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Hyperthermie / Hypothermie


Q-R 1

Q Ma question est la suivante : que sait-on des effets de la température (hypothermie et hyperthermie) sur l'immunité et dans le cadre de l'infection à VIH ? Et que sait-on des relations entre la progestérone et la température ?

R Au cours du cycle menstruel chez la femme, on sait que le décalage thermique survenant au moment de l'ovulation, vers le 14ème jour après le début des règles, est en rapport avec l'augmentation des taux sanguins de progestérone survenant à ce moment là.
Cependant, il faut savoir que l'augmentation de la température à partir de l'ovulation ne dépasse pas en général un degré. Donc, si ce décalage est supérieur à un degré, il est possible que d'autres facteurs interviennent, et peut-être des facteurs survenant au cours de l'infection à VIH. C'est le cas de certaines lymphokines dont les mécanismes d'actions sont forts complexes et dont les effets, chez les sujets sains comme chez les sujets infectés par le VIH, sont loin d'être compris (ainsi l'interleukine 1 joue un rôle central dans l'apparition de la fièvre et son augmentation induit une hypersomnie et une anorexie ; cette interleukine étant souvent augmentée au stade Sida).

Après avoir réalisé une recherche bibliographique portant sur les deux dernières années, il apparaît, d'après les trois articles trouvés, que l'hypothermie peut avoir des effets opposés sur l'immunité en fonction du niveau de l'hypothermie.

1/ Hypothermie et immunostimulation.

L'exposition au froid (en position assise dans une pièce à 5 degré) pendant 2 heures favorise la formation des globules blancs (leucocytes et granulocytes), une augmentation du nombre de cellules Natural Killers et de leur activité et une augmentation des concentrations d'interleukine-6. Le prétraitement par un exercice physique, réalisé dans l'eau à 18 degré pendant une heure (qui n'occasionne pas de modification de la température corporelle de base), augmente les réponses au niveau des globules blancs (leucocytes, granulocytes et monocytes).
L'accroissement du niveau de l'épinéphrine pourrait expliquer ces modifications.
Cette étude a été réalisée chez 7 hommes qui ont été soumis aux expérimentations à quatre reprises.

Brenner IK et coll.*, J Appl Physiol, 1999 Aug, 87:2, 699-710.


* Defence and Civil Institute of Environmental Medicine, Toronto, Ontario M3M 3B9.

2/ Effet de l'hypothermie et des stéroïdes sur la péroxydation lipidique.

Une étude réalisée chez des rats a montré que l'accroissement des péroxydes lipidiques et le gonflement des mitochondries n'était pas observé après la réalisation d'une ischémie hépatique expérimentale quand les rats avaient reçu de la vitamine E (30 UI/kg pendant une semaine au préalable), ou une application locale de froid ou une perfusion de stéroïdes (2 mg/kg de méthylprednisolone). Ce qui suggère que la supplémentation en vitamine E évite l'hypothermie, et l'administration de stéroïdes inhibe la propagation de la péroxydation lipidique et protège le parenchyme hépatique au cours de l'ischémie.

Lee KT **, Kao Hsiung I Hsueh Ko Hsueh Tsa Chih, 1998 Jan, 14:1, 6-12.


** Department of Surgery, Kaohsiung Medical College Hospital, Taiwan, Republic of China.

3/ Altérations immunologiques induites par l'hypothermie légère au cours des interventions chirurgicales.

L'hypothermie est une complication commune de l'anesthésie et de la chirurgie ; l'hypothermie légère pouvant affecter diverses fonctions immunitaires. Une étude réalisée chez 60 patients devant subir une intervention abdominale randomisés en deux groupe : l'un monitoré de façon usuelle (H-) et l'autre bénéficiant d'un réchauffement ambiant (H+). Les prélèvements sanguins ont été effectués 90 minutes avant l'anesthésie puis immédiatement après, et 24 et 48 heures après l'intervention.
La température corporelle du groupe H+ ne s'est pas modifiée tandis que celle du groupe H- a diminué d'à peu près un degré. 24 et 48 heures après l'intervention, la réponse proliférative aux mitogènes est supprimée au niveau des cellules mononucléaires du sang périphériques du groupe H- mais pas dans le groupe H+. La production de cytokines pro-inflammatoires (IL-1 bêta, IL-6, TNF-alpha) au niveau des cellules mononucléaires du sang périphériques a augmenté dans les deux groupes mais, 24 heures après l'intervention, la production d'IL-1 bêta fut significativement plus élevée dans le groupe H+. 24 heures après l'intervention, la production d'IL-2 fut supprimée dans le groupe H- et pas dans le groupe H+.
Donc, l'hypothermie légère, survenant au cours des interventions chirurgicales (par altération de la régulation de la température), supprime l'activation des lymphocytes induite par les mitogènes et réduit la production de certaines cytokines (IL-1 bêta et IL-2) ce qui pourrait expliquer, en partie, les altérations immunologiques observées en per-opératoire.

Beilin B, et coll.***, Anesthesiology 1998 Nov;89(5):1133-40.


*** Department of Anesthesiology, Rabin Medical Center, Campus Golda, Petah Tiqva, Israël.

Concernant les effets de l'hypothermie sur le VIH, nous nous étions penchés sur ce sujet lors de la publication d'un témoignage (VIH et froid) dans notre journal Sida Tout Va Bien (STVB N° 19, 1995).
Nous avions trouvé que des bains d'eau froide augmentaient les hormones sexuelles et les lymphocytes CD4 (résultats obtenus à l'occasion d'une étude consacrée à la thrombose veineuse) et que les techniques faisant appel au froid avaient été utilisées dans le cadre du traitement de certains lymphomes, de certaines affections dermatologiques et oculaires.
Hormis deux cas de personnes séropositives ayant présenté une augmentation de leur lymphocytes CD4 après avoir pris tous les jours un bain froid pendant au moins un mois, nous n'avons pas d'autres renseignements sur l'effet du froid sur le VIH.

Donc, il semblerait que certains niveaux d'hypothermie pourraient avoir un effet bénéfique sur les défenses immunitaires ainsi que sur le stress. Mais il serait nécessaire de réaliser des études complémentaires pour vérifier et mieux comprendre ces résultats.

Concernant l'hyperthermie et le VIH, nous vous adressons deux abstracts (que nous avions résumé dans la synthèse du congrès de Vancouver 1996 publiée sur <http//www.positifs.org/v/vancouv12.htm#5>) :

XII, 5 : Mo.A.1096

MH Lee et coll. **** ont montré que l'hyperthermie appliquée in vitro à des lymphocytes chroniquement infectés par le VIH abaisse la quantité de virus produit (mesurée par la quantité d'antigène P24 dans le milieu de culture) : à 42°C, les cellules infectées ont une moindre viabilité en % et en nombre absolu comparativement au témoin (respectivement 49% et 0,8 x 105 vs 69% et 1,4 x 105) ; cela induit d'abord un plus haut niveau d'antigène P24 comparativement aux cellules non traitées (2025pg/ml vs 1313pg/ml), puis lors d'une nouvelle séquence d'une heure de traitement, l'antigène s'abaisse (333 pg/ml vs 1020 pg/ml) et encore plus quand les séquences sont de 2 heures (83 pg/ml). Ces résultats procurent une base scientifique aux protocoles d'hyperthermies réalisés sous circulation extracorporelle.


**** Harbor-UCLA Medical Center, 1124 W Carson St., Bldg E-6 Torrance, CA 90502, USA. Tel : 310-222-3773, Fax : 310-782-8776, E-mail:moonlee@harbor2;humc.edu

XII, 6 : We.B.3200

HJ Heimlich et coll. ***** ont constaté que, sur une même période d'étude, alors que la mortalité chez 71 patients au stade SIDA était de 35%, dans un autre groupe de 41 patients au stade SIDA atteints de paludisme, aucun décès ne se produisit. Par ailleurs, sur un suivi de 6 à 18 mois après une infection par le paludisme, une majoration du nombre des lymphocytes CD4 a été constatée chez la plupart des 8 patients qui avaient initialement des lymphocytes CD4 au dessus de 200/mm3. Le paludisme n'aggrave donc pas le pronostic ; au contraire, il améliore les défenses immunitaires des personnes séropositives et ce, peut-être en stimulant la production de certaines interleukines ou de certains interférons (ou par l'hyperthermie transitoire occasionnée, NdT).


***** Heimlich Institute, Suite 410, 2368 Victory Pkwy, Cincinnati, OH 45206, USA. Tel : (513) 221-0002, Fax : (513) 221-0003. (0300)


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1ère version : mars 2000.

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