R.
Avant de vous
donner notre réponse, nous souhaiterions vous dire
que nous faisons partie de ceux qui pensent que, sur
certains sujets concernant le SIDA, l'Église catholique
donne souvent des réponses "qui ne sont pas les
bonnes". C'est bien entendu le cas en ce qui concerne la
prévention par le préservatif de la
transmission sexuelle du SIDA (de plus, dans ce cas, cette
position est extrêmement dangereuse). Mais c'est
aussi le cas en ce qui concerne son implication dans la
lutte contre le SIDA, et notamment à propos de
l'exclusion sociale qui touche de plus en plus de personnes.
En effet, une implication financière serait la
moindre des choses. Les curés des paroisses ne
vivent, certes, pas sur l'or, mais au Vatican, on ne peut
pas en dire autant...
Ceci dit, s'il existe des réponses " qui ne sont pas
les bonnes", nous pensons, par contre, que toutes les
questions sont bonnes à poser. De plus, elles
permettent d'en informer de nombreuses personnes, par le
biais d'Internet.
Concernant la transmission du VIH au cours des gestes de la vie quotidienne : hormis
l'utilisation commune des rasoirs, il n'y a aucun risque ;
et notamment en ce qui concerne l'usage commun des
ustensiles de la table.
Cependant, dans votre cas précis, un risque est
possible. Il pourrait survenir si vous même
présentiez une lésion de la cavité
buccale pouvant saigner (gingivites favorisées par un
brossage excessif des dents, aphtes) et qu'il en soit de
même, simultanément, pour la personne
évoquée (à ceci près qu'à
un stade terminal, elle peut présenter d'autres types
de lésions pouvant saigner, telles des tumeurs).
Cette probabilité de transmission entre deux
personnes dont l'une est séropositive, mais sans
être dans un état cachectique (comme cela peut
être le cas lors de certains stades terminaux), est
quasiment nulle.
Cependant, cette probabilité n'est plus nulle dans le
cas d'une personne infectée par le VIH, qui serait
dans un état de cachexie avancée ; ce qui
pourrait être le cas de la personne
évoquée, puisqu'elle ne pouvait plus ouvrir
convenablement la bouche. Encore faut-il, cependant, que
vous présentiez vous-même une lésion
pouvant saigner, même de façon microscopique
invisible à l'œil nu. Et ce cas ne peut,
malheureusement, être totalement exclu.
Donc, que peut-on vous
conseiller de façon à éviter tout
risque de contamination, tout en respectant vos convictions
religieuses ?
Le plus sage serait de ne pas le boire.
Pour rester en accord avec votre conscience et votre
fonction, cela sous-entend qu'il faudrait conserver ce
breuvage. Je pense que cela peut être envisagé
si l'Église accepte de lui conférer le statut de
relique.
Deux autres possibilités pourraient être
envisagées, mais qui vous poseront peut-être
des cas de conscience. Il y a, tout d'abord, la
décontamination du breuvage en utilisant une
technique adaptée (le chauffage suivant un protocole
précis en est une). Il y a aussi la
possibilité d'attendre un temps suffisant avant de
décider de boire ce breuvage, mais en mesurant, en
préalable à l'ingestion, l'activité de
la reverse transcriptase du VIH afin de s'assurer de la
disparition d'une éventuelle contamination. Cette
méthode, comme la précédente, vous
posera peut-être un cas de conscience et, de plus,
elle a l'inconvénient d'être
onéreuse.
Pour terminer, nous
rappellerons que le SIDA n'est pas un cas en soi. De tout
temps, des ecclésiastiques et des ministres
d'autres cultes ont été confrontés
à des risques mortels en se rendant auprès des
mourants (épidémies de peste ou de
choléra, tuberculose...). Leurs attitudes ont
été fort variables, et certaines furent peu
adaptées à ces situations.
J'espère que notre
réponse vous aidera à adapter votre attitude
à cette situation nouvelle.
Je pense qu'il conviendrait d'en discuter avec votre évêque qui pourrait, ensuite, en saisir
l'épiscopat français -voire même le
Vatican. (0399)