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Didier Labbe
Composition, saxophones, flûte traversière
Né en Normandie en 1955, il étudie le saxophone dès 11 ans. Des études de géomètre
– expert foncier et une thèse en urbanisme ne suffiront pas à le détourner de sa passion...
Il a successivement joué dans Fractal (quatuor de saxophones) de 84 à 92, L'Orphétéon de 86 à 91, Zunzun de 92 à 94 et la Compagnie Messieurs Mesdames de 90 à 95. Il crée le Didier Labbé Quartet en
96 à Toulouse de la rencontre entre quatre musiciens venus d'horizons divers (jazz, classique, rock, trad.). Poussés par leur volonté commune d’interpréter un jazz festif, non-élitiste, les quatre musiciens se sont inspirés des musiques d'Italie, de Palestine, du Maghreb, de Grèce, de Bosnie, d'Espagne, d'Israël, de Macédoine, etc... Cette diversité des origines musicales de chacun et de toutes ses influences, nourrit un jeu collectif toujours privilégié sur les émois personnels, où l'humour n'est jamais absent.
Homme de scène, il tisse des liens avec d'autres arts du spectacle (théâtre et danse) pour lesquels il crée de nombreuses musiques. Depuis 97, il explore le rapport entre musique et danse improvisées, travaille régulièrement avec Emmanuel Grivet, Yann Lheureux, Marie-Pierre Genard, Nathalie Galoppin et ponctuellement avec Vera Monteiro et Thierry Bae.
Il est à l'initiative du Festival « Itinérant Pyrénéen », un rendez-vous atypique qui réunit artistes et public lors d'une randonnée en haute montagne de part et d'autre de la frontière franco-espagnole, ponctuée de danse, de musique et de théâtre. En 2004, il crée le Didier Labbé Octet qui réunit des musiciens espagnols, portugais et français.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, août 2006.
mise à jour en octobre 2006
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Franck Lacy
Né
le 9 Août 1958 à Houston (Texas), Frank Lacy
part étudier au Berklee Collège of Music
à Boston (Massachusetts) en 1979 où il
étudiera notamment le trombone, la composition,
l'arrangement, la musique de film. Il part en 1982 pour New
York. Il fait ses premières armes aux cotés de
Woody Shaw, Dave Liebman, Rufus Reid, Kirk Lighteisey. Il
gagne en 1984 une récompense au Notre Dame Jazz
Festival pour sa composition " Confrontation ". En 1986 il
tourne et enregistre dans le monde entier aux cotés
de Lester Bowie's Brass Fantasy, Dizzy Gillespi's Big Band,
Abdullah Ibrahim and Ekaya, David Murray, The Eurythmics et
bien d'autres encore... pour aboutir en 1988 en tant que
Directeur musical des Art Blakey' Jazz Messengers. Il
démarre sa carrière de leader en 1990 avec
l'enregistrement de son premier album " Total Weights and
blue Fire ". Frank Lacy est récompensé d'un
Grammy Awars pour sa composition " Oh My Seh Yeh " qui
figure sur l'album " Habana " de Roy Hargrove's Crisol
(Verve 1997). Frank Lacy gagne quatre années
consécutives le prix du trombone Talent Diserving
Wider Recognition décerné par le magazine "
Downbeat ". Étant aussi un étonnant vocaliste, il se
fait engager en tant que tromboniste/vocaliste au sein du
Mingus Big Band et fait la couverture de " Downbeat ", qui
lui consacre une large interview en 1988, intitulé "
Frank Lacy, le meilleur Sideman du jazz ". A partir de 2000
il tourne et enregistre l'album " Voodoo " avec la star du
r&b D'Angelo, ainsi qu'avec la star du Rap Common, la
Diva du Hip-hop Erykah Badu, une autre star du r&b Eric Benet, et Elvis
Costello.
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Franck Lacy, 2005.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, juillet 2006.
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Mike Ladd
Batterie
Mike Ladd est né à
Boston et vit à New-York. Après la basse et la batterie, il s'initie au
spoken-word et au hip hop. " La créativité débordante de Mike
Ladd l'a hissé au rang des artistes imprévisibles. Tantôt hip hop avec
des projets tels que Infesticons (Big Dada), tantôt expérimental avec
ses projets solo, l'homme est devenu incontournable de par ses diverses
collaborations dans le monde de la musique. Inclassable et novateur
mais néanmoins accessible, Mike Ladd est parmi les artistes contemporains
les plus intéressants en compagnie de Saul Williams et consorts.
" Carrière universitaire foisonnante (maîtrise au collège
Hampshire sur le thème des expatriés noirs au 19e siècle et un master
en poésie à l'Université de Boston), il a publié dans de nombreux
magazines littéraires, écrit de très nombreux livres & anthologies,
et écrit et produit 9 albums. Plus récemment, Mike Ladd a été
enseignant à l'Institut des Arts de Hollande et a travaillé avec le
pianiste Vijay Iyer.
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Le 7 Lézards, 2007.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, juin 2007.
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Lenny Lafargue
Guitare,
Voix
Depuis de nombreuses années, Lenny
Lafargue suit son étoile sur la route du Blues.
Un parcours jalonné de rencontres, d’expériences riches.
Il vous dira qu’il ne pensait pas un jour partager la scène avec
tous les plus grands noms du Blues : Memphis Slim, Jimmy Jonhson,
Luther Allison, John Hammond, Eddy C.Campbell, Canned Heat, Marva Right
Band , Otis Grant, Lurie Bell, Lasy Laster, Louisiana Reed, … lui
qui, tout gamin et tout émerveillé, allait les écouter jouer.
A vingt ans, il est sollicité pour jouer aux côtés d’une icône :
Memphis Slim.
Les concerts et les disques s’enchaînent alors sans jamais éteindre
la flamme des débuts.
Récemment, en première partie de Lurie Bell, il était surpris
qu’un tel bonheur de jouer l’anime toujours.
Soutenu par son groupe « Les Moustiques du Bayou », c’est vraiment
sur scène que Lenny Lafargue se révèle à son public. Précurseur de
la scène blues française, il construit ses textes en français et les
pose sur les fondements de la culture blues, ce qui confère à ses
chansons un caractère poétique envoûtant.
Une délectable ambiance sudiste, un style guitariste, un son, une
personnalité, quelques reprises toujours en parfaite adéquation avec
le répertoire.
En 2005 , Lenny Lafargue est nominé aux Trophées du Blues Européen
dans la catégorie Album de l’année / Blues en français avec son
quatrième disque « A qui parler ? ».
Son nouvel album « Intemporel » est disponible sur le label V.Music
(Mai 2007).
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Le New Morning, 2007.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, octobre 2007.
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Biréli Lagrène
Guitare
Biréli Lagrène est un
"phénomène de la guitare" (dixit John Mc Laughlin). Révélé
au début des années 80, l'enfant prodige a su passer avec brio le cap
de la maturité, s'affirmant de jour en jour comme un musicien de plus
en plus incontournable dans le monde de la guitare et dans celui du
jazz, où il fait désormais figure de référence.
L'histoire commence en Alsace, au sein de la communauté manouche, où
Biréli naît en 1966, d'une famille de musiciens. Initié très tôt
par son père, puis par son frère, le tout jeune Biréli surprend par
sa précocité. Plus d'un, et non des moindres, se retrouveront sous le
charme. Ainsi de Matelot Ferré, compagnon de Django Reinhardt, que
l'interprétation du jeune prodige impressionnera.
Django, c'est, durant ces années-là, "la grande affaire" de
Biréli, qui copie note à note les chorus du maître. " Tout
gamin… je remettais les disques sans cesse, jusqu'à ce que j'arrive
à le refaire. Par la suite, j'ai compris qu'il valait mieux respecter
les grands guitaristes que les imiter." Chez Biréli, la
virtuosité ne va en effet jamais sans la fraîcheur de l'inspiration.
C'est la grande leçon qu'il retient de Django, qui éclate au long de
ses premiers albums. "Routes to Django", tout d'abord, qui
sort en 1980, bientôt suivi de "Biréli Swing '81", puis de
"Biréli Lagrène 15", trilogie en forme de "manifeste
libre", selon l'étymologie même du mot "manouche"
("homme libre"). Aussi bien le jazz, pour Biréli, se
confond-il avec cette liberté primordiale, " une liberté qui
n'a pas de limites…". " Django m'a aidé à aller
voir ce qui se passe ailleurs ", précise-t-il.
Si Biréli est d'abord un enfant de
Django, si la fluidité d'un Wes Montgomery ou d'un George Benson n'ont
pas manqué de le marquer, au passage, de leur empreinte indélébile,
c'est à Jaco Pastorius et à Weather Report qu'il doit une grande
partie de son émancipation musicale. À partir de 1986, celui qui s'est
déjà frotté à des partenaires de la trempe de Stéphane Grappelli ou
de Larry Coryell se lance "à corps perdu" dans l'aventure de
la fusion, multipliant les expériences et les rencontres. Hésitant même
un moment sur l'instrument à adopter (sous l'influence de Pastorius,
Biréli est devenu un redoutable bassiste). C'est finalement la guitare
qui le requiert définitivement, pour une période de recherche où il
se forge un style éblouissant, tout en manifestant d'exceptionnelles
facultés d'adaptation, soutenues par un talent d'improvisateur qui le
place parmi les plus grands. On le retrouve donc aux côtés de John Mc
Laughlin, de Paco de Lucia, d'Al Di Meola, de Jack Bruce et Ginger
Baker, pour une re-formation de Cream, auprès de Stanley Clarke,
Miroslav Vitous, Lenny White, Mike Stern… sans compter les deux albums
live qu'il enregistre avec Pastorius lui-même.
Au détour des années 90, l'album "Acoustic Moments"
constitue une belle synthèse de ce parcours, et comme une pause, avant
la consécration du classicisme, que Biréli obtiendra en jouant les
standards, avec un "Live in Marciac" (1994) salué par la
critique. Cette entrée du guitariste sur le label Dreyfus Jazz coïncide
avec une reconnaissance toujours plus large sur les scènes nationales
et internationales. Django d'Or en 1993, Victoires de la Musique en 2001
pour "Front Page", un "power trio" formé avec
Dominique Di Piazza et Dennis Chambers qui enregistre pour Universal,
Victoires de la Musiques de nouveau en 2002, couronnant le succès et la
popularité du "Gipsy Project".
L'art de Lagrène est passé au XXIe siècle
avec un parfait naturel ; il a su unir la beauté fiévreuse d'une
tradition, celle que symbolisent aujourd'hui ses deux fidèles
accompagnateurs (le guitariste Hono Winterstein et le contrebassiste
Diego Imbert) et que traduisit tout récemment encore l'album "Gipsy
Project" et dont on connaît aujourd'hui le prolongement avec
"Move", avec l'apport plutôt inattendu, en tout cas assez
rare, d'un saxophone dans un tel univers. Toujours occupé à susciter
de nouvelles expériences, à découvrir de nouveaux paysages, Biréli
Lagrène a su garder à l'univers de Django toute sa fraîcheur poétique
et il a également retenu de l'univers du maître la leçon du risque,
de l'aventure, de l'expérimentation, sans jamais oublier l'amour du
son.
Aujourd’hui, pour applaudir cette route sans fausses notes, le label
Dreyfus Jazz édite un double album. Le premier album, “Djangology”
a été enregistré avec le Big Band allemand de la WDR, formation avec
laquelle Biréli Lagrène a brillé lors de la prestigieuse cérémonie
de l’IAJE (International Association for Jazz Education), donné à
New York en janvier 2006. Le second “Solo – To Bi Or Not To Bi ”
est exclusivement composé de prestations solo, enregistrées live.
Autant dire qu’on n’y entend que des moments intenses où
l’improvisation est reine et la surprise à son paroxysme. Un double
album exceptionnel pour marquer les 40 ans d’un des plus grands
guitaristes actuels.
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Le New Morning, 2007.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, décembre 2007.
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Gene Lake
Batterie
Batteur de renommée
mondiale qui a fait ses armes sur du funk et du jazz d’avant-garde, Gene
Lake incarne les contradictions de la musique moderne. Il est passionné
par les grandes icônes du funk des années 1970 et 1980 (comme Parliament/Funkadelic
et The Time), et par le monde du jazz. Gene Lake a joué pendant près de
10 ans avec des artistes différents : du groupe de R&B Surface dans
les années 1980 jusqu’à la « nouvelle vague » R&B des années
1990 représentée par Meshell N’degéOcello, Maxwell et D’Angelo ;
des jazzmen innovateurs comme Steve Coleman et Henry Threadgill,
jusqu’aux artistes « fusion » comme Joe Zawinul ou Marcus Miller, en
passant par le jazz rap avec Opus Akoben…et aujourd’hui avec le groupe
rock/funk/jazz fusion, le Screaming Headless Torsos de David « Fuze »
Fiuczynski. Fils du saxophoniste Oliver Lake, Gene Lake est né à
St-Louis en 1966. Après une brève résidence à Paris, il rejoint New
York où il intègre la High School of Music and Arts, puis le Berklee
College à Boston. Exposé dès sa très jeune enfance à des institutions
créatives (tels les Black Artists Group), il est constamment intéressé
par les aventures et les innovations musicales, même s’il reste attaché
aux bases du funk. Gene souhaite se consacrer davantage à l’écriture
d’une musique qui synthétise et transforme la musique qui l’a
influencée. Il signe son premier album en 2000.
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New Morning, 2007.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, mars 2007.
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Niels Lan Doky
Piano
Niels Lan Doky est né le 3 octobre 1963 à Copenhague d'une mère danoise et d'un père vietnamien ou il grandit.
Sa première apparition sur la scène jazz fut en 1979 à l’age de 15 ans, soutenu par les légendes du jazz Ameriain : Thad Jones et Ernie Wilkins.
En 1981, Doky s’installe aux USA et intégra Berklee College Of Music à Boston où il a obtenu son diplôme en 1984 avec les félicitations du jury.
Puis il s’installa à New York, ou il démarra sa brillante carrière en jouant et en enregistrant avec de grands tels Joe Henderson, Clark Terry, Charlie Haden, Ray Brown, David Sanborn, Woody Shaw, Jack DeJohnette, Al Jarreau, John Scofield, the Brecker Brothers, Toots Thielemans et bien d’autres encore. Mais la carrière de Doky ne s’arrête pas la ; elle compte également de nombreuses tournées, festivals, plateaux télés, et radios, mais aussi moult récompenses.
Elle compte 18 albums comme interprète principal, et d’innombrables albums en tant que producteur ou interprète «auxiliaire ». Les enregistrements de Docky sont représentés sur les prestigieux labels que sont Blue note, Columbia, Verve et Milestone.
Niels Lan Doky a signé avec Haitek Haiku l'un de ses projets les plus personnels. En effet, le dernier enregistrement du pianiste trouve des influences parmi une multitude de musiques aussi diverses que le jazz, la pop, la musique électronique, le classique, la world musique …et trouve ses fondements dans la philosophie Zen et l'art de la poésie japonaise (Haiku).
Souhaitant que sa musique corresponde à un reflet de l'époque dans laquelle nous vivons, Niels Lan Doky développe ainsi à travers une dizaine de compositions originales un kaléidoscope sonore multiculturel. Pour cela il a confié la production à Gino Vanelli, lequel est aussi invité sur quelques titres à chanter, jouer et composer. On remarquera aussi la présence d'invités tels que François Moutin, Paul Vertigo, Xavier Desandre-Navarre, Pino Daniele, Janet Christal …
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, novembre 2006.
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LANAYA
Founemoussou Diabaté,
Tambagué
Diabaté,
François Perdriau, Grégory Brustier,
Grégoire
Perdriau, Jean-Marc Marianni, Sylvain Vast
Depuis 2001, deux frères
musiciens de la région de Valence se rendent à Kita (Mali) pour
travailler avec une famille de griots malinkés les musiques
traditionnelles.
Ces intenses échanges motivent bientôt de nouveaux musiciens à
prendre part à ces rencontres et l’idée de former un groupe voit
naturellement le jour.
« Création, Échange et Confiance » sont les maîtres mots de
LANAYA. Entre l’hiver 2004 et l’été 2005, une équipe complète
se forme et tous les musiciens se retrouvent en janvier 2006 à Kita
pour un mois de création, qui s’achèvera dans un studio bamakois
avec l’enregistrement de la démo « Mande Trans ».
Pendant l’été 2006, Lanaya enchaîne deux résidences et une première
série de concerts en Rhône-Alpes. Le groupe, affirmant un métissage
musical novateur, a reçu un accueil très enthousiaste du
public.
« Le son
cristallin et caractéristiques du djélin’goni (petit luth de
griot), la virtuosité du djembé, une palette de couleurs et d’émotions
soufflée par un trio, une rythmique au groove « afro », le
tout laissant une large place à l’improvisation, autant d’éléments
qui font de LANAYA un groupe de scène. »
Founemoussou Diabaté
dite « La mère » est un peu le pilier du groupe et
accompagne les huit musiciens. Cette charismatique chanteuse est déjà
reconnue au Mali, avec son album « Lombaya » comme la
future Handja Kouyaté. Inspirée par la tradition de Kita, berceau de
la musique de griots (Djélimady Tounkara, Hélétigui Diabaté, Handja
Kouyaté, Sidiki Diabaté...), elle interprète au sein de LANAYA des
compositions personnelles ainsi que des créations communes plus
atypiques. Les thèmes abordés en langue malinké évoquent les problèmes
de société au Mali. (Le rôle de la femme, le sida, les problèmes de
développement, la tradition..)
La majorité des arrangement sont signés Tambagué Diabaté (maître
tambour diplômé de l’Etat malien) et Manu Domergue (Django d’or
jeune talent 2006 a joué avec Ricardo del Fra, Charlie Haden...)
Site Internet :
http://association.lanaya.free.fr/
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, mars 2007.
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Byard Lancaster
BYARD LANCASTER IN
PARIS
24 octobre 2002, aux Sept Lézards
avec :
Gilles Marc DARDENNE, piano
Benjamin DUBOC, basse
Olivier RENNE, batterie.
Lancaster/7
Lézards/Affiche
1.
Le couple de curieux s'est
arrêté devant les affiches qui masquent un peu
l'intérieur du club. Ils sont très parisiens.
Le 24 et le 26, Byard Lancaster donne deux concerts
exceptionnels.
" --- Qu'est-ce qu'ils jouent comme musique ? " pense la
femme tout haut.
Je me tiens aussi devant les affiches.
" --- Du jazz. " Je m'attire un premier sourire vague. Je ne
m'adressais qu'à elle, d'ailleurs. Mais elle n'a pas
un sourire assez vrai à mon goût. Or, un vrai
sourire - est plus beau que n'importe quelle jolie
femme.
" --- Du free jazz. " Encore ce sourire. Je me
rends compte qu'ils m'ont sans doute à peine entendu.
Ils sont très parisiens. Ils s'éloignent. Je
me console en me disant que je n'y suis pour rien.
2.
" Free jazz ? I hope it is
paid jazz ", dit avec un grand
éclat de rire M. Lancaster qui veut bien discuter avec nous
quand la salle s'est vidée. Grâces à mon
anglais limité - c'est Gilles Dardenne qui m'explique
le mot. Voilà comment un musicien traite
l'étiquette qu'on lui colle ; voilà, pourquoi
pas, un élément de réponse à ce
vieux débat : pourquoi les musiciens free se sont
toujours méfié de cette
étiquette-là...
3.
Faute de mieux, pour
l'heure, utilisons quand même l'expression pour le
présenter : Byard Lancaster joue free. Mais, comme le
remarque Benjamin Duboc, le bassiste, à la fin de la
deuxième soirée, sa musique est
complètement et naturellement " dedans ", la
formation joue straight : enfin, Byard Lancaster ne joue
pas out, comme on disait dans les
années 60. C'est-à-dire qu'on peut rattacher
cette musique au connu, il y a toujours un rythme
reconnaissable, l'instrumentation d'ailleurs est classique :
mais, justement, les musiciens nous emmènent
ailleurs. Comment cela ?
Si je le savais... J'aimerais bien y réfléchir
ici.
Je vous dois toute
l'histoire, d'abord.
Byard Lancaster est né le 6 août 1942. C'est un
musicien de Philadelphie et il est très
attaché à sa ville. Ainsi, à la fin des
années 70, il s'implique dans une maison de jazz qui
s'appelle tout naturellement : Philly Jazz, au catalogue
aussi précieux que rare : son propre album,
Exodus, qui est une de ses plus grandes
réussites, un " objet " à la
réalisation duquel il a apporté le plus grand
soin, de la musique à la pochette, où il
expose les principes d'une hygiène de vie "
libératrice " ; un duo Khan Jamal-Bill Lewis ;
Applecores, un album de la grande formation
de Sunny Murray, Untouchable Factors ; un chef d'œuvre de
Sun Ra, Lanquidity. Point, barre. (Merci de me
signaler tout album qui m'aurait échappé.) Ces
noms sont spécialement ceux qui reviennent à
des moments clefs de sa vie musicale. Byard collabore
toujours régulièrement avec Khan Jamal : il y
a quelques mois à peine, épaulés par
les fidèles Omar Hill et Dwight James, autres
musiciens de renom autour de Philadelphie, ils ont
tenté avec succès un cross-over entre free jazz et spoken word, qui est un genre de
poésie/récitatif à mi-chemin des
lectures de poésie (caractéristiques de la
littérature américaine depuis les
années 50) et le rap. Improvisation libre et
improvisation vocale : ce mélange est une
première, et nous avons tout lieu de souhaiter que
l'expérience sera poussée plus avant
(African Rhytm
Tongues, Jambrio,
2002).
Byard Lancaster est
à New York dès les premières
années 60. Après de solides études
(Shaw University, Berklee College of Music, Boston
Conservatory), il participe aux premières
manifestations du mouvement free, et devient l'un de ses
actifs " propagateurs ", pour reprendre l'expression
utilisée par Claude Delcloo pour le présenter
au public français dans la série Actuel. On le
trouve dans peu de disques, mais tous sont essentiels :
c'est Sunny Murray qui lui fait enregistrer son premier
album studio (Sunny
Murray, ESP, 1966)
; suivent Burton Greene (Presenting Burton
Greene, Columbia,
1966, pub. 68), Marzette Watts (Backdrops for urban
revolution, ESP,
1966, pub. 1968), Larry Young (Heaven on earth, Blue Note, 1966, pub. 1969), Bill
Dixon (Intents and
Purposes, RCA,
1967), sans compter son premier album en leader,
It's not up to
us
(Vortex-Atlantic, 1966, pub. 1968). Il faut ensuite attendre
1969 et un détour par Paris, où il rend de
fréquentes visites à la " colonie "
américaine, pour qu'il enregistre An even break avec Sunny Murray (BYG, 1969).
Comme on le constate - aura sans doute joué contre sa
notoriété la publication
différée de ces disques...
Tous, à part le méconnu Heaven on earth, qui l'associe, outre Larry Young,
à George Benson, sont des disques de free de la
tendance la plus " dure ", où il est le partenaire
d'hommes devenus légendaires : Alan Silva, Henry
Grimes, Clifford Thornton, Kenneth Terroade, Sonny Sharrock,
Robin Kenyatta, Marc Levin. Parallèlement à
cette activité en studio, il fait partie de
l'Arkestra de Sun Ra, et, ce qui n'est
surprenant qu'au premier regard, des groupes de scène
de McCoy Tyner et Herbie Mann (aucun disque n'a
malheureusement fixé sa musique dans leur
sein...).
Au premier regard
seulement : sur l'album de Larry Young, il s'adapte
merveilleusement bien à une musique tournée
vers le groove, mais avec un son plus
épicé et plus reconnaissable que celui de ses
compagnons (cf. les thèmes The Infant et The Hereafter : on n'a jamais mieux
initié, à côté de
toutes les conventions, un chorus.)
Mais, déjà chez Sunny Murray, de façon
plus évidente encore chez Marzette Watts, la musique
est de spontanéité, joue sur des ambiances et
des sentiments qui inspirent une certaine angoisse -
où, du moins, l'urgence de jouer se traduit par une
violence exacerbée. Le thème, le tempo
n'apparaissent plus qu'en pointillé, dans une voie du
free-jazz que parachève le Afternoon of a Georgia
faun de Marion
Brown (ECM, 1970). Alan Offstein, dans une critique pour
Coda reproduite dans la
réédition de Afternoon, a caractérisé fort
justement les œuvres de cette lignée. Les
sonorités, tour à tour abrasives ou douces, ne
se soucient plus de plaire, ou, comme dans le bop,
d'étonner l'auditeur par la virtuosité du
musicien : c'est la fin du règne de l'idée, l'idée étant aussi
bien la forme (les gammes, les accords, la structure) qu'une
certaine vision qu'impose le musicien bop de sa musique (son
plus ou moins de maîtrise de la forme en question) et
qui implique qu'il y a une " bonne " et une " mauvaise "
manière de jouer, reconnaître ce qui est " bon
" et ce qui est " mauvais " déterminant la
qualité de l'écoute de l'auditeur. Or, il
s'agit de ne plus s'arroger le droit de juger d'une douteuse
" compétence " de l'auditeur à
apprécier la musique : il faut désormais le
libérer du règne de l'idée
toute-puissante et restrictive, " [the musician] does his
part by [...] restraining himself from conditioningg in any
way the observer's reaction ".
En revanche, et au contraire des albums
précités, chez Bill Dixon, Byard Lancaster se
plie à l'écriture rigoureuse de la figure
tutélaire du mouvement free : le processus de
libération initié par le free-jazz est aussi,
on l'oublie trop souvent, esthétique. Le jazz
découvre, avec Dixon ou Cecil Taylor, que la
recherche de la beauté, plus que celle de la
nouveauté, est un élément de la
culture.
Dans ces disques, Byard
Lancaster joue sur soprano, alto, ténor ; il joue aussi du
piano, de la clarinette basse, et de tout un attirail de
flûtes qu'il amplifie. Il attache beaucoup
d'importance à l'amplification, au re-recording
(à l'égard duquel les musiciens de jazz sont
souvent réticents) qui lui permettent
d'étendre son registre : il est pour cela exemplaire
de ce multi-instrumentisme débridé introduit
par le nouveau jazz - l'extension des possibilités
d'un seul homme. Il déplorera beaucoup, lors de son
concert parisien, de n'avoir pas disposé d'un micro
ad
hoc et de n'avoir
pu jouer de flûte.
Bill Dixon, Marzette
Watts, Larry Young ; trois aspects du jeu de Byard Lancaster
: éclectisme free ! Revient alors la formule
consacrée lorsqu'il faut évoquer Byard : "
from the Sex Machine to the Love Supreme ". Ce soir
l'affiche, sur la devanture, la reproduit ; le
Dictionnaire du
Jazz de MM.
Carles, Clergeat et Comolli aussi. C'est Philippe Carles qui
d'ailleurs a recueilli le tout premier ces mots de Byard
Lancaster lui-même, dans une interview pour
Jazz
Mag (n° 221,
avril 1974) : " Je dois jouer pour les gens et leur faire
entendre l'éducation, les connaissances, le temps que
j'ai investis dans ma musique. J'ai étudié
Bach, Beethoven, Schönberg, Miles Davis, la musique
indienne, John Coltrane, Sly and the Family Stone, James
Brown, Ottis Redding... Il y a tout cela dans ma musique. Ce
que je joue s'étend de Love Supreme à Sex Machine, de John Coltrane à James
Brown. " On se rend compte alors que ces expériences
d'apparences très diverses sont l'expression d'une
réelle volonté artistique, celle que l'on n'a
que trop déniée au free-jazz. It's not up to us, symbolique premier album en
leader, est, aux dires de ses possesseurs (l'objet est une
rareté signalée), l'ébauche d'un
premier portrait total de l'artiste : avant-garde et
standards se côtoient et, déjà, rien
n'empêche de démonter les standards comme on
démonte un réveil pour regarder les petites
pièces, à l'intérieur, pour ensuite
leur trouver un fonctionnement inédit ; rien
n'interdit non plus de décréter que telle ou
telle séquence d'accords non canonique est un
thème, qui sera exécuté de la
façon la plus classique qui soit, avec pont et
chorus. It's not up
to us, ce titre
est aussi d'une portée tout autrement
symbolique.
Lancaster/JM221/Horace (photo)1
Lancaster/JM221/Horace (photo)2
4.
" Cela ne dépend
pas de nous ", " Ce n'est pas notre tour ". La
volonté artistique, forte, s'accompagne d'une prise
de position qui est politique au sens que donnaient au mot les
Grecs. Si l'étude attentive de l'histoire du peuple
africain-américain nous surprend à bien des
égards, c'est souvent en ce qu'elle retrouve une
manière de penser la société qui est
celle des civilisations jeunes mais déjà
développées, comme ce pouvait être le
cas en Grèce : dimension politique de l'existence humaine,
attachement à la Communauté - tous
réflexes de pensée qui ont disparu en Occident ; ce qui a favorisé l'esclavage des noirs,
une communauté étant plus facile à
mettre en coupe réglée que des individus. - La
Communauté, c'est la valeur primordiale pour Byard
Lancaster, le motif qui revient chaque fois qu'il s'exprime
sur sa musique, ou mieux, qu'il s'exprime à travers
sa musique. Quand, toujours dans le même interview,
Philippe Carles l'interroge sur la solidarité qui
règne entre les centaines de musiciens de
Philadelphie : " Comment se fait-il que les musiciens bop
par exemple, n'aient pas ressenti le besoin d'un tel travail
collectif ? ", la réponse de Byard est sans appel
:
" Ces musiciens ne s'entendaient les uns les autres qu'au
travers de ce qu'ils jouaient. Ils soufflaient, sans
analyser la situation politique qui détermine les
possibilités et les conditions de travail, sans
chercher à vivre comme des hommes informés.
Car cela prend du temps d'apprendre à jouer d'un
instrument, de retourner à l'école, de
chercher d'autres musiciens pour s'entendre avec eux. Nous,
nous ne nous contentons pas de souffler, nous essayons de
retourner en arrière et de comprendre comment la
musique mène le monde. Car le monde est dirigé
par le rythme. Et l'Homme Noir est un maître du
rythme. Notre produit, la musique de jazz, est vendu dans le
monde entier et nous n'en contrôlons pas un pour cent.
"
" [...] Ce n'est pas une musique de divertissement, c'est la
musique de la connaissance de mon peuple, elle doit aller au
peuple. Il y a aux États-Unis trente millions de gens pour
qui je joue, et la plupart ne savent même pas ce que
représente cette musique - tout comme beaucoup de
gens aux États-Unis ne connaissent pas les lois du
Congrès ou la Déclaration
d'Indépendance. Ils ne savent rien de l'avant-garde,
et pourtant c'est le rythme de mon peuple. Je suis heureux
que d'autres peuples puissent l'écouter, en France,
en Allemagne, à Londres, en Afrique. Cela me rend
plus fort, plus lucide, mais l'essentiel de cette musique
provient de chez nous, et c'est là que je me sens le
mieux, là que je continuerai de me développer
jusqu'à ce que quelqu'un prenne ma place. "
5.
Entre 1970 et 1974, il n'a
quasiment pas l'occasion d'enregistrer. La période
est difficile pour les musiciens qui ont participé
à la " deuxième vague " du nouveau jazz (la
génération qui enregistre les disques ESP,
autour de 1965) : beaucoup disparaissent plus ou moins de
l'actualité musicale comme Giuseppi Logan, Marzette
Watts, Kenneth Terroade... Byard Lancaster retourne donc
dans la communauté, à Philadelphie, où
il monte les Sounds
Of Liberation avec
Khan Jamal. C'est un recentrage qui s'avère payant.
Finalement, en France, il impressionne Jef Gilson au point
que celui-ci organise son Paris Orchestra autour de lui, et lui laisse
enregistrer une quinzaine d'albums (en l'espace de trois ans
!) pour sa firme Palm. Us, en 1974, ou Funny Funky, en 1976, avec François
Tusques et Steve McCall, sont représentatifs de sa
musique à cette période : thèmes
simples, qui peuvent atteindre un public plus large, voire
dansantes, mais dont le traitement fait toujours la part
belle à l'improvisation.
On remarque d'ailleurs que le son s'y fait plus dense que
dans les productions des années 60 : Byard Lancaster
a le goût des grands orchestres communautaires, "
familiaux ", goût qui inscrit sa démarche dans
celle des grands groupements free des années 70 comme
l'Arkestra de Sun Ra bien sûr, mais
aussi l'association BAG de Saint-Louis - Black Artists Group - ou le Panafrican Peoples
Orchestra d'Horace
Tapscott en Californie. On peut souhaiter qu'apparaisse un
jour une étude ou, mieux, une histoire de ces grands
ensembles, dont sont sortis la plupart des talents du free
jazz du milieu de la décennie : Arthur Blythe, Julius
Hemphill, Oliver Lake, pour ne citer que les plus connus en
France.
A New-York, sa
carrière reste délibérément
underground : il apparaît aux côtés de
Sunny Murray dans une formation étendue,
Untouchable
Factor
(Over the
rainbow, recueilli
dans Wildflowers, vol.1, Douglas, 1976,
rééd. Knit Classics, 1996 ; il est ensuite
soliste sur l'album Charred Earth, Kharma, 1977). Son engagement
pour les artistes philadelphiens, dont il est un des grands
porte-parole, est trop profond pour qu'il cautionne
l'idée que le jazz " se fait " à New York, et
New York uniquement.
A Philadelphie, il
s'intéresse de plus en plus à l'idiome
soul-funk, qui fait désormais partie
intégrante de sa musique ; il participe même
aux aventures du free-funk naissant dans la Decoding Society de Ronald Shannon Jackson
(Eye on
you, 1981),
devenant ainsi l'un des passeurs vers le mouvement
M'Boom en jouant avec Doug Hammond et
Steve Coleman (Spaces, Add, 1982, rééd.
DIW).
(Une compilation " d'époque " rassemble une dizaine d'expériences très variées captées
en 1979 et qui illustrent toutes les facettes de son talent
: Documentation,
the End of a Decade. Je la signale parce qu'elle est
rééditée par le label Jambrio, et en ce
moment régulièrement distribuée
à Paris : on y retrouve Imperial Police, en duo avec Keno Speller, et
A bird eye view of
the world, avec le
violoncelliste David Eyges, peut-être ses plus beaux
thèmes et les plus farouches, témoins de ses
aventures sonores les plus extrêmes, aussi bien qu'un
funk violent, Rib
Crib, avec un big
band typique, tels qu'il en anime encore dans sa ville
natale. Le son de ce CD est vraiment " limité ",
mais, outre qu'il vous permettra de vous débarrasser
de vos encombrants amis audiophiles - poussons-les vers le
tombeau !-, je n'attirerai jamais assez votre attention sur
le fait qu'aussi vite qu'ils sont réapparus, ces
enregistrements disparaîtront pour un temps
indéfini, voire infini, et que la probabilité
de mettre la main sur un original est nulle. Voilà
tant de bonnes raisons que j'en prêterais presque le
flanc aux accusations de mauvaise foi.)
6.
Byard Lancaster a
traversé ces mille aventures avec un son
reconnaissable entre tous, dont la qualité
première est, pour lui plus que pour tout autre
saxophoniste de la deuxième vague free, le lyrisme, - celui qu'il a
hérité de John Coltrane, toujours violent,
jamais agressif. Cette exploration sans fin des
possibilités de la musique afro-américaine a
connu de nouveaux développements dans les
années 90. Il vient moins souvent en Europe -il ne
se souvenait pas être passé à Paris
depuis quinze ans !- et partage son activité entre
Philadelphie et la Jamaïque, où il enseigne et
où il participe à l'organisation d'un festival
international depuis 1990. " Legends of the Bandstand ",
annonce l'affiche de juin 2002 : Jimmy Smith, Randy Brecker,
Wallace Roney, Donald Byrd... affiche de rêve. Il
espère faire connaître ce rendez-vous en
Europe. Ces années 90 auront donc été
marquées par sa découverte de la musique et
des rythmes de la Caraïbe - une découverte
directe, là où beaucoup de
musiciens se sont contenté de piller Sonny Rollins
à qui l'on doit la première utilisation autre
qu'anecdotique de ces richesses cachées (au public
occidental). (Album Worlds, Gazell, 1993 : à se
procurer de toutes façons pour une version
définitive de My Favorite Things. Un coup d'œil sur les titres
donne une idée des " mondes " dans lesquels vit Byard
Lancaster : Coltrane, la Jamaïque, Horns of
Philadelphia...).
Ces recherches le font encore se tourner vers l'Afrique : il
enregistre au Nigeria un album très coloré,
qui, à l'encontre de tous les clichés qui
accompagnent le musicien free (mais il est bien plus qu'un
musicien free), déborde d'énergie positive
(My Pure
Joy, Black Fire,
1990-1992, pub. 1995).
Très
récemment, on le voit encore se glisser avec
facilité dans l'univers des musiques
improvisées (le projet Mars 2 Earth, un collectif réuni pour
l'occasion, où il s'associe à un
percussionniste, un guitariste dans la droite ligne de
l'école anglaise, et un joueur de... theremin ! - album Red
Planet, Dreambox
Media, 2001), de celles de la jeune génération
afro-américaine (African Rhythm
Tongues,
déjà cité), ou livrer un album
mystérieux dans la plus pure tradition de la musique
des années ESP (The Byard Lancaster
Trio, Soultrane,
1999 - disque sans pochette et sans indication de titres,
que je tiens d'ailleurs de M. Lancaster lui-même !).
Il possède aussi son propre label phonographique,
Lancaster Recording, qui annonce pas moins d'une douzaine
d'albums d'ici 2004... Il est question de tout cela sur son
site Internet (<http://www.ooopz.com/byard/>), que je vous invite vivement
à consulter.
Julien
Palomo
NOTE : Cet article
ne mentionne que quelques exemples d'une production qui,
participations comprises, atteindra bientôt la
centaine d'enregistrements... et choisis selon un
critère subjectif mais qui est malheureusement de
mise lorsque l'on veut rendre compte de l'œuvre de ces
musiciens : ce sont ceux que j'ai en ma possession !
N'hésitez pas à signaler à notre
attention l'existence de tout autre album digne
d'intérêt - ils doivent être
nombreux.
(La seconde partie de
cet article sera à proprement parler le compte-rendu
du concert du 24/10/2002.)
© Copyright Julien Palomo, 2002.
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Christian Boullangier for Jazz-Passion, décembre
2002.
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Chris Lancry
Guitare
Chris
Lancry a été le premier musicien français
à enregistrer un disque de blues traditionnel en 1971 : "Blues
from over the border" (Barclay). Depuis, il fait partie de toute la
mouvance du blues français et européen.
Son
"show" acoustique a su convaincre un vaste public, en première
partie d'artistes aussi exceptionnels que Rory Gallagher et Blind Gary
Davis (Festival de Bilzen, Hollande), Stephen Stills (Festival de Leus,
Belgique) ou John Mayall (Festival de Nyons, Suisse).
Ses
compositions ont été reprises par ses amis Bill Deraime ("Cours,
cours, cours" Babylone R.C.A.) ou Jean-Jacques Milteau
("Explorer"), vainqueur des Victoires de la Musique en 1991.
Sa
passion pour la musique l'a amené jusqu'à New York, à la rencontre de
ses maîtres comme John Hammond et Big Joe Williams, dans les clubs de
Greenwich Village.
Aujourd'hui
son style de guitare exceptionnel et sensible (qui donne l'impression
d'entendre à la fois la basse et les percussions), son harmonica bluesy,
la chaleur de sa voix et son feeling naturel lui permettent de donner une
centaine de concerts par an. Son "Solo Blues" est un spectacle
acoustique dans la lignée de John Hammond et Snooks Eaglin. Guitare en
mains, harmonica en soutien, seul en scène, le chanteur occupe l'espace
et l'on oublie vite son isolement, compositions en français et standards
de blues se succédant.
Il se
produit aussi dans une formule électrique avec le Blue Light.
Chris
Lancry organise des "Blues Meeting"
: deux ou trois jours de stages (avec la méthode originale de Chris
Lancry) qui aboutiront à un concert en public, au cours duquel les
stagiaires, sur scène avec lui, proposeront un spectacle autour du répertoire
blues.
© Copyright L'Archipel, 2008.
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Christian Boullangier, février 2008.
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LANSLY
Daef
Daria
Quand le talent se met au
service de la musique, quand la musique donne rendez-vous à la
passion… C’est ainsi que l’on pourrait résumer l’histoire du
groupe Lansly.
Dès leur plus jeune âge, Daef et Daria, deux amis de l’Ile de
la Réunion, décident de monter un groupe de musique. D’abord
orienté vers des inspirations rock, imprégnées du son des 70’s, le
duo intègre peu à peu de nouvelles sonorités dans leur répertoire :
percussions, flûte et… la voix comme instrument d’improvisation.
C’est déjà la musique qui rythme leur vie ; alors pourquoi ne
pas faire de leur passion leur métier ? Daef et Daria deviennent
Lansly, un groupe à part entière. Ils entreprennent alors de lancer
eux-mêmes leur carrière.
Suite à l’obtention d’une bourse en 2001, le groupe quitte la
Réunion pour la métropole afin d’étudier le jazz et les musiques du
monde : une découverte qui va changer l’orientation musicale de
leur répertoire.
Daria développe une technique de jeu personnelle en matière de
percussion, tandis que Daef découvre de nouveaux instruments à cordes.
Daria, surnommé « la batterie ethnique », allie
puissance et richesse sonore, noue les accents subtils du tabla au
timbre profond de la calebasse : une performance unique grâce à
un une technique de jeu très personnelle, aussi surprenante à l’écoute
qu’impressionnante visuellement.
Entre riff 70’s et groove afro, la guitare accompagne la voix très présente
de Daef, faisant naître une atmosphère intimiste. Ses
improvisations vocales transportent le public vers un univers surréaliste :
il fait de sa voix un instrument puissant et envoûtant.
Leur philosophie : faire de chaque représentation un instant
unique en jouant leur carte secrète, l’improvisation. L’envoûtement
opère : 2006 marque la sortie de leur premier album Achale ;
les concerts et les festivals s’enchaînent partout en France. Le
public est au rendez-vous et sous le charme : un talent indéniable,
une ambiance intimiste… Que demander de plus ?
DISCOGRAPHIE
Achale, 2006
EN ÉCOUTE
SUR
www.lansly.com
© Copyright Le Satellit Café, 2007
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, octobre 2007.
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Patrice Larose
Guitare,
Composition
Guitariste virtuose, amoureux du son
acoustique, mais aussi compositeur original et arrangeur brillant,
Patrice Larose fait partie de ces hommes de l’ombre dont le talent
protéiforme est à la mesure de la discrétion. Passionné de Flamenco
(un de ses grands-pères est Espagnol), il crée dés 1990 un premier
orchestre mêlant flamenco et jazz avant de multiplier les expériences
dans les domaines les plus variés (de la salsa à la musique
africaine, s’initiant notamment au M’balax Sénégalais en
compagnie du griot Leîti M’Baye lors de son arrivée à Paris en
1997). Partenaire privilégié du chanteur brésilien Marcio Faraco
depuis le tournant des années 2000, il participera en tant que
guitariste et arrangeur à la confection de ses deux derniers albums
chez Universal Jazz, avant de décider de voler de ses propres ailes.
Cette collaboration avec Julia Sarr est son premier projet
discographique véritablement personnel.
© Copyright New Morning, 2007.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, janvier 2007.
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Didier Lassere
Percusions
Né à bordeaux en 1971, il débute l’instrument à l'âge de seize ans, pour tenter de vivre "autre chose",
vit à Paris depuis Avril 2005.
Après un apprentissage des rudiments dans l’école de musique du quartier, il travaille en autodidacte afin de trouver sa propre voie,
à travers une réflexion sur le free-jazz, l’improvisation, et la vie en général.
Concerts, collaborations régulières ou ponctuelles en compagnie d'improvisateurs tels que les saxophonistes
Daunik Lazro, Bertrand Denzler, Assif Tsahar, Archie Shepp, Sylvain Guérineau,
Thomas Lachaize, Sébastien Capazza, Arnaud Sacase, Akosh.S, les clarinettistes
Michel Etchécopar, Benjamin Bondonneau, le chanteur Beñat Achiary, le tromboniste
Fabrice Charles, les contrebassistes Paul Rogers, David Chiésa, Barre
Phillips, Benjamin Duboc, Nicolas Talbot, le guitariste Claude Saubole, le trompettiste
Frank Charlton, l'accordéoniste Philippe de Eskura, le travail avec les bandes enregistrées de
Jean Schwartz & Pierre Visler, les pianistes Frédéric Blondy, Ronnie
Lynn Patterson, Jobic Le Masson, les batteurs Edward Perraud & Mathias
Pontévia
Didier Lasserre travaille aussi avec :
- la peinture (Jean Rougier, maison des beaux-arts et Benjamin Bondonneau, atelier du caillou)
- la poésie (Serge Creppy, Ixtaro Borda, Barry Wallenstein, Steve Dalachinsky)
- la danse (Chrysogone Diangouaya, Pedro pPauwells, Anne-Marie Reynaud,
Flora Théfaine, Wess Howard entres autres)
- le cinéma (Robert Breer, Brooklyn, les révolutions d’octobre) / le super 8
(Hélène Paulais)
Depuis octobre 2003, il intervient au sein du label Amor Fati, fondé par le contrebassiste
Mathieu Immer.
On le savoure : en trio avec Jobic Le Masson et quartet avec Arnaud Sacase / projets printemps 2005 : en duo (& trio avec
Duboc) avec le saxophoniste ténor & soprano, clarinettiste basse Tom
Chant, membre du London Improvisers Orchestra de Londres / trio
avec Sébastien Capazza & Steve Dalachinsky (poésie, new
york) : tournée France / master-class (organisé par Asprojazz sur l'improvisation, avec concert du duo
Lasserre-Bondonneau / rentrée 2005 :
tournée en Russie (festival international de Moscou) & au Mali (Bamako) en duo avec
Capazza / résidence à l'office artistique de la région aquitaine en novembre-décembre 2005, avec
Bondonneau, Pontévia, Saubole, Lazro, Ly Than Tiên (poésie & actions),
Achiary, Michel Donéda (saxophone soprano), Jérôme Noetinger (dispositif électro-acoustique),
Chiésa & F.Charles.
" Equipement minimal (...)
pour le percussionniste. Aucune esbroufe ici, mais sincérité, énergie
concentrée et affamée de jouer. L’œil écoute, l’expression de
Claudel ne peut manquer de venir à l’esprit quand on observe comment
Didier Lasserre accompagne de tout son être, propulse, modèle, module
l’onde sonore jusqu'à la limite où elle trouve son éloquence, si
bien qu’on a la sensation d’entendre le mouvement. Le moindre frémissement
de la cymbale ou des peaux acquiert alors la lisibilité qui élève
l’art de Lasserre à la hauteur d’une authentique calligraphie du
son."
Antoine Martin / Improjazz
© Copyright Charlotte de Jésus,
Olympic Café, 2006.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, août 2006.
© Copyright Charlotte de Jésus,
Olympic Café, 2007.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, avril 2007.
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Sara Lazarus
Chant
En 1994, une jeune chanteuse américaine, Sara Lazarus, gagne le premier prix du concours international Thelonious
Monk, après Joshua Redman et Jacky Terrasson. Le jury n’est pas des moindres, puisqu’il s’agit de Jon Hendricks, Shirley Horn, Cleo Laine, Abbey Lincoln,
Dianne Reeves et Jimmy Scott.
À l’occasion de la remise des prix, Sara participe à une jam session aux côtés de
Herbie Hancock, Ron Carter, Grady Tate, Kenny Burrell, Jimmy Heath et Clark Terry.
Née le 1er avril dans un des plus petits états des États-Unis, le Delaware, Sara est passionnée très tôt par les comédies musicales,
grâce auxquelles elle découvre les standards de jazz. Elle prend des cours de piano à 8 ans et puis commence le saxophone afin de jouer dans l’orchestre de son collège.
À 16 ans, elle rentre dans l’American Youth Jazz Band en tant que saxophoniste ténor et chanteuse, et fait une tournée européenne avec ce groupe
qui se termine au Festival de Jazz à Montreux.
De retour aux États-Unis, Sara Lazarus suit des études de littérature à Harvard University. Elle rentre dans le Harvard University Jazz Band et
rencontre le ténor saxophoniste Illinois Jacquet qui l’invite à chanter avec son orchestre et l’encourage à poursuivre dans cette voie.
En même temps, elle gagne le prix du meilleur soliste jazz vocal (niveau université) décerné par Downbeat magazine, principal journal de jazz américain.
Ayant terminé ses études, Sara décide de s’installer en France. Elle participe à de nombreux festivals européens comme Marciac, Crest Jazz Vocal, Montlouis,
Braga et le JVC Paris Jazz Festival. Elle a eu l’occasion de chanter avec des musiciens tels que Alain Jean-Marie, Jacky Terrasson, Manuel Rocheman, Franck Ansallem,
Riccardo de Fra, Gilles Naturel et Andréa Michelutti.
En Novembre 2000, elle chante dans le Jazz Ensemble de Patrice Caratini pour son projet autour de la musique de Cole Porter et participe à son disque « Anything Goes »
(distribution Harmonia Mundi).
Dans la tradition des grandes chanteuses de jazz, Sara puise le réservoir des standards pour donner libre cours à sa spontanéité, sa tendresse et son swing.
En mars 2005, sort son premier album (Give Me A Simple Life) sur le label Dreyfus jazz. La presse et le public applaudissent ce disque. S’ensuit une tournée en France et
en Europe, ainsi que des prestations marquantes dans les grands festivals de jazz.
Toujours enclin à faire revivre les standards de jazz, Sara Lazarus s’atèle à sortir un deuxième opus. Pour ce faire, elle s’entoure d’une nouvelle formation.
Elle délaisse son précédent quartet au profit du Biréli Lagrène Gipsy Project. It’s All Right With Me sort en novembre 2006 sur le label Dreyfus Jazz.
© Copyright Le New Morning, 2006.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, novembre 2006.
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François Lazarevitch
Cornemuse
Joueur
de flûtes et de cornemuses, François
LAZAREVITCH
est un musicien « polyglotte » dont le répertoire s’étend
du concerto le plus virtuose à l’air de danse le plus simple. Sa
formation musicale s’est faite auprès de maîtres éminents de
musique ancienne et de musique traditionnelle, et il est diplômé des
conservatoires de Paris (CNR et CNSM), de Bruxelles, de Toulouse et de
Versailles. En 2004, il a remporté le Premier Prix de trois concours de
cornemuses à Paris et Saint-Chartier.
© Copyright L'Archipel, 2008.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, février 2008.
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Viktor Lazlo
Chant
DERNIER ALBUM :
VIKTOR LAZLO - « BEGIN THE BIGUINE » (Polydor - Universal)
Sorti le 28 mai 2007
Chanteuse ? Toujours
Actrice de temps en temps
Mystérieuse ? Assurément, et là réside son charme. Sans tout dévoiler
cherchons à la découvrir...
Viktor Lazlo qui frôle l’idéal féminin est une femme de conviction et
de parole(s). Elle choisit ce pseudonyme en référence à l’un des
personnages de Casablanca (film de Michael Curtiz - 1942). Jamais loin des
Antilles familiales, fidèle à “sa” Belgique d’adoption, elle qui
aurait pu être l’une des reines de Paris à son heure de mannequin
vedette (Ville qu’elle mis en lumière avec son Album “Loin de
Paname” en 2002 composé de reprises éternelles) promène ses envies de
lieu de vie, en lieu de culture. Le canoë rose a vingt ans et l’égérie
de mode est ailleurs.
Elle, qui écrit sans cesse des nouvelles et des scénarii en devenir,
avait en tête pour ce nouvel album de chanter les autres. Ceux qui
l’ont entourés depuis toujours, ceux qui l’ont troublés, enchantés...
Loin d’un banal hommage, Viktor voulait faire passer ainsi ses émotions
en convoquant Cole Porter, Billie Holiday « Begin the biguine », Tom
Waits « Lowside of the road » dans un duo rauque avec Arno ou encore
Shirley Horn dans « Je lève mon verre » adaptation du sublime «
Here’s to life ».
Les auteurs sont venus rendre visite à cette voix affirmée et
enchanteresse. François Bernheim, Jean Fauque (Alain Bashung), Christian
Ouvrier. Les musiciens de jazz les plus connus ont participé, Mino Cinelu
aux percussions, Marc Ducray ou Kevin Breit (Norah Jones) aux guitares.
L’album a évolué et mélange l’idée première avec des compositions
originales. Entre jazz - la patte de David Linx qui a réalisé l’album
- et variété, l’équilibre est atteint.
Viktor Lazlo, avec sa vision du monde, nous offre son dixième album à la
manière d’un concentré de toutes ses vies : riche, entier étonnant et
à la fois familier. Aucun hasard dans “Begin the Biguine”, que des
histoires fortes, qu’elles soient musicales ou humaines, Viktor Lazlo au
delà du don de nous émouvoir, sait créer des ambiances à la fois
confortables et intrigantes.
L’instant présent est sans doute la clé de ce disque qui s’est fait
avec harmonie. Un album complet où l’émotion passe. En français comme
en anglais, la voix de la très glamour Viktor Lazlo nous enveloppe et
nous charme.
© Copyright Le New Morning, 2008.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, janvier 2008.
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Nguyen Le
Chant
Déjà le quatrième album
chez Act Music pour le tandem Huong Thanh/Nguyên Lê. On a beau être
presque familier maintenant de ce chant traditionnel à la langue
extra-terrestre (le vietnamien), de cette voix déroutante aux inflexions
irréelles - qui mêle chant et récitation avec une si grande expressivité,
familier de cette fusion Est/Ouest si peu commune qui conjugue au futur
composé, sans tyrannie, les traditions musicales des terres du Mékong,
les harmonies du jazz contemporain et les rythmes du village planétaire.
Mais c’est toujours une expérience sonore nouvelle.
Huong Thanh, née à Saïgon, exilée à Paris dans les années 80, nous
rappelle l’existence d’un ailleurs qui scotche par sa différence. Son
chant est si inhabituel (pour nous occidentaux) que certains le
trouveraient trop « dépaysant » … les voyages ne font pas le bonheur
de tous. Celui-là de voyage vaut, pour ceux qui ont l’âme vagabonde,
son pesant d’or et son lot de sensations. Il mérite bien plus qu’un
aller-retour éclair.
« Fragile Beauty » porte bien son nom. A quoi le titre se réfère t-il
? A la beauté fragile et éphémère de l’existence, thème cher aux
bouddhistes, thème fécond dans la poésie et les pop songs du Vietnam
dont les textes ici sont issus ? A la beauté fragile d’une voix plus
maitrisée que jamais et des paysages sonores bizarroïdes dans lesquelles
elle évolue ? Surement un peu des deux, qui sait. Avec cet album, Huong
Thanh prouve qu’elle a su s’enrichir de cet ailleurs forcé, elle
assume ses choix et s’affirme comme interprète.
Pour Nguyên Lê, le sorcier de Barbès, l’enfant du rock post–hendrixien
et du jazz le plus libre, ce disque (dont il est producteur, arrangeur, réalisateur,
interprète), c’est le prolongement «d’une quête extramusicale». La
confirmation d’un retour aux sources tardif, qui a du sens. Le
franco-vietnamien a imaginé un nouveau décor autour de la voix dominante
de son amie et de ses guitares à lui. Un décor plus épuré, plus dépouillé
qu’avant, même si le casting est toujours aussi international (Renaud
Garcia-Fons, Stéphane Guillaume, Etienne Mbappé, Paolo Fresu), et même
si les associations de timbres insensées qu’il propose font encore le
grand huit côté sonorités - ici un koto japonais et un saxophone
soprano, un sampler, là un dan nguyêt (luth vietnamien en forme de
lune), une flûte ancienne, un synthétiseur et un balafon vietnamien en
bambou nommé Trung pour lequel Nguyên Lê a écrit des parties qui
seraient plutôt inspirées par l'Afrique. « Une des idées directrices
était justement d'utiliser les instruments asiatiques pour les faire
sonner autrement, les faire rejoindre une autre tradition, celle de
l'Afrique qui m'inspire toujours beaucoup depuis Ultramarine. Le koto est
également souvent traité comme une kora, mais avec de nouvelles
inflexions».
La formule du tandem, malgré cet imposant dispositif, s’est réduite.
Recentrée. Moins dispersée, moins composite, moins gourmande de métissages.
Comme pour revenir à une sorte de fusion originelle apaisée et
apaisante. A un groove plus contemplatif.
Entre chansons populaires vietnamiennes, berceuses anciennes, thèmes sacrés
et compositions originales, les douze titres de « Fragile Beauty » ont
le même mood. Malgré leur diversité de couleurs et de sujets, ils
racontent la même histoire : celle des enfants de la diaspora qui, par la
force des choses, s’inventent une identité bien à eux. L’histoire de
Huong Thanh et de Nguyên Lê nous parle, même si l’on n’en comprend
pas les mots. Leur musique hybride, à double sens, nous fait voyager et
épanche notre soif d’inconnu, pour peu que l’on sache lâcher prise.
« Fragile Beauty » porte bien son nom, oui. Mais pas tout à fait non
plus. Au-delà de cette beauté sereine et exotique, derrière cette vulnérable
carapace, on sent une vraie assurance, une fermeté de ton, comme une
tension entre les lignes ondoyantes. On y entend aussi comme
l’expression d’un message, très personnel.
Jonathan Duclos-Arkilovitch
© Copyright Le New Morning, 2008.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, janvier 2008.
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The Leaders
The Leaders s’inscrit
dans les pages de l’histoire du jazz. Avec Arthur Blythe au saxophone
alto, Chico Freeman au saxophone et Cecil McBee à la batterie, le
groupe a marqué un coup de maître. Aujourd’hui, une vingtaine
d’années plus tard, The Leaders est de retour. Chico Freeman et Cecil
McBee reforment ce groupe culte et livrent leur nouvel “Esprit
libre”. Ils sont accompagnés par des solistes de taille : Bobby
Watson, Eddie Henderson, Frederick Harris et Billy Hart. Ce retour inouï
rend hommage à l’extraordinaire talent de Lester Bowie. Ceux qui désirent
retrouver une émotion free ne peuvent pas manquer une telle soirée de
légende !
Ce groupe a vu le jour en
1985 à New York, à l’initiative du trompettiste Lester Bowie. Ce
projet naît dans la mouvance des grands ensembles de jazz moderne fondés
à cette époque (comme l’Art Ensemble Of Chicago ou l’Association
For The Advancment Of Creative Musicians). Il sera composé des
meilleurs jazzmen révolutionnaires, du saxophoniste et flûtiste Chico
Feeman au saxophoniste Bobby Watson, sans oublier le trompettiste Eddie
Henderson. The Leaders revient donc vingt ans après, avec un album, «
Spirits Alike », mais sans Lester Bowie décédé en 1999. Un hommage
devrait lui être rendu.
The LEADERS are back ! They created a
big stir in the 80s and 90s: The all-star band “The Leaders”. Releases
on various labels (Black Hawk, Black Saint and Sunnyside) and
international tours gained the band worldwide recognition. The bands
members were none less than Arthur Blythe, Lester Bowie, Chico Freeman,
Famoudou Don Moye, Cecil McBee and Kirk Lightsey. Now the group has been
revived. The initiators were Chico Freeman and Cecil McBee, who remembered
the “good old times” and had the great idea to create an ensemble
composed of experienced “leaders again. Unfortunately, a few of the
original members are no longer available. Lester Bowie has died in the
meantime, Arthur Blythe could not participate for health reasons, etc.
Consequently, an ensemble was formed around the core of the two legends
McBee and Freeman, which is composed of experienced musicians who are big
names in jazz on one hand, and on the other hand have often been on stage
or in a studio together – blind trust was to be the basis. A trumpeter
was quickly found with Eddie Henderson, who fit perfectly into the
concept, and Bobby Watson was also enthusiastic about the project from the
start. The fact that Billie Hart was involved was almost self-evident,
since he has been friends with all of them for a long time. Only the
pianist Fred Harris is perhaps not so well known (yet), even though he
knows the other musicians of the band from joint performances and CD
projects. It finally happened in the summer 2006. Compositions were shared
and worked out together in extended sessions and then a new CD was
recorded during two days at Twinz Studios in New Jersey. The air was
electric in the studio from the first note; the leaders interacted
flawlessly and each individual was part of an ambience bursting with the
joy of playing and creativity. Technical tricks or game-playing were
superfluous with so much concentrated professionalism, and the first take
was usually already the perfect take. It was immediately clear, since all
were highly motivated, that only a CD recording would not suffice; a tour
together was required. Consequently, plans for 2007 are already in an
advanced stage, and the CD will be presented in various clubs and at
festivals worldwide next year.
Bobby Watson (*1953) –
as: He began is career with Art Blakey’s Jazz Messengers in the 70s and
was even soon the musical director of the band. He later played with
Wynton Marsalis, Louie Hayes, George Coleman and many others before he
founded his 29th Street Saxophone Quartet and later the band
“Horizon”. Numerous records at Columbia, Enja and Blue Note, among
others, are proof of his importance as more of the most outstanding alto
players in jazz.
Eddie Henderson (*1940)
– tp: Miles Davis is Henderson’s great model, but he has developed
his own sound even though you can hear touches of Davis in
Henderson’s playing time and again. At the end the 60s, he made a
reputation for himself in Herbie Hancock’s Sextet, and his joint
performances and recordings with Joe Henderson, Charles Earland, John
Handy and Art Blakey are well known by all jazz aficionados. His
current solo project (with Billie Hart on drums and others) was
released in 2006 and received good reviews in the press.
Fred Harris (*1970) – p: The “youngster” of the
band is from San Francisco. He has already earned a good reputation in
the West Coast scene and is on the way to the very top. He has mastery
not only of modern jazz forms, but also has training in classical music
and is often a guest in rock bands. His playing is powerful but
sensitive, and you often hear his affinity with Oscar Peterson. In
addition, he also contributed a few beautiful compositions and
arrangements, which immediately earned him the respect of his older
colleagues. He friendly and humorous disposition opened the hearts of
all to him.
Cecil McBee (*1935) –
b: He is certainly one of the most skilled and esteemed bass players of
jazz, the undisputed “crowning glory” of the band. McBee’s
experience goes back to the 50s when he had his first notable
performances with Dinah Washington. He has played with almost all
illustrious names of jazz since that time: Wayne Shorter, Keith Jarrett,
Pharoah Sanders, Sam Rivers and Andrew Hill just to name a few. The
still very agile bassist is very much in demand with his soulful mode of
playing till today, and he can often be heard on his own CDs.
Billy Hart (*1940) – d:
Unbelievably versatile and flexible with the timing of Swiss clockworks
are qualities, which made the drummer the first choice of musicians such
as Herbie Hancock, Shirley Horn, Stan Getz, McCoy Tyner and many others
from the start. Consequently, he is one of the busiest drummers in New
York, but he still always finds times for his own projects (a new album
was released under his name in 2006) – and of course for the Leaders!
© Copyright Le New Morning, 2007.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, février 2007.
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Brad Lealy
Saxo
Né à Denver (USA), il apprend le saxophone à l’école et fait ses premières armes dans des orchestres locaux.
Son diplôme en poche, il intègre l’orchestre de HARYY CONNICK JR et en devient le directeur musical 5 mois plus tard !
Il s’installe à New-York et, après une tournée avec Harry Connick
Jr, il est engagé comme soliste dans le COUNT BASIE ORCHESTRA sous la direction de GROVER MITCHELL.
En 1999, l ‘orchestre gagne un Grammy Award avec leur CD « Count plays Duke » et Brad est nommé pour un Grammy pour son solo dans le morceaux « The Star-Crossed Lover’s ».
Musicien international, Brad a joué avec les plus grands : Freddie
Hubbard, Clark Terry, Joe Williams, Jimmy Cobb, Nancy Wilson, Frank Foster, Jon
Hendricks,
Roy Hargrove, The Mingus Big Band, Jack McDuff, George Duke, Dr. Lonnie Smith, Jimmy Smith, Melvin Rhyne et bien d’autres.
© Copyright Le Caveau de la Huchette, 2006.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, août 2006.
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Virgile Lefebvre
Saxo
Né le 23 Septembre 1977 à Clamart
(Région Parisienne). Après avoir été initié aux différentes
formes d'écritures et d'improvisation du Jazz à l'Edim (Ecole de Jazz
et musiques improvisées), Virgile Lefebvre suit des études de
musicologie à l'Université Paris 8 (Saint-Denis), et parallèlement,
étudie le saxophone au conservatoire du 9eme arrondissement de Paris .
Très vite attiré par la composition et l'arrangement, il participe à
plusieurs formations de jazz.
© Copyright Le 7 Lézards, 2007.
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Christian Boullangier, Jazz-Passion, juillet 2007.
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Éric Legnini
Piano
La jolie « Miss Soul » a trouvé
son grand frère : « Big Boogaloo » ! L’air de parenté est évident,
les origines sont communes et leur auteur, Éric Legnini, n’a pas
trahi sa famille. Fidèle à ce jazz qu’il aime généreux et
gourmand, le plus français des pianistes belges qu’on prend souvent
pour un Italien revient avec un album aussi séduisant que le premier,
nourri aux mêmes sources, creusant le sillon – en anglais : le
groove ! – d’une musique qui ne craint pas de se faire plaisir sans
pour autant manquer ni de dextérité, ni d’émotion. Après
des années à servir les autres, notamment Stefano Di Battista avec
lequel il s’est fait connaître, Eric Legnini cultive enfin son
propre jardin. Il y fait pousser les musiques qui parlent à son
oreille et correspondent à son tempérament. Fidèle aussi aux
instrumentistes qui l’ont accompagné dans l’élaboration de «
Miss Soul », il accueille, pour ce second album, deux solistes aux
fortes personnalités qui, côte à côte sur l’explosif Big Boogaloo
ou séparément sur d’autres titres, contribuent à élargir le
spectre de son répertoire. Figure de Label Bleu, le saxophoniste
Julien Lourau trouve à merveille à se glisser dans un registre sur
lequel on n’est pas habitué à l’entendre. Amené à le côtoyer
de près lorsqu’il a remplacé son confrère Bojan Z en quelques
occasions dans son « Fire & Forget », Legnini, en effet, habitué
à penser les castings d’albums en tant que « réalisateur
artistique », a eu dans l’idée de déplacer le saxophoniste, ténor
en main, dans un contexte où il fait des étincelles. Bien lui en a
pris : grâce à lui, on découvre à Julien Lourau des parentés
inattendues aussi bien avec Junior Cook, ténor fétiche de Horace
Silver, qu’avec Dewey Redman, inclassable sax du Texas à la sonorité
rugueuse qui fit un bout de route auprès de Keith Jarrett et Don
Cherry. L’autre soliste à apporter une chaleur toute cuivrée à ce
« Big Boogaloo », Stéphane Belmondo, est un compagnon de longue date
du pianiste. Partenaire sur scène depuis plus de dix ans, il est ce
Soul Brother qui parle le même langage, un frère d’âme qui partage
plus que de la musique. Trompettiste idéal pour retrouver l’esprit
des séances hard bop, il a signé, en outre, en 2005, avec l’album
« Wonderland » (B Flat Recordings), un hommage à l’art de
compositeur de Stevie Wonder qui n’aurait pas été le même sans
l’apport décisif d’Eric Legnini, tant comme soliste qu’en fin
connaisseur de la Soul Music. Leur version langoureuse de Where Is the
Love inspirée du duo entre Donny Hathaway et Roberta Flack est tirée
de la même veine.
Alors que tant de pianistes lassent à force de narcissisme et de préciosité,
la musique d’Eric Legnini est directe, vive, sensuelle et rayonnante.
Irrésistiblement entraînante aussi, grâce à la batterie de Franck
Agulhon qui trouve toujours le bon groove, et à deux contrebassistes
aux qualités différentes qui alternent dans son trio : un Rosario
Bonaccorso, inébranlable à la Ray Brown auprès d’Oscar Peterson, véritable
pilier de la section rythmique dont l’assurance permet aux solistes
d’avancer les yeux fermés ; un Mathias Allamane, plus jeune, grandi
sous l’influence de Larry Grenadier, contrebassiste de Brad Mehldau,
qui apporte pour les titres joués par le trio seul une musicalité
différente, plus lyrique. Portées par le swing, habitées par
l’exigence de la concision, emmenées avec un toucher qui fait
naturellement sonner le piano, les compositions d’Eric Legnini, qui
constituent l’essentiel de son disque, restent fidèles aux valeurs
fondamentales du jazz et illustrent son amour pour la musique afro-américaine
dans l’étendue de sa diversité.
Car on l’oublie trop souvent mais les termes de soul, de funk, ou
encore de R’n’B, avant de distinguer des genres musicaux à part
entière, ont d’abord servi à désigner des courants du jazz, sur
son versant noir, et notamment ceux qui gardaient les pieds bien plantés
dans le sol fertile du blues, le corps chevillé à la danse, et l’âme
sous l’influence du Good Book. Tel le hard bop tendance funky des frères
Adderley ou de Horace Silver, le rhythm’n’blues des organistes
disciples de Jimmy Smith, le soul jazz entretenu chez Blue Note par des
Stanley Turrentine et des Donald Byrd ou les tubes groovy de Herbie
Hancock façon Watermelon Man… ce jazz qui gardait des attaches
fortes avec ses origines, au son délibérément roots, parlaient à
ceux qui découvraient à la même époque Marvin Gaye, Curtis Mayfield,
James Brown ou encore Ray Charles et Aretha Franklin. Il reste cher à
Eric Legnini dont la discothèque accueille sans distinction les
classiques de la soul comme les géants du jazz moderne. Ce qui ne
l’empêche pas d’avoir une oreille très avisée sur des pianistes
plus récents, ni de suivre attentivement les petits-enfants des Soul
Brothers des sixties qui, dans le hip-hop, perpétuent, par le biais
des samplers, le son de toute une époque : le breakbeat joué à la
batterie sur lequel démarre Funky Dilla, titre inaugural de son album,
est un coup de chapeau au producteur de rap J Dilla (aka Jay Dee), récemment
disparu qui œuvra auprès de Common et A Tribe Called Quest. En outre,
« Big Boogaloo », comme le titre l’annonce, se plaît à faire
revivre un rythme typique des années 1960, à la croisée du
rhythm’n’blues et du mambo inventé par de jeunes musiciens
portoricains soucieux de faire danser le public noir. Transposé à
l’époque par des jazzmen comme Lee Morgan ou Lou Donaldson, il est
remis au goût du jour par Eric Legnini avec un bonheur très sûr grâce
à Franck Agulhon qui fait tourner ces rythmes avec une aisance
jouissive.
Dans le très remarqué « Miss Soul »,
Eric Legnini rendait un hommage en filigrane au méconnu Phineas
Newborn. C’est encore lui qui se trouve derrière Relection, un thème
signé par Ray Bryant, l’un de ces petits maîtres du clavier qu’il
affectionne, chez qui l’héritage du be-bop est imprégné d’esprit
gospel et mâtiné d’expressivité bluesy. Cependant, c’est une
autre figure négligée qu’Eric Legnini a tenu à saluer au fil de ce
second album : le pianiste et chanteur Les McCann (né en 1935) qui, en
son temps, fut le plus emblématique des prophètes du soul-jazz.
Auteur d’un monument du genre, « Swiss Movement », enregistré en
1968 au festival de Montreux, en compagnie du saxophoniste Eddie
Harris, pour le label Atlantic, il a conquis le monde grâce au
tellurique Compared to What et à l’explosif Cold Duck Time à faire
vibrer les murs. Ainsi, c’est à Les McCann qu’est repris l’irrésistible
The Preacher qui clôt cet album mais aussi la chanson Goin’ Out of
My Head, tube en vogue que le pianiste du Kentucky avait enregistré en
1967 en trio dans un club de Washington. C’est à lui encore qu’est
dédié Honky Cookie, d’inspiration franchement gospel bâti en
question-réponse, sorte de miniature swinguante comme Eric Legnini les
affectionne, directe et sans détour (en moins de trois minutes, tout
est dit !). Cependant, Les McCann n’est que le plus emblématique
d’une cohorte de pianistes dont Eric Legnini ranime l’héritage,
car il sait que ses influences sont loin de se limiter à eux, comme en
témoigne son interprétation en solo de Smoke Gets in Your Eyes, grand
standard qui révèle un penchant d’improvisateur qui doit aussi à
Bill Evans et Keith Jarrett. Car s’il est une unité de l’art d’Eric
Legnini, à l’image de son poétique Trastevere inspiré du quartier
romain du même nom, c’est dans son attachement quasi-latin à la mélodie
et à la chanson, qu’il faut la rechercher. Loin de s’enfermer dans
l’univers de ceux qui l’ont inspiré – on appréciera à cet égard
les couleurs pop de Nightfall – Eric Legnini jouit d’une force
tranquille qui lui permet de redonner une actualité à tout un pan de
la mémoire du jazz avec jubilation et de faire chanter avec faconde et
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