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Afrique


Q-R 1

Q Vous êtes mon seul espoir aujourd'hui. Je ne sais pas comment commencer mon propos ; mais, bon, voilà, j'ai le SIDA ...

Oui, j'ai le SIDA ... Je ne peux pas dire comment cela est arrivé. Pourtant, je jure, sur tout ce qui m'est le plus cher, que je ne suis pas homosexuel, que je ne me drogue pas et que je ne me suis jamais prostitué. Mais, j'ai quand même le SIDA.

J'ai toujours cru que le SIDA, c'était les autres qui pouvaient l'attraper. Je ne me suis jamais senti concerné par cette maladie. Et voilà ...

J'ai tenté plusieurs fois de mettre fin à mes jours ; mais le médecin qui m'a annoncé mon résultat sérologique, m'a dit que cela serait une bêtise que j'allais commettre car, d'après lui, entre le stade de la séropositivité sans symptôme et le stade de Sida maladie, il peut se passer beaucoup de temps -voire de deux à cinq années.

Vous êtes mon seul espoir et je souhaiterais que vous m'aidiez en trouvant un hôpital en France où je pourrais suivre un traitement de pointe. Car ici, en Côte d'Ivoire, tout le monde est hostile à cette maladie ; et c'est surtout le cas des membres de ma famille.

Je vous en prie de m'aider à cause du bon DIEU. Je ne sais pas à qui exposer mon problème.

Le problème de l'argent ne se pose pas à mon niveau ; ce que je veux : c'est recevoir les bonnes informations et avoir la garantie de la discrétion.

Comme vous le savez, dans cette maladie, le choix du médecin est très important.

Pouvez-vous donc me donner l'adresse d'un bon médecin qui a l'expérience des personnes séropositives et qui sera sensible à mes croyances culturelles et spirituelles africaines ? Un médecin qui pourra me traiter avec dignité et respect malgré que j'ai le SIDA ; car mes préoccupations doivent être prises au sérieux, qu'elles soient liées ou pas au SIDA. Un médecin qui pourra répondre clairement à mes questions, de façon à ce que je comprenne bien. Il ne doit pas se mettre sur la défensive lorsque je lui poserai des questions compliquées ou que je lui demanderai de m'expliquer mes symptômes, les résultats des examens de laboratoire et si les traitements sont efficaces. S'il ne peut soigner certains problèmes de santé, il faudra qu'il me le dise, et qu'il m'adresse à un spécialiste. Enfin, un médecin qui pourra traiter mon dossier médical dans la plus stricte confidentialité. C'est très important.

Que DIEU, le tout puissant, vous aide dans tous vos efforts.

R Nous sommes tout à fait au courant de la situation dans laquelle se trouvent les personnes infectées par le virus du Sida qui vivent en Afrique.

D'une part, ceux qui le souhaiteraient n'ont pas la possibilité d'avoir accès aux informations (c'est la raison pour laquelle nous essayons d'assurer au mieux les réponses aux e-mails qu'on nous adresse de plus en plus souvent, et en particuliers en provenance de pays d'Afrique). D'autre part, il est très difficile pour une personne vivant en Afrique de pouvoir se soigner correctement en raison des ressources financières souvent limitées, du manque d'hôpitaux, mais aussi pour d'autres raisons comme le peu d'informations données aux populations.

Cette situation se retrouve d'ailleurs dans tous les pays d'Afrique, quelque soit leur richesse. Certains gouvernements occidentaux ayant déjà des difficultés pour couvrir les dépenses correspondant aux trithérapies, il faudrait que les gouvernements des pays de tous les continents se décident à considérer le Sida comme une réelle priorité de santé publique, mais aussi comme une priorité économique internationale et que chaque pays, parmi les plus riches, examine les possibilités pour aider les pays qui ne sont pas économiquement riches. Mais la plupart des dirigeants (gouvernements et dirigeants d'entreprises nationales ou de multinationales) oublient que l'Afrique est le continent le plus atteint par l'épidémie planétaire du Sida, que les ressources financières y sont plus limitées qu'ailleurs et qu'il est illusoire de vouloir réserver les trithérapies aux pays occidentaux ; car si, par malheur, l'Afrique sombrait sous cette épidémie, cela occasionnerait des répercussions économiques dramatiques qui affecteraient tous les continents, sans exception. Surtout, cela serait totalement inhumain (que penser des dirigeants du laboratoire pharmaceutique Wellcome quand on apprend que, sous couvert d'une démarche humanitaire, ils ont proposé en 1996 de fournir de l'AZT-Retrovir® à l'Afrique ... on savait déjà que l'utilisation de l'AZT en monothérapie n'avait aucun intérêt et actuellement, on sait pertinemment que, parmi les traitements officiels, il ne faut plus utiliser les monothérapies et les bithérapies !).

Nous avons déjà développé ces faits sur notre serveur Internet (<http://www.positifs.org/>), notamment en C.35 et Dem.5, mais votre courrier nous a incité à revenir sur ces situations dramatiques.

Concernant votre demande d'adresse d'un médecin :
Vous pouvez contacter le Docteur L.R.

Ce qu'il faut que vous sachiez, c'est qu'il existe certainement en France de nombreux médecins ayant une expérience pour s'occuper des personnes vivant avec le HIV et le Sida. Mais il faut savoir que, contrairement à l'avis de nos conseillers médicaux, la plupart de ces médecins ne considèrent pas que l'utilisation de traitements complémentaires (comme par exemple certaines vitamines) soient nécessaires, notamment en association avec les trithérapies. Il ne s'agit cependant pas d'un obstacle pour établir une bonne relation avec certains de ces médecins, mais il faut le savoir. Le plus important à savoir est le fait que, souvent, ces médecins ont des attitudes relativement directives ; ce qui fait qu'il est souvent difficile, pour le patient qui le souhaiterait, de pouvoir obtenir des réponses aux questions qu'il se pose. Une raison en est que, souvent, les médecins sont débordés. Cela est d'autant plus regrettable que, parmi les patients, de plus en plus souhaitent avoir des précisions et certains ont réussi à acquérir des connaissances qui leur permettent de prétendre à une participation aux décisions médicales proposées par le médecin. Cette attitude de certains patients s'est particulièrement développée avec le Sida (ce qui est en général peu fréquent chez les patients atteints par d'autres maladies). De ce fait, de nombreux médecins invoquent qu'ils n'ont pas le temps, alors qu'en fait la raison en est qu'ils ne sont pas habitués à ce nouveau type de relation entre le médecin et son patient ; certains d'ailleurs ne sont pas d'accord pour instaurer un tel dialogue.

Nous pensons que c'est un droit du patient et que cela ne peut être que bénéfique pour son équilibre. L'absence de réponse peut créer un stress pour le patient, et ce stress pourrait avoir des effets néfastes sur ses défenses immunitaires (cf. le paragraphe sur Stress et Immunité en C.16. sur notre serveur Internet). Mais cela n'est pas toujours facile à obtenir suivant les médecins ; pour certains, des mois -voire des années- seront nécessaires pour acquérir cette expérience.

C'est en raison de cette situation que de nombreuses personnes nous contactent par courrier postal ou par e-mail afin que nous leur apportions des réponses et des conseils en complément de celles fournies par leur médecin.

Concernant le Docteur L.R., il s'agit d'un médecin qui, en général, prend le temps pour répondre aux questions des patients.

En ce qui concerne le respect de la confidentialité : tout médecin doit la respecter. En France, cela est une loi que les médecins n'ont pas le droit d'enfreindre.

Pour terminer ce courrier, nous souhaitons revenir sur une phrase du début de votre e-mail. Votre médecin vous a indiqué que "entre le stade de la séropositivité et le Stade de Sida maladie, il peut se passer beaucoup de temps ; voire deux à cinq ans".

Un de nos conseillers médicaux souhaite vous donner des précisions à ce sujet.

Pendant des années, de nombreuses personnes ont considéré que toutes personnes atteintes du Sida était condamnée à mourir relativement rapidement. Ce que l'on sait, c'est que de nombreuses personnes sont mortes relativement rapidement parce que, souvent, elles avaient été contaminées plusieurs années avant la date présumée de la contamination, ou celle où le premier test avait été fait. Il y a certes encore des patients qui évoluent rapidement parce qu'il existe parfois des souches de virus qui sont plus virulentes que d'autres, ou en raison de facteurs ajoutés (notamment la malnutrition). Cependant, il faut savoir que même avant l'utilisation des trithérapie, on savait que l'infection reste asymptomatique durant plusieurs années (absence d'infection opportuniste du type pneumocystose, toxoplasmose, mycobactérie, CMV, cryptosporidiose), et qu'elle peut évoluer sur plus de dix à quinze années, et qu'il est de plus en plus probable que certains ne feront jamais la maladie -dans près de 10% des cas (non-progresseurs à long terme). De plus, il est probable que l'utilisation des trithérapies et d'autres traitements (comme les traitements complémentaires) permettra encore de gagner du temps. Il nous est apparu important de vous donner ces précisions car croire que l'évolution peut se faire systématiquement sur quelques années ne peut qu'engendrer du stress chez les personnes ; ce qui peut être néfaste pour leurs défenses immunitaires. (1197)


Q-R 2

Q Qu'en est-il de l'intérêt de la vitamine A pour réduire le risque de transmission du HIV de la mère à l'enfant, et ce notamment en Afrique ?

R Je vous adresse la copie de l'article de EPPNA review sur la vitamine A qui est étudiée au Zimbabwe pour diminuer le risque de transmission du virus HIV pendant la grossesse des femmes séropositives à leur enfant. Cette hypothèses avait déjà été évoquée au congrès de Vancouver en 1996 : le risque de transmission est plus élevé chez les femmes séropositives ayant un déficit sévère en vitamine A, à savoir <0,70 m mol/l (Greenberg et coll., Université de Maryland à Baltimore, abstract Tu.C.2592) que nous avions résumé dans "Traitements alternatifs/complémentaire" (version papier et version en C.22 sur notre serveur Internet <http://www.positifs.org/>). Une autre étude réalisée chez des femmes africaines, publiée en 1992 (Conférence Internationale sur le Sida d'Amsterdam) avait déjà montré que des taux bas en vitamines A accroissaient le risque de mortalité (in utero, néonatale et postnatale) ; ceci est à rapprocher d'une autre donnée scientifique bien établie, à savoir la relation existant en Afrique entre la gravité de certaines viroses, comme la rougeole, avec les carences en vitamine A (ce que nous avions déjà mentionné en 1994 dans "AZT et procréation" paru dans le Supplément à Sida Tout Va Bien N°16).

Je pense qu'il s'agit d'informations très importantes et qui ont été négligées. Il serait urgent que d'autres études soient réalisées dans ce domaine. Un point me semble particulièrement important : il importe de déterminer exactement la dose de vitamine A à prescrire, durant combien de temps (et notamment combien de temps avant la grossesse) et quelle vitamine A (il en existe plusieurs types et il n'est pas exclu que certaines n'aient aucun effet ; de plus, on sait que certaines vitamines A ont une action bénéfique contre le virus HIV, mais que d'autres favorisent la multiplication du virus au sein des macrophages, un des réservoir du virus). (0298)


Q-R 3

Q Je suis séropositif et j'habite en Afrique.
Depuis quelques temps, j'ai un flou visuel. J'ai parfois des migraines.
Qu'en pensez-vous ?

Et puis, j'ai des problèmes de peau sèche et de démangeaisons. Et je pense avoir une candidose dans la bouche.

Merci pour vos précieux conseils qui m'ont été d'une grande aide. Car, en Afrique, nous avons peu de moyens médicaux, mais aussi pour ainsi dire aucune information et ... quand on est séropositif, vaut mieux n'en parler à personne...

R Concernant votre flou visuel : il faudrait d'abord se demander s'il s'agit d'un problème de vue nécessitant une correction visuelle par des lunettes. Il faudrait que vous puissiez voir un ophtalmologue dans un hôpital pour faire aussi un examen du fond de l'œil pour s'assurer qu'il n'existe pas une cause en relation avec le virus VIH ou une affection opportuniste : cytomégalovirus (CMV), toxoplasmose. Parfois, un scanner encéphalique peut être nécessaire.

Concernant vos migraines : si elles sont apparues récemment, il faut faire un scanner encéphalique. Mais, ces migraines peuvent être tout simplement secondaires à un problème d'acuité visuelle qu'il faudrait corriger avec des lunettes.
Si ces maux de têtes sont vraiment des migraines et qu'ils existent depuis plusieurs années : si les traitements antalgiques (= anti-douleur) comme ceux à base d'aspirine ou de paracétamol sont inefficaces, il faudrait pouvoir essayer des médicaments utilisés spécifiquement au cours des migraines ; l'un d'entre eux est parfois très efficace : commercialisé en France sous le nom de Sanmigran® (nom de la molécule : pizotifène), il est utilisé à raison de 1 comprimé matin et soir (il est nécessaire de n'en prendre qu'1 cp le soir (ou le matin) les cinq premiers jours, car il est nécessaire que l'organisme s'habitue (risque de somnolence ou de lassitude en début de traitement). Ce médicament ne doit pas être utilisé dans certaines maladies des yeux (glaucome à angle fermé) et en cas d'hypertrophie de la prostate.

Concernant vos problèmes de démangeaisons et de peau sèche, il faut savoir que l'efficacité des traitements symptomatiques est limitée. Je vous transmets la réponse que nous venons de faire à un français qui vient de nous poser la même question que vous.
En matière de démangeaison (= prurit), on ne trouve souvent aucune cause ; il importe cependant de vérifier s'il n'est pas provoqué tout d'abord par un médicament, mais aussi par une réaction au soleil, une piqûre d'insecte, une dermite séborrhéique, une folliculite, un psoriasis ou une gale. Parfois, mais rarement, il peut s'agir d'un symptôme d'une maladie générale : hépatites virales, tuberculose, syphilis, lymphome, neuropathie périphérique, diabète, déficit en vitamine B12. De même, il importe de rechercher des facteurs favorisant le prurit ; c'est le cas de causes favorisant la sécheresse de la peau : l'eau chaude, certains savons, les déodorants, les bains moussants, l'eau de la piscine.
La conduite à tenir du point de vue du traitement du prurit peut être la suivante. Comme le prurit peut favoriser l'apparition de lésions de grattage au niveau de la peau et que certaines peuvent auto-entretenir le prurit, il est conseillé de se couper et de se limer les ongles régulièrement. L'apport en vitamine E (un traitement antioxydant qui, par ailleurs, est intéressant comme traitement complémentaire du VIH), en quantité suffisante (Toco 500® : 1 comprimé trois fois par jour) et pendant plusieurs mois, a donné parfois de bons résultats (il importe, pour les traitements prolongés par de la vitamine E, de s'assurer que le Taux de Prothrombine, ou TP, soit supérieur à 75%). De même, le sélénium, un autre auto-oxydant, (et dont l'action sur le VIH nous semble très importante) est conseillé à raison de 2 granions de sélénium chaque matin. Certains conseillent même des applications directement sur la peau avec un coton. À propos d'autres traitements locaux : l'amidon et l'huile de Cade, extrait de l'écorce de genévrier (Caditar soluté, mais pas sous la forme shampooing) ; ce mélange peut être utilisé dans le bain ou en application locale après la douche, dans le cas où un prurit est déclenché par la prise d'un bain ou d'une douche (ou s'il survient indépendamment d'un contact avec de l'eau). Parfois, un traitement local pris régulièrement est conseillé ; il s'agit d'un mélange très efficace, à réaliser dans une bouteille d'un litre : mettre l'équivalent d'une hauteur d'1 cm d'amidon de blé (vente en pharmacie), un flacon d'ATS en soluté (il s'agit d'un antiseptique), un flacon de Diprosone lotion 0,05%, un bouchon de Caditar soluté, et terminer en remplissant la bouteille d'eau. Il faut ensuite bien agiter jusqu'à ce que le mélange devienne vert, et s'en badigeonner régulièrement le corps.

Parfois, il faut avoir recours aux antihistaminiques (comme Zyrtec®, Clarityne®, etc.) qui, parfois, doivent être pris en continu (attention : certains antihistaminiques sont contre-indiqués en association avec certaines anti-protéases utilisées dans le cadre des trithérapies). Un autre antihistaminique peut être utile : l'Atarax®, à prendre le soir car il peut induire une somnolence (il est conseillé de débuter par les plus petites doses). L'utilisation d'un traitement par Ultra-Violet (UV) est parfois conseillé. Concernant, enfin, la sécheresse de la peau, on peut opérer des applications de laits hydratants ou d'huiles pour le corps qui sont un peu plus grasses (le soir ou après le bain ou la piscine). On peut conseiller l'utilisation de savons surgras ou de savons sans savon. On peut utiliser aussi de l'huile d'amande douce dans l'eau du bain. Pour essayer d'être le plus complet possible, nous terminerons en indiquant que la sécheresse cutanée chronique favorise l'apparition d'eczémas qui sont souvent prurigineux et qui nécessitent parfois l'utilisation de corticoïdes en crème (l'utilisation prolongée est à éviter car elle entraîne une dépendance et parce que son effet sur les défenses immunitaires est controversé).

Concernant votre candidose buccale : s'il s'agit d'une véritable candidose (avis d'un médecin, ou mieux d'un dermatologue) : il ne s'agit pas d'une affection grave, mais c'est une affection gênante. Il faut utiliser des anti-mycosiques : amphotéricine B (Fungizone®, 2 à 3 cuillères à café 2 à 3 fois par jour, à prendre à distance des repas, pendant 30 jours), ou miconazole (Daktarin®, gel ou 2 cuillères à café 4 fois par jour pendant 30 jours), clotrimazol ou, éventuellement, nystatine (Mycostatine®, 2 cps gynécologiques 2 fois par jour per os). En cas de résistance : fluconazole (Triflucan®, 50 à 100 mg/j) -voire itraconazole (Sporanox®) ou ketoconazole (Nizoral®, 200 à 400 mg/j avec surveillance des fonctions hépatiques). Le fluconazole et le clotrimazol sont les médicaments les plus utilisés. Des résistances au fluconazole existent.
Certains préfèrent essayer avant des extraits de pépins de pamplemousse (cf. l'article dans le numéro 28 de
Sida Tout Va Bien, mai 1997).

Bien que de nombreux médicaments, et certains examens, ne soient toujours pas accessibles aux africains, j'espère que certains de nos conseils pourront vous aider. (0398)


Q-R 4

Q Je vous écris pour vous tenir informé de la situation difficile que nous vivons actuellement en Côte d'Ivoire par rapport à la lutte que nous menons avec notre SIDA.
Depuis le début de l'année 1998, nous n'avons reçu aucun financement pour nos plans d'action. Nous sommes totalement réduits à la mendicité.
Vous connaissez les réalités africaines par rapport à la conférence de Genève. J'ai écrit à tous les sponsors, mais en guise de réponse, je n'ai reçu que 10 "malheureusement".

Je ne sais vraiment plus vers qui me tourner. Avez-vous quelque chose à me proposer ?

R La situation que vous décrivez est absolument dramatique.

Concernant la conférence de Genève, nous avons aussi écrit à plusieurs sponsors afin d'obtenir une aide pour nous rendre à cette conférence. Les grandes firmes pharmaceutiques contactées nous ont répondu soit que leurs budgets pour cette conférence étaient déjà bouclés, soit qu'ils n'avaient plus d'argent disponible !!!

Le plus grave est que vous n'ayez pu obtenir de financement pour vos plans d'actions en Afrique.

Nous sommes conscients de la situation difficile dans laquelle se trouvent les associations africaines.
Récemment, nous avons été contacté par un organisme de subvention anglais (dont le siège est en Suisse) qui nous a indiqué qu'il souhaitait aider les associations en Afrique, mais qu'il souhaitait avoir au préalable des précisions sur ces associations.
De ce fait, nous avons préparé un dossier de présentation de 3 associations africaines (dont la vôtre) en utilisant une partie des descriptifs de ces associations que nous avons publiés sur notre serveur Internet. Nous avons indiqué que ces associations auraient particulièrement besoin d'un soutien financier. Ce dossier sera posté d'ici la fin de la semaine. Nous espérons de tout cœur qu'ils vous contacteront pour vous aider. (0498)


Q-R 5

Q J'habite en Côte d'Ivoire. Je suis séropositif. Ma femme ne le sait pas et elle vient de m'apprendre qu'elle est enceinte. J'utilise toujours le préservatif quand j'ai des rapports sexuels. Mais il y a quelques temps, le préservatif s'était rompu. Je redoute d'avoir contaminé ma femme et notre bébé qui va naître. Si ma femme a été malheureusement contaminée, est-ce que le bébé le sera automatiquement ? peut-on l'éviter ?

R Pour réduire le risque de transmission du virus de la mère à l'enfant, les traitements officiels recommandés doivent être utilisés à la fin de la grossesse et après l'accouchement.
Cela permet de réduire ce risque de transmission des 2/3. Ce qui est très important.

Donc, il importe que votre femme fasse au plus vite un test : il faut lui dire que l'on conseille de plus en plus souvent de faire un test aux femmes enceintes car on sait, qu'en Afrique, il y a de nombreuses femmes qui sont infectées par le virus VIH et qu'il faudrait, dans ce cas, essayer qu'elle puisse recevoir ce traitement. Cette contamination ayant pu survenir il y a plusieurs années, et parfois un test fait antérieurement peut, dans certains cas, ne pas s'être révélé positifs malgré le fait que la personne était déjà infectée par le virus VIH (faux négatifs).

Vous pouvez contacter Monsieur Boua Bi Drigone, Président de l'association ivoirienne Virus Village qui est une association rurale dont le siège est à Abidjan (04 BP 2113 Abidjan 04, Fax : 243119). Il connaît notamment un médecin français qui travaille dans le cadre de la coopération française et du ministère de la Santé par l'intermédiaire de l'ANRS (Agence Nationale de Recherche sur le Sida).

De plus, certains ont démontré qu'en cas de carence alimentaire en vitamine A (ce qui est fréquent en Afrique), la transmission du virus VIH est favorisée. Donc, il importe que votre femme reçoive un apport suffisant en vitamine A, notamment en mangeant des carottes (elles en contiennent 3 à12 mg/100 g), qui est un des légumes en contenant le plus (il faut plutôt les manger sans les faire cuire, c'est à dire crues ou avec un assaisonnement huile-vinaigrette ou autre pour que la vitamine A contenue dans les carottes gardent le maximum de ses propriétés). Il y a aussi de la vitamine A sous forme de bêta-carotène dans le cresson, la salade (laitue), les choux, les épinards (2,5 à 8,5 mg/100 g) et dans les abricots (1 à 4 mg/100 g). On trouve aussi la vitamine A dans l'huile de foie de flétan en très grande quantité (2.000.000 à 40.000.000 U.I./100 g), ainsi que dans le foie de poisson (10.000 à 1.000.000 U.I./100 g), dans l'huile de foie de morue (50.000 à 400.000 U.I./100 g), dans le foie d'animaux de boucherie (10.000 à 40.000 U.I./100 g). Le beurre en contient beaucoup moins (0,3 à 1 mg/100 g ce qui correspond à 1.500 à 4.000 U.I./100 g). (0698)


Q-R 6

Q Une de mes amies souhaiterait rentrer dans son pays en Côte d'Ivoire car ses ressources ne lui permettent plus de supporter le coût de la vie au jour le jour en France. Mais son médecin lui demande de réfléchir car il se demande si elle pourra alors continuer de recevoir sa trithérapie ! Et, elle redoute d'être repoussée par son entourage. [extrait]

R Concernant l'hésitation de son médecin hospitalier en France "à soutenir un départ définitif dans son pays s'il n'est pas garanti que son traitement puisse être accessible dans de bonnes conditions à Abidjan", et sur l'appréhension de cette personne quant à l'accueil de sa famille et de ses proches vis-à-vis de sa maladie ("peur du refus de la maladie"), il s'agit effectivement de points importants à considérer.

Ce que je peux vous dire, c'est que nous avons de bons contacts avec une association rurale dont le siège est à Abidjan en Côte d'Ivoire. Il s'agit de "Virus Village". Nous savons qu'un de ses membres est actuellement suivi médicalement sur place par un médecin français dans le cadre de la coopération française et du ministère de la Santé par l'intermédiaire de l'ANRS (Agence Nationale de Recherche sur le Sida). Ce membre est d'ailleurs inscrit dans le cadre d'un protocole d'étude (COTRIMO-CI) concernant la prévention de certaines infections opportunistes par le Bactrim®.

Donc, si vous et cette personne le souhaitent, nous pouvons vous transmettre les coordonnées de Virus Village (nous communiquons facilement avec eux par fax). Cela permettrait déjà à cette personne d'avoir un soutien moral supplémentaire et d'envisager les conduites à tenir les plus adaptées pour éviter toutes formes d'exclusion que sa maladie pourrait éventuellement engendrer.

D'autre part, je peux aussi (en tant que médecin) me proposer de rentrer en contact avec son médecin hospitalier en France, afin de voir avec lui le problème de la continuité de son traitement. En effet, si des personnes sont suivies médicalement sur place, comme c'est le cas du membre de Virus Village évoqué, cela pourrait donc être possible aussi pour cette personne et elle pourrait recevoir également par cette voie son traitement.

Cependant, il n'est pas exclu qu'un problème se pose en raison de la situation sanitaire en Afrique. En effet, comme vous le savez, la plupart des personnes vivant en Afrique n'ont malheureusement pas accès aux trithérapies utilisées dans la plupart des pays industrialisés, et donc cette personne sera une exception qui ne confirme pas la règle ; ce qui risque d'être mal perçu par d'autres malades (qui en auraient été informés), mais surtout par les autorités sanitaires locales, ou même françaises ... qui pourraient craindre que ce type de cas exceptionnels engendre (à juste titre !) des revendications sur l'accès à des traitements du Sida strictement identiques à ceux que reçoivent les malades des pays industrialisés ... ; ce qui pose un problème éthique majeur (l'égalité devant l'accès au soins de tout être humain) et qui poserait des problèmes financiers dans la mesure où aucun consensus n'a été envisagé au plan mondial pour tenter de résoudre, même partiellement, au niveau économique cette question douloureuse qui se pose dans les pays du Tiers Monde (et même dans certains pays industrialisés, comme c'est le cas, par exemple, de l'Italie !).

En raison de cette situation qui fait que la majorité des personnes atteintes par le Sida sur la planète n'ont pas accès à des soins similaires à ceux, très minoritaires, des pays industrialisés, nous pensons que les associations doivent, au minimum, agir déjà pour des cas individuels qui serviront d'exemples pour interpeller la conscience des dirigeants politiques d'un maximum de pays industrialisés et du Tiers-Monde.

Les associations de lutte contre le Sida, ainsi que celles œuvrant contre l'exclusion, et le corps médical doivent certes être conscients des réalités économiques ; mais cela ne doit pas constituer un frein à leur éthique (et aussi pour les médecins, à leur serment d'Hippocrate) et à leurs principaux objectifs. (0698)


Q-R 7

Q Quel est le nombre de malades du sida au Maroc ?

R La prévalence de l'infection à VIH au Maroc a été estimée à 0,0330% de la population de ce pays.

L'estimation faite pays par pays, d'où est extrait ce chiffre, a été publiées initialement par RP Bernard, U Zellweger, J Wrang et B Somaini (Genève et Zurich, Suisse, Juin 1997) avec le concours de Institute for Social and Preventive Medicine University of Zurich Switzerland, AIDS FEEDBACK (AF) et UNAIDS.
Ces estimations portent sur les 17 millions d'adultes de plus de 15 ans vivants avec le VIH à la fin de l'année 1994.
Les estimations ont pu être fournies pour 181 pays.
Elles ont été établies pour chaque pays sur un échantillonnage d'au moins 100 000 personnes ; ce qui a permis d'obtenir des estimations relativement stables (fluctuations maximales pour chaque valeur : entre 50 et 200%). Pour plus de précisions, vous pouvez vous reporter en
E.27. sur notre serveur Internet (<http://www.positifs.org>).

Cependant, il n'est pas exclu que certaines de ces estimations aient été sous-estimées ; et c'est peut-être le cas pour celle concernant le Maroc.

Pour plus de précisions, vous pourriez contacter :

Centre Régional d'Information et de Prévention du SIDA
CRIPS
Rue Tarik Ibnon Ziad, Casablanca, Maroc

Tél : +212 2 48 35 46, +212 2 20 95 41
Fax : +212 2 49 29 09

E-mail : crips@endamag.gn.apc.org

Vous pouvez aussi contacter d'autres associations de lutte contre le Sida ayant leur siège au Maroc (nous en avons répertorié quelques unes dans notre Carnet d'adresses en G.1.b. sur notre serveur Internet.
Nous vous conseillons de contacter aussi l'association Migrations santé France (23, rue du Louvre, 75001 Paris, Tél : +33 (0)1 42 33 24 74 ; Fax : +33 (0)1 42 33 29 73 ; E-mail : ms@calva.net ) qui vient d'éditer une revue sur le thème "Sida en milieu migrant" et qui vient d'ouvrir un site Internet : <http://www.migrations-sante.com>. (1198)


Q-R 8

Q Nous venons d'apprendre que nous sommes séropositifs, ma femme et moi, suite probablement à une opération chirurgicale pratiquée en Afrique (grossesse extra utérine). J'ai donc plusieurs questions à vous poser :

1. Est il possible d'avoir un enfant et quels sont les risques de transmission à l'enfant dans notre cas?

2. Quelle précaution devons nous prendre et est il nécessaire d'utiliser des préservatifs (risque de recontamination ?)

3. Qui devons nous aller voir en France lors d'un prochain séjour ? Hôpital ou médecin généraliste, et où ?

4. Est il raisonnable de continuer à vivre en Afrique, ou faut il déjà prévoir de trouver un emploi en France ?

5. Nous sommes encore jeunes (la trentaine) et jusqu'à présent en bonne santé. Quels sont les risques pour que notre état empire d'ici les mois qui viennent ?

6. Est il possible de suivre un traitement à distance ? Prescription de médicaments lors de séjours en France et application du traitement à l'étranger ?

7. Quand peut-on raisonnablement attendre un vaccin ou des traitements réellement efficaces ? Quelle échéance : 1 an, 2 ou 10 ans ?!

R Concernant votre première question : il est effectivement possible que deux personnes séropositives puissent avoir un enfant. Il y a cependant un risque de transmission du virus VIH à l'enfant, au cours de la grossesse. Mais ce risque peut être fortement réduit par des traitements.
Pour réduire le risque de transmission du virus de la mère à l'enfant, les traitements officiels recommandés doivent être utilisés à la fin de la grossesse, et après l'accouchement.
Cela permet de réduire ce risque de transmission des 2/3 ; ce qui est très important.
Ce risque peut survenir en particulier au cours du troisième trimestre de la grossesse, et il serait encore plus élevé au cours de l'accouchement.

Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de transmission du HIV de la mère au fœtus : c'est le cas d'une rupture prolongée de la poche des eaux, d'un âge gestationnel inférieur à 37 semaines, d'une MST associée ou d'une infection du placenta. Ce risque de transmission serait réduit par la césarienne, mais les avis des spécialistes divergent encore sur ce point et, donc, l'accouchement par césarienne n'est pas recommandé systématiquement.
D'autres facteurs, liés au statut immunitaire de la mère, peuvent aussi influencer le risque de transmission. Ainsi, lorsque les lymphocytes T4 sont à moins de 200/mm
3 et la charge virale à plus de 50 000 copies/ml, le risque de contamination est de 30%
À l'opposé, il est de l'ordre de 3% lorsque la mère a plus de 500 T4/mm
3, une virémie inférieure à 1 000 copies/ml et qu'elle reçoit un traitement par AZT dans le cadre du protocole ACTG 076. Certains auteurs ont alors proposé de conseiller que la conception soit effectuée au moment où la charge virale de la future mère serait basse (spontanément ou après l'utilisation d'une trithérapie qui permettrait d'obtenir ce résultat). Mais il faut savoir qu'une contamination peut se produire même avec une charge virale basse.

Concernant la proportion d'enfants contaminés nés de mères séropositives : elle est estimée entre 15 et 20% ; dans les pays en voie de développement, elle est de 25 à 30% en raison, notamment, de la surcontamination liée à l'allaitement. Plusieurs études ont montré que l'utilisation, chez la mère, d'AZT (Rétrovir-zidovudine), selon le protocole précis de l'ACTG 076 (prescription chez la mère en fin de grossesse et à l'accouchement et chez l'enfant à la naissance) permet de réduire ce taux à 5 - 8%.
Des études sont en cours pour essayer de réduire encore ce taux en utilisant des bi-thérapies associant AZT et 3TC (Epivir-lamivudine) ou AZT et névirapine (cette molécule a l'avantage de rester longtemps dans l'organisme ; ce qui permettrait de réduire le nombre de comprimés à prendre), et d'autres études utilisant une trithérapie sont envisagées (on ajouterait comme inhibiteur de protéase le saquinavir qui serait théoriquement mieux toléré par le foie du fœtus).

Les résultats obtenus avec l'AZT sont certes indiscutables, mais certains auteurs ont émis l'hypothèse que l'AZT pourrait avoir un effet néfaste, à distance, chez des personnes dont la mère aurait reçu de l'AZT pendant la grossesse. Nous avions d'ailleurs écrit un article à ce sujet en 1994 (" AZT et procréation ") et quelques mois plus tard, une instance officielle, le Conseil National du Sida, conseillait dans un rapport d'essayer d'assurer un suivi à l'âge adulte des enfants dont la mère aurait reçu de l'AZT pendant la grossesse, tout en précisant que le risque d'effets secondaires était, d'après eux, hypothétique.
Il se pourrait que ce risque soit effectivement minime car l'AZT, dans le protocole ACTG 076, n'est pas prescrit en début de grossesse où ce risque serait majeur. Mais nous n'en avons pas l'entière certitude et nous pensons que c'est aussi le cas du ... Conseil National du Sida, même s'il ne le dit pas explicitement (n'oublions pas que c'est la première fois dans l'histoire de la médecine qu'on recommande, a priori, une telle surveillance jusqu'à l'âge adulte ; un autre précédent a eu lieu, mais a posteriori, avec le distilbène, dans les années1970).
Nous avons contacté le laboratoire Bristol-Myers Squibb afin de leur demander si des études étaient en cours de réalisation afin de savoir si le D4T (Zerit) pourrait, seul ou en association, diminuer, comme l'AZT, le risque de transmission du HIV de la mère au fœtus. Cela serait intéressant en raison d'une moins grande toxicité du D4T par rapport à l'AZT. Nous n'avons pas encore eu de réponse.

D'autres moyens de prévention de cette transmission sont à l'étude : notamment le lavage vaginal avec des produits désinfectants au moment de l'accouchement.
À ceci, il faut ajouter qu'il a été démontré qu'en cas de carence alimentaire en vitamine A (ce qui est fréquent en Afrique), la transmission du virus VIH est favorisée. Donc, il importe que votre femme reçoive un apport suffisant en vitamine A, notamment en mangeant des carottes (elles en contiennent 3 à 12 mg/100 g) qui est un des légume en contenant le plus (il faut plutôt les manger sans les faire cuire, c'est-à-dire crues ou avec un assaisonnement huile-vinaigrette ou autre pour que la vitamine A contenue dans les carottes garde le maximum de ses propriétés). Il y a aussi de la vitamine A sous forme de bêta-carotène dans le cresson, la salade (laitue), les choux les épinards (2,5 à 8,5 mg/100 g) et dans les abricots (1 à 4 mg/100 g). On trouve aussi la vitamine A dans l'huile de foie de flétan en très grande quantité (2.000.000 à 40.000.000 U.I./100 g), ainsi que dans le foie de poisson (10.000 à 1.000.000 U.I./100 g), dans l'huile de foie de morue (50.000 à 400.000 U.I./100 g), dans le foie d'animaux de boucherie (10.000 à 40.000 U.I./100g ). Le beurre en contient beaucoup moins (0,3 à 1 mg/100 g ce qui correspond à 1.500 à 4.000 U.I./100 g).

Vous trouverez d'autres précisions concernant cette 1ère question à la fin de notre réponse groupée aux 3e, 4e et 6e questions.

Concernant votre deuxième question : le recours aux préservatifs est conseillé dans un couple dont les deux partenaires sont séropositifs, la surcontamination pouvant aggraver l'état de santé de chacun des deux partenaires. Cela s'explique notamment parce qu'il existe plus de 200 souches de virus VIH, et qu'il est possible que les deux partenaires hébergent des souches différentes, ayant des niveaux de virulence différents. Il faut savoir aussi que le virus peut subir des mutations le rendant résistant à certains traitements, et, fait surprenant, cela peut survenir même chez des personnes qui n'ont jamais pris ce traitement (cela a été démontré, notamment pour l'AZT). Donc, il apparaît que des résistances à un traitement peuvent être transmises à l'occasion d'un rapport sexuel non protégé ; ce qui fait que ce traitement ne pourra plus être utilisé ultérieurement, en raison de son inefficacité.

Concernant vos 3e, 4e et 6e questions : actuellement, des efforts venant de certains pays sont tentés pour que les personnes vivant dans des pays démunis (comme en Afrique) puissent avoir accès à un suivi médical correct et aux traitements dont bénéficient les habitants d'autres pays plus riches. Cependant, il faut être réaliste ; les infrastructures sanitaires de la plupart des pays africains ne sont pas en mesure d'être suffisamment opérationnelles vis-à-vis de cette infection, et aussi de pouvoir s'occuper d'un nombre si important de personnes concernées. Pour plus de précisions sur ce sujet, vous pouvez vous reporter à la rubrique I.2 de notre serveur Internet (<http://www.positifs.org/>).

Donc, pour les personnes, comme vous, qui ont la possibilité de se rendre en France, nous leur conseillons de consulter des médecins en France. L'idéal serait de faire un bilan complet, au cours d'un premier séjour, de décider s'il est nécessaire de débuter, à ce moment-là, un traitement, et, dans ce cas, de pouvoir surveiller la tolérance et l'efficacité de ce traitement. Au cas où un traitement aurait été débuté lors d'un premier séjour, il faudrait faire le point, trois mois après, au cours d'un second séjour. Par la suite, on pourrait envisager une surveillance à intervalles plus longs. Si la personne n'a pas besoin de recevoir un traitement, on peut concevoir que le suivi se fasse tous les six mois, si le bilan biologique n'est pas trop perturbé. On peut aussi espérer que ce suivi puisse se faire en Afrique (de même à partir de la 3e visite pour les personnes qui recevraient un traitement à l'issue de la première visite).

Cette stratégie du suivi est cependant très schématique. Elle doit être adaptée en fonction de chaque personne ; notamment en fonction de son état de santé et de ses moyens financiers (surtout si elle n'a pas d'assurance médicale valable en France).
Certains médecins hospitaliers essayent de trouver des solutions pour intervenir dans de telles situations. Mais il s'agit de solutions ponctuelles, guidées par des préoccupations humanitaires. Nous pourrions, si vous le souhaitez, vous indiquer des noms de médecins hospitaliers ayant déjà été confrontés à ce type de situation. Il en est de même des médecins généralistes.

En fait, l'idéal serait que les personnes vivant en Afrique puissent être suivies médicalement dans leur pays, et recevoir sur place, si nécessaire, un traitement.
Jusqu'à présent, cela semblait tout à fait utopique en raison de la situation économique de la plupart des pays d'Afrique et de l'état des infrastructures sanitaires.
Depuis plusieurs mois, certains avaient proposé, en raison de cette situation, la création d'un fonds de solidarité internationale (pour plus de précisions, se reporter à l'article précédemment indiqué, en
I.2. de notre serveur Internet). Cette idée a été particulièrement développée au cours de l'année 1998 par Monsieur Bernard Kouchner (ministre de la Santé en France).

Nous avons appris récemment que ce Fonds de Solidarité Thérapeutique Internationale (FSTI) allait enfin devenir opérationnel.
Un communiqué de presse officiel devrait être diffusé dans les semaines à venir.

Actuellement, ce projet en est encore à un stade expérimental.
En effet, la France est, pour l'instant, le seul pays à s'être engagé, et les financements sont encore limités (financements provenant du ministère de la Coopération et du ministère de la santé).

Le but du FSTI est de favoriser l'accès aux traitements de l'infection à VIH.
Mais ce projet a été conçu pour s'inscrire dans le cadre d'un programme de santé publique ; ce qui signifie qu'il doit aussi participer à l'information des personnes, à la prévention et au councelling. Il s'agit de trouver les mots et discours adaptés aux différentes cultures pour arriver à faire passer réellement les messages, et pour responsabiliser les personnes. Il importe, notamment, de convaincre au mieux, afin d'obtenir une bonne assiduité dans le suivi, ou le traitement médical.

Donc, le FSTI peut être sollicité pour venir en appui à des projets répondant à ces objectifs. Ce qui signifie qu'une personne donnée ne pourra bénéficier d'une aide émanant du FSTI que par l'intermédiaire, uniquement, d'une organisation ayant un projet qui a reçu le soutien officiel du FSTI.
Une autre spécificité du FSTI est d'essayer d'obtenir que les états africains, où le FSTI interviendrait, participent financièrement, eux aussi (NDLR : cette mesure nous semble intéressante, mais il faut éviter à tout prix qu'elle ne devienne discriminatoire ; ce qui présuppose que la participation financière demandée à chaque pays africain concerné ne soit pas excessive, et surtout, qu'elle soit calculée en fonction de la situation économique réelle de chacun des pays. Cette participation financière risque d'être difficile à établir pour certains pays...).
Dans un même ordre d'idée, une participation financière sera demandée aux personnes concernées. Elle sera très faible, le but étant, avant tout, d'améliorer la compliance au suivi médical et/ou au traitement.

Actuellement, des priorités ont dû être déterminées, dans la mesure où le financement de ce fonds est encore largement insuffisant pour couvrir tous ces objectifs.
Il a donc été décidé que le FSTI financerait en priorité les projets s'attaquant aux problèmes de la transmission verticale du virus VIH. Pour les femmes concernées, ce financement devra couvrir aussi le suivi de l'enfant et du conjoint, et ce sur une période de deux années, en espérant que d'ici là le FSTI aura pu recueillir d'autres financements pour assurer le suivi ultérieur.

Concernant les traitements proposés, il n'est question, pour l'instant, que de financer les projets reposant sur la prévention de la transmission de la mère à l'enfant par la prise d'AZT, et uniquement cela (NDLR : il serait opportun de pouvoir aussi financer, ultérieurement, les traitements recourant à des bi-thérapies, et surtout à des trithérapies, si les essais en cours dans les pays occidentaux s'avèrent concluants ; et surtout ceux qui ont le moins d'effets secondaires possibles. Par contre, il est surprenant que le FSTI ne finance pas, dès maintenant, les projets reposant sur des traitements par certaines vitamines A, puisque l'on a démontré déjà, dans plusieurs pays africains, que les carences en vitamine A sont fréquentes, et qu'elles favorisent fortement la transmission du VIH de la mère à l'enfant).

Dans la mesure où d'autres Maladies Sexuellement Transmissibles sont aussi fréquemment présentes en Afrique, il est prévu que le FSTI prenne aussi en charge le dépistage et le traitement d'autres MST (seront exclues, pour l'instant, les MST dont le diagnostic et/ou le traitement sont trop onéreux ; comme c'est le cas, par exemple, des clamydiæ et des mycoplasmes).

D'un point de vue pratique, il a été décidé que le FSTI interviendrait tout d'abord en Côte d'Ivoire (projet-pilote).
Nous ignorons les raisons de ce choix. Cette décision découle, probablement, de relations diplomatiques privilégiées avec la France. Une autre raison peut être que, parmi les pays africains de la côte ouest, la Côte d'Ivoire serait le pays ayant la plus forte prévalence de l'infection à VIH (en raison des infrastructures, il ne faut pas oublier que les estimations du nombre des personnes infectées par le VIH dans certains pays d'Afrique sont certainement moins fiables que celles qui sont réalisées en Europe). Enfin, la Côte d'Ivoire est l'un des pays les moins pauvres d'Afrique ; ce qui permet d'espérer trouver, sur place, une infrastructure sanitaire suffisante, et pouvoir requérir, sans trop de difficultés, une participation financière suffisante de la part du gouvernement de ce pays, en complément de la participation du FSTI.
Parmi les projets retenus en Côte d'Ivoire, il y a aussi la prévention des infections opportunistes chez les personnes ayant les lymphocytes T4 en dessous de 500/mm
3 (la limite retenue est celle qui est en vigueur dans ce pays, et non pas celle de 200/mm3 comme c'est le cas dans d'autres pays, tel la France). Il y a aussi la prise en charge des trithérapies antirétrovirales, quand elles s'avèrent nécessaires ; il en est de même des bi-thérapies (NDLR : à vrai dire, il convient d'avoir recours, en priorité, aux trithérapies, ainsi que cela se fait de façon majoritaire dans les pays occidentaux !).

Quoique nous pensions que des aménagements devraient être envisagés, le FSTI est un projet humanitaire qui mérite d'être salué avec enthousiasme, même dans sa forme actuelle.
Il s'agit d'un projet réaliste.
Certains de ces aspects, notamment en ce qui concerne les participations financières, pourront surprendre. Nous pensons qu'ils sont réalistes.
Devant l'ampleur des sommes qui seraient nécessaires, il est compréhensible que le FSTI ne s'engage pas à la légère. De plus, il en va de sa crédibilité auprès des autres états du monde et des sociétés privées qui pourraient participer ultérieurement à son financement.
En effet, ainsi que nous l'avons déjà écrit à plusieurs reprises, nous pensons que l'industrie pharmaceutique se doit de participer à un tel projet. Faut-il rappeler à leurs actionnaires que " sans maladie, on ne peut pas faire de profit " ? Car telle est la dure réalité économique, toujours en vigueur à l'aube de l'an 2 000 !
Nous pensons aussi, pour les mêmes raisons, que les industries couvrant d'autres domaines devraient, elles aussi, y participer.

Pour obtenir des précisions sur ce FSTI, les personnes peuvent contacter, de notre part, le ministère de la Santé, à l'attention de Madame Bénédicte MOULIN, Pièce 6120, 8 avenue de Ségur, 75350 Paris 07 SP, France (e-mail : fsti@sante.gouv.fr).

Concernant votre 5e question, il est difficile de donner une réponse univoque. En effet, on sait que l'évolution de l'infection à VIH peut évoluer en quelques années, ou sur plus de 15 ans, et que cela peut être très variable suivant les personnes (l'existence de souches ayant différents niveaux de virulence et l'intervention possible de différents co-facteurs expliquent ce fait). Mais déjà, il faut préciser que ces estimations sont à revoir avec un meilleur pronostic car l'apparition des trithérapies a modifié la donne. Enfin, il faut savoir qu'une personne infectée par le VIH peut ne présenter aucun signe clinique durant plusieurs années et, donc, il est souvent difficile de donner un pronostic en fonction de la date à laquelle a été fait le test qui s'est révélé positif ; la contamination a pu survenir plusieurs années auparavant.

Concernant votre 7e question : la plupart des essais vaccinaux réalisés ont été effectués avec des vaccins agissant par l'intermédiaire d'une partie non-variable du virus HIV. En raison du nombre élevé de souches virales différentes (plus de 200 souches que l'on pourrait regrouper, à la rigueur, en une dizaine de familles), il est peu probable que l'on arrive à mettre au point un vaccin efficace contre toutes ces souches ou familles de souches (jusqu'à présent, les vaccins mis au point contre d'autres infections agissent sur une seule souche, parfois sur deux ou trois souches différentes comme c'est le cas pour le vaccin anti-poliomyélite).
Enfin, certaines séroconversions seraient survenues après vaccination ; ce qui impliquerait que ce type de vaccin pourrait être dangereux pour certaines personnes.
D'autres prototypes de vaccins sont à l'étude. II s'agit notamment de celui qui utilise, comme déterminant vaccinal, une molécule humaine intervenant au niveau des cellules infectées (c'est le cas de la bêta-2-microglobuline proposée par le Pr Cherman de l'Institut Pasteur).
Ce type de vaccin aurait l'intérêt de pouvoir être utile aussi pour ralentir la progression de la maladie chez des personnes déjà infectées.
On peut aussi se demander si ce type de vaccin ne présente pas un risque, car il pourrait déclencher la formation d'anticorps vis-à-vis d'une molécule qui existe aussi au niveau d'autres cellules que les cellules cibles du HIV.

Concernant les traitements, l'utilisation des trithérapies depuis la fin de l'année 1996 a constitué un réel progrès dans le traitement de l'infection à VIH. Chez les personnes n'ayant jamais reçu de traitement antirétroviraux au préalable (notamment bi-thérapie et surtout monothérapie), les trithérapies sont efficaces dans 70% des cas, et sur au moins trois années de recul.
Avant 1996, la principale avancée thérapeutique avait été réalisée avec l'utilisation du Bactrim pour agir préventivement sur l'apparition des infections opportunistes (notamment, la pneumocystose pulmonaire) ; les bi-thérapies (surtout avec le 3TC) avaient donné ensuite un espoir ; mais ce n'est qu'avec les trithérapies que cet espoir s'est confirmé.
Par ailleurs, certains, dont nous sommes, pensent qu'il est utile de recourir aussi à des traitements complémentaires (notamment vitamine C et E, sélénium, glucuronamide). Pour plus de précisions à ce sujet, vous pouvez vous reporter sur notre serveur Internet (http://www.positifs.org/).

On peut donc parler aujourd'hui d'un grand espoir. Il ne s'agit pas encore de guérison, mais d'une rémission chronique, avec l'assurance d'une chute très nette de la mortalité, et de la possibilité de réintégrer socialement les personnes.
À ceci près que les personnes doivent pouvoir avoir recours à ces traitements, et que l'on trouve des solutions pour les personnes qui ont été plongées dans la précarité !
Il convient de ne pas ralentir, pour autant, les travaux de recherche, afin de trouver des traitements encore plus efficaces, et qui auront de moins en moins d'effets secondaires (actuellement, les trithérapies engendrent de tels effets, à des niveaux variables, dans 50% des cas). (0799)



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1ère version : mars 1998.

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mise à jour en juillet 1999.