R
Vous posez une
question très importante.
Et, je suis très surpris qu'aucun journaliste et
qu'aucun scientifique ne l'ait évoquée
ouvertement. Je pense cependant que certains conseillers
techniques au ministère de la Santé se sont
posés cette question mais ils n'ont probablement pas
osé l'évoquer ouvertement en raison des
implications qui en découleraient peut-être
(cf. infra).
Il y a en effet deux
populations particulièrement exposées à
la chaleur : les personnes âgées et les enfants
(particulièrement les nourrissons).
Rappelez-vous, vers le milieu du 2ème trimestre 2003,
cet enfant laissé, par inadvertance, par son
père, dans une voiture exposée au soleil, et
qui est décédé.
Or, contrairement aux personnes âgées, il n'y a
pas eu d'enfants " emportés par la canicule ".
Cela revient à dire
que la canicule n'aurait pas été le seul
facteur responsable d'un tel nombre de
décès.
Un autre facteur péjoratif pour les personnes
âgés mais n'agissant pas sur les petits enfants
aurait agi en synergie avec la canicule.
L'apport hydrique insuffisant pourrait être ce
facteur. Dans une situation de canicule, les parents
n'oublient pas, en général, d'augmenter les
apports hydriques de leurs enfants. Par contre, les
personnes âgées, dont la
réactivité peut être ralentie par la
chaleur, peuvent oublier d'augmenter leurs apports hydriques
dans une telle situation et souvent, il n'y a personne pour
le leur rappeler.
Cependant, il n'est pas exclu que des parents aient pu
oublier d'augmenter les apports hydriques de leurs enfants
(il y en a bien qui oublient leur enfant dans une voiture !)
et il y a des personnes âgées vivant dans des
institutions (donc avec un personnel surveillant en
général les apports hydriques) qui sont
décédées. À ceci, il convient
d'ajouter que si les autorités ont eu une
réaction lente et un peu molle devant cette
catastrophe sanitaire, des messages en direction des
personnes âgées concernant l'hydratation et le
rafraîchissement corporel ont été assez
vite diffusés.
Un autre facteur semble
avoir eu plus d'importance dans cette hécatombe.
Il s'agit de la pollution.
On a signalé
début septembre 2003 que le niveau de pollution avait
été particulièrement
élevé en France et, début octobre, un
rapport a indiqué que, depuis que l'on effectuait des
mesures de la pollution, ce niveau n'avait jamais
été aussi élevé qu'au cours du
mois de juillet 2003.
Les défenses naturelles devant les différents
types de pollution sont variées, complexes et
probablement variables suivant les types de pollutions.
La principale pollution en ville provient des gaz
d'échappement des voitures (mais, il y en a bien
d'autres ; on vient d'ailleurs de me signaler que la
pollution engendrée lors d'un décollage
d'avion est faramineuse comparativement à celle
engendrée par les voitures).
Et, il apparaît que les enfants seraient bien plus
résistants à certaines pollutions que les
personnes âgées. Et, ils ont d'autant plus
intérêt à l'être, vu que, en
poussette ou sur pieds, ils sont juste à la hauteur
des pots d'échappement !
Cela pourrait s'expliquer par le fait que certaines
défenses propres à l'enfant (comme les
défenses immunitaires) encore immatures pendant les
premières années de la vie sont
épaulées par des défenses transmises
par la mère pendant la grossesse (notamment sous la
forme d'anticorps).
Donc, l'hypothèse
la plus probable serait que la canicule seule ne pourrait
expliquer ce nombre élevé de
décès qui n'a touché quasi
exclusivement que des personnes âgées.
Une synergies des effets néfastes de la canicule avec
ceux de la pollution semblerait mieux rendre compte de cette
situation.
La pollution a pu même, peut-être, être le
principal facteur causal (n'oublions pas que la chaleur
augmente les phénomènes de pollution).
L'état d'hydratation ayant pu jouer un rôle
(accessoire ?).
Il conviendrait que des
études soient conduites rapidement pour tester cette
hypothèse.
Et d'emblée dans des régions de France ayant
habituellement des pics de températures
élevées (de ce fait, les personnes
âgées y sont plus éduquées
à moduler leurs apports hydriques) et de voir s'il y
a eu des différences sur la mortalités dans
ces régions en fonction du niveau de pollution
enregistré.
Vu que les
phénomènes de pollutions sont en accroissement
depuis quelques années, si cette hypothèse se
vérifiait, il conviendrait de prendre d'urgence des
mesures.
Car, comme pour les incendies de cet été, il
n'y a aucune raison, si rien n'est fait, que cela ne
recommence pas !
Cela signifierait évidemment qu'il conviendrait de
prendre certaines mesures, critiques d'un point de vue
économique, mais nécessaires.
L'une d'entre elles serait
l'application de la circulation alternée des voitures
mais avec comme corollaire d'accroître la durée
de vie de chaque voiture ; d'où une diminution des
ventes des voitures et une moindre consommation de
carburant. Ces deux effets ayant une incidence sur le
chiffre d'affaire de ces entreprises et à terme une
répercussion sur l'emploi...
Voilà une mesure, qui, si elle devait être
prise, ne serait pas populaire...
Mais, il convient de
souligner que la moindre utilisation des voitures aurait
quand même un intérêt : elle permettrait
aussi de réduire les accidents !
Concernant les personnes
atteintes de dysfonctionnements immunitaires comme les
personnes infectées par le virus VIH, nous n'avons
pas d'éléments qui permettraient d'expliquer
pourquoi elles n'auraient pas été
affectées par cette canicule-pollution ; ce qui
semble avoir été le cas. Sinon de dire que les
personnes adultes qui ne sont pas âgées ont une
meilleure tolérance à la chaleur en
comparaison avec les personnes
âgées. (1103)