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Sur une analyse de
routine, il est très rare, pour une hépatite
C, que l'on puisse dire que cette hépatite C est
grave ou non. Sur ces analyses, on peut affirmer le
diagnostic d'hépatite C (test elisa positif à
confirmer, ce qui est souvent le cas, par un test Riba qui
est réalisé sur une 2ème prise de
sang). Sur ces analyses de routine, on peut aussi constater
soit une normalité des enzymes hépatiques
(SGPT, SGOT, gammaGT), soit une augmentation de ces enzymes
(traduisant un certain degré de cytolyse
hépatique, c'est à dire de destruction de
certaines cellules du foie ; de la même manière
que cela s'observe au cours d'une hépatite virale
aiguë A ou B). Sur une analyse de routine, on peut
enfin trouver des éléments en faveur d'une
insuffisance hépato-cellulaire (diminution du TP ou
Taux de Prothrombine), un syndrome inflammatoire
(augmentation des gammaglobulines) avec diminution de
l'albumine, une baisse des plaquettes (thrombopénie),
etc. Mais dans la plupart des cas, sur ces seules analyses,
on ne peut pas diagnostiquer un risque de complication de
l'hépatite C (cirrhose ou cancer du foie). Par
contre, on peut suspecter plus ou moins fortement le
diagnostic de ces complications sur une échographie
ou sur un scanner du foie, mais le diagnostic de certitude
et de précision n'est souvent apporté que par
la Ponction Biopsie Hépatique (PBH) ; c'est aussi cet
examen qui permet de prévoir pour une personne ayant
une hépatite C, s'il y a un risque qu'elle
développe ultérieurement une cirrhose ou un
cancer du foie. Il y a certes de rares cas où la
gravité d'une hépatite C peut être
évoquée avant de faire la PBH : c'est le cas,
par exemple, quand il y a déjà une cirrhose et
qu'elle a déjà évoluée vers des
complications ; c'est le stade dit de cirrhose
décompensée : il y a alors apparition de
signes cliniques évidents, même avant d'avoir
reçu les résultats d'examen de routine, comme
ascite (ventre gonflé par des liquides),
hémorragies, ictère (jaunisse), etc.
Concernant
l'hépatite C, il faut savoir que, dans la plupart des
cas, les personnes porteuses de ce virus n'ont aucun
symptôme clinique. Cette hépatite concerne
environ 1% de la population mondiale. En France, elle
concerne plus de 80% des toxicomanes ou des anciens
toxicomanes et entre 600 000 à 800 000 autres
personnes qui, elles, ont été
contaminées à l'occasion d'une transfusion
(notamment à l'époque où l'on n'avait
pas encore identifié ce virus -on l'appelait alors
non-A-non-B ; et où l'on n'avait donc pas encore de
test pour le dépister sur une analyse de sang). Le
diagnostic d'hépatite C est donc posé en
faisant une sérologie de l'hépatite C (test
elisa, puis Riba).
Après une
hépatite aiguë, 80% des patients
guérissent spontanément et 20% font une
infection chronique.
Concernant les enzymes
hépatites, leur évolution est souvent
caractéristique : c'est leur fluctuation dans le
temps ; sur une prise de sang, ils pourront être
élevés et sur une prise de sang faite
ultérieurement, ils pourront être normaux ou
subnormaux (donc, ils ne permettent pas de préjuger
du risque ou non d'évolution). Cependant, dans
certains cas, ils sont élevés en permanence ;
alors le risque de faire un cancer serait plus
élevé ; de même, il faut signaler que
des études récentes tendent à montrer
que la diminution de l'albumine et l'augmentation des
phosphatases alcalines seraient des facteurs de risque de
complication de la cirrhose (des complications surviennent
dans 20 à 30% sur 5 ans en cas de cirrhose
initialement asymptomatique).
Ce qu'il faut savoir
aussi, c'est que cette hépatite C se transmet surtout
par le sang. Cependant, il apparaît qu'elle peut se
transmettre aussi par relation sexuelle et à
l'occasion de la grossesse et de l'allaitement. Donc, d'un
point de vue de la prévention de la transmission par
voie sexuelle, il importe, dans l'état actuel des
connaissances, que les personnes porteuses de cette
hépatite C utilisent des préservatifs (de
nombreux spécialistes ont conseillé aussi,
pour éviter une surcontamination par le virus de
l'hépatite B, qui est un facteur aggravant de
l'hépatite C, que les personnes ayant une
hépatite C se fassent vacciner contre
l'hépatite B ; mais récemment, de plus en plus
de médecins se sont posés la question des
risques potentiels de cette vaccination ; concernant
l'hépatite C, il n'existe pas encore de
vaccin).
Les personnes ayant une
hépatite C chronique ont un risque de
développer ultérieurement (quelques
années plus tard et plus précisément
entre 10 à 30 ans plus tard) une cirrhose du foie
(dans 20 % des cas) -voire un cancer du foie (dans 3 à
5 % des cas chaque année ; ce qui correspond à
30 à 50 % sur 10 ans). La consommation d'alcool
jouant un rôle déterminant (l'incidence
étant alors de 60 à 80 % sur 10 ans).
Or, on peut le
prédire à l'avance en faisant notamment une
PBH, qui est un examen sans danger : c'est une sorte de
piqûre dans le foie qui permet d'analyser très
précisément cet organe. Cet examen nous
indique s'il y a une hépatite chronique simple
(nécessitant une simple surveillance) ou une
hépatite chronique active qui risque donc
d'évoluer vers la cirrhose ou un cancer du foie dans
plusieurs années -voire dans des dizaines
d'années. Cet examen sera réalisé au
mieux dans certains services hospitaliers de pointe en la
matière.
En cas de risque
évolutif (hépatite chronique active), on a
recours à un traitement par interféron alpha
pendant dix à douze mois (il coûte, certes,
très cher, mais il est pris en charge
complètement par la Sécurité sociale).
La réponse au traitement est appréciée
sur la normalisation des transaminases et sur la
négativation de la virémie (PCR). Ce
traitement permet dans plus de 65% des cas d'arrêter
la progression de l'infection (en cas de cirrhose
déjà installée, il est peu efficace).
Ce résultat est encore modeste, mais c'est
déjà un résultat appréciable
(ceux chez qui cela a marché vous le diraient ; et
certains ont pu continuer leur activité
professionnelle sans problème durant ce traitement),
et ce traitement a déjà une efficacité
plus élevée que celles des traitements
utilisés pour d'autres infections virales (comme par
exemple encore le Sida, malgré les
trithérapies). Par ailleurs, il faut savoir que des
études sont en cours avec d'autres médicaments
qui seraient plus efficaces et mieux tolérés
(l'interféron pose, en effet, parfois des
problèmes de tolérance, surtout au cours du
premier mois de traitement ; mais parfois on est
obligé d'arrêter ce traitement en raison de ces
problèmes de tolérance).
Ce qu'il faut savoir enfin
c'est que certains médecins ont tendance à
qualifier d'alarmants les résultats des patients.
Peut-être d'ailleurs à juste raison. En effet,
l'expérience nous montre combien certains patients
porteurs d'une hépatite C ont tendance à
négliger le bilan de leur affection, par exemple en
ne faisant pas leur PBH. En effet, certains se disent qu'ils
vont bien (aucun symptôme clinique), que si il y a un
risque, cela serait dans plusieurs années ; alors
pourquoi passeraient-ils une journée à
l'hôpital pour faire cet examen qui, dans 20 à
30% des cas, les conduira à un traitement ? C'est
"une politique de l'autruche" qui s'oppose à un suivi
et à un éventuel traitement correct. Alors,
certains médecins essayent de convaincre "en faisant
peur". Personnellement, nous pensons que la meilleure
méthode consiste à donner des explications
précises ; ce qui n'est pas toujours facile pour un
médecin au cours d'une consultation, car il n'en a
pas toujours le temps (et parfois, malgré ces
explications, il est difficile de convaincre certains
patients, notamment pour peu qu'ils s'entêtent dans un
raisonnement erroné). (97)