B. Les analogues des
nucléosides.
Les analogues des
nucléosides, après phosphorysation, agissent
en inhibant l'enzyme reverse transcriptase du VIH.
(retour)
B.1.
AZT.
L'AZT (zidovudine,
azidothymidine, Retrovir®, laboratoire Glaxo-Wellcome)
est un analogue nucléosidique de la thymidine
(remplacement en 3' du groupe hydroxy par un groupe
azido).
C'est l'analogue nucléosidique qui a
été le premier étudié (et
même avant que n'apparaisse l'épidémie
de Sida en 1981) et c'est celui qui fut longtemps
l'unique traitement officiel de
référence.
In vitro, il agit
effectivement en inhibant par compétition la reverse
transcriptase ; cependant, plusieurs études ont
montré, il y a quelques années
déjà, que cette action disparaissait
après le 12ème jour.
Pharmacocinétique : concentration max. = 1,9
µl/ml (après administration orale de 5 mg/mg-4
h) ; liaison aux protéines dans 34 à 38 % des
cas ; demi-vie sérique : 1 heures ; catabolisme
hépatique ; excrétion rénale.
Posologie
adulte :
500-600 mg/j en deux prises (toutes les 12
heures), 1 ou 2 cp
par prise. Enfants
de plus de trois mois : 720 mg/m2 ; jusqu'à 6
semaines, 2 mg/m2/6 heures.
Administration : au cours ou en dehors des
repas.
Contre-indications : hémoglobine
inférieure à 7,5 g/100 ml ; neutrophiles
inférieurs à 750/mm3 ; hypersensibilité ; en
association avec la ribavirine, chez le nouveau-né en
cas de transaminases hépatiques dépassant 5
fois la limite supérieure de la normale, ou
hyperbilirubinémie nécessitant un autre
traitement que la phytothérapie.
Ne pas utiliser en association avec le D4T.
Précautions
d'emploi :
antécédents d'anémie ou de
neutropénie (nécessite d'adapter la posologie
et de renforcer la surveillance) ; insuffisance
rénale sévère (augmentation de l'ASC de
100% nécessitant d'adapter la posologie) ;
insuffisance hépatique (nécessite de
contrôler les concentrations plasmatiques ou de
renforcer la surveillance) ; allaitement
(déconseillé) ; chez la femme (cf.
infra).
Interactions
médicamenteuses ; augmentation du risque
hématologique ou néphrotoxique :
amphotéricine B, cotrimoxazole, dapsone,
doxorubicine, flucytosine, ganciclovir, interféron,
pentamidine, pyriméthamine, vinblastine, vincristine
; augmentation de la fréquence des
neutropénies : paracétamol ; augmentation ASC
de l'AZT : méthadone,
probénécide.
Effets
secondaires cliniques possibles : fatigue (parfois secondaire
à une anémie), douleurs thoraciques ou
abdominales, fièvre, nausées (parfois
très handicapantes), vomissements, éruptions
cutanées, céphalées, insomnies
paresthésies, vertiges.
Les atteintes musculaires sont préoccupantes : elles
se traduisent par des myalgies ; il peut s'agir d'une
véritable atteinte myopathique qui survient
plutôt après plusieurs mois de traitement.
C'est la raison pour laquelle des médecins ont
conseillé de surveiller de temps en temps les enzymes
reflétant l'état de souffrance musculaire :
CPK (et surtout CPK MM), mais aussi l'aldolase et les LDH.
(retour au
lien AZT et 3TC clin.)
Effets
secondaires biologiques possibles : les plus préoccupants
sont ceux d'ordre hématologiques ; anémie
(l'augmentation du VGM est un stade précoce qui
traduit une macrocytose et qui existe chez presque tous les
patients), neutropénie, thrombopénie, aplasie
médullaire (qui fait que l'AZT peut avoir parfois une
toxicité majeure). Pour limiter cette toxicité
hématologique, certains ont conseillé
l'utilisation de facteur de croissance
hématopoïétiques
(érythropoïétine, G-CSF, GM-CSF
associé à certaines interleukines ou aux sels
de lithium) ; d'autres conseillent les sels de lithium qui
seraient efficaces seuls ; la vitamine E (1 g/j) serait
aussi efficace que l'érythrpoïétine.
Signalons aussi que le dipyridamole, un vieux
médicament (Persantine 75®, Cléridium
150®), qui, à forte dose, a une action anti-VIH,
réduit fortement in vitro la toxicité de
l'AZT.
Un autre effet préoccupant découle de
l'anémie : la réduction d'apport
d'oxygène au niveau des tissus réduit la
respiration cellulaire. Cela expliquerait la toxicité
différée au niveau musculaire. Cette
souffrance musculaire est décrite parfois avec l'AZT
et se traduit souvent par une augmentation des enzymes
musculaires (CPK, aldolase, LDH).
Une autre conséquence de cette réduction
d'apport d'oxygène pourrait être une
prolifération accrue du VIH ;
l'accélération de la prolifération du
VIH est multipliée, in vitro, de 15 à 30 fois
en l'absence d'oxygène (Polonis et coll., 1991).
Certains pensent que l'on aurait dû se
préoccuper plus de ce risque, et donc se pencher plus
sur certains moyens pour limiter cette inhibition de la
respiration cellulaire, en agissant sur la
microcirculation : sur la vasodilatation (papavérine
qui a aussi une action anti-VIH, la vitamine E, le
dipyridamole), sur la déformabilité des
cellules (la pentoxifylline, qui a une action anti-TNF, la
vitamine E) et en limitant l'adhésion des cellules
sanguines à la paroi vasculaire (vitamine E et
d'autres anti-radicaux libres).
La possibilité d'une toxicité
hématologique implique une surveillance
systématique de la NFS en début de traitement
(tous les 8 ou 15 jours le 1er mois, puis tous les
mois).
Autres effets
biologiques :
acidose lactique. (retour au lien
AZT et 3TC bio.)
Risque
mutagène :
cf. Annexe
VII.A.
Risque
cancérogène : Des cas de cancers
génitaux induits par l'AZT ont été
décrits chez la souris et la rate (lettre
d'information du laboratoire Wellcome adressée
à 700 médecins le 04/12/89). Cet effet n'a pas
été décrit chez l'être humain ;
mais dans l'état actuel des connaissances, il ne peut
pas être exclu, notamment chez la femme : et cela est
inquiétant, à moyen et long terme.
Ce risque de cancer génital favorisé par
l'AZT, bien qu'encore hypothétique, ne peut
être négligé dans la mesure où ce
risque est déjà majoré chez les femmes
infectées par le VIH : fréquence accrue des
papillomavirus génitaux, comparativement à la
femme non infectée par le VIH chez laquelle ce virus
favorise certains cancers génitaux ; fréquence
accrue d'infections dues aux papillomavirus chez les femmes
séropositives symptomatiques, comparativement aux
asymptomatiques ; fréquence accrue des cancers du col
de l'utérus (près de 5 fois plus
fréquents, comparativement aux femmes non
infectées par le VIH) et plus d'anomalies vulvaires
en rapport avec les papillomavirus.
Il est donc recommandé de faire plus
fréquemment des frottis cervico-vaginaux chez la
femme sous AZT.
Il faut aussi indiquer que, dans certaines études,
une fréquence accrue de lymphomes a été
constatée sous AZT ; mais les auteurs n'ont pu
déterminer si il y avait un lien direct avec la prise
d'AZT, ou si l'apparition de ces lymphomes était
secondaire à l'état d'immuno-dépression
avancée des patients concernés. (retour de
lien en précautions d'emploi)
C'est à la suite de
ces constatations que certains chercheurs se
penchèrent plus sur ce risque (cf. Annexe
VII.A.).
Arrêt du
traitement : en
cas d'hémoglobine inférieure à 7,5
g/100 ml, en cas de neutrophiles inférieurs à
750/mm3 (la posologie sera réduite
temporairement de moitié en cas d'hémoglobine
inférieure à 10 g/100ml ou de neutrophiles
inférieurs à 1 200/mm3 ou de leucocytes <2
000/mm3), en cas d'aplasie
médullaire, en cas d'atteinte musculaire.
Résistance du
VIH à l'AZT
: elle est liée à des mutation des codons 41,
67, 70, 215 ou 219. En monothérapie, elle survient
souvent dès le 6ème mois et d'autant plus que
les CD4 sont bas et que la réplication virale est
élevée.
Cette résistance a été décrite
aussi chez des personnes n'ayant jamais reçu d'AZT ;
ce qui s'expliquerait par une possibilité de
transmission de cette résistance par voie sexuelle
à l'occasion d'une contamination ou d'une
surcontamination par une souche de VIH ayant acquis une de
ces mutations.
Les mutations 215 et 41 sont prédictives d'un risque
évolutif.
Éléments sur ses
effets cliniques et biologiques en mono ou
bi-thérapie
: les premières études cliniques ont
montré que les patients au stade de SIDA ou
présentant des manifestations de stade IV avaient,
sous ce traitement (en monothérapie), moins
d'affections opportunistes et une moindre mortalité
(survie de 2 ans contre 6 mois pour les non traités).
L'augmentation des T4 et la diminution de l'ag P24 sont
transitoires, cessant à partir du 3ème ou du
6ème mois. D'autres études ont montré
que, chez les personnes ayant survécu plus de 12 mois
après que fut posé le diagnostic de Sida, le
taux de mortalité était plus
élevé pour celles qui avaient reçu de
l'AZT (Lundgren et coll., JAMA, 271, 1088-92, 1994).
D'autres études préliminaires semblaient
indiquer que l'AZT, utilisé pendant un an chez des
patients asymptomatiques ou peu symptomatiques, ayant des T4
<500, permettait de diminuer de près de 3 fois le
risque d'évolution vers le SIDA, sans avoir cependant
d'effet sur la survie. Mais le protocole Concorde a
démontré que l'AZT, en monothérapie,
n'apportait, chez les patients asymptomatiques, aucun
bénéfice en comparaison avec le groupe ayant
reçu un placebo (protocole débuté en
janvier 1989 et dont les résultats ont
été, en partie, rendus publics en avril 1993).
D'autres études ont même montré que,
chez des patients asymptomatiques (CD4 entre 200 et
500/mm3), le risque d'évolution
vers le stade ARC était plus élevé chez
ceux recevant de l'AZT (Fischl et coll., Ann Int Med, 112,
727-37, 1990).
Donc, en monothérapie, l'efficacité de l'AZT
est limitée (augmentation faible des CD4 et
diminution peu importante de la charge virale). En
bi-thérapie avec le ddI ou le ddC, l'effet biologique
est plus prolongé, l'évolution des
symptômes de la maladie est retardée et la
mortalité est diminuée, comparativement
à l'AZT en monothérapie.
Son utilisation en
association avec le 3TC dans le cadre de bithérapie
et surtout dans le cadre de trithérapies, a permis
d'obtenir des résultats intéressants. Mais les
bithérapies (AZT-ddI, AZT-ddC, AZT-3TC) ne doivent
plus être utilisées car elles risquent de faire
apparaître des résistances qui rendront moins
efficaces les trithérapies utilisées
ultérieurement. Et compte tenu de sa toxicité,
qui peut parfois survenir, et de ses risques
mutagènes (cf. Annexe
VII.A.), certains
considèrent que l'AZT ne devrait plus être
utilisé en première intention, notamment dans
le cadre des trithérapies.