Les Tibétains ont
cette approche pleine de bon sens selon laquelle la vie n'a
pas de limite. Nous ne sommes pas issus du néant et
nous ne pouvons pas redevenir néant. Nous n'avons ni
commencement ni fin.
La forme humaine est
relativement libre de toute réaction instinctive
programmée de façon rigide. Ainsi les
êtres humains ont-ils un don exceptionnel qui leur
permet de comprendre totalement leur situation, de se
programmer à nouveau de façon
entièrement positive, d'atteindre l'illumination
parfaite de la Bouddhéité, de connaître
un bonheur sans limites et de vivre, radieux et utiles pour
les autres êtres. Mourir sans connaître cet
état, et perdre la liberté et l'occasion d'une
incarnation humaine avant l'éveil, puis
renaître involontairement dans des conditions
malheureuses d'innombrables autres fois, cela serait
l'ultime tragédie.
Sur le plan spirituel, les
Tibétains ont appris à voir la mort,
d'ordinaire redoutable, comme une très grande force
proche de la vie, qui accorde une puissante impulsion dans
le sens du bien en donnant plus d'intensité au bien
que peuvent apporter nos comportements et nos actes. Ils ne
veulent pas se laisser prendre par l'idée que la mort
est une force purement maléfique, malveillante,
absolue, insensée et arbitraire. Ils apprennent
plutôt à la voir comme non existante, comme une
chose en elle-même séparée de la vie. Le
fait même qu'ils établissent des relations
même avec la mort les encourage à voir celle-ci
au niveau le plus élevé, comme le domaine
immédiat et omniprésent de la liberté ;
ie comme quelque chose qui ne fait pas seulement partie de
la vie, mais qui en est aussi le fondement.
De manière assez
surprenante, une fois que nous sommes habitués
à l'idée que la mort est là dans notre
vie et qu'elle peut nous prendre à tout moment, nous
avons le sentiment très fort d'être
libérés. Nous prenons conscience que nous
sommes essentiellement libres à tout instant et dans
toutes les situations, que toute contrainte n'est
fondée que sur l'illusion de la persistance de
quelque chose qui aurait de la substance, une substance
durable, une essence nécessaire. Nous nous engageons
tout entiers dans la voie de cette liberté. Notre
participation dans le réseau des relations est en
réalité totalement involontaire. Cette
impression d'une liberté immédiate est
très stimulante. Cette compréhension
supérieure de la mort est associée à
Yamantaka (Celui qui met fin à la Mort),
personnification la plus terrifiante de cette sagesse de la
dissolution du moi, de cette conscience que le néant
est vide.
La Science
Intérieure commence avec l'analyse du
néant.
Quand nous imaginons la mort comme une entrée dans le
néant, nous ne faisons que nous réconforter.
La mort serait un sommeil éternel... Mais qu'est-ce
qui donne la garantie d'un néant reposant
après la mort ? pourquoi l'énergie
réelle d'un état de conscience, même au
repos, ferait-elle exception à la loi physique selon
laquelle l'énergie est conservée pour
réapparaître sous d'autres formes ? Pourquoi
les matérialistes croient-ils si fort dans la
non-existence de cette continuité de l'énergie
? Ils n'ont aucune raison d'y croire.
Il n'y a pas de limites
à nos relations multiples avec des dimensions et des
univers infinis.
La théorie du karma
décrit une " grande chaîne d'existences " et
postule un lien de parenté entre toutes les formes de
vie observées, ainsi qu'un schéma de
développement d'une vie à une autre. Les
individus passent d'une vie à une autre en changeant
de forme. À des degrés subtils, la conscience
transmet à des vies successives des schémas
développés au cours d'une vie. L'évolution karmique est
aléatoire,
et les êtres peuvent évoluer vers des formes
supérieures ou vers des formes inférieures.
Cependant, une fois que les êtres prennent conscience
du processus, ils peuvent volontairement avoir une influence
sur leur évolution par des choix d'actions et de
pensées. Karma peut-être traduit par "
devenir ", car
karma signifie une action qui engendre développement
et changement. Dans la science bouddhiste, le mot n'a pas du
tout le sens de destin ; c'est un processus impersonnel et
naturel de cause à effet. Notre karma à un
moment donné de la vie est le schéma
général des impulsions qui résultent
d'actions antérieures et qui produiront des effets en
relation avec la continuité de l'existence. Tout cela
constitue un complexe qui imprime ses effets sur nos corps,
nos actions et nos pensées. À leur tour, les
actions que nous effectuons avec notre corps, notre langage
et notre esprit produisent de nouvelles impulsions qui
déterminent la nature et la qualité de nos
existences futures. Ce complexe peut s'appeler notre
énergie en devenir. " Ne te pose pas de questions sur
tes vies antérieures ; contente-toi de
considérer avec attention ta forme corporelle
présente ! " Ne te pose pas de questions sur tes vies
futures ; contente-toi d'observer ce qu'il y a dans ton
esprit maintenant ! "
Le temps que dure
l'état intermédiaire, période de
transition entre la mort et une nouvelle naissance, est le
moment le mieux choisi pour tenter consciemment d'influencer
le processus de cause à effet dans la perspective
d'un devenir favorable. Notre énergie est
temporairement fluide dans l'état
intermédiaire, et nous pouvons ainsi gagner, ou
perdre, beaucoup de terrain durant les crises que nous
traversons à ce moment-là.
|
Les six
royaumes
Les
bouddhistes ont classé les royaumes possibles en six
catégories principales.
- Les
bouddhistes ont créé les images complexes des
huit enfers brûlants et des huit enfers glacés
; des huit enfers où l'on est broyé et des
huit enfers où l'on est découpé en
morceaux, s'inspirant des expériences de la chaleur,
du froid, de la compression e de la dissection. Il existe
aussi des descriptions d'enfers insupportables pour
l'esprit, d'une infinie variété dans l'horreur
et le malheur. Ces enfers sont le prix d'actions
antérieures néfastes déterminées
par la haine. Ils sont édifiés et
magnifiés par une haine infinie et continue.
Heureusement, aucun séjour en enfer ne peut
logiquement être éternel, même s'il
paraît interminable à celui qui en
éprouve toutes les souffrances : les " êtres
des enfers. "
- Ensuite, il y a les
royaumes des
prétas,
souvent appelés " royaume des esprits
faméliques ". Les prétas ont sans doute faim
et soif, mais ce ne sont pas des esprits. Ils sont
considérés comme des êtres vivants qui
sont dans des états de frustration intense.
L'amplification de l'avidité, du désir
d'absorber, crée le royaume des prétas tout
comme la haine crée les enfers. Les prétas
subissent toutes les formes du supplice de Tantale.
- De la même
manière que les êtres des enfers sont les
incarnations de la haine et les prétas celles de
l'avidité, des formes de vie
animale sont
créées. Elles sont le résultat d'une
accumulation d'ignorance, d'inconscience et de
stupidité. Les animaux ne sont pas
méprisés par les bouddhistes comme
étant intrinsèquement inférieurs aux
humains ; ils ont
aussi une âme, ils souffrent aussi, et ils
atteindront aussi l'illumination. Mais leur situation n'est
pas propice à un cheminement favorable à cause
de l'immobilisme de leur ignorance instinctive. Ils ont
besoin d'une attention et d'une aide particulières
pour évoluer ; attention que seul un humain devenu
quasiment Bouddha peut leur prodiguer avec
efficacité.
- Les humains, dans leur royaume qui est proche
de celui des animaux, sont aussi des incarnations de toutes
les tendances néfastes, mais ils se sont
libérés des états extrêmes de
haine, d'avidité et d'ignorance dont sont prisonniers
les êtres des enfers, les prétas et les
animaux. La forme humaine est le produit, non seulement de
ces tendances négatives d'existences
antérieures, mais aussi de leurs contraires : la
patience, la générosité et la
sensibilité intelligente. Tolérance et
générosité sont stimulées par
une sensibilité envers les autres êtres, qui
s'est accrue en quantités infinitésimales ;
laquelle sensibilité agit contre les illusions
égocentriques qui dominent l'existence animale. Cette
sensibilité réduit légèrement la
préoccupation de soi-même dans la poursuite des
instincts, permettant quelques moments d'attention envers
les besoins des autres animaux. L'effet cumulatif de ces
petits éloignements volontaires des poussées
instinctives chez les êtres se trouvant dans les trois
" états mauvais ", ou " royaumes épouvantables
" (l'enfer, les prétas et les animaux), produit une
énergie qui permet à un être en devenir
de s'élever et de prendre forme humaine. Et c'est
pourquoi on considère la forme humaine comme un
trésor très précieux, une
réussite magnifique, gagnée de haute lutte, et
qu'il ne faut pas gâcher par insouciance. De
manière relative, la vie humaine est
libérée de l'obligation de suivre
automatiquement les réactions instinctives, et elle a
l'occasion d'utiliser cette liberté avec intelligence
et sensibilité pour atteindre la liberté
ultime et un bonheur durable.
- Au-delà du
royaume de la vie humaine, il y a celui des anti-dieux, ou titans (asura). Ils ont une liberté et
des possibilités supérieures à celles
des humains. En effet, ils se sont en général
élevés par rapport à leur condition
humaine, mais ils ont utilisé leur
générosité, leur tolérance et
leur sensibilité à des fins de pouvoir. Ils se
sont laissé prendre dans la servitude de la
compétition et sont esclaves de la jalousie. Ils
veulent faire mieux que les autres. Ils adorent lutter. Ils
vivent dans des royaumes qui sont proches des cieux et qui y
ressemblent. Ils essaient constamment de rivaliser avec les
dieux et de s'emparer de leur royaume céleste. Comme
leur existence, faite d'une suite de combats, de tueries et
de morts, les habitue à la haine, ils ont tendance
à retomber dans les enfers.
- Les formes de vie
égocentriques les plus élevées en
termes de mérite et d'intelligence sont celles des
dieux. Parce qu'ils ont longtemps fait
preuve de générosité, de
sensibilité, de tolérance et d'une grande
maîtrise spirituelle, ils se sont élevés
par rapport à leur condition humaine en traversant
divers paradis. Ils ont plus de liberté et de
possibilités que les humains, mais la richesse de
leurs dons constitue pour eux le plus grand danger. Ils se
sentent si grands et si majestueux, ils éprouvent
tant de bien-être, ont tant de plaisirs, de pouvoirs
et de gloire, leur durée d'existence est si longue,
et les royaumes inférieurs et les souffrances
possibles de vies égocentriques leur semblent si loin
d'eux qu'il leur est très difficile d'utiliser leur
liberté de manière créatrice. Ils sont
dominés par l'orgueil, et ont tendance à
retomber en dessous du niveau humain quand s'épuise
l'énergie qui leur a donné leur vie
extrêmement longue.
|
Il y a trois
régions dans le domaine divin : celle du
désir, celle de la forme pure, et celle qui n'a pas
de forme.
La région du
désir comporte six paradis. Deux d'entre eux sont
terrestres, bien que les humains nes puissent les voir, et
quatre sont des paradis célestes qui ont encore une
sorte de paysage pour les divinités qui les habitent.
Les divinités de ces paradis connaissent une
existence édénique ; en conséquence,
ils perdent, dans une suite apparemment infinie de plaisirs
raffinés, l'énergie qui leur permettrait
d'atteindre la liberté et la félicité
ultimes.
Au-dessus des six paradis
du désir, il y a les seize paradis de la forme pure
où les divinités existent sous la forme de
corps composés d'énergie pure. On dit que ce
sont des " Corps-Brahma ", car ils ressemblent à des
nuages d'énergie transgalactiques faits de
félicité et de luminosité. Le
contentement de soi est leur principal défaut et,
bien qu'ils possèdent une grande intelligence, ils
ont tendance à ignorer le souvenir de leur
passé d'êtres plus faibles et souffrants. Ils
oublient aussi les difficultés d'innombrables
êtres autour d'eux, à travers tout l'univers,
et méconnaissent leur éventuelle
vulnérabilité à venir.
" Au-delà " de ces
paradis de la forme pure (bien que le terme spatial "
au-delà " perde ici son sens), il y a les quatre
paradis sans forme, ceux de l'espace infini, de la
conscience infinie, du néant absolu ; au-delà
du conscient et de l'inconscient. Dans ces paradis demeurent
des milliards de dieux qui se sont retirés de
l'engagement dans des formes, à la poursuite de
l'absolu. Leur but étant d'aller le plus loin
possible dans la paix, la subtilité et la
réalité, ils ne sont pas
protégés par une conscience critique de tout
ce que tous les autres états ont de construit, de
vide et de relatif. Ils demeurent dans des royaumes de calme
parfait, durant des périodes extrêmement
longues, sans le moindre souci, éprouvant un
sentiment de sécurité à l'idée
de s'être pleinement réalisés, de ne
faite plus qu'un avec l'absolu. De manière
extrêmement subtile, leur orgueil et leurs illusions
les rendent prisonniers du monde aliénant de
l'attachement à soi qu'ils ont eux-mêmes
élaboré. Les bouddhistes considèrent
ces paradis et les formes divines comme les pièges
les plus dangereux pour les pratiquants, à cause de
leur trop grande ressemblance avec l'absolu tel que le
perçoivent ceux qui ignorent la philosophie : une
objectivité infinie, une subjectivité infinie,
le néant, et une inaptitude incommensurable à
se définir. Seule la compréhension du vide, de
la relativité de toutes choses et de tous les
états permet de se défendre avec un esprit
critique, et de ne pas succomber à l'apparence de
paisible transcendance de ces paradis, et de renaître
là-bas pendant très longtemps.
|
Les " six royaumes de la
migration " sont représentés de manière
très imagée partout au Tibet et ailleurs dans
le monde bouddhiste. Ils se présentent sous la forme
de la " roue de la vie " que l'on voit souvent sur les murs
des temples. Cette figure représente
l'expérience du mourant, qui s'enfuit dans la "
bouche de la Mort " (le dieu Yama qui tient la roue avec sa
bouche, ses mains et ses pieds), et arrive sur la roue de la
vie égocentrique selon le devenir de son
énergie.
Le Livre de la
Libération Naturelle présuppose ce contexte
cosmologique comme décor pour le voyage
intermédiaire. Une fois que l'on a perçu les
relations infinies qu'entretiennent toutes les formes de
vie, l'horizon stimulant d'un devenir propice tendant vers
la Bouddhéité s'accompagne de l'horizon infini
et terrifiant du devenir néfaste, qui est
dégénérescence vers des formes de vie
animales, infernales ou vers celle des prétas.
Être conscient que l'on peut sombrer dans ces mondes
crée une très forte motivation pour
évoluer dans un sens positif pour soi-même.
C'est aussi un puissant générateur de
compassion envers les autres. Cette prise de conscience est
indispensable pour que se développe le désir
messianique de sauver les autres de la souffrance,
désir qui se nomme volonté, ou esprit
d'éveil. C'est là la conception spirituelle
qui change un être égocentrique ordinaire en un
bodhisattva soucieux d'aider les autres.
Si nous voulons utiliser
la science de la mort pour développer l'art de bien
mourir, nous devons prendre conscience que tous ces royaumes
doivent être considérés comme
tout aussi
réels que
nos vies présentes d'êtres humains. Ceux qui se
sont souvenus de leurs vies antérieures ont dit que
ces royaumes étaient réels. Et il est logique
de penser que les formes de vie dans l'infinité du
devenir sont probablement beaucoup plus nombreuses que la
quantité d'espèces vivant sur cette seule
planète minuscule que nous voyons autour de nous
aujourd'hui.
Ainsi, l'encouragement que
donne l'approche selon laquelle " tout se passe dans
l'esprit " peut être utile. Mais nous ne devons pas
oublier qu'il n'est pas possible de l'appliquer de
manière sélective aux aspects de la
réalité que nous n'aimons pas. Toute la
réalité est dans l' esprit, et l'esprit nous
la montre comme quelque chose d'" extérieur ". Alors,
nous devons veiller à ce que cet " extérieur "
soit beau et non épouvantable, pour faire obstacle
à l'épouvantable et permettre à ce qui
est beau de s'épanouir.
La présentation en
six royaumes donne un échantillon statique du cosmos
bouddhique tel qu'on l'entend habituellement. Nous avons
besoin de connaître la vision bouddhique du processus
sans fin de l'existence chez ceux qui ont atteint
l'illumination. La vie d'une âme continue sans
interruption en suivant les étapes de la mort, de
l'état intermédiaire et de la vie. Ces phases
sont à mettre en parallèle avec le sommeil
profond, l'état de rêve et l'état de
veille. Dans l'état de veille, il y a un
troisième cycle parallèle : l'état de
transe profonde, l'état de corps-esprit subtil
(état de projection consciente de l'esprit hors du
corps, connu sous le nom de corps magique), et l'état
où le corps retrouve son enveloppe grossière.
Ces ensembles triples sont à mettre en relation avec
l'analyse habituelle de l'état bouddha en Trois Corps
de Bouddha : le Corps de Vérité, le Corps de
Béatitude et le Corps d'Émanation. La pratique
du yoga tantrique a pour but de mettre en parallèle
la mort ordinaire, l'état de sommeil et l'état
de transe avec le Corps de Vérité de Bouddha,
et de les transmuter dans ce Corps ; il vise
également à mettre en parallèle
l'état intermédiaire ordinaire, l'état
de sommeil et l'état de veille du corps-esprit
magique subtil avec le Corps de Béatitude de Bouddha
et à les transmuter dans ce Corps ; enfin, il vise
à mettre en parallèle la vie ordinaire,
l'état de veille, et le corps grossier investi, avec
le Corps d' Émanation de Bouddha et à les
transmuter dans ce Corps.
|
Les Trois Corps
de Bouddha et leurs analogues.
|
Corps de Vérité
|
Corps de Béatitude
|
Corps
d'Émanation
|
Mort
|
État de
sommeil
|
État de
transe
|
|
État
intermédiaire
|
État de
rêve
|
État de
veille du corps-esprit
magique subtil
|
|
Vie
|
État de
veille
|
État de
veille du corps grossier
|
|
Dans le
contexte des pratiques décrites dans Le Livre de la
Libération Naturelle, qui sont orientées vers
la préparation à une utilisation
réussie de l'état intermédiaire
ordinaire pour accélérer le progrès
vers la Bouddhéité, les processus de la
séquence que forment les vies, celui de la vie
quotidienne ou de la durée d'une vie, peuvent aussi
être décrits comme les six mondes "
intermédiaires " : ceux de la vie, ceux du
rêve, de la transe, du moment de la mort, de la
réalité et de l'existence. On utilise cette
classification pour que le pratiquant prenne conscience que
tous les moments de l'existence sont des moments "
intermédiaires ", instables, fluides, qui peuvent
devenir des expériences de libération et
d'illumination. En conséquence, le monde
intermédiaire de la vie est une vie normale entre la
naissance et la mort. Le monde intermédiaire du
rêve est la période entre le sommeil profond et
l'état de veille. Le monde intermédiaire de la
transe se situe entre l'état de veille de la
conscience dualiste et la conscience éclairée
de la sagesse transcendante. Le monde intermédiaire
du moment de la mort est l'éclair momentané,
ou période de sept jours d'état inconscient
entre la vie et le monde intermédiaire de la
réalité. Le monde intermédiaire de la
réalité est l'état conscient
prolongé (quelquefois durant deux semaines) entre le
monde intermédiaire du moment de la mort et celui de
l'existence. Le monde intermédiaire de l'existence
est le deuxième état conscient prolongé
du voyageur dans le monde intermédiaire ; c'est
là que s'effectue la découverte de
différents lieux de naissance : matrice, oeuf,
humidité ou lotus ; il intervient entre le monde
intermédiaire de la réalité et celui de
la conception ou de la naissance.
|
Les Six Mondes
Intermédiaires du cycle de l'existence
|
Les six mondes
intermédiaires que l'on traverse
entre
|
la vie
le
rêve
la transe
le moment de la
mort
la
réalité
l'existence
|
la naissance et
la mort
le sommeil et la
veille
la conscience
dualiste et la conscience
éclairée
la vie et la
réalité
le moment de la
mort et l'existence
la
réalité et la naissance.
|
Ces six mondes
intermédiaires sont destinés à bien
montrer que tous les moments de la vie d'un individu sont
des transitions. Les classifications des Trois Corps et des
six mondes intermédiaires sont utilisées pour
créer un contexte pouvant aider ceux qui s'efforcent
de transformer la suite ordinaire de souffrances des
personnes enfermées dans des préoccupations
égocentriques en une expérience d'amour et de
bonheur.
Il nous faut savoir ce
qu'est la notion tibétaine de l'ensemble
corps-esprit. Les
sciences bouddhiques avancent un grand nombre de types de
cette notion ayant chacun des buts différents. Les
classifications qu'il nous faut comprendre ici sont :
1. celle des
trois niveaux du corps et de l'esprit : le niveau grossier,
le niveau subtil, et le niveau extrêmement subtil
;
2. celle des cinq
agrégats ;
3. celle des cinq
éléments ;
4. celle des six
sens.
Avant de les
décrire, nous devons garder présent à
l'esprit que toutes les classifications de ce genre dans les
sciences bouddhiques sont des procédés
heuristiques, des
schémas faits pour être mémorisés
facilement. Il n'est pas absolument nécessaire qu'il
y ait cinq ou six éléments de ciel ou de cela.
Dans chaque cas, on pourrait analyser les choses en les
classant en catégories plus ou moins nombreuses. Les
catégories utilisées par les Tibétains
sont celles qu'ils ont trouvées les plus utiles au cours de leur longue
expérience. Les classifications conceptuelles sont
comme les objectifs d'un appareil photo : une scène
prise au 105 mm paraît différente de la
même scène photographiée au 35 mm. Il ne
sert à rien de discuter pour savoir laquelle est la
plus proche de la réalité. Il y a seulement
différents
niveaux d'approche.
Les trois niveaux de
l'ensemble corps-esprit sont utilisés pour donner aux
pratiquants bouddhistes un cadre leur permettant
d'intégrer leurs expériences
contemplatives subtiles à leur expérience de
la vie ordinaire. Cela leur permet de changer le processus
auquel ils ont l'habitude de s'identifier et d'entrer consciemment dans des
états habituellement inconscients. Ainsi, quand nous voyons ou
ressentons quelque chose, notre conscience ne perçoit
en général cette expérience que de
manière superficielle ; elle ne voit que cet arbre au
loin et ne ressent que cette douleur à
l'intérieur. Nous ne sommes pas conscients des
photons de lumière qui frappent les neurones de la
sensibilité dans les mécanismes microscopiques
des nerfs optiques. Nous ne sommes pas conscients des
éléments chimiques des neurotransmetteurs qui
émettent des signaux à travers le
système nerveux central pour informer le cerveau
d'une douleur à l'estomac. Mais le scientifique de
l'intérieur, ou psychonaute
bouddhiste, essaie
de faire venir à sa conscience ces processus
habituellement inconscients. Il a donc besoin de
l'équivalent d'un microscope pour cette exploration
intérieure. Il élabore donc un modèle subtil du
moi, auquel il
s'entraîne à s'identifier, pour faire
l'expérience directe de processus internes plus
subtils.
Le corps
subtil correspond
en gros à ce que nous entendons par système
nerveux central. Ce n'est pas ce qu'on appelle " les
substances liquides " (la matière grise) du
système ; c'est plutôt la structure qui fait de
lui un véhicule de l'expérience. Les canaux
nerveux forment un réseau de circulation
d'énergie qui se compose de milliers de fibres
partant de cinq, six ou sept nœuds, appelés roues, complexes,
ou lotus ; eux-mêmes rassemblés sur un axe
central comportant trois canaux et allant du milieu du front
jusqu'à l'extrémité des organes
génitaux, en passant par le sommet du cerveau et la
base de la colonne vertébrale. À
l'intérieur de ce réseau, des gouttes subtiles de substances sont mises en
mouvement par des énergies
subtiles,
appelées vents, et transmettent la conscience.
L'esprit subtil qui correspond à ces structures et
à ces énergies consiste en trois états
intérieurs, qui émergent dans la conscience
à l'instant où l'énergie subjective se
retire des sens grossiers. Ces trois états sont
appelés luminance, radiance et imminence (l'état le plus profond de
l'esprit subtil), et s'apparentent au pur clair de lune,
à la pure lumière du soleil et à la
pure obscurité. Chez les personnes parvenues à
l'éveil, ces trois états se confondent avec
des schémas de comportements instinctifs qui se
situent, d'habitude, dans le subconscient, et que l'on
appelle les
quatre-vingts instincts naturels (longue liste comprenant
différents types de désirs, d'agressions et de
confusions).
Le corps
extrêmement subtil s'appelle la goutte indestructible
; c'est une énergie qui se compose
d'éléments minuscules et qui, normalement,
n'existe qu'au centre de la roue, ou complexe du cœur. L'esprit extrêmement subtil
qui lui correspond est l'intuition de la claire
lumière, appelée transparence. À ce niveau
extrêmement subtil, la distinction corps-esprit
disparaît car les deux sont devenus quasiment
inséparables. Cette conscience transparente de la
goutte indestructible est l'âme
bouddhique, le
lieu le plus profond de la vie et de la conscience dont la
continuité est indestructible, bien qu'elle change
constamment en passant de vie en vie. Atteindre
l'identification consciente avec ce corps-esprit, et faire
l'expérience de la réalité à ce
degré de conscience extrêmement subtil, c'est
atteindre la Boudddhéité. Et c'est là
le véritable but du Livre de la Libération
Naturelle.
|
Le complexe du
corps-esprit grossier, subtil et extrêmement
subtil
|
Niveau
|
Corps
|
Esprit
|
grossier
|
subtil
|
extrêmement
subtil
|
|
corps à
cinq éléments
|
canaux
nerveux,
énergies neurales,
gouttes neurales
|
énergie
porteuse de la claire lumière dans
une goutte indestructible
|
|
six consciences
sensibles
|
trois
états intérieurs :
luminance, radiance,
imminence
|
esprit des
énergies de la claire
lumière, ou goutte
indestructible
|
|
Il existe une
autre méthode importante pour analyser l'ensemble du
corps-esprit grossier : la classification en cinq
agrégats ou processus. Il s'agit des processus de la
matière, des sensations, des concepts, de la
volonté et de la conscience dans la vie individuelle.
Le mot sanscrit qui les désigne, skandha, signifie
littéralement " masse ". " Agrégat " est le
terme habituellement utilisé dans les traductions de
textes bouddhiques, bien qu'à certains égards,
je préfère le terme " processus " qui indique
leur qualité dynamique. Le premier de ces processus
correspond au corps grossier alors que les quatre derniers
analysent l'esprit et ses fonctions à des niveaux
accessibles de conceptualisation et d'introspection.
À l'origine, le but de cette classification en
agrégats était d'explorer le corps et l'esprit
pour situer ce qui est ordinairement vécu comme le
moi immuable, pour découvrir qu'il est impossible de
trouver quoi que ce soit de mental ou de physique pouvant
être au service de ce moi immuable, afin de ne plus,
grâce à cette compréhension, être
esclave de la perception de cette identité
immuable.
|
Les cinq
agrégats de la vie individuelle
|
Niveau
|
Corps
|
matière
sensation
concepts
volonté
conscience
|
cinq
éléments (eau, terre, etc.)
plaisir,
souffrance et indifférence associés
aux cinq sens
toutes les images
et tous les mots utilisés pour organiser
l'expérience
désirs,
haines, illusions et nombreuses autres
émotions
les cinq
consciences sensibles et la conscience
mentale.
|
Dans ces
classifications, l'ensemble du corps-esprit grossier
commence à la naissance et se termine à la
mort, sauf en ce qui concerne la conscience mentale qui se
transforme en être
intermédiaire car elle n'est plus prise dans la
matière grossière ni préoccupée
par les perceptions des cinq sens physiques. La conscience
du rêve est, dans la vie normale, un exemple de
conscience mentale agissant indépendamment des cinq
sens grossiers. Cette analogie est importante ; elle annonce
même la conscience intermédiaire : les cinq
sens grossiers cessent d'opérer durant le sommeil, et
la conscience mentale continue plus subtilement. Pendant la
plupart des expériences de rêves, la conscience
mentale produit une simulation de regard, d'ouïe et
même d'environnement ; aussi dans le rêve
perçoit-on des sons, des formes et des couleurs. La
sensation d'avoir un corps qui, parfois, émerge dans
un rêve, est à mettre en parallèle avec
la perception d'une identité chez un être
intermédiaire ; analogie qui n'est pas sans
importance. Les gens normaux, sans entraînement
particulier, ont rarement cette perception. Beaucoup ne
gardent qu'un vague souvenir de leurs rêves, presque
aucun ne se rappelle les premiers instants du rêve ni
le moment où il se dissout juste avant le
réveil ; très peu sont capables de rêver
de façon lucide, tout en étant conscients de
rêver, sans se réveiller. Cultiver ces
aptitudes est d'une importance primordiale pour
développer l'aptitude à mourir lucidement, pour que le moi reste conscient
de ce qu'il est et de ce qu'il fait durant ces
expériences de transition.
Un pas important pour
développer l'aptitude à mourir lucidement
consiste à développer la sensibilité
aux transitions entre ces différents états.
Les classifications du corps-esprit subtil sont faites dans
ce but précis. L'organisation du corps subtil en
canaux, vents et gouttes peut être utilisée par
la conscience mentale dans le fonctionnement de types
particuliers de sensibilités internes. L'ensemble de
ces canaux comporte 72 000 voies circulant à
l'intérieur du corps ; ces voies sont
rattachées à un axe central de trois canaux
principaux qui partent du milieu du front et, remontant par
le sommet de la tête, descendent le long de la colonne
vertébrale, du côté interne,
jusqu'à l'extrémité des organes
sexuels, en passant par le coccyx ; les cinq roues qui
relient l'ensemble sont situées dans le cerveau, la
gorge, le cœur, le nombril et les organes génitaux.
Il existe différentes représentations de ces
roues et de ces canaux parce que le pratiquant peut les
visualiser de plusieurs manières, selon les
sensibilités internes spécifiques qu'il essaie
de découvrir.
Les énergies qui
circulent dans ces canaux, ou vents subtils, apparaissent, sous forme
schématique, comme un ensemble de cinq vents
principaux et de cinq vents intermédiaires, qui ont
des fondements, registres, couleurs, fonctions et
caractères spécifiques. Il n'est pas
nécessaire de donner plus de détails dans le
contexte qui nous occupe. Il suffit d'insister sur le fait
que la technique fondamentale permettant de contrôler
les fonctions de vie et de mort consiste à prendre
conscience de la relation entre les fonctions du corps et
ces énergies. Enfin, les gouttes, essences chimiques
associées aux éléments
génétiques, sont les substances qui
transmettent la conscience. Elles constituent la base de
consciences spécifiques localisées dans les
centres spécifiques à des moments et dans des
états différents. Par exemple, dans le
système de Kalachakra, il y a un ensemble particulier
de quatre sortes de gouttes. Les gouttes, dans l'état
de veille, se forment au niveau du front ou du nombril
pendant les activités conscientes, car c'est
là que se concentre la conscience ou perception de
soi durant l'état de veille. Dans l'état de
rêve, les gouttes se forment dans la gorge ou à
la base de la colonne vertébrale, car c'est à
cet endroit que se concentre la conscience durant le
rêve. Dans
l'état de sommeil, elles se forment à la
périphérie du cœur ou dans le milieu de
l'appareil génital pour devenir le centre des
états de sommeil profond. Enfin, dans le
quatrième état, les gouttes se forment
à l'intérieur du cœur ou à l'extrémité des
organes génitaux pour devenir le centre de la
conscience de félicité pendant l'illumination
ou l'orgasme. Comprendre les fonctionnements de
ces gouttes permet aux pratiquants de concentrer leur
conscience et de donner plus d'intensité à
leur expérience et à leur
réalisation.
L'esprit subtil est la
subjectivité qui correspond aux schémas
du corps subtil composé de canaux, vents et gouttes.
La figure suivante en résume l'analyse en trois
états principaux, associés à
quatre-vingts schémas instinctifs ou " natures ". Ces
états se produisent quand des
évènements physiques subtils
spécifiques arrivent au corps subtil.
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Les intuitions,
expériences et instincts de l'esprit
subtil
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Les Intuitions
de l'Esprit Subtil
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Analogie dans
l'Expérience
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Schémas des
Instincts
correspondants
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luminance
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radiance
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imminence
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clair de lune
influence du désir
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lumière du
soleil
influence de l'agression
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claire
obscurité
influence de l'ignorance
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schémas
des trente-trois
instincts
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schémas
des quarante instincts
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schémas
des sept instincts
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Le point de
vue tibétain est que chacun a un esprit subtil comme
celui-ci, et que
chacun traverse ces expériences. Il faut cependant un
entraînement spécial pour en développer
la conscience et en faire une expérience
lucide.
Il y a enfin le
corps-esprit extrêmement subtil, où la
dualité corps-esprit elle-même disparaît.
C'est la goutte indestructible, appelée " l'esprit
d'énergie indissociable de la transparence de la
claire lumière ". Elle est très difficile
à décrire ou à comprendre, et ne doit
pas être interprétée à tort comme
une identité rigide, immuable. Cet état extrêmement
subtil, essentiel, est au-delà de la dualité
corps-esprit. Il
est fait de l'énergie la plus raffinée, la
plus sensible, la plus vivante et la plus intelligente de
l'univers. C'est l'état de la plus grande
pureté d'âme chez un être, un état
où l'être est intelligent, léger, vivant
et singulier, continu et cependant changeant, conscient des
relations multiples qu'il a avec toutes choses. Il est
au-delà de tous les comportements instinctifs
liés au désir, à l'agression, à
l'illusion ; il est au-delà de toute dualité,
il ne fait qu'un avec la réalité et avec la
Corps de Vérité de tous les Bouddhas. On
l'appelle " nature bouddha ", et sa réalisation dans
l'expérience est le but du Livre de la Libération
Naturelle. C'est
la clé de la méthode particulière qui
consiste à se laisser aller jusqu'à son
état naturel le plus profond, méthode
enseignée au plus haut niveau dans l'ordre Nyingma du
bouddhisme tibétain comme étant la " Grande
Perfection ". Chaque être vivant est
précisément cette goutte indestructible
à un niveau extrêmement subtil. C'est
l'âme vivante de chaque être. C'est ce qui rend
possible le processus infini de réincarnation. C'est
la porte de la libération, toujours ouverte, bien que
l'être qui a évolué vers cette
liberté essentielle puisse s'identifier avec des
états de souffrance intense. La " nature bouddha "
est paisible, translucide, libre de toute
préoccupation, et non créée. Le sourire
de Bouddha vient de ce qu'il la connaît. Elle est ce
qui rend Bouddha et les êtres vivants
semblables.
Cette goutte
indestructible extrêmement subtile ressemble beaucoup
à la notion hindoue de l'Être (atman) ou Être Suprême
(paramatman), que l'on atteint en niant
totalement tous les côtés mesquins et
individualistes de la personnalité. Le Bouddha n'a jamais
été dogmatique en matière de
formule,
même à propos de la plus puissante d'entre
elles : " le non-moi ". Il a mis l'accent sur le non-moi
quand il s'est entretenu avec des absolutistes, et il a mis
l'accent sur le moi quand il a parlé à des
nihilistes. Il ne s'agit donc pas de s'interroger sur
l'absence de moi dans les premiers temps du bouddhisme, ni
sur son retour dans le bouddhisme tantrique et
tibétain plus tard. Bouddha a toujours
enseigné l'âme comme étant quelque chose
qui se réincarne, comme une continuité de la
conscience relative, changeante, prise dans un
système de cause à effet où le moi est
absent. L'engagement dans une
expérience lucide de la goutte d'âme
extrêmement subtile demande la réalisation
totale de la vacuité, ou non-moi. C'est, pour reprendre les termes
de l'auteur Maitreyanatha, un Moi Suprême du non-moi.
Cependant, ce qui importe ici, ce ne sont pas les finesses
philosophiques de l'extrêmement subtil, mais une
présentation claire de ces classifications, qui sont
elles-mêmes d'importants outils pour pratiquer le yoga
de la mort créatrice.
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