R.
Le fait que
certains êtres humains présentent une
résistance à l'infection par le VIH
s'expliquerait en raison de facteurs propres à chaque
personne et/ou de facteurs viraux (souches de virus ayant
une moindre virulence).
Ce fait a particulièrement été
décrit dans le cadre de la transmission sexuelle du
VIH (rappelons que, contrairement à la transmission
sanguine, cette voie de transmission n'est pas de
100%).
Mais il convient de
souligner que les connaissances scientifiques concernant ces
facteurs sont très limitées. Il convient aussi
de dire que le risque de transmission du VIH est toujours
possible, même entre des personnes chez lesquelles il
ne se serait pas produit antérieurement au cours
d'une situation à risque, comme un rapport sexuel non
protégé.
Concernant le risque de
transmission sexuelle du VIH d'un homme séropositif
à une femme, trois études, publiées au
congrès de Vancouver (1996) permettent de comprendre
la variabilité de ce risque suivant les
personnes.
Les cellules Natural Killer (NK) s'opposeraient à
cette transmission par voie sexuelle chez des femmes ayant
un risque répété avec un même
partenaire : des femmes séronégatives ayant eu
régulièrement des rapports sexuels
non-protégés pendant 2 à 4 ans ont des
valeurs plus élevées des NK comparativement
à des femmes ayant eu un risque faible ou avec les
valeurs moyennes établies sur la population Thaï
(Mo.A.401).
De même, il existe une très forte
corrélation entre l'absence de bacille de
Döderlein au niveau vaginal chez des femmes enceintes
et la positivité de la sérologie VIH. Les
peroxydes hydrogénés ayant une action
virucide, leur production par ce lactobacille pourrait
expliquer ces résultats. En favorisant la
colonisation du vagin par le lactobacille à un niveau
physiologique normal, on pourrait agir préventivement
sur la transmission hétérosexuelle du VIH
(Th.C.4509).
À l'opposé, on peut se demander s'il n'y a pas un
risque accru de transmission du VIH par voie vaginale chez
les femmes utilisant une contraception à base de
progestérone. Cette hypothèse découle
d'un travail sur le rétrovirus SIV
réalisé sur des singes : l'inoculation par
voie vaginale de SIV se traduit par un taux de contamination
de 77% chez des singes ayant reçu au préalable
de la progestérone et par un taux de 10% chez ceux
n'ayant pas reçu de progestérone. De plus,
l'épithélium vaginal des singes traités
est plus mince ; ce qui aurait pour conséquence de
réduire l'action protectrice de cet
épithélium vis-à-vis du SIV
(Tu.C.2695).
Plus récemment,
d'autres études concernant ce thème ont
été publiées.
À l'occasion du
congrès de Genève (1998), 4 abstracts ont
abordé ce sujet.
Les souches de VIH ayant
un tropisme macrophagique (= infection
préférentielle des macrophages) se multiplient
plus facilement dans les cellules de type Th-1 (culture de
cellules T CD4+ stimulées par IL-12). A
l'opposé, celles ayant un tropisme pour les cellules
T (NL4-3) se multiplient plus facilement dans les cellules
de type Th-2 (culture de cellules T CD4+ stimulées
par IL-4). La boucle V3 de la gp110 du VIH est le principal
déterminant de cet effet. De plus, les cellules
exprimant le gène env de souches ayant un tropisme
pour les cellules T fusionnent avec les cellules de type
Th-2. Et les co-récepteurs CCR5 et CXCR4 sont
hautement exprimés, respectivement dans les cellules
de type Th-1 et Th-2, ce qui laisse présager aussi un
rôle de ces récepteurs dans cette
préférence (abstract n° 21146).
L'utilisation de certaines
plantes ayant des activités anti-bactériennes
(Zingiber officinalis, Aframomum stipulatum, Alchomea
cordifolia) pour les soins d'hygiène génitale
chez les femmes (République Démocratique du
Congo) pourrait, dans certains cas, déclencher
localement une inflammation qui pourrait favoriser la
transmission du VIH (composants incriminés : tannins,
huiles contenant des terpènes). Ces résultats
proviennent d'une étude réalisée
à Kinshasa chez 199 femmes. Les trois plantes
citées correspondent à celles les plus souvent
utilisées (respectivement 42,5, 28 et 11,6%). Chez
les femmes séropositives, les inflammations
pelviennes apparaissent respectivement pour ces trois
plantes dans 64, 28 et 8% des cas. La
séroprévalence est de 61,5% chez les femmes
utilisant pour les soins génitaux des plantes, versus
40,7% pour celles utilisant des antiseptiques modernes et
5,3% pour celles utilisant de l'eau (p<0,02) (abstract
n° 42370).
Chez 183 femmes vivant au
Kenya (Nairobi), 31% sont séropositives, 21% sont
infectées par N. gonorrhoeae, 9% par C. trachomatis,
39% par une infection vaginale bactérienne et 22% par
T. vaginalis. La présence d'interleukine-10 est
détectée au niveau de l'endocol utérin
plus souvent en cas d'infection à N. gonorrhoeae (51%
versus 26%), à C. trachomatis (56% versus 26%) et en
cas d'infection vaginale bactérienne (48% versus 26%)
comparativement aux femmes ne présentant pas ces
infections. Chez les femmes séropositives, IL-10 est
moins souvent détecté que chez les femmes
séronégatives (31% versus 44%). Après
ajustement pour le statut sérologique et le nombre de
CD4 endométriaux, IL-10 est détecté
significativement plus souvent en cas d'infection à
N. gonorrhoeae, à C. trachomatis et en cas
d'infection vaginale bactérienne.
L'interféron-gamma n'a été
détecté que sur trois
prélèvements. Comme l'IL-10 inhibe
l'activation de la réponse immunitaire Th-1 (qui
aurait une action protectrice vis à vis de
l'infection à VIH), ces MST pourraient augmenter le
risque de transmission du VIH par un mécanisme
agissant sur les défenses immunitaires au niveau des
organes génitaux (abstract n° 13280).
L'augmentation de la
fréquence de l'antigène HLA-A28 chez des
prostituées africaines séronégatives
mais hautement exposées au VIH est un fait connu (le
système HLA étant un système, propre
à chaque individu, lui permettant de
reconnaître ce qui est étranger et de faire en
sorte pour réagir).
La fréquence de cet antigène est
diminuée de façon significative chez 265
personnes séropositives en comparaison avec 341
personnes séronégatives (étude
réalisée sur les allèles A*68012 et
A*6802). L'allèle HLA-A*6901 n'est pas trouvé
chez les personnes séropositives, ni chez les
personnes séronégatives. Chez les caucasiens,
les allèles A*68012 et A*6802 sont aussi
associés à une résistance à
l'infection à VIH. L'identification des peptides
responsables de cette protection génétique
pourrait conduire à l'élaboration d'une
nouvelle voie vaccinale (abstract n° 21202).
À l'occasion du
congrès de Chicago (1999), trois abstracts ont
abordé ce sujet.
Une étude a
été réalisée en Israël chez
75 patients séropositifs et chez 46 patients non
séropositifs, ainsi que chez des immigrants
récents, originaires d'Ethiopie (102
séropositifs et 85 non séropositifs).
Tous les Éthiopiens présentaient une infection
parasitaire à helminthe à leur arrivée
en Israël (ce qui est le cas de la plupart des
immigrants originaires d'Ethiopie) et une importante
activation immunitaire caractérisée par une
prédominance de l'immunité à
médiation cellulaire de type TH2, et une activation
importante des lymphocytes, et au niveau membranaire.
L'éradication de l'helminthiase chez les patients non
séropositifs originaires d'Ethiopie se traduit par
une nette diminution de cette activation immunitaire.
Chez les patients séropositifs, qu'ils soient
israéliens ou originaires d'Ethiopie, on n'a pas
trouvé de différence au cours de plus de six
années de suivi, du point de vue du pourcentage de
progression dans la maladie, du pourcentage de diminution
des lymphocytes CD4, de la durée d'évolution
vers le stade Sida et vers le décès, des
charges virales, de la réponse aux
trithérapies et du profil de l'activation
immunitaire.
Les cellules PBMC des patients non séropositifs
originaires d'Ethiopie présentent une
susceptibilité accrue à l'infection à
VIH en rapport avec l'activation cellulaire. Il existe aussi
une proportion accrue de cellules CCR5+ avec une diminution
concomitante de la production de MIP 1 alpha et de
Rantes.
Donc, l'éradication des infections à helminthe
a un net effet sur le risque de contamination par le VIH,
sur l'évolution de l'infection et sur
l'immunité cellulaire. L'éradication des
infections à helminthe pourrait modifier
avantageusement l'évolution de
l'épidémie dans les pays du Tiers-Monde
où l'helminthiase est endémique (NDLR : et
pour un coût relativement modéré en
comparaison du coût des traitements
antirétroviraux qui sont, eux, toujours trop rarement
à la portée des personnes vivant dans ces
pays). Cela pourrait peut-être aussi améliorer
l'efficacité des vaccins anti-VIH et améliorer
la protection vis à vis de la tuberculose, autre
fléau important dans ces pays (abstract
n°74).
NDRL : Ces résultats montrent
à quel point il importe de s'attacher à
étudier plus en profondeur les facteurs d'activations
immunitaires, de répertorier les traitements dans ce
domaine et d'envisager, après réflexion, leur
utilisation d'un point de vue préventif, mais aussi
curatif dans le cadre de l'infection à VIH ; mais
aussi d'éventuelles autres maladies où
certaines formes d'activation immunitaire joueraient un
rôle important.
La délétion
homozygote 32bp (DELTA32) au niveau du CCR-5 réduit
fortement le risque de transmission de l'infection à
VIH chez les homosexuels.
La mutation hétérozygote 32bp au niveau du
CCR-5 et la mutation ponctuelle 64I (valine en leucine en
position 64) au niveau du CCR-2 semble ralentir le risque de
transmission de l'infection à VIH chez les
homosexuels.
Il a aussi été démontré que
plusieurs antigènes du système HLA (A1, B8,
DR3 et B27) pouvaient affecter la progression de
l'infection.
Chez des hétérosexuels (58
séronégatifs exposés, 57
séropositifs correspondant aux partenaires du
précédent groupe, 86 séropositifs), il
existe une fréquence élevée de la
mutation hétérozygote 64I au niveau du CCR-2
chez les femmes séropositives en comparaison avec les
femmes exposées séronégatives (p=0,02,
RR=1,6), avec une fréquence de l'allèle de 8%
chez les sujets séropositifs et de 1% chez les sujets
séronégatifs exposés (p=0,02).
Au niveau du CCR-5, aucune différence n'est
notée entre les différents groupes en ce qui
concerne la délétion 32bp.
L'analyse combinée de la délétion 32bp
et de la mutation 64I chez les partenaires
séropositifs révèle un effet additif
sur la réduction de la probabilité de
transmettre l'infection à VIH, approchant la
significativité (p=0,1).
Quand on compare le degré de disparité au
niveau du système HLA entre des sujets
séropositifs et leur partenaire
hétérosexuel, il existe une différence
significative parmi les couples séro-discordants
(p=0,02).
Ces résultats suggèrent que des facteurs
génétiques pourraient favoriser la
transmission de l'infection à VIH (abstract n°
571).
Des cytokines constituent
des stimuli de la différenciation des lymphocytes
CD4.
Ainsi, l'IL-12 ou l'IL-4 induisent respectivement la
formation des cellules T "helper" Th1 ou Th2.
In vitro, les souches de VIH-1 à tropisme
macrophagique se répliquent plus facilement dans des
cellules CD4 normales mises en culture avec de l'IL-12 ; ce
qui n'est pas le cas pour les souches de VIH-1 à
tropisme lymphocytaire T.
À l'opposé, les souches de VIH-1 à tropisme
lymphocytaire T infectent préférentiellement
des cellules CD4 normales du même donneur, mises en
culture avec de l'IL-4.
D'autres études montrent que la région V3 de
la gp110 est le principal déterminant de
l'efficacité de cette réplication. L'analyse
de la fusion cellulaire montre que les protéines
exprimées sur l'enveloppe des virus à tropisme
lymphocytaire T peuvent effectivement fusionner avec des
cellules issues de cultures cellulaires avec de l'IL-4.
Le niveau de l'expression du CCR5 est
particulièrement élevé au niveau des
cellules cultivées avec de l'IL-12, alors que celui
du CXCR4 est élevé au niveau des cellules
cultivées avec de l'IL-4 ; celui du CXCR4
étant bas au niveau des cellules cultivées
avec de l'IL-12.
Ces résultats montrent que les différentes
souches de VIH-1 ont des capacités différentes
pour infecter des cellules de type Th1 ou Th2 et que ces
différences seraient dues à l'expression
de certains récepteurs des chemokine de ces cellules.
Ces résultats suggèrent que l'état
immunologique est un des facteurs responsables du passage de
souches à tropisme macrophagique à des souches
à tropisme lymphocytaire T chez les patients
(abstract n° 549).