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Dénutrition (wasting syndrome)


Q-R 1

Q Depuis plusieurs mois, j'ai des diarrhées dont on n'a pas pu trouver la cause. J'ai aussi une fièvre inexpliquée. J'ai donc aussi perdu du poids et je me sens de plus en plus fatigué. Que pouvez-vous me conseiller ?

R Concernant la diarrhée, il importe de répéter parfois les examens (notamment examen de selles) car certaines causes des diarrhées sont difficiles à mettre en évidence (c'est le cas des infections intestinales à microsporidies ou à CMV).

Si aucune cause n'est trouvée, il importe de traiter déjà avec des traitements symptomatiques car la diarrhée participe à la fatigue, à la perte de poids, ainsi que de substances dont l'absorption intestinale peut être déjà réduite par le HIV (certaines vitamines et oligo-éléments dont certains ont d'ailleurs, comme les vitamines C et E et le sélénium, un effet sur le HIV ou ses co-facteurs). On peut utiliser des médicaments agissant comme ralentisseurs du transit intestinal, comme le lopéramide (Imodium®, 6 gélules/j, voire 10/j). Des préparations à base d'argile peuvent avoir aussi leur utilité (par exemple argile verte surfine N·77294 C : trois prises/j à 4 heures d'intervalle et à 2 heures au moins de la prise d'autres médicaments ; chaque prise étant de 200 à 300 mg d'argile/kg de poids corporel ; ce qui correspond pour un adulte à deux cuillerées à soupe ; l'argile doit être versée en pluie dans un verre d'eau, puis laisser reposer 10 minutes, puis mélanger avec une cuillère en bois).

Concernant la perte de poids, de plus en plus de chercheurs sont convaincus que la perte de poids est un symptôme fondamental, surtout quand elle est supérieure à 10% du poids du corps. Il s'agit parfois d'une conséquence d'un fait pathologique (une infection opportuniste), mais souvent il participe à la dégradation des systèmes de défenses de l'organisme et notamment du système immunitaire. En effet cette perte de poids se fait souvent au détriment de la masse maigre/protéines).

Souvent, c'est une conséquence d'une anorexie. Il importe de rechercher une cause médicamenteuse à cette anorexie. Le fénugrec (Fénugrène®, 4 cps/j) serait intéressant de ce point de vue (de plus, il aurait une action hépatoprotectrice intéressante pour des personnes amenées à absorber un nombre élevé de comprimés ; ce qui constitue d'ailleurs aussi une cause possible d'anorexie !). D'autres médicaments, comme l'acétate de mégestrol (ou le dronabiol) ne sont pas conseillés en raison de certains effets secondaires (thromboses veineuses). De plus, ils augmentent surtout la masse grasse. Pour combattre l'anorexie, on peut aussi conseiller l'exercice physique afin de déclencher l'appétit. Il faut éviter de consommer des biscuits apéritifs qui ont des propriétés de coupe-faim. De même, il faut éviter de commencer les repas par des salades vertes ou des carottes râpées (ou d'autres crudités) qui peuvent provoquer rapidement un sentiment de satiété.

Il faut savoir aussi que certaines carences (zinc, vitamines A, B2, B6, B12) peuvent altérer les sensations gustatives.

Certains médicaments permettent d'augmenter directement la masse maigre. C'est le cas de ceux contenant des acides gras oméga 3 polyinsaturés (Maxepa®, 2 capsules 3 fois par jour) ; cet acide gras, qui est contenu aussi dans les huiles de poisson des mers froides, diminue aussi la production de TNF, une cytokine qui stimule la réplication du HIV, et diminue les triglycérides du sang (souvent élevés quand les CD4 diminuent). La testérone permet aussi d'augmenter la masse maigre ; certains recommandent son utilisation surtout chez les personnes présentant un taux plasmatique bas en testostérone. C'est aussi le cas de la thalidomide et de l'hormone de croissance, mais ces traitements ont des effets secondaires préoccupants (pour le premier, notamment, fréquence des diarrhées, possibilité de neuropathies périphériques, de leucopénie, d'augmentation de la charge virale et contre-indication chez les femmes enceintes ; pour le deuxième, risque d'hémopathies) ; il convient donc de les éviter.

Récemment, à l'occasion de la rédaction d'un article sur le naltrexone (qui aurait une action intéressante sur le HIV), nous avons constaté qu'il serait très efficace sur les amaigrissements, d'après des études faites aux États Unis que l'on vient de nous communiquer. Pour l'instant, nous ne pouvons pas vous en dire plus car nous n'avons pas encore terminé la rédaction de notre article (cet article, dorénavant, est accessible sur notre serveur Internet : http://www.positifs.org/).

Il est parfois nécessaire d'utiliser des compléments alimentaires, notamment chez les personnes démunies financièrement, mais aussi quand la perte de poids ou l'anorexie sont trop prononcées.

Il convient de rappeler certaines règles de l'alimentation pour prévenir la perte de poids. L'alimentation doit être hypercalorique et hyperprotidique. Il convient de multiplier le nombre de "petits repas" : au moins 3 repas par jour avec un petit déjeuner copieux et insérer des collations entre ces trois repas. Il est important de varier autant que possible l'alimentation. Cela correspond en fait aux caractéristiques de toute alimentation équilibrée.

Concernant la fièvre, il peut s'agir d'un symptôme qui existe sans cause. Mais parfois la fièvre, même de façon intermittente, peut être le témoin d'une infection sous-jacente (débutante ou de diagnostic difficile), et donc il importe de réaliser des examens pour rechercher une origine pulmonaire, neurologique ou digestive : pneumocystose, toxoplasmose, cryptosporidiose intestinale, CMV (cytomégalovirus), tuberculoses ou mycobactéries (ces trois dernières pouvant être de diagnostic difficile), etc.

La diarrhée, la perte de poids et la fièvre pouvant participer à l'installation d'une fatigue, il est important d'envisager parfois un traitement symptomatique de l'asthénie.

Elle est parfois secondaire à une anémie occasionnée par un traitement comme l'AZT.

Parmi les traitements proposés (la plupart ne sont pas remboursés par la Sécurité Sociale !), citons le Guronsan® qui contient de la vitamine C et de la caféine ainsi que de la glucuronamide (1 cp/j le matin, à diminuer à 1/2 cp/j en cas de diarrhée) ; ce dernier constituant est particulièrement intéressant en raison de son action hépatoprotectrice (démontrée notamment lors de l'utilisation des traitements de la tuberculose), de son action sur l'absorption intestinale (c'est un dérivé d'un composant physiologique intervenant dans le cycle entéro-hépatique et de son action probable sur l'évolution de l'infection à HIV (résultats préliminaires sur les CD4, l'ag P24 et les infections opportunistes). (1197)



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1ère version : mars 1998.

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