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25. Annexe.

 

L. Littérature.


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André Breton / Dunham

Jacques Sadoul/Doctor Jazz


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André Breton / Dunham

Texte inédit de Breton :

 

Serait-ce trop des pinceaux combinés de Degas, de Gauguin et de Lautrec pour capter et soustraire à la fonte des images - accordée en plus amer à la fuite du temps - les prestiges que Katherine Dunham a su éveiller autour d'elle, plier à elle comme ces étangs d'Haïti où, en barque à patins de velours, il me fut donné de surprendre l'émoi et contempler la fuite en fusée des canards, des aigrettes et des grues cendrées sur le jour naissant. Il eut fallu être ornithomancien, de même qu'on ne saurait trop solliciter tous les modes de la connaissance intuitive pour apprécier à sa valeur le nouveau spectacle que nous offre le Théâtre de Paris. C'est merveille d'équilibre que de parvenir à nous restituer l'âme du vieux rituel africain, tel qu'il s'est déployé sur les Antilles et l'Amérique latine, non pas en le reproduisant avec un scrupule de savant qui le glacerait, mais en s'y incorporant pour le produire à l'état de source jaillissante. Katherine Dunham et son admirable troupe opèrent à cette croisée des chemins du savoir et de la vie : pleinement instruites des grandes traditions dont elles se réclament, éclairées sur ce qui les aimante et les anime, elles transcendent cette conscience en se voulant elles-mêmes partie intégrante de la cataracte, en s'immergeant jusqu'à l'oubli dans le flot primitif.

Après avoir rappelé qu'André Schaeffner ouvre le chapitre "Religion et Magie" de son ouvrage Origine des Instruments de musique (Paris, 1936) par cette citation de Rimbaud :

"J'ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambours, danse, danse, danse, danse !"

Le grand écrivain et ethnologue Jacques Roumains* propose à notre méditation ces lignes de Curt Sachs : "Chez l'homme, la danse s'intensifie au point de devenir le moyen réfléchi de participer aux forces qui, au delà de la puissance humaine, vont déterminer le destin. La danse devient sacrifice, prière, acte magique... Elle relie les défunts par delà la mort à la chaîne de leurs ascendants."**. C'est assez mettre l'accent sur le caractère sacré de la danse noire et faire valoir ce qui la différencie du feston tout ornemental et des volutes de plus en plus gratuites qui se déroulent généralement sur nos scènes.
Si pour Mallarmé, la danseuse en tout cas "
n'est pas une femme qui danse... mais une métaphore résumant un des aspects élémentaires de notre forme, glaive, coupe, fleur, etc.", l'art d'une Katherine Dunham nous enlève à tout ce que ces aspects ont d'évasif pour nous projeter au coeur de ce qui n'est pas seulement la forêt africaine, antillaise ou brésilienne, mais aussi la réplique de cette forêt enfouie au plus profond de chacun de nous. Forêt-vierge intérieure où, comme au premier jour, l'appareil de la terreur compose avec celui de la séduction, où le rythme vertigineux qui dans une perpétuelle métamorphose entraîne les feuillages et les bruits pleins d'ombre suscite la multitude des actes par lesquels l'homme tente de se concilier les éléments et les dieux en même temps que, sur tout l'univers sensible, il élève le désir au rang de roi.

André Breton

 


* Les Sacrifice du Tambour - Assoto (r), Port-au-Prince, 1943. retour
** Curt Sachs : Histoire de la Danse, Paris, 1938. retour

 

Extrait de : Programme in-4 agrafé du théâtre de Paris, sans date. Couverture de Paul Colin. Photos hors texte. textes de K. Dunham, G. Huisman. Edition originale. Rare inédit de Breton.


 

Les références citées par André Breton permettent d'avancer que ce texte a été écrit au plus tôt en 1943.


 

Rappelons, ce que moi-même j'avais oublié *, que Katherine Dunham est une des actrices du film Stormy Weather / La Symphonie magique qui a été réalisé justement en 1943 (CQFD, donc) par Andrew Stone.
Ce film a été considéré pendant longtemps comme un des meilleurs films sur le jazz, malgré une certaine insuffisance de la part du metteur en scène qui aurait pu se fouler un peu plus vue la qualité de ses autres acteurs : bien sûr l'admirable Fats Waller mais aussi Cab Calloway et son orchestre, les chanteuses Ada Brown et Lena Horn ainsi que des danseurs (Bill Robinson et les Nicholas brothers) et les... ballets de Katherine Dunham !

* J'avais l'iumpression d'avoir déjà rencontré cette égérie mystérieuse : nouvelle Nadja ?!
Le 14 juin je trouvai enfin la réponse. Ce n'est pas dans une vie antérieure que je l'avais croisée, mais bel et bien dans un célèbre document : c'est elle qui danse dans le film
Stormy Weather / La Symphonie magique !


 

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(Breton/Dunham/alias)

 

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Jacques Sadoul/Doctor Jazz

 

 

SADOUL Jacques Doctor jazz, 1965, Presses de la Renaissance 1988 / ReEd. J'ai Lu Polar N°3008.

- Vouloir écrire un roman "jazz", c'est une bonne intention mais, dans certains cas, il serait salutaire que les bonnes intentions en restent là...

- Titres de morceaux de Jazz New Orleans utilisés comme titres des chapitres et discographie des titres écoutés pendant l'écriture.

- " Elle roulait des yeux affolés à la façon des Noirs d'autrefois. (sic ! ça commence mal !) Un saxophoniste solitaire jouait de l'alto, protégé par un balcon (sic ! c'est plus prudent !) [...] J'aurais mieux fait d'aller écouter du jazz à Preservation Hall [...] Casey Jones est le nom du héros d'une chanson de Louis Armstrong. Je ne te savais pas si savante en jazz [...] Preservation Hall. Il est vrai qu'il y a très peu de places et que pour deux dollars on peut entendre de véritables survivants du vieux jazz Dixieland. Je ne déteste pas, même si les musiciens sont un peu édentés (sic ! rien ne lui échappe !), je me demandai s'ils joueraient Casey Jones ce soir ? " (p.25) " C'était ici que le jazz était né au début du siècle (sic ! Suivi de toute l'histoire du jazz en 10 lignes !) " (p.69) " Lulu White's Mahogany Hall [...] des orchestres de jazz s'y produisent, aussi bien de style swing que Dixieland [...] une douzaine de musiciens jouaient King Porter stomp [...] Ils jouaient avec beaucoup de conviction, c'étaient tous des blancs. En dehors des ancêtres qui se produisent à Preservation Hall - quand ils n'ont pas égaré leur dentier - (re-sic !) le jazz n'attire plus les noirs. Mais, après tout, contrairement à ce qu'on raconte souvent, cette musique n'a jamais entièrement été la leur, sauf peut-être dans ses toutes premières années. Bix Beiderbecke, Paul Whiteman, Jimmy et Tommy Dorsey ou l'Original Dixieland Jazz Band étaient des musiciens blancs. Bien sûr, le plus grand jazzman fut Satchmo, mais le Louis Armstrong Park lui rend maintenant hommage en bordure de North Rempart, alors, oublions le un peu et vive Bix ! " (p.127) " Je mis la radio du bord, un poste local jouait Basin Street blues dans une vieille version de Johnny Dodds " (p.156).

- Encore un nègre édenté qui roule les yeux ! Adieu Monsieur Sadoul.

Pomotu

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