La charge
virale.
La charge virale
mesurée au niveau du plasma permet de quantifier
l'ARN viral après amplification par la technique de
"polymerase chain reaction". Elle représenterait,
d'après certains auteurs, 30 % de la charge virale
totale de l'organisme. C'est cette mesure qu'on utilise
maintenant en pratique courante et que l'on appelle "charge
virale" par excès de langage. Hormis son
intérêt pour évaluer l'effet des
thérapeutiques, elle permettrait d'apprécier
des risques évolutifs (évolution rapide en cas
de valeur élevée au cours de la 1ère
année qui suit la découverte de la
séropositivité), des risques de transmission materno-fœtale
plus élevés en cas de charge
virale élevée chez la mère. Des valeurs
plutôt basses (inférieurs à 10 000
copies/ml) seraient fréquentes chez les
"non-progresseurs" à niveau de CD4 stable.
Une autre mesure peut se
faire à partir des lymphocytes infectés qui
contiennent l'ADN proviral intégré dans leur
ADN. C'est une mesure de charge virale cellulaire.
La charge virale est le
plus souvent exprimée en copies/ml. Certains
laboratoires rendent parfois ces résultats en les
exprimant en copies/100 ml, ce qui est de moins en moins
utilisé et peut prêter à
confusion.
La mesure de la charge
virale est un examen intéressant ; mais il importe,
encore plus que pour d'autres marqueurs biologiques (comme
les lymphocytes CD4), d'en tirer des conclusions en se
basant sur l'analyse de la variation entre deux mesures de
charge virale faites à distance. Cette variation est
significative si la charge virale a été
multipliée ou divisée par plus d'un facteur
trois.
Mais il faut savoir qu'en
raison de la forme de la courbe obtenue par les laboratoires
d'analyses pour estimer la charge virale, c'est la variation
en logarithme qui est significative. Donc, on doit
considérer comme significative une variation de plus
de 0,5 log, et ce
quelque soit la variation en copies/ml.
Il est donc difficile de
dire avec précision si une charge virale
exprimée en copies/ml est haute, moyenne ou basse ;
car ce qui compte, c'est la variation. Dans certains cas, on
peut cependant le dire : basse pour des chiffres
inférieurs à 10 000, élevée pour des
chiffres de plus de 100 000.
C'est la raison pour
laquelle, récemment, des spécialistes
internationaux se sont heurtés à la
difficulté d'établir le niveau de charge
virale à partir duquel il faudrait débuter une
trithérapie : supérieure à 30 000 pour
certains, supérieure à 50 000 copies/ml pour
d'autres -qui seraient les plus nombreux. Certains
spécialistes les recommandent même dès
10 000 copies/ml, voire dès 5 000 copies/ml.
À tout ceci, il faut
ajouter que la sensibilité des techniques actuelles
de dosage de la charge virale est encore insuffisante
puisque la plupart des techniques ne peuvent
différencier les valeurs entre 0 et 200 copies/ml :
toutes ces valeurs sont donc assimilées à
zéro, sans pouvoir dire si elle correspondent ou non
à une véritable charge virale nulle ou
à une présence, en faible quantité
(comme c'est le cas par exemple entre 200 et 500), de virus
dans le sang circulant ; on dit alors que la charge virale
est indétectable : ce qui signifie que la
sensibilité des techniques de dosage actuellement
disponible ne permet pas de détection en dessous du
seuil de 200.
Actuellement, une nouvelle
technique serait au point pour permettre de mieux pallier ce
problème de seuil de dosage (Ultra Direct, mise au
point par le laboratoire Roche, et qui a un seuil de
détection de 20 copies/ml), mais elle n'est toujours
pas accessible à la prescription. Il serait donc
très important que l'on puisse enfin disposer de
cette nouvelle technique pour permettre de mieux pallier ce
problème de seuil de dosage. Certaines associations
de lutte contre le Sida essayent actuellement de faire
pression sur le laboratoire Roche et sur les
décideurs du ministère de la Santé. Ce
retard nous amène à nous demander si cette
technique est vraiment au point, ou si des problèmes
de gros sous rendent frileuses les autorités
sanitaires.
Indiquons, pour terminer,
les correspondances entre les charges virales
exprimées en copies/ml et celles exprimées en
logarithmes (les logs correspondent au nombre de
zéros qui suivent le premier chiffre de la charge
virale exprimée en copie/ml) :
500 = 2,7
1 000 = 3
3 000 = 3,5
10 000 = 4
30 000 = 4,5
100 000 = 5
300 000 = 5,5
1 000 000 =
6
3 000 000 =
6,5
5 000 000 =
6,7