L'art
tibétain de mourir
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Il est important de
comprendre la dimension
scientifique du
Grand Livre de la
Libération Naturelle par la Compréhension dans
le Monde Intermédiaire pour l'aborder de manière
pratique et l'utiliser efficacement. Le livre original est
utile aux Tibétains principalement de deux
façons. Tout d'abord, il est considéré
comme un ouvrage scientifique sur les réalités et les
expériences de la mort. Il les instruit sur le processus
de la mort, sur la manière dont leurs actions dans le
présent peuvent affecter ce processus et sur les
moyens de gérer leur mort quand elle arrive. Ces
instructions les aident aussi à comprendre la mort de
leurs proches, à s'y préparer et à la
gérer. Ensuite, ce livre est considéré
comme un guide de
pratique spirituelle à deux niveaux : il aide
les pratiquants et pratiquantes du yoga à
acquérir les capacités dont ils ont besoin
pour traverser la crise de la mort avec savoir-faire et
confiance ; et il donne à ceux qui se sentent
incapables de se préparer pleinement à la mort
et qui manquent de confiance dans leurs aptitudes, une
idée religieuse de la manière dont ils peuvent
chercher de l'aide auprès d'êtres divins et
angéliques éveillés. Aucun touriste
avisé ne partirait pour un pays étranger sans
un bon guide donnant des instructions sur les
préparatifs essentiels, l'équipement
nécessaire, les dangers et les obstacles. Aucun
Tibétain avisé ne quitterait le territoire
connu de cette vie sans un bon guide du monde
intermédiaire.
Dans le chapitre qui
précède, j'ai décrit l'analyse
tibétaine des réalités du processus de
la mort. Dans celui-ci, je présenterai les
préparations à la mort, les moyens de
développer l'énergie éthique, les
savoir-faire de la contemplation, et la vision
pénétrante et réaliste requise pour
traverser le monde intermédiaire avec succès.
Tout en restant principalement à l'intérieur
du cadre du Livre
de la Libération Naturelle, j'introduirai occasionnellement
quelques idées d'autres enseignements
tibétains pour clarifier mon propos.
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Préparation ordinaire
à la mort
Ô ! Quand bientôt le
monde intermédiaire de la vie apparaîtra pour
moi,
J'abandonnerai la paresse puisque la vie n'a plus de
temps,
Et sans fléchir je suivrai la voie de l'étude,
de la pensée et de la méditation,
Et, m'attachant à l'étude des perceptions et
de l'esprit,
Je réaliserai les Trois Corps de l'Illumination !
Maintenant que j'ai enfin obtenu un corps humain
Ce n'est pas le moment de rester sur la voie du
divertissement.
(Les Versets Essentiels
des Six Mondes Intermédiaires)
L'art de mourir commence
avec les préparations à la
mort. Comme un
voyage, quelle qu'en soit la destination, il
nécessite toutes sortes de préparations.
Le Livre de la
Libération Naturelle suggère au moins cinq types
de préparations à effectuer au cours de la
vie, qui mettent en jeu information, imagination, éthique, méditation et intellect.
La première
préparation
consiste à acquérir une image claire de ce
à quoi l'on doit s'attendre. Nous pouvons le faire en
étudiant les descriptions scientifiques internes de
la mort, en en maîtrisant les schémas
principaux, et en les mémorisant jusqu'à ce
que nous soyons prêts pour la crise à n'importe
quel moment.
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La seconde
forme de préparation, encouragée par
Le Livre de la
Libération Naturelle comme par la tradition bouddhique
dans son ensemble, consiste à développer
l'imagination pour qu'elle appréhende de façon
positive les royaumes potentiels de l'avenir. Les textes
bouddhiques, en raison du milieu social relativement peu
coercitif des pays bouddhistes, et de l'Inde en particulier,
sont riches en descriptions visionnaires de paradis, de
royaumes célestes, d'édens cachés,
entre autres. Ces descriptions existent certainement dans
toutes les traditions religieuses, mais surtout dans le
domaine ésotérique des mystiques de ces
traditions. Les sociétés autoritaires,
militaristes et orientées vers la production,
d'Occident et d'Extrême-Orient, ont eu tendance
à réprimer l'imagination individuelle de
royaumes paradisiaques et persécutèrent les
visionnaires qui firent l'expérience de la
beauté céleste. C'est seulement à une
époque récente, avec la richesse accrue et le
relâchement consécutif du contrôle social
engendrés par la modernisation en Occident et en
Extrême-Orient, qu'a disparu la censure qui bridait
l'imagination populaire, et qu'ont pu se développer
les arts séculaires et sacrés qui ouvrent
l'imagination à la félicité.
La lecture des sutras
bouddhiques et des traités qui décrivent les
terres bouddhas célestes, tels que le Sukkhatavi de
Bouddha Amitabha (Le Pur Pays de la Félicité),
devrait constituer une préparation importante pour la
mort. Le terme " terre bouddha " fait
référence à l'environnement d'un
Bouddha ; il signifie que la transmutation de l'individu fini
en un corps infini de conscience englobe l'environnement ; si bien
que le moi et l'autre se confondent.
Vous devez avoir
essayé d'imaginer dans tous ses détails l'un
des royaumes céleste décrit dans les sutras
pour qu'il ait un sens pour vous quand, dans Le Livvre de la Libération
Naturelle, il sera
écrit qu'un bouddha particulier émerge d'un
endroit particulier pour vous inviter dans son Paradis de
bouddha. Les descriptions des terres bouddhas sont d'une
incroyable luxuriance et stimulent l'imagination. Elles nous
donnent la possibilité d'une beauté et d'un
bonheur surnaturels. Le seul fait de lire des textes sur ces
royaumes et de les imaginer permettra à votre
imagination de s'ouvrir pour être prête à
accueillir une magnificence dont la gloire pourrait, dans
d'autres circonstances, effrayer.
Ceux qui ont des racines
profondes dans d'autres traditions religieuses doivent
étudier les visions de leurs propres mystiques, pour
se préparer à franchir les portes
sacrées, extraordinairement belles, du paradis. Et
les laïcs doivent se plonger dans les ouvrages
concernant la vie au-delà de la mort, surtout ceux
qui sont consacrés aux récits
d'expériences situées juste avant ou
après le mort. La littérature de
science-fiction contient de riches descriptions de mondes
d'une beauté exquise, dans les domaines plus
spectaculaires du danger et de l'aventure.
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Le
troisième type de préparation est éthique. Il implique
une gestion sélective de vos habitudes de vie
à la lumière d'une mort imminente. Il n'est
pas nécessaire de réduire cette pratique
à un isolement morbide et tremblant. Elle peut vous
permettre de jouir davantage de la vie, de la vivre plus
intensément, d'apporter du bonheur à ceux qui
vous entourent. Quand vous mourrez, vous perdez non
seulement toutes vos possessions et toutes vos relations,
mais aussi votre propre corps. Alors, pourquoi ne pas
pratiquer un petit peu dès maintenant en vous
détachant de toutes les choses qui vous
obsèdent ?
Les trois principales
éthiques concernent le développement de la
générosité, de la sensibilité
vis-à-vis des autres et de la tolérance. Ce
sont des préparations essentielles à la mort.
Elles ne sont pas directement mentionnées dans
Le Livre de la
Libération Naturelle, parce que leur
nécessité est une évidence dans les
communautés bouddhiques. Les religions occidentales
enseignent les mêmes vertus. Quant aux laïcs, ils
peuvent reconnaître ces vertus comme faisant partie du
sens commun ; elles améliorent la qualité de
la vie tout en préparant à une confrontation
avec l'ultime.
Pratiquez le don des
objets, et ne donnez pas seulement ceux qui vous sont
indifférents, mais aussi ceux que vous aimez.
Souvenez-vous : ce n'est pas la taille d'un cadeau qui
compte, c'est sa qualité et la force de l'attachement
mental à cet objet que vous surmontez. Alors ne vous
ruinez pas dans une impulsion positive momentanée,
pour le regretter plus tard. Réfléchissez au
sens du don. Donnez de petites choses, avec attention, et
observez les processus mentaux qui accompagnent l'acte de
donner la petite chose que vous aimez.
Pratiquez la
détente dans vos relations avec vos amis.
Souvenez-vous que vous pourriez être mort et absent,
et que votre préoccupation principale envers ceux que
vous aimez, c'est leur bonheur, et pas seulement ce que vous
leur prenez. Observez les sentiments de jalousie qui
naissent sans cesse en vous sans raison valable ; voyez
comme ils vous emprisonnent, comme ils vous mettent mal
à l'aise et comme ils oppressent l'être que
vous aimez. Concentrez-vous sur les actions qui rendent vos
amis et vos proches heureux, vraiment heureux ; ne leur
offrez pas seulement des divertissements superficiels.
Pensez aux autres avant de penser à vous-même.
Comprenez que chaque relation est provisoire et mettez-y
toute l'énergie positive que vous avez pendant
qu'elle existe.
Pratiquez la relaxation du
corps. Ne faites pas tant d'histoires à son sujet, ne
perdez pas temps et argent à payer des choses et des
traitements dont vous n'avez pas vraiment besoin.
Souvenez-vous que c'est quand vous oubliez votre apparence
que vous avez le plus d'attrait et de séduction.
Quand vous vous regardez dans un miroir, souvenez-vous que
vous pourriez être mort, que votre chair pourrait
avoir la teinte bleue, les lèvres rigides et la chair
amollie des cadavres, que vous pourriez être en
état de décomposition. Ne vous attachez pas
à cette pensée avec une obsession morbide,
mais sentez-vous soulagé d'être vivant et bien
en ce moment même. Faites-vous moins de soucis
à propos des défauts mineurs. Prenez soin de
votre corps, mais que cela ne devienne pas une obsession :
soyez sensé et non fanatique. Et efforces-vous
d'acquérir une plus grande tolérance devant
les difficultés. Ne vous en faites pas trop si
quelqu'un vous blesse dans un accident. Ne soyez pas en
colère contre un moustique s'il vous pique. Il le
fait parce que cela lui est naturel. Protégez-vous
contre les blessures, mais ne vous laissez pas emporter.
Vous pouvez utiliser vos peines et vos difficultés
pour accroître votre tolérance et votre
patience, afin d'être mieux préparé
à faire face aux prochaines difficultés, mais
soyez progressif, car la mortification personnelle a
tendance à se retourner contre soi, en augmentant
encore l'obsession de soi-même.
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Vous pouvez
également vous préparer par la
méditation. C'est la quatrième
méthode. Il
est bon d'avoir un professeur bien informé, mais il
n'est pas nécessaire d'aller rejoindre un groupe, de
se convertir à une autre religion, d'abandonner vos
activités, votre mode de vie habituels. En fait, dans
n'importe quelle campagne d'autodiscipline, des mesures
extrêmes ont peu de chances de durer et d'atteindre
leur but. Les traductions précédentes du
Livre de la
Libération Naturelle ne donnent pas de réelle
méthode de méditation. Les parties traduites
sont celles qui doivent être utilisées juste au
moment de la mort et durant quelque temps ensuite. Les
séances préparatoires de méditation
devraient commencer au moment où vous décidez
qu'elles ont un sens pour vous. Là encore,
Le Livre de la
Libération Naturelle présuppose que la plupart
des membres de la société tibétaine
pratiquent la méditation d'une manière ou
d'une autre ; alors, il n'insiste pas beaucoup sur les
pratiques de base.
Le premier type de
méditation que vous pouvez pratiquer est la
méditation apaisante, appelée concentration
totale. Apprenez
à vous asseoir confortablement dans une position
d'équilibre (la position jambes croisées est
en effet bonne et assez facile), mais n'importe quelle
position d'équilibre convient. Faites de courtes
séances, cinq ou six minutes, en commençant
par observer votre respiration, en comptant inspirations et
expirations, en vous détendant et en vous calmant, en
laissant vos pensées suivre leur cours sans qu'elles
vous entraînent. Arrêtez toujours les
séances alors que vous y trouvez du plaisir, et ne
les prolongez jamais jusqu'à la fatigue. Il s'agit de
vous habituer à y prendre plaisir pour que vous
souhaitiez recommencer. Une fois que vous avez
commencé à y trouver plaisir, vous pouvez
choisir un objet de méditation. Si vous êtes
bouddhiste, une petite image du Bouddha Shakyamuni est
conseillée ; si vous êtes chrétien, une
icône du Christ ; si vous êtes musulman, une
lettre sacrée ; si vous êtes laïc, une
reproduction de La Joconde, une fleur ou une image de la
terre vue de l'espace. Consacrez alors de brèves
séances à vous concentrer sur cet objet sans
vous laisser distraire. Vous apprendrez à ne plus
vous identifier à vos pensées et à vos
émotions, à les laisser naître et
s'envoler ici et là dans l'espace de votre esprit,
tandis que vous ramenez votre attention sur l'objet. Au
début, vous vous sentirez découragé par
votre grande difficulté à vous concentrer.
Puis vous vous détendrez, vous essaierez de soutenir
votre attention un moment de plus, de la ramener sur l'objet
un peu plus tôt, et vous poursuivrez ainsi vos
efforts. La devise est : peu à peu. Ce qui importe surtout, c'est
d'améliorer vote aptitude à contrôler
votre esprit, à l'utiliser avec efficacité
pour vous concentrer sur quelque chose, et à
acquérir une maîtrise de plus en plus grande de
vos émotions et de vos réactions. En outre,
c'est un moyen éprouvé de réduire le
stress,
d'améliorer
votre santé
et votre efficacité, entre autres. Si vous vous
engagez dans cette pratique, vous trouverez des instructions
plus élaborées dans un grand nombre de livres
récents.
Pratiquer la
méditation apaisante, c'est comme fabriquer un outil. Cela ne mène pas
nécessairement à un plus grand
accomplissement. L'autre méthode de méditation
importante, cruciale pour la préparation, est
la
méditation par la vision
pénétrante. Cette forme de méditation
utilise l'esprit détendu et concentré pour
mieux comprendre la réalité, l'environnement
et le moi. Elle commence par le développement de
l'attention ou de la vigilance sans réaction dans
l'observation de soi-même. Cette pratique est voisine
de celle de la méditation apaisante, mais elle s'en
différencie du fait que son objet est tout le processus de votre
corps-esprit.
Parcourez-le lentement, en observant tout ce qui se passe,
ne vous permettez aucune réaction. Après la
phase initiale de familiarisation avec vos différents
processus, utilisez un schéma semblable à
celui des cinq agrégats décrits
précédemment. En vous servant d'une carte
mentale de votre être comme celle-ci, cherchez partout
votre moi véritable. Vous découvrirez
bientôt qu'il n'existe pas d'identité fixe
à l'intérieur de vous-même, aucun lien
subjectif indépendant. Cette découverte
devient le moyen de percevoir profondément le
non-moi, porte de la libération. Cette
méditation devient extrêmement complexe et il
existe de nombreux enseignements en ce qui la concerne. Ce
qui importe ici, c'est d'acquérir une attention plus
grande envers tout notre système et la manière
dont il fonctionne. Cela peut être de la plus grande
utilité pour le développement de l'aptitude
à être conscient à tout moment. Cela
permet de voir les rêves avec lucidité, par
exemple, ce qui est une préparation très
importante à la tentative de devenir lucide dans le
monde intermédiaire. Il est essentiel de remarquer
que la méditation par la vision
pénétrante accroît la faculté
d'interrompre l'identification aux formes de connaissance,
aux pensées et aux émotions, et permet de
comprendre que ce qui semble un " je " absolu n'est qu'une
construction temporaire. Quel que soit le degré
d'aptitude atteint, il sera d'une importance extrême
au moment de la mort. Les nombreuses incitations du
Livre de la
Libération Naturelle à ne pas craindre ceci ou
cela, à ne pas se laisser emporter par une perception
ou une autre, demandent toutes à ce que soit
développée, d'une manière ou d'une
autre, l'aptitude à se détacher des
connaissances, pensées ou émotions, ainsi
qu'une certaine souplesse par rapport à l'idée
habituelle que nous avons de notre moi.
Le troisième type
de méditation que l'on peut pratiquer est
thérapeutique. Son but est de former notre
esprit à prendre une orientation positive. Par
exemple, il y a des méditations sur l'amour,
où vous réfléchissez à vos
relations avec les autres êtres, à leur
gentillesse passée et présente envers vous,
à tout le bien que vous procure votre relation
à eux, et à la beauté qu'il y a en eux.
Vous mettez à distance vos aversions et donnez de la
force à ce qui vous enchante. Ainsi, vous pouvez
donner plus d'intensité à l'amour que vous
portez aux autres. Ensuite, il y a les méditations
sur la patience au cours desquelles vous vous
débarrassez de vos habitudes coléreuses et
où vous augmentez votre tolérance. Il y a la
méditation sur le détachement, dont le
thème central est la mort, au cours de laquelle vous
vous libérez de plus en plus de votre obsession de la
propriété et des activités.
En quatrième lieu,
il y a les
méditations de l'imagination, qui sont des visualisations
d'endroits ou d'évènements favorables. Elles
peuvent être très utiles pour le
développement de l'ouverture aux situations
inédites auxquelles on peut faire face au moment de
la mort. Ces méditations prennent de nombreuses
formes : vous pouvez cultiver la vision d'une maison
imaginaire, d'un lieu sûr, paisible et calme,
développer votre confiance en vous face à
n'importe quelle situation, surmonter les attitudes
défaitistes existant dans le subconscient, et
acquérir le moi inflexible et l'environnement
exaltant du royaume ésotérique du mandala,
l'environnement parfait de la terre bouddha.
Enfin, il existe
des
méditations qui peuvent être
utilisées dans la vie quotidienne, pour associer les
activités de chaque jour à une orientation
spirituelle ; elles puisent leur matériau du temps et
des efforts de la vie quotidienne qui, autrement, dans la
perspective de la Libération
Naturelle,
seraient gaspillés pour cette seule vie. Les
occasions les plus ordinaires peuvent ainsi devenir des
possibilités de pratique contemplative.
Ô !
Quand bientôt le monde intermédiaire du
rêve m'apparaîtra,
Je renoncerai au sommeil de l'illusion qui ressemble
à celui d'un cadavre,
Et en toute conscience, inébranlable, je ferai
l'expérience de la réalité ;
Conscient de rêver, je prendrai plaisir à ces
changements qui seront pour moi la claire
lumière.
Ne dormant pas stupidement comme un animal,
Je chérirai la pratique qui consiste à faire
fusionner le sommeil et l'illumination.
(Les Versets Essentiels
des Six Mondes Intermédiaires)
Cela implique
l'utilisation du sommeil comme période de pratique.
Vous pouvez convertir l'endormissement en une
répétition des dissolutions de la mort. La
méthode consiste à vous imaginer en train de
vous éloigner de la conscience de l'état de
veille tandis que vous sombrez dans le sommeil pour franchir
les huit étapes qui vous conduisent à la
transparence de la claire lumière du sommeil profond.
Et vous pouvez convertir l'état de rêve en une
pratique de l'état intermédiaire, pour vous
habituer à vous reconnaître rêvant
lorsque vous êtes dans le rêve. Cela est
très difficile à accomplir au départ,
mais moins qu'il n'y paraît si vous vous rappelez
qu'il faut persévérer, et que le
progrès se fait peu à peu. C'est très
important car, si en pratiquant le rêve lucide, vous
pouvez devenir présent à vous-même dans
l'état de rêve, vous aurez une chance bien
meilleure de reconnaître votre situation dans le monde
intermédiaire après la mort.
La pratique
tibétaine courante qu'est la récitation d'un
mantra est un autre type très simple de
méditation quotidienne. Om mani padme hum est le mantra de la Grande
Compassion. Littéralement : " Om - le joyau dans la fleur de
lotus - hum. "
Pour un tibétain, cela signifie que tout va bien dans
l'univers, que l'énergie du bien et de l'amour est
partout et qu'elle peut aider tous les êtres à
se sortir de leurs difficultés. Ce mantra se fait
ainsi l'écho de la perspective la plus propice
possible. Les Tibétains apprennent à
répéter constamment ce mantra en silence ou
à voix basse. Ils s'instruisent sur le mantra et sur
Avalokiteshvara, Seigneur de la Compassion, se sentent
proches de son énergie positive, et pratiquent la
répétition des syllabes dans leurs
séances de méditation. Abandonnant ainsi un
niveau commun de rumination mentale, ils utilisent
une
fréquence mentale adaptée à la récitation
continue du mantra om mani padme hum. Certains parviennent à
voir en même temps, sur une roue qui tourne au centre
du cœur, les six syllabes serties de joyaux irradier la
lumière de l'arc-en-ciel en cinq rayons
représentant les cinq sagesses pour bénir tous
les êtres de l'univers. La récitation continue
du mantra s'allie alors à la vision constante d'un
flot de lumière radieuse et colorée allant et
venant, pleine d'énergie et d'amour. D'autres mantras
peuvent aussi être utilisés de la même
manière. Si le mantra est juif, chrétien ou
musulman, vous pouvez l'utiliser pour créer le
même flux favorable dans votre esprit. Une telle
pratique aura une valeur toute particulière au moment
de la crise de la mort. En apprenant à
la laisser venir
d'elle-même,
elle vous portera facilement par-delà les passes
difficiles durant les périodes de transition de la
mort et de l'état intermédiaire.
Il y a une sorte de
méditation journalière qui est l'association
consciente d'une activité ordinaire avec une pratique
spirituelle. Quand vous lavez la vaisselle, faites le lien
entre son nettoyage et celui de votre esprit que vous
débarrassez de toutes ses obsessions mentales,
faisant ainsi de ce lavage une prière. Quand vous
construisez un bâtiment, associez cette construction
avec la création d'un mandala de la terre pure. Quand
vous observez une personne dans le métro, associez
cette rencontre avec l'idée que vous serez-là
pour elle quand vous serez un bouddha. Quand vous
franchissez une porte, associez cet acte avec celui de
franchir la porte qui mène à
l'illumination.
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Le
cinquième type de préparation est
intellectuel.
Contrairement à ce que pensent à tort certains
de nos contemporains, le bouddhisme n'est pas du tout
anti-intellectuel. L'intellect est le véhicule de la
libération ; c'est la source même de la
sagesse, et la sagesse est la seule faculté qui vous
permettra d'atteindre la libération. Ni la
méditation, ni l'amour, ni l'éthique ne
peuvent conduire à l'illumination sans la sagesse.
L'étude doit
durer la vie entière. Aucun d'entre nous n'a
terminé son éducation après seulement
quelques années d'école. En
réalité, l'école ne fait que vous
apprendre à étudier ; ce n'est que le
début. De nombreux textes nous permettent d'apprendre
des choses sur la nature de la vie, la nature de la
libération, celle du moi et celle de l'environnement.
Les enseignements sur la vacuité, le non-moi et la
relativité, ainsi que ceux qui traitent de l'esprit
d'illumination, de l'amour et de la compassion sont
particulièrement importants. La lecture des sutras,
d'une manière générale, a aussi pour
avantage d'être en elle-même une des formes du
troisième type de méditation. Cette forme
possède des vertus thérapeutiques car les
longues descriptions des terres pures, des incroyables
accomplissements des Bouddhas et de leurs disciples ont pour
effet de mettre votre conscience en état d'immersion.
Si une autre religion ou une autre philosophie vous
intéresse davantage, étudiez sa
littérature régulièrement, en vous
attachant plus particulièrement aux descriptions de
la mort et de ce qui vient après la vie, aux autres
mondes, et aux moyens de développer les
qualités morales, religieuses et intellectuelles de
votre moi supérieur. Les laïcs peuvent tirer
beaucoup de profit des sciences, surtout de celles qui sont
critiques et qui ouvrent de nouvelles perspectives. Ils
peuvent aussi apprendre beaucoup en lisant des ouvrages de
psychologie moderne traitant du développement
personnel.
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Préparations
extraordinaires
Ô ! Quand bientôt le
monde intermédiaire de la méditation
m'apparaîtra,
J'abandonnerai la multitude des erreurs qui distraient,
Je me concentrerai sans relâche ni contrôle sur
la présence extrême et libre,
Et j'atteindrai l'équilibre dans les phases de
création et de perfection !
Renonçant aux affaires, totalement concentré
dans la méditation,
Je ne cèderai pas au pouvoir des conditionnements
erronés !
(Les Versets Essentiels
des Six Mondes Intermédiaires)
Quand leur conception de
la mort leur apparaîtra sous un angle aussi nouveau,
quand elles prendront conscience de la direction spirituelle
ainsi donnée à leur vie, certaines personnes
se sentiront si émues qu'elles ne se satisferont pas
des préparations normales précédemment
décrites ; lesquelles peuvent s'intégrer
à une existence laïque conventionnelle,
centrée sur la famille, la carrière et la
consommation. Elles voudront changer de vie, la traiter
comme si elle était le " monde intermédiaire
de la vie ", et se consacrer à
l'accélération de leur évolution
positive. Dans les sociétés bouddhistes, il se
peut qu'elles se fassent moine ou nonne pour donner tout
leur temps à la recherche de l'illumination,
minimisant leurs préoccupations concernant les " buts
de cette vie ", la famille et les amis, la nourriture, la
boisson, le logis, les vêtements, la richesse, la
renommée, le pouvoir et autres plaisirs ordinaires.
Dans la société moderne, cependant, il existe
peu de structures ou d'aides sociales pour les
renonçants ; les pratiquants extraordinaires à
plein temps devront donc trouver des arrangements
individuels particuliers pour se consacrer
entièrement à leur développement
spirituel.
La procédure qu'il
leur faudrait suivre, selon la tradition tibétaine,
prévoit quatre étapes : tout d'abord,
l'étape préliminaire des enseignements
ésotériques de l'illumination ;
deuxièmement, le développement d'une relation
avec un professeur qualifié et l'obtention de
l'initiation à des pratiques
ésotériques de haut niveau, nécessaires
pour accélérer l'évolution personnelle
; troisièmement, le développement de la
faculté de visualisation enseignée dans la
phase de perfection, comprenant des pratiques de yoga qui
simulent les transitions de la mort et permettent de les
répéter. C'est au cours de cette
dernière phase que commencent vraiment les voyages
à travers les transformations. Les textes de la
Libération
Naturelle ne font
que mentionner de manière allusive la première
et la quatrième phase, puisqu'ils partent du principe
que tous les Tibétains connaissent ces phases. La
troisième phase contient une pratique
élaborée de visualisation du mandala (voir 7.
La Pratique du
Dharma, Libération Naturelle des
Instincts). On n'y
trouve pas d'instructions spécifiques concernant les
pratiques de la phase de perfection, sauf parmi les
instructions traitant du passage dans le monde
intermédiaire et dans la philosophie
générale de la Grande Perfection (voir
8. La
libération Naturelle par la Vision Nue,
l'Intelligence identifiée). Cependant, de nombreuses autres
traditions ésotériques au Tibet contiennent
des instructions sur les quatre phases. Les plus importantes
parmi ces traditions sont le Yoga Tantrique
Inégalé, la discipline de transformation
qui transcende la mort, discipline qui, dit-on, provient des
enseignements ésotériques de Bouddha,
élaborés et introduits au Tibet par les grands
initiés de l'Inde ancienne tels que Padma Sambhava et
les pratiquants du Tantra ayant atteint la
Bouddhéité dans leur corps ordinaire et qui
sont restés associés à leur corps
grossier pour aider les autres à atteindre la
libération.
Sans trop entrer dans le
détail, je ferai une présentation
générale de leurs pratiques principales pour
vous informer sur l'ensemble des préparatifs
possibles au voyage dans le monde
intermédiaire.
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La phase
préliminaire
C'est la phase de pratique
intensive des enseignements bouddhiques
ésotériques habituels, effectués dans
le contexte de la préparation à la pratique
ésotérique subtile du Yoga Tantrique
Inégalé. Dans la plupart des ordres
tibétains, il y a des préliminaires ardus
à la pratique ; ce sont en général les
" quatre cents mille ", ie cent mille exécutions de
chacune des quatre pratiques traditionnelles : les
prosternations formelles, les répétitions des
cent syllabes du mantra de la purification de Vajrasattva
(l'un des archétypes divins bénins du
bouddhisme, dont la forme masculine est adoptée par
Bouddha quand il enseigne le Tantra), les offrandes
rituelles de l'univers entier aux êtres
éveillés, et les contemplations du yoga du
mentor. Elles s'effectuent généralement avant
de recevoir l'initiation à une quelconque pratique.
Dans l'ordre des Gelugpas, on peut aller jusqu'à
demander à un pratiquant de faire neuf séries
de " cent mille " : prise de refuge, prosternations,
offrandes d'eau, offrandes de mandala, fabrication d'images
de Bouddha en argile, mantras de Vajrasattva, mantras des
voeux purificateurs, offrandes de feu, et contemplations du
yoga mentor. Cependant, les préliminaires de base les
plus importants sont les pratiques des Véhicules
Individuel et Universel qui sont les principales voies
monastiques et messianiques dans le bouddhisme. Les
maîtres tibétains ont essentiellement
parlé des trois voies principales vers l'illumination
: la renonciation transcendante, l'esprit d'illumination de
l'amour et de la compassion, et la sagesse transcendante du
non-moi. La première insiste sur le Véhicule
Individuel, la deuxième sur le Véhicule
Universel, et des formes légèrement
différentes de la troisième sont les
clés de la libération pour les deux
véhicules.
La renonciation
transcendante s'accomplit par une méditation sur la
grande valeur de la vie humaine par la multitude de
possibilités d'évolution qu'elle offre,
l'immédiateté de la
mort, le
caractère inexorable de l'enchaînement des
causes et des effets du devenir, et les souffrances du cycle
des existences, involontaire et conditionné par
l'ignorance. La renonciation se produit automatiquement
quand vous vous trouvez face à votre situation existentielle
réelle, que
vous commencez ainsi à éprouver une
authentique
sympathie envers vous-même, après que vous ayez
cessé de faire semblant de croire qu'être
prisonnier des émotions et des confusions habituelles
est une bonne chose. Méditer sur les enseignements
donnés sur ces thèmes de façon
systématique fera bientôt naître en vous
l'ambition de contrôler totalement votre corps et
votre esprit afin de parvenir au moins à faire face
à la mort avec confiance, sachant que vous pourrez
trouver votre chemin sans danger au milieu des périls
de vos futurs voyages. Perdre votre temps à investir
votre vie dans des projets que " vous ne pouvez emmener avec
vous " devient absurde, et, quand vous changerez vos
priorités radicalement, vous vous sentirez
soulagé de vous être déchargé du
poids de vos soucis à propos de choses sans
conséquences.
L'esprit d'illumination de
l'amour et de la compassion est l'aura d'énergie et de
joie que vous
créez pour vous-même en changeant l'orientation
de votre vie, laissant vos préoccupations
égocentriques pour vous attacher à devenir un
être éveillé, afin d'apporter le bonheur
à tous les autres. Il se développe à
partir du moment où vous connaissez le soulagement et
le bonheur extraordinaire de vous être vraiment
libéré de tous les soucis ; sentiment de
libération que vous avez commencé à
goûter dès l'accomplissement de la renonciation
transcendante. Au début, méditez
systématiquement sur les liens que vous avez avec tous
les êtres sensibles ; créez un profond
sentiment d'intimité avec eux tous, de manière
égale, en vous replongeant dans vos souvenirs
d'enfance pleins de tendresse et de caresses affectueuses,
et en partageant cette affection avec tous les êtres,
tout en réfléchissant aux relations
personnelles que vous entretenez avec les autres dans
votre devenir sans
commencement. Une
fois que vous vous sentirez proche de tous les êtres
dans ce réseau visionnaire de sang
et de lait, vous
comprendrez la souffrance constante qu'ils éprouvent
dans leurs vies successives ; vous serez, pour votre part,
soulagé et vous engendrerez l'ambition puissante de
les libérer aussi. À la fin de ce processus de
méditation, maintenez-vous dans cette ambition en
faisant le voeu héroïque de servir tous les
êtres. Transformez votre aspiration à aider le
monde en une solide détermination. À ce
moment-là, vous ferez naître l'esprit
d'illumination de l'amour universel et de la compassion :
vous deviendrez bodhisattva, un héros ou une
héroïne messianique. L'esprit d'illumination n'est
qu'une question d'orientation et de
détermination.
La sagesse qui est
essentielle pour votre libération vraie s'acquiert
par la méditation des deux états du non-moi.
L'un est subjectif, et l'autre objectif. Vous commencez par
cultiver la conscience du non-moi subjectif par
l'observation du sens que vous avez habituellement de
posséder un moi solidement ancré, une
identité fixe et définitive qui est
vous-même. Observez avec attention combien ce moi
semble absolu et indéniable, comment il semble
impossible de le remettre en question. Quand vous devenez
vraiment conscient de la force de cette présence,
commence un processus d'approfondissement qui vise à
la trouver, à la connaître vraiment, à
savoir qui vous êtes et ce que vous êtes
vraiment. Il y a beaucoup de systèmes d'investigation
subtils qui ont été mis au point pour vous
aider dans cette tâche difficile. Apprenez-les et
méditez avec leur secours. Analysez les constituants
intérieurs de votre corps et de votre esprit, les
sensations, les mécanismes émotionnels et
conceptuels ainsi que le complexe de la conscience
elle-même.
Il vous faut développer systématiquement des
pouvoirs de concentration, pour garder cette faculté
d'analyse tandis qu'elle s'approfondit de plus en plus. Dans
vos études, vous pouvez profiter de l'aide des
millions d'investigateurs précédents, qui ont
laissé indices et méthodes de leur quête
au cours des siècles. Il n'est pas nécessaire
que vous soyez philosophe ; vous devez seulement
vouloir savoir qui
vous êtes.
À la fin,
l'enquête vous amène à comprendre que
votre entreprise pour trouver cette identité
personnelle du moi est un échec. Vous comprenez
qu'elle n'existe pas en vous de la manière dont elle
paraît exister. Il y a des moments où vous avez
l'impression de ne pas exister du tout, mais vous vous
rendez compte que ce sentiment de non-existence ne constitue
pas en lui-même une identité inconditionnelle.
Tandis que vous progressez, il vous faut recourir aux textes
sur la sagesse pour résoudre la difficulté que
constitue cet échec à mettre la main sur un
mode d'existence ou de non-existence intrinsèquement
identifiable. Vous devez aussi prendre votre temps,
persévérer sans attendre de succès
spectaculaire et sans vous décourager, même si
vous n'en connaissez aucun. Progressivement, votre sens de
l'absolu commence à s'éroder, tandis que votre
sensation
d'être seulement là se libère de plus en plus.
Vous vous rendez compte que l'identité est une
construction, une fabrication relative, et vous commencez
à comprendre le non-moi objectif. Vous regardez les
autres et les objets dans le monde, comprenant qu'eux aussi
sont de simples
entités relatives, ne possédant pas non plus
d'identité inconditionnelle. Finalement, vous
comprenez que ce réseau interdépendant
d'êtres et d'objets relatifs, non absolus, est fluide
et malléable, et qu'il est ouvert au
développement créateur. Si tout cela est
une construction
mutuelle,
rendons-la plus belle. Tout est ouvert à la
transformation. Dès que les choses ne sont plus
figées par des structures immuables et rigides, leur
ouverture à la transformation implique un certain
risque qu'elles ne dégénèrent dans des
configurations négatives, causant des souffrances
à tous les êtres vivants. Mais ce risque est
plus que compensé par le fait que chaque chose peut
être transformée pour revêtir des formes
positives sans limites, des royaumes de joie et
d'épanouissement pour tous les êtres
vivants.
Cette méditation
peut être aussi profonde que l'illumination parfaite
elle-même. Mais à ce stade préliminaire
de la voie, lors de la préparation au contexte
spécial de l'art tantrique, vous avez besoin
d'utiliser l'inférence et l'expérience pour
atteindre la certitude que tout sens d'absolu ne peut
être que relatif. Cela pour comprendre
l'équivalence de la vacuité et de la
relativité, et pour cesser de chercher un vide absolu
au-delà du monde et de déprécier le
monde relatif parce qu'il manquerait de valeur ultime.
Vous intégrez cette
certitude dans votre expérience quotidienne par un
double processus.
- Dans un premier temps,
en laissant l'expérience affirmer la vacuité
absolue, sachant que tout ce dont vous pouvez faire
l'expérience est relatif et vide d'identité
intrinsèque ;
- Et dans un deuxième temps, en laissant la
vacuité absolue affirmer votre expérience
relative, puisque connaître la vacuité d'une
chose rend sa présence relative indéniablement
importante.
À partir de
là, il ne s'agit plus que d'approfondir cette prise
de conscience en la faisant progresser à
l'intérieur pour dépasser cette
méconnaissance instinctive qui vous donne encore
habituellement le sentiment qu'il existe une identité
inconditionnelle durable. Plus vous essaierez de vaincre ce
sentiment spécifique d'identité par la
mobilisation de votre concentration, plus vous deviendrez
libre. C'est là que la méditation est vraiment
nécessaire : une fois que vous aurez accompli cette
prise de conscience salutaire. C'est à ce
moment-là que vous comprendrez combien vos instincts
sont profonds. C'est là que vous commencerez à
désirer des techniques plus poussées
d'approfondissement de la conscience et de
développement de votre libération. Vous
déciderez que vous ne pouvez plus supporter de
retarder votre libération durant encore de nombreuses
vies. Vous voudrez compléter le processus dans cette
vie-ci. Vous prendrez la résolution de chercher
l'initiation par le Yoga Tantrique
Inégalé, pour reconnaître votre vie
comme la vie intermédiaire, pour apprendre l'art de
réenvisager tout votre moi et tout votre monde au
stade de la création, ainsi que pour apprendre les
voyages intérieurs du psychonaute
entraîné dans la phase de perfection. Ce n'est
pas que vous cherchiez un enseignement différent qui
vous fournirait un raccourci auparavant inaccessible, car
l'aspect de sagesse de ces voies ne varie pas : qu'elle soit
vue sous un angle exotérique ou dans une perspective
ésotérique, la vacuité est la
même. Mais la méthode est différente :
la technique est accélérée, l'art est
plus élaboré. Vous cherchez une manière
d'accélérer votre évolution, en
condensant le développement acquis par de nombreuses
morts conscientes et de nombreuses vies de pratique en une
seule vie, une seule mort, et une seule traversée du
monde intermédiaire, si possible ; ou bien
quelques-unes tout au plus.
Les pratiques
ésotériques du Tantra son ainsi
abordées sur la base d'une compréhension
déjà claire mais incomplète, comme
un moyen de
condenser des éternités de vies en une seule
existence, des éternités de morts en une seule
mort, et des éternités de passages en un seul
passage.
|
Mentor et initiation
On peut pratiquer ces
trois principes de la voie ordinaire à partir d'un
livre, mais l'enseignement d'un maître ou d'un mentor
spirituel est considéré comme beaucoup plus
efficace pour adapter à votre personne les
différents thèmes et techniques.
L'enseignement du non-moi devient plus facile, surtout quand
il est prodigué par un maître qui
lui-même, ou elle-même, comprend
déjà la dissolution du moi. Beaucoup de gens
auront déjà un maître spirituel
lorsqu'ils envisagent sérieusement de chercher
l'initiation et d'entrer dans les phases supérieures
de la pratique. Cependant, vous choisirez quelquefois un
mentor différent pour l'initiation tantrique. Il est
assez courant d'avoir plusieurs maîtres spirituels.
Pour pratiquer les enseignements sur la transformation en
suivant la voie du Yoga Tantrique Inégalé, la
relation personnelle qui s'établit avec un
maître spirituel est fondamentale.
Un grand nombre de textes
examinent le choix d'un mentor. Vous devez avoir une
intuition favorable sur un maître, bien sûr,
mais vous devrez aussi analyser le genre de vie du
maître, les paroles qu'il ou elle emploie dans son
enseignement et la qualité de ses autres disciples.
On peut critiquer n'importe qui. Exiger immédiatement
ce qui, pour votre regard critique habituel, ressemble
à la perfection est trop demander. Mais vous devez
aussi utiliser le sens commun. Un maître spirituel qui
ne semble pas clair sur les enseignements, dont les opinions
contredisent souvent les textes traditionnels, qui ne
pratique pas ce qu'il prêche, qui utilise des
disciples pour sa richesse et sa renommée
personnelles, qui montre une complaisance peu
contrôlée, doit sans doute être
évité, quel que soit son titre ou son milieu.
Le mentor en qui l'on peut avoir confiance doit être
lucide quand il enseigne et d'une manière
générale en accord avec les textes
traditionnels en paroles et en actes ; il doit faire des
efforts pour le bien d'autrui ; être concerné
par les besoins de ses disciples et non par leur
utilité ; ne pas se préoccuper de sa fortune
ou de son renom, qu'il vive dans l'aisance et la gloire ou
non ; et adopter un style de vie modéré, ce
qui ne veut pas dire éliminer tout plaisir comme un
poison. Un tel mentor, même s'il n'a pas de titre
important, même s'il n'a pas un passé exotique,
est très certainement un être digne de
confiance.
Une fois que vous avez
choisi un mentor, ce mentor peut vous imposer des pratiques
préliminaires, telles que les " quatre cent mille "
ou d'autres pratiques qu'il juge particulièrement
nécessaires pour vous. Mais une fois qu'un mentor
vous a admis comme disciple et qu'il a accepté de
vous donner instruction et initiation, vous pouvez aborder
un mandala du Yoga Tantrique Inégalé.
Le Yoga Tantrique
Inégalé commence par le développement
d'une méditation créatrice qui force
l'imagination à visualiser un moi, un corps et un
environnement dans l'éveil. Cet exercice est
conçu pour transformer par l'imagination votre moi et
votre univers ordinaire en ce qu'une personne et un
environnement parvenus à l'éveil devraient
être. Le but est de créer un archétype qui serve de
modèle pour
votre véritable transformation. Pour créer
quelque chose, il faut d'abord l'imaginer. Et l'imagination
peut être extrêmement puissante dans la
réalité de la vie intermédiaire. Une
fois que vous aurez compris que la réalité ultime est
vide de toute substance, réalité,
identité, ou objectivité, vous prenez conscience de sa
nature apparente véritable à tous les niveaux
d'expérience et vous constatez qu'elle est totalement
conventionnelle et seulement structurée par
l'imagination collective du monde des êtres
vivants.
Conditionnés par
l'ignorance, les êtres ordinaires structurent leur
univers en un monde que leurs imaginations ordinaires
gardent en place et qui est codifié par des mots et
des images. Libérés par la sagesse, les
êtres éveillés sont libres de
restructurer leur univers pour réagir aux besoins des
nombreux êtres vivants, transformant des mondes
entiers en terres bouddhas. Le pratiquant du Yoga Tantrique
Inégalé imite cet idéal en cultivant
une perception purifiée de l'environnement qui est vu
comme mandala de la terre bouddha, et une perception
purifiée du moi comme corps, discours et esprit de
Bouddhéité réels.
L'initiation est la porte
qui ouvre sur cette pratique de la transformation par
l'imagination. La voie tantrique commence par la rencontre
avec le mentor vajra, ou mentor " diamant " ; ce qui peut
donner lieu à des interprétations
erronées. En effet, on pourrait comprendre que le
Tantra est la voie de la " dévotion au gourou ", et
que l'on ne fait qu'adorer le mentor vajra lorsqu'on l'a
trouvé, et s'asseoir à ses pieds. Un bon
mentor laisse rarement des disciples s'asseoir ainsi et
s'adonner à une simple dévotion. Bien
sûr, il faut que votre imagination s'ouvre et voie le
mentor comme bouddha réel ; ie comme la quintessence
du Corps d'Émanation des innombrables Bouddhas des
trois périodes, dont le discours est le Corps de
Béatitude, quintessence du Dharma, et dont l'esprit
est le Corps de Vérité, immuable,
omniprésent et inconcevable. Vous devez aborder le
mentor comme l'incarnation vivante des Trois Joyaux : la
Sangha, le Dharma et le Bouddha. Vous devez immerger votre
imagination et votre perception personnelles, imparfaites,
dans la vision du mentor bouddha qui est arrivé
à la perfection. Mais alors, vous devez adopter
immédiatement la vision du mentor, qui vous voit
vous-même comme un bouddha, et qui voit votre
potentiel réalisé. La vision
éveillée du mentor vous est communiquée
par le rituel de l'initiation, une sorte d'onction qui fait
de vous un prince de l'illumination de la couronne vajra. On
vous installe formellement sur le trône de la
Bouddhéité royale, trône majestueux en
forme de lion, et l'on vous porte aux nues. On vous donne
ainsi un avant-goût en imagination du but de votre
quête spirituelle.
Cette initiation a lieu au
début de la pratique tantrique ; c'est une
introduction indispensable, mais elle donne rarement tous
les pouvoirs au débutant. La raison en est qu'elle
demande une très grande maîtrise de la
faculté de visualisation pour permettre d'entrer
véritablement dans le palais du mandala, de percevoir
l'édifice et ses ornementations dans tous leurs
détails avec netteté, de voir le mentor
bouddha à l'intérieur avec sa suite, et de
vous voir vous-même comme un archétype divin
pourvu de multiples bras et jambes. Le vrai mandala
constitue son propre univers parvenu à la perfection
; il n'existe pas dans le monde ordinaire. C'est
déjà un succès que de l'apercevoir en
imagination, en utilisant des objets, symboles et figures
dans le temple où s'effectue la consécration.
De plus, vous devez comprendre tous les voeux et toutes les
promesses qu'implique l'éthique tantrique, et vous
devez être capable de les respecter ; ce qui en soi
demande un très haut degré de maîtrise
de l'esprit, des sens et du corps que l'on peut
acquérir par la pratique du yoga. Cependant, la
première initiation vous donne les pouvoirs qui
correspondent à vos aptitudes, et vous permet de vous
engager dans l'étude et la pratique qui vous
conduiront tôt ou tard à l'initiation
totale.
Les rituels de
l'initiation sont d'une extrême complexité. Les
Tantras du Yoga Inégalé utilisent quatre
catégories principales d'initiation : l' " initiation
du vase ", qui se concentre sur le corps et vous donne le
pouvoir de commencer la pratique de la visualisation pour la
phase de la création ; l' " initiation du mot
précieux ", qui se concentre sur le corps, la parole
et l'esprit vus dans leur ensemble, et vous donne le pouvoir
d'accéder au niveau d'intégration le plus
élevé de la phase de perfection, et qui
correspond aux enseignements de la Grande Perfection.
Le texte destiné
aux initiations au mandala des divinités
bénignes et féroces, invoquées dans
le Livre de la
Libération Naturelle, ne se trouve pas dans les
éditions courantes de l'ouvrage. C'est la tradition
ésotérique qui veut qu'un mentor
qualifié soit une nécessité
première pour l'initiation. Il ne sert donc à
rien de mettre en circulation un texte qui ne peut
être utilisé sans mentor. Cependant, le premier
texte des écrits sur la Libération
Naturelle, le
Yoga du Mentor des
Trois Corps,
exprime sur le mode de la contemplation une séquence
d'initiation, et j'en citerai les passages en suivant
l'ordre des initiations :
Je prie le
Mentor du Corps d'Émanation, ineffable et
autocréé
Dans le palais du lotus parfait et sans défaut
Empli d'une dévotion respectueuse, je le prie
ardemment !
Libéré du moi sans avoir abandonné la
haine qui est erreur,
J'accepte de mon plein gré la
bénédiction sans effort du Corps
d'Émanation,
Comme illumination intérieure de moi-même,
issue de la sagesse qui est évidence !
Ici, le mentor est
invoqué comme Bouddha du Corps d'Émanation.
Vous, l'initié, recevez alors sa
bénédiction sous la forme de rayons de
lumière blanche émanant d'un diamant
OM (le mantra séminal du corps
de tous les Bouddhas) de votre couronne. Ils
pénètrent dans la couronne comme une
lumière de couleur diamant, bénissent le
corps, confèrent l'initiation du vase, et vous
donnent le pouvoir de pratiquer la phase de
création.
Je prie le
Mentor du Corps de Béatitude, celui de la grande
félicité, immortel,
Dans le palais de la félicité universelle de
la sagesse lumineuse et pure,
Je le prie avec ferveur, révérence et
dévotion !
Libéré de moi-même sans avoir
abandonné le désir et la jalousie,
J'accepte de mon plein gré la
bénédiction aisée du Corps de
Béatitude
Comme la libération spontanée dans la
félicité universelle de la sagesse
intérieure !
Ici, le mentor
représente le Bouddha du Corps de Béatitude,
qui émet des rayons de lumière rubis d'un
AH rouge (syllabe séminale de
la parole chez tous les Bouddhas) au centre de sa gorge ;
les rayons entrent au centre de votre gorge, vous
remplissent de lumière rubis, bénissent vos
paroles, vous confèrent l'initiation secrète,
et vous donnent le pouvoir d'effectuer les pratiques de la
phase de perfection.
Je prie le
Mentor du Corps de Vérité, non né,
immuable,
Dans le palais du Royaume parfait et universel de la
Vérité,
Je le prie avec ferveur et dévotion !
Libéré de moi-même sans avoir
abandonné l'illusion qui masque la connaissance,
J'accepte de mon plein gré la
bénédiction parfaite du Corps de
Vérité
Comme la sagesse primordiale, sans effort et sans artifice
!
Ici, le mentor
représente le Bouddha du Corps de
Vérité, qui émet des rayons de
lumière saphir depuis un HUM bleu profond (syllabe
séminale de l'esprit de tous les Bouddhas) au centre
de son cœur ; les rayons entrent dans le centre de votre cœur, vous remplissent de lumière saphir,
bénissent votre esprit, confèrent l'initiation
à la sagesse-intuition, et vous donnent le pouvoir de
vous consacrer aux pratiques de la phase de
perfection.
Je prie le
Mentor des Trois Corps, celui de la grande
félicité, impartial,
Dans le palais de la vision profonde et authentique de la
claire lumière,
Je le prie avec ferveur, révérence et
dévotion !
Libéré de moi-même sans avoir
abandonné le dualisme sujet-objet,
J'accepte de mon plein gré la
bénédiction des Trois Corps de la grande
félicité,
Comme la sagesse originale et spontanée des Trois
Corps !
Ici, le mentor
représente le Bouddha réunissant les Trois
Corps ; il émet un rayonnement couleur de diamant, de
rubis et de saphir depuis ses syllabes séminales
OM AM
HUM, qui
pénètre vos trois centres, vous remplit de
lumière rouge, blanche et bleue, béni votre
corps, vos paroles et votre esprit, confère
l'initiation du mot précieux et vous donne le pouvoir
d'atteindre la Bouddhéité suprême qui
est l'intégration de la phase de perfection, le Grand
Sceau, ou Grande Perfection. Le mentor se dissout alors
entièrement dans les trois rais de lumière et
se fond complètement en vous.
Le résultat
essentiel de l'initiation est que, dans le conscient et le
subconscient, vous êtes exalté de façon
imaginaire dans la réalité de votre propre
illumination potentielle, sur les plans physique, verbal,
mental et intuitif. Même si vous êtes encore
loin de l'accomplissement total, votre pratique continue de
suivre cette orientation de l'imagination. Vous
méditez en comprenant par l'imagination que
l'illumination parfaite est tout à fait
immédiate et votre pratique écarte
progressivement les obstacles à cette
compréhension ; vous n'acceptez plus l'idée
que votre illumination est quelque part dans un
au-delà, " là-bas ", loin dans l'espace ou
dans le temps, et que vous l'atteindrez plus tard. On
appelle cela " utiliser le résultat comme
véhicule "
; ce qui contraste avec les pratiques
ésotériques, où le véhicule est
considéré comme le moyen d'un résultat
à venir. La pratique du
résultat-véhicule s'effectue dans une
situation de tension, d'un paradoxe ou d'une dissonance de
la connaissance portant sur un point particulier. Votre
esprit ordinaire sait que vous n'êtes pas
éveillé, mais votre imagination ainsi
cultivée voit votre état d'illumination tel
qu'il apparaît aux êtres éveillés,
représentés par votre mentor. Votre
visualisation de l'illumination exerce ainsi une pression
critique considérable sur votre perception habituelle
de l'illumination, tandis que les deux s'accomplissent au
fur et à mesure que vous prenez conscience de leur
vacuité.
Cette approche
particulière, centrée sur le résultat,
doit être bien comprise pour éviter une
mauvaise interprétation de la lecture des
enseignements de la Grande Perfection dans les écrits
de la Libération
Naturelle. Si vous
ne saisissez pas avec précision comment on entretient
une dissonance particulière dans la connaissance,
quand vous entendez : " Tout est naturellement parfait ;
détendez-vous et la claire lumière brillera ;
vous êtes déjà un Bouddha parfait ! ",
vous oscillerez entre deux réactions malsaines. Tout
d'abord, il se peut que vous vous sentiez bien, en pensant
que votre véritable " je ", le moi
prétendument immuable tel que vous le sentez
habituellement présent en vous, n'est autre que
l'esprit de Bouddha ; cela vous mènera plus loin dans
l'attachement compulsif à vous-même,
renforçant l'habitude de cet intérêt
instinctif. Plus tard, quand vous reconnaîtrez que
vous ne vous sentez pas vraiment mieux qu'avant que le texte
vous ait dit que vous étiez parfait, vous en
conclurez que Padma Sambhava avait tort, et vous
éprouverez du découragement quant à
votre pratique et du cynisme à propos de n'importe
quelle autre. Cela vous privera du bénéfice de
la Libération
Naturelle, des
techniques spirituelles merveilleuses des Tantras, et des
enseignements beaux et sophistiqués de la Grande
Perfection.
Aussi, quand vous
entendrez que vous êtes arrivé à la
Grande Perfection, reconnaissez cette déclaration
comme essentiellement initiatique, comme quelque chose qui
vous situe dans le contexte du but que vous vous êtes
fixé et de la plus grande possibilité
imaginable ; ces mots vous engageront dans l'effort
d'écarter avec un esprit critique tous les obstacles
à votre expérience et à votre propre
réalité. Quand vous éprouverez du
découragement, comprenez que vous avez
été trop impatient ; ne vous apitoyez pas sur
vous-même et ne vous laissez pas aller au cynisme. Et
puis, éloignez de vous ce moi immuable qui, hier,
voulait l'illumination ; sinon, ce n'est pas la peine d'y
travailler. Quand
vous entendrez la Grande Parole de la Grande Perfection dans
le monde intermédiaire, quand vous vous serez
détaché du lourd carcan de votre corps aux
réactions codifiées par les habitudes, vous
pourrez vous libérer des entraves beaucoup plus vite
et plus naturellement. Alors, l'encouragement venant de la
compréhension que votre but c'est la claire
lumière en vous, cet encouragement sera
peut-être crucial car il vous aidera à
lâcher prise, à éviter la dissimulation
dans la complaisance vis-à-vis de vous-même,
les dérobades et les doutes. Souvenez-vous que, dans
ce moment critique, l'hésitation et la recherche
de votre moi peuvent être plus que
fatales. Elles
peuvent conduire à des existences multiples
passées dans des incarnations pénibles et dans
des lieux déplaisants.
|
La phase de
création
Il existe une pratique
semblable à celle de la phase de la création
pour la Libération Naturelle
: elle est
enseignée dans La Pratique du Dharma,
Libération Naturelle des Instincts, texte intégralement traduit
au chapitre 7. Le but principal de cette pratique est de
contrôler l'imagination pour transformer la perception
et la conception de ce qui est naturel en une vision et une
expérience d'illumination. Tous les
éléments du monde ordinaire, le sujet
ordinaire et l'objet ordinaire, sont perçus par
l'imagination d'une façon nouvelle comme
l'énergie de la sagesse pure. La mort, le monde
intermédiaire et la vie sont convertis par
l'imagination en trois corps, les Trois Corps de Bouddha :
celui de la Vérité, celui de la
Béatitude et celui de l'Émanation. Les cinq
agrégats du corps-esprit sont conçus comme les
cinq Bouddhas, et les cinq poisons sont les cinq sagesses.
On imagine qu'un être sur deux est une divinité
bouddha, que chaque instinct est une micro-divinité
bouddha et que chaque forme fait partie du palais de joyaux
du mandala. Il y a différentes manières de
procéder. Puisqu'il s'agit d'associations se faisant
par imagination créatrice, il n'est pas
nécessaire d'établir une correspondance rigide
entre les éléments purs et les
éléments impurs. Nous utiliserons le
système de la Libération
Naturelle.
Les cinq agrégats
de la matière, de la sensation, de la conception, de
la création et de la conscience, ainsi que leurs cinq
poisons, la haine, l'orgueil, la convoitise, la jalousie et
l'illusion sont réenvisagés comme cinq
Bouddhas et cinq sortes de sagesses : Akshobhya et la
sagesse miroir, Ratnasambhava et la sagesse équanime,
Amitabha et la sagesse du discernement, Amoghasiddhi et la
sagesse qui accomplit les miracles, et Vairochana et la
sagesse de la perfection ultime. Les choses les plus
ordinaires, les émotions et les notions les plus
négatives sont associées à des bouddhas
spécifiques, des énergies de sagesse, des
couleurs, des substances précieuses et des symboles,
pour simuler la conscience réelle d'un bouddha
accompli, qui voit vraiment les choses comme des
configurations d'énergies bienheureuses et
intelligentes.
Les Cinq
Bouddhas, et les agrégats, poisons, couleurs et
sagesse correspondants.
|
Agrégat
|
Poison
|
Bouddha
|
Couleur
|
Sagesse
|
Forme
|
Colère
|
Akshobhya
|
Diamant
|
Sagesse
miroir
|
Sensation
|
Orgueil
|
Ratnasambhava
|
Or
|
Sagesse
équanime
|
Conception
|
Luxure
|
Amitabha
|
Rubis
|
Sagesse
du discernement
|
Émotion
|
Convoitise
|
Amoghasiddhi
|
Émeraude
|
Sagesse
qui accomplit tout
|
Connaissance
|
Illusion
|
Vairochana
|
Saphir
|
Sagesse
de la réalité parfaite
|
Il se peut que
vous ayez une impression de confusion : ce sentiment de
confusion est Vairochana ; que vous
éprouviez de la colère, cette colère
est Akshobhya. Les substances de votre
corps et les objets qui l'entourent sont Akshobhya ; vos sensations
sont Ratnasambhava ; votre
agrégat conceptuel est Amitabha ; vos émotions
sont Amoghasiddhi, et votre conscience
est Vairochana. Vous ne pouvez plus
dépendre du mentor puisque dans l'imagination, le
mentor s'est confondu avec la divinité bouddha, et
vous êtes aussi devenu une divinité bouddha, et
un mentor, sous la pression du besoin d'aide et de
libération présent chez tous les êtres.
Durant l'initiation, vous avez été
consacré par la gloire et la félicité
de l'illumination et l'on vous a confié la
responsabilité de l'illumination pour que vous
compreniez l'univers et tous les êtres qui s'y
trouvent, pour que vous preniez soin d'eux et veillez
à leur bonheur ultime.
Il existe une autre
manière d'exprimer la visualisation de la phase de
perfection : en imaginant les cinq perfections ; à
savoir : l'environnement, les plaisirs, les compagnons, le
corps et le moi. L'environnement est imaginé comme le
palais du mandala de la majesté de Bouddha ; une
telle visualisation corrige toute impression d'être
dans un milieu ordinaire. Ce sont des facultés
éveillées qui font l'expérience des
plaisirs ; les objets ordinaires ne sont perçus que
par l'habitude impure. Les compagnons peuvent ressembler
à des êtres ordinaires, mais en
réalité ce sont des Bouddhas et des
Bodhisattvas, qui sont là pour vous aider à
accomplir votre propre illumination. Votre corps peut
paraître fait de chair et de sang ordinaires, mais en
réalité il est fait de la substance de sagesse
de tous les Bouddhas. Vous choisissez une divinité
bouddhique archétype qui vous servira de
modèle pour façonner l'image de
vous-même ; vous pouvez adopter la forme d'une
divinité bénigne si c'est ce qui convient
à votre tempérament, ou celle d'une
divinité féroce si cela vous aide à
mobiliser vos énergies les plus profondes.
L'idée personnelle habituelle que vous avez de
vous-même en tant qu'individu aliéné est
critiquée comme étant une conception impure du
moi. Vous vous voyez maintenant comme la manifestation du
diamant de la sagesse qui réalise la
vacuité.
C'est là le
contexte créateur et esthétique dans lequel
vous pratiquez le Yoga Inégalé. Cette phase de
création est une méditation continue qui
utilise l'imagination pour façonner les
matériaux de la vision intérieure et en faire
un univers d'épanouissement. Elle se structure autour
d'un schéma appelé les " trois conversions " :
la conversion de la mort en Corps de Vérité,
la conversion de l'état intermédiaire en Corps
de Béatitude et la conversion de la vie en Corps
d'Émanation. Ces conversions ont deux sources
principales : la critique de la perception habituelle de
l'environnement extérieur comme étant le monde
ordinaire de la souffrance, qui conduit à
l'émergence de la perfection de la terre bouddha dans
ce monde ; et la critique du concept du moi malheureux
ordinaire, qui mène à l'émergence de sa
perfection dans la Bouddhéité. Ces perceptions
et conceptions pures sont cultivées
systématiquement par le yoga de la visualisation. Une
" perception pure " développée,
associée à la " vision de soi même comme
Bouddha ", ouvre la porte du monde extérieur de la
grande félicité, où tous les
êtres sont épanouis, et au monde
intérieur du " moi de diamant du non-moi ", qui est
la grande compassion réellement devenue capable
d'aider tous les êtres, grâce à une
parfaite maîtrise de la situation cosmique. Ce genre
de conversion par l'imagination de la mort, de l'état
intermédiaire et de la vie en Trois Corps de Bouddha
apparaît très clairement dans la
Libération
Naturelle dans le Yoga du Mentor des Trois
Corps,
présenté sous la forme d'une
prière.
La Pratique du Dharma,
Libération
Naturelle des Instincts est ce qui ressemble le plus
à une pratique de la phase de création ; elle
pourvoit la visualisation dans le corps du pratiquant
d'archétypes divins selon des modèles de
mandalas miniatures ; cela s'appelle le " mandala du corps
". Les textes auxquels vous avez accès ne
décrivent pas un environnement approprié pour
Le Livre de la
Libération Naturelle où les divinités
bouddhas s'organiseraient dans un mandala à grande
échelle. Cependant, en vous fondant sur la Pratique
du Dharma, vous pouvez construire un modèle
général de pratique de la phase de
création pour les cent divinités bouddhas de
la Libération
Naturelle, afin de
vous faire une idée de la manière dont on
peut, dans la pratique, se familiariser avec le symbolisme
de la Libération
Naturelle.
Installez-vous sur votre
coussin de méditation, devant une icône
représentant n'importe laquelle des cent
divinités bouddhas, ou du premier Bouddha
Samantabhadra, ou encore du mentor des origines, Padma
Sambhava. Installez un autel modeste pour les offrandes
symboliques, en utilisant de petits récipients
contenant de l'eau, des fleurs, des bougies votives et de
l'encens. Placez devant vous un sceptre vajra et tous les
autres objets qui pourraient vous être utiles. Vous
voyez, présente devant vous, dans un ciel imaginaire,
toute la lignée de Bouddhas et de mentors, et vous en
parcourez toute l'histoire depuis Bouddha Samantabhadra (la
Bonté Absolue), Amitabha et Padma Sambhava,
jusqu'à votre propre mentor. Prenez refuge en eux,
invitez les cent divinités bouddhas, demandez-leur de
rester avec vous, saluez-les, faites-leur des offrandes,
confessez vos péchés et vos fautes,
réjouissez-vous devant le mérite de tous les
autres, demandez les enseignements des Bouddhas et des
mentors, demandez aux maîtres de ne pas partir dans le
nirvana, et dédiez le mérite de votre pratique
à l'illumination ultime de tous les
êtres.
Ensuite, imaginez-vous
émergeant du royaume de la vérité avec
l'apparence du Bouddha Vajrasattva ; vous avez le teint
blanc, vous avez deux bras et une expression paisible, vous
portez des vêtements royaux et des ornements en
pierres précieuses, comme le décrit la
Pratique du
Dharma. Ensuite,
récitez les cent syllabes du mantra de la
purification, OM VAJRASATTVA SAMAYA..., 21 ou 108 fois (voir
chapitre 7) ; on pense que la récitation a un grand
pouvoir de purification des péchés et supprime
les ombres des émotions et de l'intellect. Jusqu'ici,
ces dix branches de la pratique préliminaire suivent
de près la Pratique du Dharma. Nous devons maintenant y ajouter
quelques séquences pouvant servir de modèle
pour la pratique de la phase de création, puis nous
poursuivrons avec le mandala du corps de la Pratique du Dharma.
Invitez alors tous les
mentors et toutes les divinités bouddhas à se
confondre avec vous, et vous-même vous devenez
vacuité absolue. Prononcez le mantra OM SHUNYATA
JNANA VAJRA SVABHAVA ATMAKO HAM ! (OM, je suis l'essence de
l'intuition de la vacuité). À partir de ce
vide, visualisez l'émergence d'un univers parfait, au
centre duquel se dresse une demeure immense faite des
substances des cinq joyaux, rayonnante de lumière
précieuse. À l'intérieur, vous
apparaissez, ne faisant qu'un avec les Trois Corps de la
Bouddhéité, et vous êtes la
divinité centrale du mandala, Samantabhadra, avec
auprès de vous et uni(e) à vous votre
parèdre (ou votre époux) archétype.
Ensuite, votre apparence en tant que Samantabhadra se
dissout et vous apparaissez avec celle du Bouddha
Vairochana, uni à votre parèdre comme le
décrit la Pratique du Dharma. Un par un, visualisez les Bouddhas
des quatre points cardinaux, leurs parèdres divins,
les Bodhisattvas qui les assistent, les gardiens de leurs
portes, entourés de la multitude des divinités
bouddhas. Une fois que vous avez imaginé toute cette
communauté présente dans le palais du mandala,
invitez les vraies divinités bouddhas à
envoyer des doubles de l'être de sagesse depuis leurs
véritables terres bouddhas, dans l'icône que
vous avez imaginée. Ensuite imaginez que
vous-même et toutes ces divinités recevez des
consécrations de toutes les divinités du
mandala, qui descendent sur vous comme une pluie de
bénédictions. L'énergie qui vous inonde
rayonne autour de vous comme une bénédiction
lumineuse adressée à tous les êtres de
l'univers autour de vous. Ces êtres sont
attirés dans leur mandala par les rayons de
lumière magnétique couleur diamant de votre
Grande Compassion, et eux aussi, consacrés,
apparaissent comme des divinités bouddhas, et se
mettent à rayonner à leur tour pour
créer leur propre mandala et bénir les
êtres infiniment à travers l'univers.
À partir de
là, vous pouvez suivre les instructions de
visualisation de la Pratique du Dharma.
Visualisez chacune
des divinités mentionnées dans ce texte, et
voyez-les s'installer dans votre corps. À la fin de
cette visualisation, vous priez pour qu'elles
émergent durant votre futur voyage dans le monde
intermédiaire pour vous conduire à la
libération ; ce qui signifie en fait vous ramener
à la réalité la plus profonde et la
plus essentielle de vous-même. D'abord, ce processus
de visualisation semblera extrêmement lourd,
perturbant et frustrant, mais une répétition
persistante et attentive le rendra de plus en plus familier,
et au bout de quelques mois de pratique avec votre mentor
personnel, vous vous sentirez tout à fait à
l'aise. Il est indispensable que vous consultiez des oeuvres
d'art. Vous pouvez observer certaines des délicates
icônes des tankas tibétaines qui montrent ces
cent divinités bouddhiques du mandala du monde
intermédiaire tel qu'il apparaît dans la
Libération
Naturelle, car il
est trop difficile de les visualiser seulement à
partir de descriptions verbales linéaires.
Enfin, ces indications
concernant la phase de création peuvent être
utilisées par des pratiquants non bouddhistes qui
cherchent à s'inspirer de l'art tibétain de
mourir pour se préparer à leur propre passage
dans le monde intermédiaire, tout en approfondissant
leur contact avec les images et les divinités de leur
propre religion. Ces indications doivent pouvoir s'adapter
à l'imagerie individuelle. Mais la séquence
tibétaine peut être utile : une invocation de
la divinité, des divinités, des figures
angéliques et de la lignée des patriarches de
votre tradition ; la fusion avec vous-même de ces
symboles de bienveillance et de pouvoir ; la canalisation de
cette bienveillance par vous-même pour la diffuser
ensuite à tous les autres ; la préservation du
sens de la présence du divin dans tous les aspects du
corps, de l'esprit et du monde ordinaire ; la concentration
sur l'impression de calme divin dans la
réalité divine de paix et d'amour ; une
prière pour les divinités que vous aurez
choisies pour vous apparaître au début de votre
voyage dans le monde intermédiaire ; et finalement la
dissolution de l'univers purifié dans une personne et
une réalité
régénérée, ordinaire mais
fortifiée.
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La phase de perfection
La manipulation dans
l'imagination du plasma précieux des formes
bouddhiques durant la phase de création se poursuit
avec un foisonnement de détails ; elle se fait de
plus en plus subtile, jusqu'à ce que l'on devienne
capable de visualiser le palais du mandala entier avec ses
occupants contenu dans une goutte brillante à
l'extrémité du nez, au centre du cœur ou au
niveau des organes génitaux, et de stabiliser cet
hologramme précis durant plusieurs heures. À
ce stade, on est tout à fait prêt à
pratiquer les yogas de la phase de perfection. Les
séances de méditation de la phase de
création se terminent toujours avec la dissolution de
tous les royaumes imaginaires qui ont été
créés dans la claire lumière de la
vacuité universelle. Elles sont également
l'occasion de répéter, à un certain
moment, pendant les offrandes, l'expérience des
quatre extases, offertes à toutes les
divinités bouddhas rassemblées. Ces extases
sont essentielles pendant la phase de perfection ; elles
sont brièvement décrites dans les pages qui
suivent.
La phase de perfection
peut être abordée en considérant cinq
étapes, bien qu'il y ait différentes
manières de les organiser.
La
première de ces étapes s'appelle
l'isolement du corps ; ie le détachement du corps de
toutes les impuretés de ce qui l'entoure.
La deuxième est la récitation
répétée de vajra ; ie le
détachement de la parole de ce qui est ordinaire, par
l'unification du vent de l'énergie et du mantra.
La troisième est l'isolement de la
consécration de soi ; ie la dissolution totale de
toutes les énergies et de toutes les structures de la
conscience dans le canal central, et l'apparition du corps
de l'énergie subtile comme corps magique.
La quatrième, la claire lumière, est le
voyage constamment répété du corps
magique à travers la réalité de la
claire lumière ; ce qui approfondit
l'expérience de la non-dualité.
La cinquième, l'intégration, est la
Bouddhéité parfaite ou l'union indivisible du
Corps de Vérité de la claire lumière
avec le Corps de Béatitude du corps magique, et le
corps ordinaire antérieur, comme Corps
d'Émanation.
De nombreux tantras sont
utilisés dans les différents ordres
bouddhistes au Tibet, qui viennent tous du travail de
pionniers effectué par les grands initiés de
l'Inde. Chacun a sa manière propre de comprendre et
d'exprimer la voie, les étapes de la phase de
création, et le but ultime : la
Bouddhéité. Tous ces tantras émergent
de la même voie de la renonciation transcendante, de
l'esprit d'illumination de l'amour universel et de la
sagesse de la vacuité dans le non-moi. Tous
accélèrent l'approfondissement de la sagesse
et le développement de l'évolution dans la
compassion pour rendre possible l'accès à la
Bouddhéité durant cette seule vie humaine
favorable. Tous se servent de l'imagination pour s'approcher
de l'état final et l'atteindre au plus vite. Tous
mobilisent l'esprit subtil en tant que sagesse de la grande
félicité pour accomplir la
réalité ultime et façonner ses
énergies pour le bonheur de tous les êtres. Le
fait qu'ils présentent le processus d'accès
à ce but d'intégration suprême de la
Bouddhéité sous différents aspects
(Grande Perfection, Grand Sceau,
félicité-vacuité indivisibles...)
n'implique que des différences de schémas
conceptuels et de terminologie, et non des
différences concernant la voie ou sa
réalisation.
La phase de
création s'achève sur une forme
préliminaire de l' " isolement du corps ", qui
survient quand votre corps s'isole de toutes les apparences
et de toutes les images de soi ordinaires. Vous vous voyez
réellement comme la divinité, vous avez
l'impression que ses visages, ses yeux et ses bras sont les
vôtres, comme s'il s'agissait maintenant de votre
propre corps ; vous voyez peut-être aussi d'autres
divinités bouddhas miniatures situées en des
points vitaux dans tout votre corps, sous une forme ou une
autre du mandala du corps. Vous êtes encore à
un stade peu avancé, quoique bienheureux, de la
perception du corps. L'isolement du corps entre dans le
royaume de la phase de perfection quand la perception
discontinue du corps grossier est transcendée, quand
chaque atome de chaque partie du corps et des sens est
vécu comme une divinité bouddha dans une
explosion de visions au-delà des facultés
d'organisation de l'imagination grossière. Le
modèle du corps n'est plus anthropomorphique, le
corps subtil étant perçu comme des circuits
nerveux, des énergies de vents neurales et des
gouttes subtiles.
Les visualisations du
palais du mandala et du corps de la divinité sont des
formes issues de l'imagination grossière, dont le but
indirect est d'ouvrir des sensibilités internes dans
le corps-esprit subtil. La phase de perfection poursuit
consciemment ce processus d'ouverture interne. Pour revenir
au schéma du corps-esprit grossier et subtil
décrit précédemment, les
énergies de vents neurales sont au nombre de dix :
cinq énergies principales (vitale, respiratoire,
digestive, motrice et musculaire) et l'énergie
d'évacuation, et cinq énergies secondaires qui
alimentent les cinq sens. Ceux-ci sont maintenant
perçus comme des divinités bouddhas. Les
gouttes de substance subtile sont l'essence hormonale
mâle comme dans le sperme, l'essence hormonale femelle
comme dans les ovules, et sont appelées " esprit
d'illumination ", blanc et rouge respectivement. L'esprit
extrêmement subtil de la goutte indestructible est
enfermé au centre de la partie centrale du cœur dans
le canal central. C'est le " moi " suprêmement subtil
du non-moi, la subjectivité ultime de l'extase
innée qui réalise la claire lumière
objective de la vacuité universelle, dont nous avons
déjà parlé. Le corps extrêmement subtil
est l'&eacu
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