d'un endroit particulier pour vous inviter dans son Paradis de bouddha. Les descriptions des terres bouddhas sont d'une incroyable luxuriance et stimulent l'imagination. Elles nous donnent la possibilité d'une beauté et d'un bonheur surnaturels. Le seul fait de lire des textes sur ces royaumes et de les imaginer permettra à votre imagination de s'ouvrir pour être prête à accueillir une magnificence dont la gloire pourrait, dans d'autres circonstances, effrayer.

Ceux qui ont des racines profondes dans d'autres traditions religieuses doivent étudier les visions de leurs propres mystiques, pour se préparer à franchir les portes sacrées, extraordinairement belles, du paradis. Et les laïcs doivent se plonger dans les ouvrages concernant la vie au-delà de la mort, surtout ceux qui sont consacrés aux récits d'expériences situées juste avant ou après le mort. La littérature de science-fiction contient de riches descriptions de mondes d'une beauté exquise, dans les domaines plus spectaculaires du danger et de l'aventure.

Le troisième type de préparation est éthique. Il implique une gestion sélective de vos habitudes de vie à la lumière d'une mort imminente. Il n'est pas nécessaire de réduire cette pratique à un isolement morbide et tremblant. Elle peut vous permettre de jouir davantage de la vie, de la vivre plus intensément, d'apporter du bonheur à ceux qui vous entourent. Quand vous mourrez, vous perdez non seulement toutes vos possessions et toutes vos relations, mais aussi votre propre corps. Alors, pourquoi ne pas pratiquer un petit peu dès maintenant en vous détachant de toutes les choses qui vous obsèdent ?

Les trois principales éthiques concernent le développement de la générosité, de la sensibilité vis-à-vis des autres et de la tolérance. Ce sont des préparations essentielles à la mort. Elles ne sont pas directement mentionnées dans Le Livre de la Libération Naturelle, parce que leur nécessité est une évidence dans les communautés bouddhiques. Les religions occidentales enseignent les mêmes vertus. Quant aux laïcs, ils peuvent reconnaître ces vertus comme faisant partie du sens commun ; elles améliorent la qualité de la vie tout en préparant à une confrontation avec l'ultime.

Pratiquez le don des objets, et ne donnez pas seulement ceux qui vous sont indifférents, mais aussi ceux que vous aimez. Souvenez-vous : ce n'est pas la taille d'un cadeau qui compte, c'est sa qualité et la force de l'attachement mental à cet objet que vous surmontez. Alors ne vous ruinez pas dans une impulsion positive momentanée, pour le regretter plus tard. Réfléchissez au sens du don. Donnez de petites choses, avec attention, et observez les processus mentaux qui accompagnent l'acte de donner la petite chose que vous aimez.

Pratiquez la détente dans vos relations avec vos amis. Souvenez-vous que vous pourriez être mort et absent, et que votre préoccupation principale envers ceux que vous aimez, c'est leur bonheur, et pas seulement ce que vous leur prenez. Observez les sentiments de jalousie qui naissent sans cesse en vous sans raison valable ; voyez comme ils vous emprisonnent, comme ils vous mettent mal à l'aise et comme ils oppressent l'être que vous aimez. Concentrez-vous sur les actions qui rendent vos amis et vos proches heureux, vraiment heureux ; ne leur offrez pas seulement des divertissements superficiels. Pensez aux autres avant de penser à vous-même. Comprenez que chaque relation est provisoire et mettez-y toute l'énergie positive que vous avez pendant qu'elle existe.

Pratiquez la relaxation du corps. Ne faites pas tant d'histoires à son sujet, ne perdez pas temps et argent à payer des choses et des traitements dont vous n'avez pas vraiment besoin. Souvenez-vous que c'est quand vous oubliez votre apparence que vous avez le plus d'attrait et de séduction. Quand vous vous regardez dans un miroir, souvenez-vous que vous pourriez être mort, que votre chair pourrait avoir la teinte bleue, les lèvres rigides et la chair amollie des cadavres, que vous pourriez être en état de décomposition. Ne vous attachez pas à cette pensée avec une obsession morbide, mais sentez-vous soulagé d'être vivant et bien en ce moment même. Faites-vous moins de soucis à propos des défauts mineurs. Prenez soin de votre corps, mais que cela ne devienne pas une obsession : soyez sensé et non fanatique. Et efforces-vous d'acquérir une plus grande tolérance devant les difficultés. Ne vous en faites pas trop si quelqu'un vous blesse dans un accident. Ne soyez pas en colère contre un moustique s'il vous pique. Il le fait parce que cela lui est naturel. Protégez-vous contre les blessures, mais ne vous laissez pas emporter. Vous pouvez utiliser vos peines et vos difficultés pour accroître votre tolérance et votre patience, afin d'être mieux préparé à faire face aux prochaines difficultés, mais soyez progressif, car la mortification personnelle a tendance à se retourner contre soi, en augmentant encore l'obsession de soi-même.

Vous pouvez également vous préparer par la méditation. C'est la quatrième méthode. Il est bon d'avoir un professeur bien informé, mais il n'est pas nécessaire d'aller rejoindre un groupe, de se convertir à une autre religion, d'abandonner vos activités, votre mode de vie habituels. En fait, dans n'importe quelle campagne d'autodiscipline, des mesures extrêmes ont peu de chances de durer et d'atteindre leur but. Les traductions précédentes du Livre de la Libération Naturelle ne donnent pas de réelle méthode de méditation. Les parties traduites sont celles qui doivent être utilisées juste au moment de la mort et durant quelque temps ensuite. Les séances préparatoires de méditation devraient commencer au moment où vous décidez qu'elles ont un sens pour vous. Là encore, Le Livre de la Libération Naturelle présuppose que la plupart des membres de la société tibétaine pratiquent la méditation d'une manière ou d'une autre ; alors, il n'insiste pas beaucoup sur les pratiques de base.

Le premier type de méditation que vous pouvez pratiquer est la méditation apaisante, appelée concentration totale. Apprenez à vous asseoir confortablement dans une position d'équilibre (la position jambes croisées est en effet bonne et assez facile), mais n'importe quelle position d'équilibre convient. Faites de courtes séances, cinq ou six minutes, en commençant par observer votre respiration, en comptant inspirations et expirations, en vous détendant et en vous calmant, en laissant vos pensées suivre leur cours sans qu'elles vous entraînent. Arrêtez toujours les séances alors que vous y trouvez du plaisir, et ne les prolongez jamais jusqu'à la fatigue. Il s'agit de vous habituer à y prendre plaisir pour que vous souhaitiez recommencer. Une fois que vous avez commencé à y trouver plaisir, vous pouvez choisir un objet de méditation. Si vous êtes bouddhiste, une petite image du Bouddha Shakyamuni est conseillée ; si vous êtes chrétien, une icône du Christ ; si vous êtes musulman, une lettre sacrée ; si vous êtes laïc, une reproduction de La Joconde, une fleur ou une image de la terre vue de l'espace. Consacrez alors de brèves séances à vous concentrer sur cet objet sans vous laisser distraire. Vous apprendrez à ne plus vous identifier à vos pensées et à vos émotions, à les laisser naître et s'envoler ici et là dans l'espace de votre esprit, tandis que vous ramenez votre attention sur l'objet. Au début, vous vous sentirez découragé par votre grande difficulté à vous concentrer. Puis vous vous détendrez, vous essaierez de soutenir votre attention un moment de plus, de la ramener sur l'objet un peu plus tôt, et vous poursuivrez ainsi vos efforts. La devise est : peu à peu. Ce qui importe surtout, c'est d'améliorer vote aptitude à contrôler votre esprit, à l'utiliser avec efficacité pour vous concentrer sur quelque chose, et à acquérir une maîtrise de plus en plus grande de vos émotions et de vos réactions. En outre, c'est un moyen éprouvé de réduire le stress, d'améliorer votre santé et votre efficacité, entre autres. Si vous vous engagez dans cette pratique, vous trouverez des instructions plus élaborées dans un grand nombre de livres récents.

Pratiquer la méditation apaisante, c'est comme fabriquer un outil. Cela ne mène pas nécessairement à un plus grand accomplissement. L'autre méthode de méditation importante, cruciale pour la préparation, est la méditation par la vision pénétrante. Cette forme de méditation utilise l'esprit détendu et concentré pour mieux comprendre la réalité, l'environnement et le moi. Elle commence par le développement de l'attention ou de la vigilance sans réaction dans l'observation de soi-même. Cette pratique est voisine de celle de la méditation apaisante, mais elle s'en différencie du fait que son objet est tout le processus de votre corps-esprit. Parcourez-le lentement, en observant tout ce qui se passe, ne vous permettez aucune réaction. Après la phase initiale de familiarisation avec vos différents processus, utilisez un schéma semblable à celui des cinq agrégats décrits précédemment. En vous servant d'une carte mentale de votre être comme celle-ci, cherchez partout votre moi véritable. Vous découvrirez bientôt qu'il n'existe pas d'identité fixe à l'intérieur de vous-même, aucun lien subjectif indépendant. Cette découverte devient le moyen de percevoir profondément le non-moi, porte de la libération. Cette méditation devient extrêmement complexe et il existe de nombreux enseignements en ce qui la concerne. Ce qui importe ici, c'est d'acquérir une attention plus grande envers tout notre système et la manière dont il fonctionne. Cela peut être de la plus grande utilité pour le développement de l'aptitude à être conscient à tout moment. Cela permet de voir les rêves avec lucidité, par exemple, ce qui est une préparation très importante à la tentative de devenir lucide dans le monde intermédiaire. Il est essentiel de remarquer que la méditation par la vision pénétrante accroît la faculté d'interrompre l'identification aux formes de connaissance, aux pensées et aux émotions, et permet de comprendre que ce qui semble un " je " absolu n'est qu'une construction temporaire. Quel que soit le degré d'aptitude atteint, il sera d'une importance extrême au moment de la mort. Les nombreuses incitations du Livre de la Libération Naturelle à ne pas craindre ceci ou cela, à ne pas se laisser emporter par une perception ou une autre, demandent toutes à ce que soit développée, d'une manière ou d'une autre, l'aptitude à se détacher des connaissances, pensées ou émotions, ainsi qu'une certaine souplesse par rapport à l'idée habituelle que nous avons de notre moi.

Le troisième type de méditation que l'on peut pratiquer est thérapeutique. Son but est de former notre esprit à prendre une orientation positive. Par exemple, il y a des méditations sur l'amour, où vous réfléchissez à vos relations avec les autres êtres, à leur gentillesse passée et présente envers vous, à tout le bien que vous procure votre relation à eux, et à la beauté qu'il y a en eux. Vous mettez à distance vos aversions et donnez de la force à ce qui vous enchante. Ainsi, vous pouvez donner plus d'intensité à l'amour que vous portez aux autres. Ensuite, il y a les méditations sur la patience au cours desquelles vous vous débarrassez de vos habitudes coléreuses et où vous augmentez votre tolérance. Il y a la méditation sur le détachement, dont le thème central est la mort, au cours de laquelle vous vous libérez de plus en plus de votre obsession de la propriété et des activités.

En quatrième lieu, il y a les méditations de l'imagination, qui sont des visualisations d'endroits ou d'évènements favorables. Elles peuvent être très utiles pour le développement de l'ouverture aux situations inédites auxquelles on peut faire face au moment de la mort. Ces méditations prennent de nombreuses formes : vous pouvez cultiver la vision d'une maison imaginaire, d'un lieu sûr, paisible et calme, développer votre confiance en vous face à n'importe quelle situation, surmonter les attitudes défaitistes existant dans le subconscient, et acquérir le moi inflexible et l'environnement exaltant du royaume ésotérique du mandala, l'environnement parfait de la terre bouddha.

Enfin, il existe des méditations qui peuvent être utilisées dans la vie quotidienne, pour associer les activités de chaque jour à une orientation spirituelle ; elles puisent leur matériau du temps et des efforts de la vie quotidienne qui, autrement, dans la perspective de la Libération Naturelle, seraient gaspillés pour cette seule vie. Les occasions les plus ordinaires peuvent ainsi devenir des possibilités de pratique contemplative.

Ô ! Quand bientôt le monde intermédiaire du rêve m'apparaîtra,
Je renoncerai au sommeil de l'illusion qui ressemble à celui d'un cadavre,
Et en toute conscience, inébranlable, je ferai l'expérience de la réalité ;
Conscient de rêver, je prendrai plaisir à ces changements qui seront pour moi la claire lumière.
Ne dormant pas stupidement comme un animal,
Je chérirai la pratique qui consiste à faire fusionner le sommeil et l'illumination.

(Les Versets Essentiels des Six Mondes Intermédiaires)

Cela implique l'utilisation du sommeil comme période de pratique. Vous pouvez convertir l'endormissement en une répétition des dissolutions de la mort. La méthode consiste à vous imaginer en train de vous éloigner de la conscience de l'état de veille tandis que vous sombrez dans le sommeil pour franchir les huit étapes qui vous conduisent à la transparence de la claire lumière du sommeil profond. Et vous pouvez convertir l'état de rêve en une pratique de l'état intermédiaire, pour vous habituer à vous reconnaître rêvant lorsque vous êtes dans le rêve. Cela est très difficile à accomplir au départ, mais moins qu'il n'y paraît si vous vous rappelez qu'il faut persévérer, et que le progrès se fait peu à peu. C'est très important car, si en pratiquant le rêve lucide, vous pouvez devenir présent à vous-même dans l'état de rêve, vous aurez une chance bien meilleure de reconnaître votre situation dans le monde intermédiaire après la mort.

La pratique tibétaine courante qu'est la récitation d'un mantra est un autre type très simple de méditation quotidienne. Om mani padme hum est le mantra de la Grande Compassion. Littéralement : " Om - le joyau dans la fleur de lotus - hum. " Pour un tibétain, cela signifie que tout va bien dans l'univers, que l'énergie du bien et de l'amour est partout et qu'elle peut aider tous les êtres à se sortir de leurs difficultés. Ce mantra se fait ainsi l'écho de la perspective la plus propice possible. Les Tibétains apprennent à répéter constamment ce mantra en silence ou à voix basse. Ils s'instruisent sur le mantra et sur Avalokiteshvara, Seigneur de la Compassion, se sentent proches de son énergie positive, et pratiquent la répétition des syllabes dans leurs séances de méditation. Abandonnant ainsi un niveau commun de rumination mentale, ils utilisent une fréquence mentale adaptée à la récitation continue du mantra om mani padme hum. Certains parviennent à voir en même temps, sur une roue qui tourne au centre du cœur, les six syllabes serties de joyaux irradier la lumière de l'arc-en-ciel en cinq rayons représentant les cinq sagesses pour bénir tous les êtres de l'univers. La récitation continue du mantra s'allie alors à la vision constante d'un flot de lumière radieuse et colorée allant et venant, pleine d'énergie et d'amour. D'autres mantras peuvent aussi être utilisés de la même manière. Si le mantra est juif, chrétien ou musulman, vous pouvez l'utiliser pour créer le même flux favorable dans votre esprit. Une telle pratique aura une valeur toute particulière au moment de la crise de la mort. En apprenant à la laisser venir d'elle-même, elle vous portera facilement par-delà les passes difficiles durant les périodes de transition de la mort et de l'état intermédiaire.

Il y a une sorte de méditation journalière qui est l'association consciente d'une activité ordinaire avec une pratique spirituelle. Quand vous lavez la vaisselle, faites le lien entre son nettoyage et celui de votre esprit que vous débarrassez de toutes ses obsessions mentales, faisant ainsi de ce lavage une prière. Quand vous construisez un bâtiment, associez cette construction avec la création d'un mandala de la terre pure. Quand vous observez une personne dans le métro, associez cette rencontre avec l'idée que vous serez-là pour elle quand vous serez un bouddha. Quand vous franchissez une porte, associez cet acte avec celui de franchir la porte qui mène à l'illumination.

Le cinquième type de préparation est intellectuel. Contrairement à ce que pensent à tort certains de nos contemporains, le bouddhisme n'est pas du tout anti-intellectuel. L'intellect est le véhicule de la libération ; c'est la source même de la sagesse, et la sagesse est la seule faculté qui vous permettra d'atteindre la libération. Ni la méditation, ni l'amour, ni l'éthique ne peuvent conduire à l'illumination sans la sagesse. L'étude doit durer la vie entière. Aucun d'entre nous n'a terminé son éducation après seulement quelques années d'école. En réalité, l'école ne fait que vous apprendre à étudier ; ce n'est que le début. De nombreux textes nous permettent d'apprendre des choses sur la nature de la vie, la nature de la libération, celle du moi et celle de l'environnement. Les enseignements sur la vacuité, le non-moi et la relativité, ainsi que ceux qui traitent de l'esprit d'illumination, de l'amour et de la compassion sont particulièrement importants. La lecture des sutras, d'une manière générale, a aussi pour avantage d'être en elle-même une des formes du troisième type de méditation. Cette forme possède des vertus thérapeutiques car les longues descriptions des terres pures, des incroyables accomplissements des Bouddhas et de leurs disciples ont pour effet de mettre votre conscience en état d'immersion. Si une autre religion ou une autre philosophie vous intéresse davantage, étudiez sa littérature régulièrement, en vous attachant plus particulièrement aux descriptions de la mort et de ce qui vient après la vie, aux autres mondes, et aux moyens de développer les qualités morales, religieuses et intellectuelles de votre moi supérieur. Les laïcs peuvent tirer beaucoup de profit des sciences, surtout de celles qui sont critiques et qui ouvrent de nouvelles perspectives. Ils peuvent aussi apprendre beaucoup en lisant des ouvrages de psychologie moderne traitant du développement personnel.

 

Préparations extraordinaires

Ô ! Quand bientôt le monde intermédiaire de la méditation m'apparaîtra,
J'abandonnerai la multitude des erreurs qui distraient,
Je me concentrerai sans relâche ni contrôle sur la présence extrême et libre,
Et j'atteindrai l'équilibre dans les phases de création et de perfection !
Renonçant aux affaires, totalement concentré dans la méditation,
Je ne cèderai pas au pouvoir des conditionnements erronés !

(Les Versets Essentiels des Six Mondes Intermédiaires)

Quand leur conception de la mort leur apparaîtra sous un angle aussi nouveau, quand elles prendront conscience de la direction spirituelle ainsi donnée à leur vie, certaines personnes se sentiront si émues qu'elles ne se satisferont pas des préparations normales précédemment décrites ; lesquelles peuvent s'intégrer à une existence laïque conventionnelle, centrée sur la famille, la carrière et la consommation. Elles voudront changer de vie, la traiter comme si elle était le " monde intermédiaire de la vie ", et se consacrer à l'accélération de leur évolution positive. Dans les sociétés bouddhistes, il se peut qu'elles se fassent moine ou nonne pour donner tout leur temps à la recherche de l'illumination, minimisant leurs préoccupations concernant les " buts de cette vie ", la famille et les amis, la nourriture, la boisson, le logis, les vêtements, la richesse, la renommée, le pouvoir et autres plaisirs ordinaires. Dans la société moderne, cependant, il existe peu de structures ou d'aides sociales pour les renonçants ; les pratiquants extraordinaires à plein temps devront donc trouver des arrangements individuels particuliers pour se consacrer entièrement à leur développement spirituel.

La procédure qu'il leur faudrait suivre, selon la tradition tibétaine, prévoit quatre étapes : tout d'abord, l'étape préliminaire des enseignements ésotériques de l'illumination ; deuxièmement, le développement d'une relation avec un professeur qualifié et l'obtention de l'initiation à des pratiques ésotériques de haut niveau, nécessaires pour accélérer l'évolution personnelle ; troisièmement, le développement de la faculté de visualisation enseignée dans la phase de perfection, comprenant des pratiques de yoga qui simulent les transitions de la mort et permettent de les répéter. C'est au cours de cette dernière phase que commencent vraiment les voyages à travers les transformations. Les textes de la Libération Naturelle ne font que mentionner de manière allusive la première et la quatrième phase, puisqu'ils partent du principe que tous les Tibétains connaissent ces phases. La troisième phase contient une pratique élaborée de visualisation du mandala (voir 7. La Pratique du Dharma, Libération Naturelle des Instincts). On n'y trouve pas d'instructions spécifiques concernant les pratiques de la phase de perfection, sauf parmi les instructions traitant du passage dans le monde intermédiaire et dans la philosophie générale de la Grande Perfection (voir 8. La libération Naturelle par la Vision Nue, l'Intelligence identifiée). Cependant, de nombreuses autres traditions ésotériques au Tibet contiennent des instructions sur les quatre phases. Les plus importantes parmi ces traditions sont le Yoga Tantrique Inégalé, la discipline de transformation qui transcende la mort, discipline qui, dit-on, provient des enseignements ésotériques de Bouddha, élaborés et introduits au Tibet par les grands initiés de l'Inde ancienne tels que Padma Sambhava et les pratiquants du Tantra ayant atteint la Bouddhéité dans leur corps ordinaire et qui sont restés associés à leur corps grossier pour aider les autres à atteindre la libération.

Sans trop entrer dans le détail, je ferai une présentation générale de leurs pratiques principales pour vous informer sur l'ensemble des préparatifs possibles au voyage dans le monde intermédiaire.

La phase préliminaire

C'est la phase de pratique intensive des enseignements bouddhiques ésotériques habituels, effectués dans le contexte de la préparation à la pratique ésotérique subtile du Yoga Tantrique Inégalé. Dans la plupart des ordres tibétains, il y a des préliminaires ardus à la pratique ; ce sont en général les " quatre cents mille ", ie cent mille exécutions de chacune des quatre pratiques traditionnelles : les prosternations formelles, les répétitions des cent syllabes du mantra de la purification de Vajrasattva (l'un des archétypes divins bénins du bouddhisme, dont la forme masculine est adoptée par Bouddha quand il enseigne le Tantra), les offrandes rituelles de l'univers entier aux êtres éveillés, et les contemplations du yoga du mentor. Elles s'effectuent généralement avant de recevoir l'initiation à une quelconque pratique. Dans l'ordre des Gelugpas, on peut aller jusqu'à demander à un pratiquant de faire neuf séries de " cent mille " : prise de refuge, prosternations, offrandes d'eau, offrandes de mandala, fabrication d'images de Bouddha en argile, mantras de Vajrasattva, mantras des voeux purificateurs, offrandes de feu, et contemplations du yoga mentor. Cependant, les préliminaires de base les plus importants sont les pratiques des Véhicules Individuel et Universel qui sont les principales voies monastiques et messianiques dans le bouddhisme. Les maîtres tibétains ont essentiellement parlé des trois voies principales vers l'illumination : la renonciation transcendante, l'esprit d'illumination de l'amour et de la compassion, et la sagesse transcendante du non-moi. La première insiste sur le Véhicule Individuel, la deuxième sur le Véhicule Universel, et des formes légèrement différentes de la troisième sont les clés de la libération pour les deux véhicules.

La renonciation transcendante s'accomplit par une méditation sur la grande valeur de la vie humaine par la multitude de possibilités d'évolution qu'elle offre, l'immédiateté de la mort, le caractère inexorable de l'enchaînement des causes et des effets du devenir, et les souffrances du cycle des existences, involontaire et conditionné par l'ignorance. La renonciation se produit automatiquement quand vous vous trouvez face à votre situation existentielle réelle, que vous commencez ainsi à éprouver une authentique sympathie envers vous-même, après que vous ayez cessé de faire semblant de croire qu'être prisonnier des émotions et des confusions habituelles est une bonne chose. Méditer sur les enseignements donnés sur ces thèmes de façon systématique fera bientôt naître en vous l'ambition de contrôler totalement votre corps et votre esprit afin de parvenir au moins à faire face à la mort avec confiance, sachant que vous pourrez trouver votre chemin sans danger au milieu des périls de vos futurs voyages. Perdre votre temps à investir votre vie dans des projets que " vous ne pouvez emmener avec vous " devient absurde, et, quand vous changerez vos priorités radicalement, vous vous sentirez soulagé de vous être déchargé du poids de vos soucis à propos de choses sans conséquences.

L'esprit d'illumination de l'amour et de la compassion est l'aura d'énergie et de joie que vous créez pour vous-même en changeant l'orientation de votre vie, laissant vos préoccupations égocentriques pour vous attacher à devenir un être éveillé, afin d'apporter le bonheur à tous les autres. Il se développe à partir du moment où vous connaissez le soulagement et le bonheur extraordinaire de vous être vraiment libéré de tous les soucis ; sentiment de libération que vous avez commencé à goûter dès l'accomplissement de la renonciation transcendante. Au début, méditez systématiquement sur les liens que vous avez avec tous les êtres sensibles ; créez un profond sentiment d'intimité avec eux tous, de manière égale, en vous replongeant dans vos souvenirs d'enfance pleins de tendresse et de caresses affectueuses, et en partageant cette affection avec tous les êtres, tout en réfléchissant aux relations personnelles que vous entretenez avec les autres dans votre devenir sans commencement. Une fois que vous vous sentirez proche de tous les êtres dans ce réseau visionnaire de sang et de lait, vous comprendrez la souffrance constante qu'ils éprouvent dans leurs vies successives ; vous serez, pour votre part, soulagé et vous engendrerez l'ambition puissante de les libérer aussi. À la fin de ce processus de méditation, maintenez-vous dans cette ambition en faisant le voeu héroïque de servir tous les êtres. Transformez votre aspiration à aider le monde en une solide détermination. À ce moment-là, vous ferez naître l'esprit d'illumination de l'amour universel et de la compassion : vous deviendrez bodhisattva, un héros ou une héroïne messianique. L'esprit d'illumination n'est qu'une question d'orientation et de détermination.

La sagesse qui est essentielle pour votre libération vraie s'acquiert par la méditation des deux états du non-moi. L'un est subjectif, et l'autre objectif. Vous commencez par cultiver la conscience du non-moi subjectif par l'observation du sens que vous avez habituellement de posséder un moi solidement ancré, une identité fixe et définitive qui est vous-même. Observez avec attention combien ce moi semble absolu et indéniable, comment il semble impossible de le remettre en question. Quand vous devenez vraiment conscient de la force de cette présence, commence un processus d'approfondissement qui vise à la trouver, à la connaître vraiment, à savoir qui vous êtes et ce que vous êtes vraiment. Il y a beaucoup de systèmes d'investigation subtils qui ont été mis au point pour vous aider dans cette tâche difficile. Apprenez-les et méditez avec leur secours. Analysez les constituants intérieurs de votre corps et de votre esprit, les sensations, les mécanismes émotionnels et conceptuels ainsi que le complexe de la conscience elle-même. Il vous faut développer systématiquement des pouvoirs de concentration, pour garder cette faculté d'analyse tandis qu'elle s'approfondit de plus en plus. Dans vos études, vous pouvez profiter de l'aide des millions d'investigateurs précédents, qui ont laissé indices et méthodes de leur quête au cours des siècles. Il n'est pas nécessaire que vous soyez philosophe ; vous devez seulement vouloir savoir qui vous êtes.

À la fin, l'enquête vous amène à comprendre que votre entreprise pour trouver cette identité personnelle du moi est un échec. Vous comprenez qu'elle n'existe pas en vous de la manière dont elle paraît exister. Il y a des moments où vous avez l'impression de ne pas exister du tout, mais vous vous rendez compte que ce sentiment de non-existence ne constitue pas en lui-même une identité inconditionnelle. Tandis que vous progressez, il vous faut recourir aux textes sur la sagesse pour résoudre la difficulté que constitue cet échec à mettre la main sur un mode d'existence ou de non-existence intrinsèquement identifiable. Vous devez aussi prendre votre temps, persévérer sans attendre de succès spectaculaire et sans vous décourager, même si vous n'en connaissez aucun. Progressivement, votre sens de l'absolu commence à s'éroder, tandis que votre sensation d'être seulement là se libère de plus en plus. Vous vous rendez compte que l'identité est une construction, une fabrication relative, et vous commencez à comprendre le non-moi objectif. Vous regardez les autres et les objets dans le monde, comprenant qu'eux aussi sont de simples entités relatives, ne possédant pas non plus d'identité inconditionnelle. Finalement, vous comprenez que ce réseau interdépendant d'êtres et d'objets relatifs, non absolus, est fluide et malléable, et qu'il est ouvert au développement créateur. Si tout cela est une construction mutuelle, rendons-la plus belle. Tout est ouvert à la transformation. Dès que les choses ne sont plus figées par des structures immuables et rigides, leur ouverture à la transformation implique un certain risque qu'elles ne dégénèrent dans des configurations négatives, causant des souffrances à tous les êtres vivants. Mais ce risque est plus que compensé par le fait que chaque chose peut être transformée pour revêtir des formes positives sans limites, des royaumes de joie et d'épanouissement pour tous les êtres vivants.

Cette méditation peut être aussi profonde que l'illumination parfaite elle-même. Mais à ce stade préliminaire de la voie, lors de la préparation au contexte spécial de l'art tantrique, vous avez besoin d'utiliser l'inférence et l'expérience pour atteindre la certitude que tout sens d'absolu ne peut être que relatif. Cela pour comprendre l'équivalence de la vacuité et de la relativité, et pour cesser de chercher un vide absolu au-delà du monde et de déprécier le monde relatif parce qu'il manquerait de valeur ultime.

Vous intégrez cette certitude dans votre expérience quotidienne par un double processus.

- Dans un premier temps, en laissant l'expérience affirmer la vacuité absolue, sachant que tout ce dont vous pouvez faire l'expérience est relatif et vide d'identité intrinsèque ;
- Et dans un deuxième temps, en laissant la vacuité absolue affirmer votre expérience relative, puisque connaître la vacuité d'une chose rend sa présence relative indéniablement importante.

À partir de là, il ne s'agit plus que d'approfondir cette prise de conscience en la faisant progresser à l'intérieur pour dépasser cette méconnaissance instinctive qui vous donne encore habituellement le sentiment qu'il existe une identité inconditionnelle durable. Plus vous essaierez de vaincre ce sentiment spécifique d'identité par la mobilisation de votre concentration, plus vous deviendrez libre. C'est là que la méditation est vraiment nécessaire : une fois que vous aurez accompli cette prise de conscience salutaire. C'est à ce moment-là que vous comprendrez combien vos instincts sont profonds. C'est là que vous commencerez à désirer des techniques plus poussées d'approfondissement de la conscience et de développement de votre libération. Vous déciderez que vous ne pouvez plus supporter de retarder votre libération durant encore de nombreuses vies. Vous voudrez compléter le processus dans cette vie-ci. Vous prendrez la résolution de chercher l'initiation par le Yoga Tantrique Inégalé, pour reconnaître votre vie comme la vie intermédiaire, pour apprendre l'art de réenvisager tout votre moi et tout votre monde au stade de la création, ainsi que pour apprendre les voyages intérieurs du psychonaute entraîné dans la phase de perfection. Ce n'est pas que vous cherchiez un enseignement différent qui vous fournirait un raccourci auparavant inaccessible, car l'aspect de sagesse de ces voies ne varie pas : qu'elle soit vue sous un angle exotérique ou dans une perspective ésotérique, la vacuité est la même. Mais la méthode est différente : la technique est accélérée, l'art est plus élaboré. Vous cherchez une manière d'accélérer votre évolution, en condensant le développement acquis par de nombreuses morts conscientes et de nombreuses vies de pratique en une seule vie, une seule mort, et une seule traversée du monde intermédiaire, si possible ; ou bien quelques-unes tout au plus.

Les pratiques ésotériques du Tantra son ainsi abordées sur la base d'une compréhension déjà claire mais incomplète, comme un moyen de condenser des éternités de vies en une seule existence, des éternités de morts en une seule mort, et des éternités de passages en un seul passage.

Mentor et initiation

On peut pratiquer ces trois principes de la voie ordinaire à partir d'un livre, mais l'enseignement d'un maître ou d'un mentor spirituel est considéré comme beaucoup plus efficace pour adapter à votre personne les différents thèmes et techniques. L'enseignement du non-moi devient plus facile, surtout quand il est prodigué par un maître qui lui-même, ou elle-même, comprend déjà la dissolution du moi. Beaucoup de gens auront déjà un maître spirituel lorsqu'ils envisagent sérieusement de chercher l'initiation et d'entrer dans les phases supérieures de la pratique. Cependant, vous choisirez quelquefois un mentor différent pour l'initiation tantrique. Il est assez courant d'avoir plusieurs maîtres spirituels. Pour pratiquer les enseignements sur la transformation en suivant la voie du Yoga Tantrique Inégalé, la relation personnelle qui s'établit avec un maître spirituel est fondamentale.

Un grand nombre de textes examinent le choix d'un mentor. Vous devez avoir une intuition favorable sur un maître, bien sûr, mais vous devrez aussi analyser le genre de vie du maître, les paroles qu'il ou elle emploie dans son enseignement et la qualité de ses autres disciples. On peut critiquer n'importe qui. Exiger immédiatement ce qui, pour votre regard critique habituel, ressemble à la perfection est trop demander. Mais vous devez aussi utiliser le sens commun. Un maître spirituel qui ne semble pas clair sur les enseignements, dont les opinions contredisent souvent les textes traditionnels, qui ne pratique pas ce qu'il prêche, qui utilise des disciples pour sa richesse et sa renommée personnelles, qui montre une complaisance peu contrôlée, doit sans doute être évité, quel que soit son titre ou son milieu. Le mentor en qui l'on peut avoir confiance doit être lucide quand il enseigne et d'une manière générale en accord avec les textes traditionnels en paroles et en actes ; il doit faire des efforts pour le bien d'autrui ; être concerné par les besoins de ses disciples et non par leur utilité ; ne pas se préoccuper de sa fortune ou de son renom, qu'il vive dans l'aisance et la gloire ou non ; et adopter un style de vie modéré, ce qui ne veut pas dire éliminer tout plaisir comme un poison. Un tel mentor, même s'il n'a pas de titre important, même s'il n'a pas un passé exotique, est très certainement un être digne de confiance.

Une fois que vous avez choisi un mentor, ce mentor peut vous imposer des pratiques préliminaires, telles que les " quatre cent mille " ou d'autres pratiques qu'il juge particulièrement nécessaires pour vous. Mais une fois qu'un mentor vous a admis comme disciple et qu'il a accepté de vous donner instruction et initiation, vous pouvez aborder un mandala du Yoga Tantrique Inégalé.

Le Yoga Tantrique Inégalé commence par le développement d'une méditation créatrice qui force l'imagination à visualiser un moi, un corps et un environnement dans l'éveil. Cet exercice est conçu pour transformer par l'imagination votre moi et votre univers ordinaire en ce qu'une personne et un environnement parvenus à l'éveil devraient être. Le but est de créer un archétype qui serve de modèle pour votre véritable transformation. Pour créer quelque chose, il faut d'abord l'imaginer. Et l'imagination peut être extrêmement puissante dans la réalité de la vie intermédiaire. Une fois que vous aurez compris que la réalité ultime est vide de toute substance, réalité, identité, ou objectivité, vous prenez conscience de sa nature apparente véritable à tous les niveaux d'expérience et vous constatez qu'elle est totalement conventionnelle et seulement structurée par l'imagination collective du monde des êtres vivants.

Conditionnés par l'ignorance, les êtres ordinaires structurent leur univers en un monde que leurs imaginations ordinaires gardent en place et qui est codifié par des mots et des images. Libérés par la sagesse, les êtres éveillés sont libres de restructurer leur univers pour réagir aux besoins des nombreux êtres vivants, transformant des mondes entiers en terres bouddhas. Le pratiquant du Yoga Tantrique Inégalé imite cet idéal en cultivant une perception purifiée de l'environnement qui est vu comme mandala de la terre bouddha, et une perception purifiée du moi comme corps, discours et esprit de Bouddhéité réels.

L'initiation est la porte qui ouvre sur cette pratique de la transformation par l'imagination. La voie tantrique commence par la rencontre avec le mentor vajra, ou mentor " diamant " ; ce qui peut donner lieu à des interprétations erronées. En effet, on pourrait comprendre que le Tantra est la voie de la " dévotion au gourou ", et que l'on ne fait qu'adorer le mentor vajra lorsqu'on l'a trouvé, et s'asseoir à ses pieds. Un bon mentor laisse rarement des disciples s'asseoir ainsi et s'adonner à une simple dévotion. Bien sûr, il faut que votre imagination s'ouvre et voie le mentor comme bouddha réel ; ie comme la quintessence du Corps d'Émanation des innombrables Bouddhas des trois périodes, dont le discours est le Corps de Béatitude, quintessence du Dharma, et dont l'esprit est le Corps de Vérité, immuable, omniprésent et inconcevable. Vous devez aborder le mentor comme l'incarnation vivante des Trois Joyaux : la Sangha, le Dharma et le Bouddha. Vous devez immerger votre imagination et votre perception personnelles, imparfaites, dans la vision du mentor bouddha qui est arrivé à la perfection. Mais alors, vous devez adopter immédiatement la vision du mentor, qui vous voit vous-même comme un bouddha, et qui voit votre potentiel réalisé. La vision éveillée du mentor vous est communiquée par le rituel de l'initiation, une sorte d'onction qui fait de vous un prince de l'illumination de la couronne vajra. On vous installe formellement sur le trône de la Bouddhéité royale, trône majestueux en forme de lion, et l'on vous porte aux nues. On vous donne ainsi un avant-goût en imagination du but de votre quête spirituelle.

Cette initiation a lieu au début de la pratique tantrique ; c'est une introduction indispensable, mais elle donne rarement tous les pouvoirs au débutant. La raison en est qu'elle demande une très grande maîtrise de la faculté de visualisation pour permettre d'entrer véritablement dans le palais du mandala, de percevoir l'édifice et ses ornementations dans tous leurs détails avec netteté, de voir le mentor bouddha à l'intérieur avec sa suite, et de vous voir vous-même comme un archétype divin pourvu de multiples bras et jambes. Le vrai mandala constitue son propre univers parvenu à la perfection ; il n'existe pas dans le monde ordinaire. C'est déjà un succès que de l'apercevoir en imagination, en utilisant des objets, symboles et figures dans le temple où s'effectue la consécration. De plus, vous devez comprendre tous les voeux et toutes les promesses qu'implique l'éthique tantrique, et vous devez être capable de les respecter ; ce qui en soi demande un très haut degré de maîtrise de l'esprit, des sens et du corps que l'on peut acquérir par la pratique du yoga. Cependant, la première initiation vous donne les pouvoirs qui correspondent à vos aptitudes, et vous permet de vous engager dans l'étude et la pratique qui vous conduiront tôt ou tard à l'initiation totale.

Les rituels de l'initiation sont d'une extrême complexité. Les Tantras du Yoga Inégalé utilisent quatre catégories principales d'initiation : l' " initiation du vase ", qui se concentre sur le corps et vous donne le pouvoir de commencer la pratique de la visualisation pour la phase de la création ; l' " initiation du mot précieux ", qui se concentre sur le corps, la parole et l'esprit vus dans leur ensemble, et vous donne le pouvoir d'accéder au niveau d'intégration le plus élevé de la phase de perfection, et qui correspond aux enseignements de la Grande Perfection.

Le texte destiné aux initiations au mandala des divinités bénignes et féroces, invoquées dans le Livre de la Libération Naturelle, ne se trouve pas dans les éditions courantes de l'ouvrage. C'est la tradition ésotérique qui veut qu'un mentor qualifié soit une nécessité première pour l'initiation. Il ne sert donc à rien de mettre en circulation un texte qui ne peut être utilisé sans mentor. Cependant, le premier texte des écrits sur la Libération Naturelle, le Yoga du Mentor des Trois Corps, exprime sur le mode de la contemplation une séquence d'initiation, et j'en citerai les passages en suivant l'ordre des initiations :

Je prie le Mentor du Corps d'Émanation, ineffable et autocréé
Dans le palais du lotus parfait et sans défaut
Empli d'une dévotion respectueuse, je le prie ardemment !
Libéré du moi sans avoir abandonné la haine qui est erreur,
J'accepte de mon plein gré la bénédiction sans effort du Corps d'Émanation,
Comme illumination intérieure de moi-même, issue de la sagesse qui est évidence !

Ici, le mentor est invoqué comme Bouddha du Corps d'Émanation. Vous, l'initié, recevez alors sa bénédiction sous la forme de rayons de lumière blanche émanant d'un diamant OM (le mantra séminal du corps de tous les Bouddhas) de votre couronne. Ils pénètrent dans la couronne comme une lumière de couleur diamant, bénissent le corps, confèrent l'initiation du vase, et vous donnent le pouvoir de pratiquer la phase de création.

Je prie le Mentor du Corps de Béatitude, celui de la grande félicité, immortel,
Dans le palais de la félicité universelle de la sagesse lumineuse et pure,
Je le prie avec ferveur, révérence et dévotion !
Libéré de moi-même sans avoir abandonné le désir et la jalousie,
J'accepte de mon plein gré la bénédiction aisée du Corps de Béatitude
Comme la libération spontanée dans la félicité universelle de la sagesse intérieure !

Ici, le mentor représente le Bouddha du Corps de Béatitude, qui émet des rayons de lumière rubis d'un AH rouge (syllabe séminale de la parole chez tous les Bouddhas) au centre de sa gorge ; les rayons entrent au centre de votre gorge, vous remplissent de lumière rubis, bénissent vos paroles, vous confèrent l'initiation secrète, et vous donnent le pouvoir d'effectuer les pratiques de la phase de perfection.

Je prie le Mentor du Corps de Vérité, non né, immuable,
Dans le palais du Royaume parfait et universel de la Vérité,
Je le prie avec ferveur et dévotion !
Libéré de moi-même sans avoir abandonné l'illusion qui masque la connaissance,
J'accepte de mon plein gré la bénédiction parfaite du Corps de Vérité
Comme la sagesse primordiale, sans effort et sans artifice !

Ici, le mentor représente le Bouddha du Corps de Vérité, qui émet des rayons de lumière saphir depuis un HUM bleu profond (syllabe séminale de l'esprit de tous les Bouddhas) au centre de son cœur ; les rayons entrent dans le centre de votre cœur, vous remplissent de lumière saphir, bénissent votre esprit, confèrent l'initiation à la sagesse-intuition, et vous donnent le pouvoir de vous consacrer aux pratiques de la phase de perfection.

Je prie le Mentor des Trois Corps, celui de la grande félicité, impartial,
Dans le palais de la vision profonde et authentique de la claire lumière,
Je le prie avec ferveur, révérence et dévotion !
Libéré de moi-même sans avoir abandonné le dualisme sujet-objet,
J'accepte de mon plein gré la bénédiction des Trois Corps de la grande félicité,
Comme la sagesse originale et spontanée des Trois Corps !

Ici, le mentor représente le Bouddha réunissant les Trois Corps ; il émet un rayonnement couleur de diamant, de rubis et de saphir depuis ses syllabes séminales OM AM HUM, qui pénètre vos trois centres, vous remplit de lumière rouge, blanche et bleue, béni votre corps, vos paroles et votre esprit, confère l'initiation du mot précieux et vous donne le pouvoir d'atteindre la Bouddhéité suprême qui est l'intégration de la phase de perfection, le Grand Sceau, ou Grande Perfection. Le mentor se dissout alors entièrement dans les trois rais de lumière et se fond complètement en vous.

Le résultat essentiel de l'initiation est que, dans le conscient et le subconscient, vous êtes exalté de façon imaginaire dans la réalité de votre propre illumination potentielle, sur les plans physique, verbal, mental et intuitif. Même si vous êtes encore loin de l'accomplissement total, votre pratique continue de suivre cette orientation de l'imagination. Vous méditez en comprenant par l'imagination que l'illumination parfaite est tout à fait immédiate et votre pratique écarte progressivement les obstacles à cette compréhension ; vous n'acceptez plus l'idée que votre illumination est quelque part dans un au-delà, " là-bas ", loin dans l'espace ou dans le temps, et que vous l'atteindrez plus tard. On appelle cela " utiliser le résultat comme véhicule " ; ce qui contraste avec les pratiques ésotériques, où le véhicule est considéré comme le moyen d'un résultat à venir. La pratique du résultat-véhicule s'effectue dans une situation de tension, d'un paradoxe ou d'une dissonance de la connaissance portant sur un point particulier. Votre esprit ordinaire sait que vous n'êtes pas éveillé, mais votre imagination ainsi cultivée voit votre état d'illumination tel qu'il apparaît aux êtres éveillés, représentés par votre mentor. Votre visualisation de l'illumination exerce ainsi une pression critique considérable sur votre perception habituelle de l'illumination, tandis que les deux s'accomplissent au fur et à mesure que vous prenez conscience de leur vacuité.

Cette approche particulière, centrée sur le résultat, doit être bien comprise pour éviter une mauvaise interprétation de la lecture des enseignements de la Grande Perfection dans les écrits de la Libération Naturelle. Si vous ne saisissez pas avec précision comment on entretient une dissonance particulière dans la connaissance, quand vous entendez : " Tout est naturellement parfait ; détendez-vous et la claire lumière brillera ; vous êtes déjà un Bouddha parfait ! ", vous oscillerez entre deux réactions malsaines. Tout d'abord, il se peut que vous vous sentiez bien, en pensant que votre véritable " je ", le moi prétendument immuable tel que vous le sentez habituellement présent en vous, n'est autre que l'esprit de Bouddha ; cela vous mènera plus loin dans l'attachement compulsif à vous-même, renforçant l'habitude de cet intérêt instinctif. Plus tard, quand vous reconnaîtrez que vous ne vous sentez pas vraiment mieux qu'avant que le texte vous ait dit que vous étiez parfait, vous en conclurez que Padma Sambhava avait tort, et vous éprouverez du découragement quant à votre pratique et du cynisme à propos de n'importe quelle autre. Cela vous privera du bénéfice de la Libération Naturelle, des techniques spirituelles merveilleuses des Tantras, et des enseignements beaux et sophistiqués de la Grande Perfection.

Aussi, quand vous entendrez que vous êtes arrivé à la Grande Perfection, reconnaissez cette déclaration comme essentiellement initiatique, comme quelque chose qui vous situe dans le contexte du but que vous vous êtes fixé et de la plus grande possibilité imaginable ; ces mots vous engageront dans l'effort d'écarter avec un esprit critique tous les obstacles à votre expérience et à votre propre réalité. Quand vous éprouverez du découragement, comprenez que vous avez été trop impatient ; ne vous apitoyez pas sur vous-même et ne vous laissez pas aller au cynisme. Et puis, éloignez de vous ce moi immuable qui, hier, voulait l'illumination ; sinon, ce n'est pas la peine d'y travailler. Quand vous entendrez la Grande Parole de la Grande Perfection dans le monde intermédiaire, quand vous vous serez détaché du lourd carcan de votre corps aux réactions codifiées par les habitudes, vous pourrez vous libérer des entraves beaucoup plus vite et plus naturellement. Alors, l'encouragement venant de la compréhension que votre but c'est la claire lumière en vous, cet encouragement sera peut-être crucial car il vous aidera à lâcher prise, à éviter la dissimulation dans la complaisance vis-à-vis de vous-même, les dérobades et les doutes. Souvenez-vous que, dans ce moment critique, l'hésitation et la recherche de votre moi peuvent être plus que fatales. Elles peuvent conduire à des existences multiples passées dans des incarnations pénibles et dans des lieux déplaisants.

La phase de création

Il existe une pratique semblable à celle de la phase de la création pour la Libération Naturelle : elle est enseignée dans La Pratique du Dharma, Libération Naturelle des Instincts, texte intégralement traduit au chapitre 7. Le but principal de cette pratique est de contrôler l'imagination pour transformer la perception et la conception de ce qui est naturel en une vision et une expérience d'illumination. Tous les éléments du monde ordinaire, le sujet ordinaire et l'objet ordinaire, sont perçus par l'imagination d'une façon nouvelle comme l'énergie de la sagesse pure. La mort, le monde intermédiaire et la vie sont convertis par l'imagination en trois corps, les Trois Corps de Bouddha : celui de la Vérité, celui de la Béatitude et celui de l'Émanation. Les cinq agrégats du corps-esprit sont conçus comme les cinq Bouddhas, et les cinq poisons sont les cinq sagesses. On imagine qu'un être sur deux est une divinité bouddha, que chaque instinct est une micro-divinité bouddha et que chaque forme fait partie du palais de joyaux du mandala. Il y a différentes manières de procéder. Puisqu'il s'agit d'associations se faisant par imagination créatrice, il n'est pas nécessaire d'établir une correspondance rigide entre les éléments purs et les éléments impurs. Nous utiliserons le système de la Libération Naturelle.

Les cinq agrégats de la matière, de la sensation, de la conception, de la création et de la conscience, ainsi que leurs cinq poisons, la haine, l'orgueil, la convoitise, la jalousie et l'illusion sont réenvisagés comme cinq Bouddhas et cinq sortes de sagesses : Akshobhya et la sagesse miroir, Ratnasambhava et la sagesse équanime, Amitabha et la sagesse du discernement, Amoghasiddhi et la sagesse qui accomplit les miracles, et Vairochana et la sagesse de la perfection ultime. Les choses les plus ordinaires, les émotions et les notions les plus négatives sont associées à des bouddhas spécifiques, des énergies de sagesse, des couleurs, des substances précieuses et des symboles, pour simuler la conscience réelle d'un bouddha accompli, qui voit vraiment les choses comme des configurations d'énergies bienheureuses et intelligentes.

 

Les Cinq Bouddhas, et les agrégats, poisons, couleurs et sagesse correspondants.

Agrégat

Poison

Bouddha

Couleur

Sagesse

Forme

Colère

Akshobhya

Diamant

Sagesse miroir

Sensation

Orgueil

Ratnasambhava

Or

Sagesse équanime

Conception

Luxure

Amitabha

Rubis

Sagesse du discernement

Émotion

Convoitise

Amoghasiddhi

Émeraude

Sagesse qui accomplit tout

Connaissance

Illusion

Vairochana

Saphir

Sagesse de la réalité parfaite

Il se peut que vous ayez une impression de confusion : ce sentiment de confusion est Vairochana ; que vous éprouviez de la colère, cette colère est Akshobhya. Les substances de votre corps et les objets qui l'entourent sont Akshobhya ; vos sensations sont Ratnasambhava ; votre agrégat conceptuel est Amitabha ; vos émotions sont Amoghasiddhi, et votre conscience est Vairochana. Vous ne pouvez plus dépendre du mentor puisque dans l'imagination, le mentor s'est confondu avec la divinité bouddha, et vous êtes aussi devenu une divinité bouddha, et un mentor, sous la pression du besoin d'aide et de libération présent chez tous les êtres. Durant l'initiation, vous avez été consacré par la gloire et la félicité de l'illumination et l'on vous a confié la responsabilité de l'illumination pour que vous compreniez l'univers et tous les êtres qui s'y trouvent, pour que vous preniez soin d'eux et veillez à leur bonheur ultime.

Il existe une autre manière d'exprimer la visualisation de la phase de perfection : en imaginant les cinq perfections ; à savoir : l'environnement, les plaisirs, les compagnons, le corps et le moi. L'environnement est imaginé comme le palais du mandala de la majesté de Bouddha ; une telle visualisation corrige toute impression d'être dans un milieu ordinaire. Ce sont des facultés éveillées qui font l'expérience des plaisirs ; les objets ordinaires ne sont perçus que par l'habitude impure. Les compagnons peuvent ressembler à des êtres ordinaires, mais en réalité ce sont des Bouddhas et des Bodhisattvas, qui sont là pour vous aider à accomplir votre propre illumination. Votre corps peut paraître fait de chair et de sang ordinaires, mais en réalité il est fait de la substance de sagesse de tous les Bouddhas. Vous choisissez une divinité bouddhique archétype qui vous servira de modèle pour façonner l'image de vous-même ; vous pouvez adopter la forme d'une divinité bénigne si c'est ce qui convient à votre tempérament, ou celle d'une divinité féroce si cela vous aide à mobiliser vos énergies les plus profondes. L'idée personnelle habituelle que vous avez de vous-même en tant qu'individu aliéné est critiquée comme étant une conception impure du moi. Vous vous voyez maintenant comme la manifestation du diamant de la sagesse qui réalise la vacuité.

C'est là le contexte créateur et esthétique dans lequel vous pratiquez le Yoga Inégalé. Cette phase de création est une méditation continue qui utilise l'imagination pour façonner les matériaux de la vision intérieure et en faire un univers d'épanouissement. Elle se structure autour d'un schéma appelé les " trois conversions " : la conversion de la mort en Corps de Vérité, la conversion de l'état intermédiaire en Corps de Béatitude et la conversion de la vie en Corps d'Émanation. Ces conversions ont deux sources principales : la critique de la perception habituelle de l'environnement extérieur comme étant le monde ordinaire de la souffrance, qui conduit à l'émergence de la perfection de la terre bouddha dans ce monde ; et la critique du concept du moi malheureux ordinaire, qui mène à l'émergence de sa perfection dans la Bouddhéité. Ces perceptions et conceptions pures sont cultivées systématiquement par le yoga de la visualisation. Une " perception pure " développée, associée à la " vision de soi même comme Bouddha ", ouvre la porte du monde extérieur de la grande félicité, où tous les êtres sont épanouis, et au monde intérieur du " moi de diamant du non-moi ", qui est la grande compassion réellement devenue capable d'aider tous les êtres, grâce à une parfaite maîtrise de la situation cosmique. Ce genre de conversion par l'imagination de la mort, de l'état intermédiaire et de la vie en Trois Corps de Bouddha apparaît très clairement dans la Libération Naturelle dans le Yoga du Mentor des Trois Corps, présenté sous la forme d'une prière.

La Pratique du Dharma, Libération Naturelle des Instincts est ce qui ressemble le plus à une pratique de la phase de création ; elle pourvoit la visualisation dans le corps du pratiquant d'archétypes divins selon des modèles de mandalas miniatures ; cela s'appelle le " mandala du corps ". Les textes auxquels vous avez accès ne décrivent pas un environnement approprié pour Le Livre de la Libération Naturelle où les divinités bouddhas s'organiseraient dans un mandala à grande échelle. Cependant, en vous fondant sur la Pratique du Dharma, vous pouvez construire un modèle général de pratique de la phase de création pour les cent divinités bouddhas de la Libération Naturelle, afin de vous faire une idée de la manière dont on peut, dans la pratique, se familiariser avec le symbolisme de la Libération Naturelle.

Installez-vous sur votre coussin de méditation, devant une icône représentant n'importe laquelle des cent divinités bouddhas, ou du premier Bouddha Samantabhadra, ou encore du mentor des origines, Padma Sambhava. Installez un autel modeste pour les offrandes symboliques, en utilisant de petits récipients contenant de l'eau, des fleurs, des bougies votives et de l'encens. Placez devant vous un sceptre vajra et tous les autres objets qui pourraient vous être utiles. Vous voyez, présente devant vous, dans un ciel imaginaire, toute la lignée de Bouddhas et de mentors, et vous en parcourez toute l'histoire depuis Bouddha Samantabhadra (la Bonté Absolue), Amitabha et Padma Sambhava, jusqu'à votre propre mentor. Prenez refuge en eux, invitez les cent divinités bouddhas, demandez-leur de rester avec vous, saluez-les, faites-leur des offrandes, confessez vos péchés et vos fautes, réjouissez-vous devant le mérite de tous les autres, demandez les enseignements des Bouddhas et des mentors, demandez aux maîtres de ne pas partir dans le nirvana, et dédiez le mérite de votre pratique à l'illumination ultime de tous les êtres.

Ensuite, imaginez-vous émergeant du royaume de la vérité avec l'apparence du Bouddha Vajrasattva ; vous avez le teint blanc, vous avez deux bras et une expression paisible, vous portez des vêtements royaux et des ornements en pierres précieuses, comme le décrit la Pratique du Dharma. Ensuite, récitez les cent syllabes du mantra de la purification, OM VAJRASATTVA SAMAYA..., 21 ou 108 fois (voir chapitre 7) ; on pense que la récitation a un grand pouvoir de purification des péchés et supprime les ombres des émotions et de l'intellect. Jusqu'ici, ces dix branches de la pratique préliminaire suivent de près la Pratique du Dharma. Nous devons maintenant y ajouter quelques séquences pouvant servir de modèle pour la pratique de la phase de création, puis nous poursuivrons avec le mandala du corps de la Pratique du Dharma.

Invitez alors tous les mentors et toutes les divinités bouddhas à se confondre avec vous, et vous-même vous devenez vacuité absolue. Prononcez le mantra OM SHUNYATA JNANA VAJRA SVABHAVA ATMAKO HAM ! (OM, je suis l'essence de l'intuition de la vacuité). À partir de ce vide, visualisez l'émergence d'un univers parfait, au centre duquel se dresse une demeure immense faite des substances des cinq joyaux, rayonnante de lumière précieuse. À l'intérieur, vous apparaissez, ne faisant qu'un avec les Trois Corps de la Bouddhéité, et vous êtes la divinité centrale du mandala, Samantabhadra, avec auprès de vous et uni(e) à vous votre parèdre (ou votre époux) archétype. Ensuite, votre apparence en tant que Samantabhadra se dissout et vous apparaissez avec celle du Bouddha Vairochana, uni à votre parèdre comme le décrit la Pratique du Dharma. Un par un, visualisez les Bouddhas des quatre points cardinaux, leurs parèdres divins, les Bodhisattvas qui les assistent, les gardiens de leurs portes, entourés de la multitude des divinités bouddhas. Une fois que vous avez imaginé toute cette communauté présente dans le palais du mandala, invitez les vraies divinités bouddhas à envoyer des doubles de l'être de sagesse depuis leurs véritables terres bouddhas, dans l'icône que vous avez imaginée. Ensuite imaginez que vous-même et toutes ces divinités recevez des consécrations de toutes les divinités du mandala, qui descendent sur vous comme une pluie de bénédictions. L'énergie qui vous inonde rayonne autour de vous comme une bénédiction lumineuse adressée à tous les êtres de l'univers autour de vous. Ces êtres sont attirés dans leur mandala par les rayons de lumière magnétique couleur diamant de votre Grande Compassion, et eux aussi, consacrés, apparaissent comme des divinités bouddhas, et se mettent à rayonner à leur tour pour créer leur propre mandala et bénir les êtres infiniment à travers l'univers.

À partir de là, vous pouvez suivre les instructions de visualisation de la Pratique du Dharma. Visualisez chacune des divinités mentionnées dans ce texte, et voyez-les s'installer dans votre corps. À la fin de cette visualisation, vous priez pour qu'elles émergent durant votre futur voyage dans le monde intermédiaire pour vous conduire à la libération ; ce qui signifie en fait vous ramener à la réalité la plus profonde et la plus essentielle de vous-même. D'abord, ce processus de visualisation semblera extrêmement lourd, perturbant et frustrant, mais une répétition persistante et attentive le rendra de plus en plus familier, et au bout de quelques mois de pratique avec votre mentor personnel, vous vous sentirez tout à fait à l'aise. Il est indispensable que vous consultiez des oeuvres d'art. Vous pouvez observer certaines des délicates icônes des tankas tibétaines qui montrent ces cent divinités bouddhiques du mandala du monde intermédiaire tel qu'il apparaît dans la Libération Naturelle, car il est trop difficile de les visualiser seulement à partir de descriptions verbales linéaires.

Enfin, ces indications concernant la phase de création peuvent être utilisées par des pratiquants non bouddhistes qui cherchent à s'inspirer de l'art tibétain de mourir pour se préparer à leur propre passage dans le monde intermédiaire, tout en approfondissant leur contact avec les images et les divinités de leur propre religion. Ces indications doivent pouvoir s'adapter à l'imagerie individuelle. Mais la séquence tibétaine peut être utile : une invocation de la divinité, des divinités, des figures angéliques et de la lignée des patriarches de votre tradition ; la fusion avec vous-même de ces symboles de bienveillance et de pouvoir ; la canalisation de cette bienveillance par vous-même pour la diffuser ensuite à tous les autres ; la préservation du sens de la présence du divin dans tous les aspects du corps, de l'esprit et du monde ordinaire ; la concentration sur l'impression de calme divin dans la réalité divine de paix et d'amour ; une prière pour les divinités que vous aurez choisies pour vous apparaître au début de votre voyage dans le monde intermédiaire ; et finalement la dissolution de l'univers purifié dans une personne et une réalité régénérée, ordinaire mais fortifiée.

La phase de perfection

La manipulation dans l'imagination du plasma précieux des formes bouddhiques durant la phase de création se poursuit avec un foisonnement de détails ; elle se fait de plus en plus subtile, jusqu'à ce que l'on devienne capable de visualiser le palais du mandala entier avec ses occupants contenu dans une goutte brillante à l'extrémité du nez, au centre du cœur ou au niveau des organes génitaux, et de stabiliser cet hologramme précis durant plusieurs heures. À ce stade, on est tout à fait prêt à pratiquer les yogas de la phase de perfection. Les séances de méditation de la phase de création se terminent toujours avec la dissolution de tous les royaumes imaginaires qui ont été créés dans la claire lumière de la vacuité universelle. Elles sont également l'occasion de répéter, à un certain moment, pendant les offrandes, l'expérience des quatre extases, offertes à toutes les divinités bouddhas rassemblées. Ces extases sont essentielles pendant la phase de perfection ; elles sont brièvement décrites dans les pages qui suivent.

La phase de perfection peut être abordée en considérant cinq étapes, bien qu'il y ait différentes manières de les organiser.

La première de ces étapes s'appelle l'isolement du corps ; ie le détachement du corps de toutes les impuretés de ce qui l'entoure.
La
deuxième est la récitation répétée de vajra ; ie le détachement de la parole de ce qui est ordinaire, par l'unification du vent de l'énergie et du mantra.
La
troisième est l'isolement de la consécration de soi ; ie la dissolution totale de toutes les énergies et de toutes les structures de la conscience dans le canal central, et l'apparition du corps de l'énergie subtile comme corps magique.
La
quatrième, la claire lumière, est le voyage constamment répété du corps magique à travers la réalité de la claire lumière ; ce qui approfondit l'expérience de la non-dualité.
La
cinquième, l'intégration, est la Bouddhéité parfaite ou l'union indivisible du Corps de Vérité de la claire lumière avec le Corps de Béatitude du corps magique, et le corps ordinaire antérieur, comme Corps d'Émanation.

De nombreux tantras sont utilisés dans les différents ordres bouddhistes au Tibet, qui viennent tous du travail de pionniers effectué par les grands initiés de l'Inde. Chacun a sa manière propre de comprendre et d'exprimer la voie, les étapes de la phase de création, et le but ultime : la Bouddhéité. Tous ces tantras émergent de la même voie de la renonciation transcendante, de l'esprit d'illumination de l'amour universel et de la sagesse de la vacuité dans le non-moi. Tous accélèrent l'approfondissement de la sagesse et le développement de l'évolution dans la compassion pour rendre possible l'accès à la Bouddhéité durant cette seule vie humaine favorable. Tous se servent de l'imagination pour s'approcher de l'état final et l'atteindre au plus vite. Tous mobilisent l'esprit subtil en tant que sagesse de la grande félicité pour accomplir la réalité ultime et façonner ses énergies pour le bonheur de tous les êtres. Le fait qu'ils présentent le processus d'accès à ce but d'intégration suprême de la Bouddhéité sous différents aspects (Grande Perfection, Grand Sceau, félicité-vacuité indivisibles...) n'implique que des différences de schémas conceptuels et de terminologie, et non des différences concernant la voie ou sa réalisation.

La phase de création s'achève sur une forme préliminaire de l' " isolement du corps ", qui survient quand votre corps s'isole de toutes les apparences et de toutes les images de soi ordinaires. Vous vous voyez réellement comme la divinité, vous avez l'impression que ses visages, ses yeux et ses bras sont les vôtres, comme s'il s'agissait maintenant de votre propre corps ; vous voyez peut-être aussi d'autres divinités bouddhas miniatures situées en des points vitaux dans tout votre corps, sous une forme ou une autre du mandala du corps. Vous êtes encore à un stade peu avancé, quoique bienheureux, de la perception du corps. L'isolement du corps entre dans le royaume de la phase de perfection quand la perception discontinue du corps grossier est transcendée, quand chaque atome de chaque partie du corps et des sens est vécu comme une divinité bouddha dans une explosion de visions au-delà des facultés d'organisation de l'imagination grossière. Le modèle du corps n'est plus anthropomorphique, le corps subtil étant perçu comme des circuits nerveux, des énergies de vents neurales et des gouttes subtiles.

Les visualisations du palais du mandala et du corps de la divinité sont des formes issues de l'imagination grossière, dont le but indirect est d'ouvrir des sensibilités internes dans le corps-esprit subtil. La phase de perfection poursuit consciemment ce processus d'ouverture interne. Pour revenir au schéma du corps-esprit grossier et subtil décrit précédemment, les énergies de vents neurales sont au nombre de dix : cinq énergies principales (vitale, respiratoire, digestive, motrice et musculaire) et l'énergie d'évacuation, et cinq énergies secondaires qui alimentent les cinq sens. Ceux-ci sont maintenant perçus comme des divinités bouddhas. Les gouttes de substance subtile sont l'essence hormonale mâle comme dans le sperme, l'essence hormonale femelle comme dans les ovules, et sont appelées " esprit d'illumination ", blanc et rouge respectivement. L'esprit extrêmement subtil de la goutte indestructible est enfermé au centre de la partie centrale du cœur dans le canal central. C'est le " moi " suprêmement subtil du non-moi, la subjectivité ultime de l'extase innée qui réalise la claire lumière objective de la vacuité universelle, dont nous avons déjà parlé. Le corps extrêmement subtil est l'&eacu