Q-R 1
Q. Qu'en est-il de
l'intérêt de la vitamine A pour réduire
le risque de transmission du HIV de la mère à
l'enfant, et ce notamment en Afrique ?
|
R. Je vous adresse la copie de
l'article de EPPNA review sur la vitamine A qui est
étudiée au Zimbabwe pour diminuer le risque de
transmission du virus HIV pendant la grossesse des femmes
séropositives à leur enfant. Cette
hypothèses avait déjà été
évoquée au congrès de Vancouver en 1996
: le risque de transmission est plus élevé
chez les femmes séropositives ayant un déficit
sévère en vitamine A, à savoir <0,70
micromol/l (Greenberg et coll.,
Université de Maryland à Baltimore, abstract
Tu.C.2592), que
nous avions résumé dans "Traitements
alternatifs/complémentaire" (version papier et version en
C.22. sur notre serveur Internet <http://www.positifs.org/>). Une autre étude
réalisée chez des femmes africaines,
publiée en 1992 (Conférence Internationale sur
le Sida d'Amsterdam) avait déjà montré
que des taux bas en vitamines A accroissaient le risque de
mortalité (in utero, néonatale et postnatale)
; ceci est à rapprocher d'une autre donnée
scientifique bien établie, à savoir la
relation existant en Afrique entre la gravité de
certaines viroses, comme la rougeole, avec les carences en
vitamine A (ce que nous avions déjà
mentionné en 1994 dans "AZT et procréation"
paru dans le Supplément à Sida Tout Va Bien N°16).
Je pense qu'il s'agit
d'informations très importantes et qui ont
été négligées. Il serait urgent
que d'autres études soient réalisées
dans ce domaine. Un point me semble particulièrement
important : il importe de déterminer exactement la
dose de vitamine A à prescrire, pendant combien de
temps (et notamment combien de temps avant la grossesse) et
quelle vitamine A (il en existe plusieurs types et il n'est
pas exclu que certaines n'aient aucun effet ; de plus, on
sait que certaines vitamines A ont une action
bénéfique contre le virus HIV, mais que
d'autres favorisent la multiplication du virus au sein des
macrophages, un des réservoir du virus).
(0298)
|
Q-R 2
Q. J'habite en
Côte d'Ivoire. Je suis séropositif. Ma femme ne
le sait pas et elle vient de m'apprendre qu'elle est
enceinte. J'utilise toujours le préservatif quand
j'ai des rapports sexuels. Mais il y a quelques temps, le
préservatif s'était rompu. Je redoute d'avoir
contaminé ma femme et notre bébé qui va
naître. Si ma femme a été
malheureusement contaminée, est-ce que le
bébé le sera automatiquement ? peut-on
l'éviter ?
|
R.
Pour
réduire le risque de transmission du virus de la
mère à l'enfant, les traitements officiels
recommandés doivent être utilisés
à la fin de la grossesse et après
l'accouchement.
Cela permet de réduire ce risque de transmission des
2/3. Ce qui est très important.
Donc, il importe que votre
femme fasse au plus vite un test : il faut lui dire que l'on
conseille de plus en plus souvent de faire un test aux
femmes enceintes, car on sait qu'en Afrique il y a de
nombreuses femmes qui sont infectées par le virus VIH
et qu'il faudrait, dans ce cas, essayer qu'elle puissent
recevoir ce traitement. Cette contamination a pu survenir il
y a plusieurs années, et parfois un test fait
antérieurement peut, dans certains cas, ne pas
s'être révélé positifs
malgré le fait que la personne était
déjà infectée par le virus VIH (faux
négatifs).
Vous pouvez contacter Monsieur Boua Bi Drigone,
Président de l'association ivoirienne Virus Village
qui est une association rurale dont le siège est
à Abidjan (04 BP 2113 Abidjan 04, Fax : 243119). Il
connaît notamment un médecin français
qui travaille dans le cadre de la coopération
française et du ministère de la Santé
par l'intermédiaire de l'ANRS (Agence Nationale de
Recherche sur le Sida).
De plus, certains ont
démontré qu'en cas de carence alimentaire en
vitamine A (ce qui est fréquent en Afrique), la
transmission du virus VIH est favorisée. Donc, il
importe que votre femme reçoive un apport suffisant
en vitamine A, notamment en mangeant des carottes (elles en
contiennent 3 à12 mg/100g) qui est un des
légume en contenant le plus (il faut plutôt les
manger sans les faire cuire, c'est à dire crues ou
avec un assaisonnement huile-vinaigrette ou autre pour que
la vitamine A contenue dans les carottes gardent le maximum
de ses propriétés). Il y a aussi de la
vitamine A sous forme de bêta-carotène dans le
cresson, la salade (laitue), les choux les épinards
(2,5 à 8,5 mg/100g) et dans les abricots (1 à
4 mg/100g). On trouve aussi la vitamine A dans l'huile de
foie de flétan en très grande quantité
(2.000.000 à 40.000.000 U.I./100g) ainsi que dans le
foie de poisson (10.000 à 1.000.000 U.I./100g), dans
l'huile de foie de morue (50.000 à 400.000
U.I./100g), dans le foie d'animaux de boucherie (10.000
à 40.000 U.I./100g). Le beurre en contient beaucoup
moins (0,3 à 1 mg/100g ce qui correspond à
1.500 à 4.000 U.I./100g). (0698)
|
Q-R 3
Q. Ayant
consulté les FAQ (très bien gérées,
bravo), je souhaiterais avoir plus de renseignements
concernant les papillomavirus, les molluscum, et surtout
(aucune donnée trouvée à ce jour) sur
les verrues. Je porte l'arsenal complet (séro depuis
10 ans). Pour les papillomavirus et les molluscums, le
traitement existe et est assez efficace ; en revanche j'ai
des verrues sur les mains (importantes et nombreuses) et je
n'ai rien trouvé concernant ce sujet. J'ai
essayé l'azote, l'acide salycilique jusqu'à
30%, le laser (les dermatos ne sont pas vraiment encore au
point devant ce type de verrues). Il est possible que le
foyer infectieux réside dans les intestins (j'ai
essayé quelques traitements, sans résultat). Auriez
vous des infos concernant des traitements locaux, et quels
types de vitamines et/ou oligo-élements vous semblent
utiles comme traitements liés à cette
infection.
|
R.
Merci, tout
d'abord, pour votre appréciation sur nos FAQs.
Vos compliments sont très stimulants pour les
bénévoles que nous sommes depuis près
de dix ans. Nous avons eu la chance de saisir très
vite que le SIDA était une urgence planétaire
et que son étude permettait d'agir dans bien d'autres
domaines médicaux, et non-médicaux, communs au
SIDA. Et nous avons la certitude que ce n'est qu'à
travers ce type de bénévolat, et grâce
à la technologie d'Internet (à condition
qu'elle soit bien maîtrisée) que nous pourrons
soulever des montagnes avec des milliards
d'internautes.
Concernant les verrues, il
s'agit de papillomavirus n'ayant aucun caractère de
malignité, mais qui ont la caractéristique
d'être hautement récidivants. Il y a plus d'une
trentaine de papillomavirus différents. Certains sont
responsables de maladies malignes ; c'est le cas de ceux qui
sont responsables, chez la femme, du cancer du col de
l'utérus, dont le diagnostic est
réalisé facilement à partir du frottis,
et dont le traitement par laser est très efficace.
Chez l'homme, ces virus sont responsables de pathologies
bénignes ; mais à la différence de la
femme, ils se traduisent par des lésions qui ont des
manifestations plus extériorisées et
extensives, et qui ont tendance à récidiver
très souvent. Précisons que, de toutes les
Maladies Sexuellement Transmissibles (c'est le cas de
certaines affections occasionnées par certains
papillomavirus), ce sont les plus contagieuses, et les
seules que l'on pourrait contracter par des contacts
limités (siège de WC, cabines d'essayage de
maillots de bain). Les caractères récidivants
et facilement transmissibles sont aussi des apanages bien
connus des verrues.
Chez les personnes
infectées par le virus VIH, les affections dues
à des papillomavirus sont plus fréquentes que
dans la population générale.
Ce qu'il faut savoir, c'est que la plupart des virus qui
peuvent co-infecter les personnes infectées par le
VIH ont des propriétés oncogènes. C'est
le cas de certains papillomavirus qui peuvent occasionner,
outre le cancer du col de l'utérus, des cancers
ano-rectaux et épidermiques.
Nous terminons
actuellement la rédaction d'un vaste article qui
aborde divers sujets à partir, notamment, de la
procréation, de l'AZT, du distilbène, du VIH
et des autres rétrovirus (publication sur notre
serveur Internet <http://www.positifs.org/> courant mai
1999).
Nous vous transmettons un court extrait de cet article,
où nous évoquons une voie de traitement
complémentaire des papillomavirus ayant une action
maligne. Mais nous pensons que cette voie de traitement
serait à tenter pour des pathologies bénignes
récidivantes induites par des papillomavirus,
notamment les verrues.
Une étude a été réalisée
chez 155 personnes infectées par le VIH, dont 14,2%
présentaient des lésions cervicales squameuses
épithéliales et 19,4% un déficit en
vitamine A (<1,05 micromol/l). L'analyse univariable
montre une association de ces lésions avec un
déficit en vitamine A (p<0,029), des lymphocytes
T4 <200/mm3 (p<0,001), avec une charge
virale détectable (p<0,028) et avec la
présence de papillomavirus dans les
sécrétions cervico-vaginales (p<0,001).
Après inclusion de ces facteurs dans un modèle
de régression statistique, une association
significative avec ces lésions persiste avec la
présence de papillomavirus (p<0,003) et un
déficit en vitamine A (p<0,017). L'association
avec un niveau bas de CD4, trouvée par d'autres
équipes, n'atteint pas ici la significativité,
probablement en raison d'un effectif de patients insuffisant (French A. et al.,
XIIth International Conference on AIDS, abstract n°
22301, Geneva, 1998).
La question est de savoir quelle vitamine A utiliser. En
effet, il existe de nombreux types différents de
vitamine A. Il semblerait que la plus intéressante
soit le bêta-carotène (celui des carottes
râpées, les carottes cuites perdant leur
efficacité). Certaines vitamines A, comme certains
rétinol, pouvant majorer la prolifération du
VIH dans certaines cellules (démontré in vitro
dans les monocytes), sont à éviter
jusqu'à preuve du contraire.
Un autre traitement pourrait être intéressant
pour les affections à papillomavirus. Il s'agit de la podophylline.
Nous l'avons évoqué sur notre serveur Internet
à la rubrique "F.
Aspects médicaux du Sida".
Ce traitement a été proposé aussi pour
traiter des pathologies en rapport avec deux autres virus
qui peuvent aussi co-infecter les personnes infectées
par le VIH.
Ainsi, dans le sarcome de Kaposi (cause la plus probable :
virus herpès HHV8) : la podophylline (Condyline®
: 2 applications par jour pendant 3 jours/7, durant cinq
semaines, chaque cure pouvant être espacée au
début de 7 jours) ; rappelons que l'étoposide,
proposée dans le traitement du sarcome de Kaposi, est
un dérivé de la podophylline. Et, dans la
leucoplasie chevelue (due au virus d'Epstein Barr et par un
papillomavirus), on a aussi proposé la podophylline.
Par ailleurs, pour cette affection, on a aussi
proposé un traitement local qui recoupe celui
évoqué précédemment pour les
verrues : application locale de vitamine A acide à
0,1% ; Locacid solution®, 1 application tous les 2 ou 3
jours, ou tous les jours durant 6 semaines ; puis, 1
application tous les 3 jours. Parfois, une application matin
et soir durant 4 jours est suffisante ; à renouveler
ultérieurement.
Concernant le molluscum, nous n'avons pas plus
d'informations à vous communiquer que celles se
trouvant dans "Aspects
médicaux du Sida" de notre serveur Internet
(<http://www.positifs.org/>). (0799)
|
Q-R 4
Q. Bonjour, je suis
à la recherche de toutes informations concernant la
séropositivité des enfants et plus
particulièrement des petits. Je suis
séropositive depuis 10 ans avec une charge virale
stable et j'ai une petite fille de 19 mois à qui nous
avons fait le test, il y a un mois.
Malheureusement, il est
positif. Alors, voici mes questions :
1/ Est-ce
définitif ?
2/ Quelles sont les
références en quantité de T4 et en
charge virale pour un enfant de cet âge ?
3/ Existe-t-il d'autres
traitements que ceux pour adultes (trithérapies avec
AZT) ?
4/ Y a-t-il un travail
de recherche en cours concernant des soins
spécifiques pour enfants et, si oui, où en
est-il ?
Je vous avais
déjà contacté lorsque j'étais
enceinte, et j'ai beaucoup apprécié vos
informations claires et précises. Si vous pouviez y
joindre les informations les plus récentes concernant
les médicaments utilisés dans les
trithérapies ainsi que leurs effets secondaires. En
effet, de par mon accouchement, un état allergique
s'est installé, mes T4 sont très bas et mon
médecin insiste pour que je démarre un
traitement, mais sans vouloir me donner toutes les
informations sur la thérapie. J'ai besoin de savoir
ce que sont ces molécules qu'on me propose de
prendre.
Je vous remercie
à l'avance pour vos précieuses
informations.
|
R Concernant le diagnostic de
l'infection à VIH chez un enfant né d'une
mère séropositive : comme les anticorps
maternels franchissent le placenta pendant la grossesse, les
tests (qui dépistent la présence d'anticorps
dirigés vis-à-vis du VIH)
réalisés chez l'enfant sont perturbés
jusqu'à environ le 15ème mois ; et ce n'est
donc qu'après ce moment-là que l'on peut, ou
non, en général confirmer la contamination du
nourrisson. Les techniques virologiques permettent de faire
un diagnostic plus précoce.
Concernant les valeurs des
lymphocytes T4 : chez les enfants, elles diffèrent de
celles des adultes. La mesure des T4 est surtout importante
pour déterminer le moment où il est
conseillé de recourir à une prophylaxie
primaire de la pneumocystose (chez l'adulte, elle est
conseillée si, à deux reprises, les T4 sont
inférieurs à 200/mm3 et/ou à 15%). Chez les
enfants, les recommandations de cette prophylaxie sont
différentes depuis 1995, selon l'âge, car les
valeurs des CD4 sont différentes de celles des
adultes : de 1 à 11 mois, si les CD4 sont
inférieurs à 1 500/mm3 ; de 1 an à 5 ans, si les
CD4 sont inférieurs à 1
000/mm3 ; et chez les enfants de plus de 6
ans, si les CD4 sont inférieurs à
500/mm3. Cette prophylaxie est aussi
recommandée si le pourcentage (valeur relative) des
CD4 descend entre 15 et 24%.
Les posologies recommandées en
sulfaméthoxazole/trimethoprime (Bactrim®) sont
dépendantes de la surface corporelle : respectivement
750 mg/m2/j et 150 mg/m2 /j à répartir sur 3
jours consécutifs chaque semaine (une seule dose/j)
ou sur les 7 jours de la semaine (deux demi-doses/j), ou 3
fois par semaines (deux demi-doses/j). En cas
d'intolérance au
sulfaméthoxazole/trimethoprime : aérosol de
pentamidine (300 mg/mois), ou dapsone (pour les enfants de
plus d'1 mois : 1 mg/kg/, ou pentamidine en IV (4 mg/kg
toutes les 2 ou 4 semaines).
Concernant la charge
virale, il n'y a pas de différence avec les valeurs
observées chez les adultes. Il s'agit d'un marqueur
biologique important : le but étant d'obtenir qu'elle
soit indétectable.
Concernant la recherche
médicale en matière de soins des enfants
infectés par le VIH, il y a des équipes
spécialisées dans ce domaine. C'est notamment
le cas, en France, de celle du Professeur Stéphane
BLANCHE (Hôpital Necker-Enfants Malades, 149-161, rue
de Sèvres, Paris, tél. : 01 44 49 48 24) et de
celle du Professeur Christian COURPOTIN (Hôpital
Armand-Trousseau, 26, avenue du Dr-Arnold-Netter, Paris, tél. : 01 44 73 60 62, e-mail :
christian.courpotin@trs.ap-hop-paris.fr). D'autres équipes
spécialisées existent dans d'autres
départements (pour plus de précisions, se
reporter sur notre serveur Internet <http://www.positifs.org/> à la rubrique
"Pédiatrie" des FAQ).
Concernant les traitements
antirétroviraux utilisés chez les enfants, il
s'agit de certaines des molécules utilisées
chez l'adulte. Il faut savoir que la mise au point des
formulations pédiatriques pose des problèmes.
La première raison en est que, le nombre d'enfants
infectés par le VIH étant plus faible que
celui des adultes, il y a moins de protocoles pour
étudier les effets de telle ou telle association
d'antirétroviraux (chez les adultes, ces protocoles
devenant d'ailleurs de moins en moins faciles à
réaliser avec un nombre suffisant de personnes en
raison de l'accroissement du nombre de combinaisons
d'antirétroviraux disponibles). De plus, il existe
des lois internationales protégeant les enfants qui
limitent encore ce nombre de protocoles.
Si c'est possible, en première approximation,
d'extrapoler à l'enfant les résultats
concernant l'efficacité d'un traitement
observé chez l'adulte, cela n'est pas possible pour
apprécier les risques d'effets secondaires (leur
fréquence peut différer et ils peuvent
apparaître pour des doses différentes). De
même, les études chez les adultes ne permettent
pas de déterminer les posologies (pour certains
médicaments, elles peuvent être plus
élevées, ou au contraire plus basses).
La mise au point de formulations pédiatriques
rencontre aussi un autre problème : il s'agit
paradoxalement de celui du goût des suspensions
buvables. En effet, jusqu'à présent, la
plupart de ces présentations ont des goûts peu
agréables, voire franchement mauvais ; ce qui
constitue un obstacle majeur pour obtenir une bonne
observance du traitement et peut conduire à
l'apparition de résistances aux traitements
(certaines préparations contiennent même de
l'alcool !).
Dans le chapitre "VI.
Traitements du VIH et des co-facteurs du VIH" de F.
Aspects médicaux du Sida, édité sur notre
serveur Internet, nous nous sommes efforcés de
préciser les posologies utilisées en
pédiatrie.
Depuis le 8 juillet 1999, la suspension pour usage
pédiatrique de la névirapine (Viramune®) a
obtenue auprès de la commission européenne son
approbation pour son utilisation chez les enfants. C'est
donc le 7ème antirétroviral recommandé
en Europe pour les enfants (actuellement, il y en a 12 ayant
obtenu une approbation pour l'utilisation chez les
adultes).
L'intérêt de cette suspension est d'avoir un
goût agréable. Actuellement, ce traitement est
utilisé surtout pour les enfants présentant
des intolérances ou des résistances aux autres
traitements.
Concernant les traitements
complémentaires, leur expérimentation chez les
enfants est encore plus précaire dans la mesure
où cette expérimentation chez l'adulte est
toujours très limitée. Certains traitements,
que nous recommandons pour l'adulte, nous semblent utile
aussi pour les enfants : notamment, certaines vitamines (C
et E), oligo-éléments
(sélénium), glucuronamide. Là aussi, il
n'est pas aisé de déterminer les posologies et
aucune présentation pédiatrique n'existe.
L'impossibilité de pouvoir recourir, dans certains
pays (comme ceux d'Afrique), aux traitements
antirétroviraux à conduit certains chercheurs
à étudier (enfin !) certains de ces
traitements complémentaires.
Ainsi, une étude sur la vitamine A,
présentée à Genève au cours de
la 12ème Conférence Internationale sur le Sida (Abstract 42331 :
Wafaie Fawzi, HSPH 665 Huntington Avenue, Boston, MA, 02115,
USA), a
été réalisée en Tanzanie chez
687 enfants âgés de 6 mois à 5 ans,
hospitalisés pour pneumonie. Les enfants
dénutris ou présentant des signes cliniques
d'un déficit en vitamine A ont été
exclus de l'étude pour des raisons d'éthique.
En plus du traitement de la pneumonie, certains ont
reçu, à leur entrée, au 4ème et
au 8ème mois, 200 à 400.000 UI de vitamine A,
les autres un placebo. Sur plus d'un an de suivi, il y eu 90
décès et 72 enfants avaient un test HIV
positif. Les causes de mortalité étaient plus
fréquentes chez les enfants séropositifs
(p<0,001) : pneumonie (p<0,03), diarrhée
(p<0,001), infection à VIH (p<0,001). La
supplémentation en vitamine A chez les enfants
séropositifs a permis de réduire de 49% toutes
les causes de mortalité (RR=0,51, p<0,04),
contrairement aux enfants séronégatifs
(RR=0,94, p=0,81). Chez les enfants séropositifs, 21%
ayant reçu le placebo décédèrent
de diarrhée ; ce ne fût le cas d'aucun de ceux
ayant reçu de la vitamine A (p<0,003). Chez les
enfants séronégatifs, cette
supplémentation diminua de 86% la mortalité
par diarrhée (p>0,03) et diminua la
sévérité des diarrhées chez les
enfants survivants.
Concernant votre
état allergique : l'allergie est plus
fréquente chez les personnes infectées par le
VIH (de plus, des allergies peuvent survenir au
décours d'un accouchement). Chez les personnes
séropositives, on a démontré qu'il
existait une corrélation inverse entre les taux
sanguins en vitamine E (un anti-oxydant par ailleurs
intéressant comme traitement complémentaire du
VIH, au même titre que la vitamine C et le
sélénium), et ceux des immunoglobulines
témoins d'un état allergique (IgE). Donc, la
prise de vitamine E pourrait être utile dans votre cas
(Toco 500, 2 à 3 comprimé/j, remboursé
Sécurité sociale).
Concernant la description
des composants des trithérapies, il n'est pas
possible de vous les transmettre par courrier
électronique en raison de la place que cela
prendrait. Vous trouverez à ce sujet de nombreuses
informations sur notre serveur Internet, notamment au
chapitre
VI de Aspects
médicaux du Sida (en F.), ainsi que dans les
FAQ de ce serveur.
Une des trithérapies est particulièrement
recommandée chez l'adulte : D4T (Zérit®) +
3TC (Epivir®) + indinavir (Crixivan®). (0899)
|
Q-R 5
Q. Qu'en est-il en 2004
de l'effet de la supplémentation en certaines
vitamines sur l'évolution de l'infection à VIH
et dans le cadre de la transmission du virus de la femme
enceinte au fœtus ?
|
R.
Une étude
récente confirme que l'apport en vitamine B, C et E
augmente le taux des lymphocytes CD4, diminue la charge
virale en VIH et réduit le risque évolutif et
la mortalité.
Mais, surprenant, cette étude a montré que
l'apport en vitamine A semble réduire l'effet
bénéfique des autres vitamines, et la
supplémentation maternelle en vitamine A serait
associée à une majoration du risque de
transmission du VIH à l'enfant.
Cette étude* a
été réalisée en Tanzanie sur 6
ans chez 1.078 femmes enceintes infectées par le VIH.
Le recrutement a été effectué entre
1995 et 1997. Un suivi médical mensuel a
été assuré et des examens biologiques
ont été effectués tous les 6
mois.
L'étude a
été réalisée en double aveugle :
4 groupes de patientes ont été
constitués ; chacun recevant un des traitements
suivants : vitamine A (bêtacarotène et vitamine
A préformée) ou multivitamines (B1, B2, B6,
B12, PP, C, et acide folique sans vitamine A) ou
multivitamines avec vitamine A ou placebo.
La supplémentation multivitaminique, en comparaison
avec le groupe placebo, est associé à une
diminution du risque de décès (RR = 0,73), du
risque de progression vers le stade IV (RR = 0,50) ainsi que
du risque de progression au delà du stade III (RR =
0,72).
Et elle réduit l'incidence des symptômes
liés aux stades avancés de la maladie.
Cette supplémentation est aussi associée
à une augmentation des lymphocytes CD4, mais aussi CD
8 (lesquels ?) et à des virémies plus
faibles.
L'apport prénatal de multivitamine améliore
aussi l'évolution de la grossesse.
Les auteurs recommandent
donc, chez toutes personnes infectées par le VIH, la
supplémentation quotidienne en vitamines B1 (20 mg),
B2 (20 mg), B6 (25 mg), B12 (50 mg), PP (100 mg), acide
folique (0,8 mg), C (500 mg) et E (30 mg).
En ce qui concerne les
résultats obtenus avec la vitamine A, cela est
vraiment surprenant. Est-ce que ces résultats,
situés donc à l'opposé des
résultats d'études réalisées
antérieurement avec le bêtacarotène,
pourraient-ils s'expliquer par le fait que, dans cette
étude, d'autres vitamines A (vitamine A
préformée ?) aient été
associées au bêtacarotène ?
Des effets diamétralement opposés ont en effet
été obtenus antérieurement dans
d'autres études sur la croissance du VIH in vitro,
suivant le type de vitamine A utilisées (rappelons
qu'il existe de nombreuses vitamines A et que seule le
bêtacarotène a un réel pouvoir
vitaminique et que, dans le domaine de l'infection à
VIH, certaines vitamines A, comme certains
rétinoïdes, facilitent la multiplication du VIH
in vitro).
De nombreuses personnes
ont associé à leur traitement du
bêtacarotène depuis plusieurs années.
Cette supplémentation ne semble pas a priori avoir
été péjorative pour ces personnes.
Faut-il, à la lueur des résultats de cette
nouvelle étude, les mettre en garde contre cet apport
supplémentaire ? Nous n'avons pas de réponse
à leur fournir à ce jour.
* Wafaie Fawzi et
coll., New England Journal of Medecine, 1er juillet 2004, p.
23 et 78.
(0704)
|