MARRAKECH, 1er avril
2005
(Reuters-AFP)
Face à
l'échec du Sidaction, l'association Ensemble contre
le sida a annoncé aujourd'hui sa dissolution.
À l'occasion d'une conférence de presse tenue
dans son palace de Marrakech, M. Pierre Bergé,
président du Conseil d'administration, a
déclaré : " Nous avons trompé nos
donateurs pendant des années, mais il faut se rendre
à l'évidence : l'argent récolté
par le Sidaction ne sert qu'à nourrir des dirigeants
associatifs qui se préoccupent de la santé de
leurs associations avant celle des séropositifs."
NDLR
:
l'association POSITIFS ne reçoit plus de subvention
d'ENSEMBLE CONTRE LE SIDA depuis de nombreuses
années. Il s'en est suivi que nous avons dû
interrompre l'impression, et la diffusion, de notre revue
"Sida Tout
Va Bien".
M. Bergé a
regretté avoir ignoré le rapport pourtant
accablant de la Cour des comptes, qui avait
dénoncé le " manque de vigilance dans le
maniement des fonds ", des " dysfonctionnements graves
" et même
des "
détournements " (1). " J'aurais dû
démissionner avec le reste du Conseil
d'administration, aujourd'hui je vais tenter de faire amende
honorable ".
Alors que le premier
Sidaction en 1994 avait mobilisé plus de 45 millions
d'euros, depuis l'opération " 48 heures pour un
vaccin " en 2001, le Sidaction n'a jamais réussi
à dépasser la barre des 4 millions d'euros.
" Si la
solidarité spectacle ne fait plus recette, c'est bien
parce que les gens ne sont pas dupes ! " a expliqué Pascal Obispo,
présent à la conférence.
" Finies les
paillettes et les opérations bidons : il est temps
que les chanteurs se mobilisent vraiment pour les malades
issus de l'immigration, de la banlieue, pour tous les
malades déshérités en France et dans
les pays du Tiers Monde ".
" Ce n'est pas la faute
du Pape, nous sommes seuls responsables de cet échec
! " a
résumé Line Renaud, les larmes aux yeux. Elle
a lu solennellement une liste de chanteurs et de
comédiens responsables de la surenchère
grossière et ridicule du spectacle orchestrée
autour du sida. Clémentine Célarié,
présente à ses côtés, a tenu
à s'excuser pour le clip vidéo qu'elle a
réalisé, expliquant : " Même si ma carrière
était en perte de vitesse, ce que j'ai fait
était inadmissible. Je refuserais dorénavant
de me servir ainsi de la lutte contre le sida pour les
besoins de mon image publique ".
MM. Bergé et
Obispo, avec Mmes Célarié et Renaud ont
annoncé qu'ils remettraient leurs fortunes
personnelles aux associations de malades dans les pays les
plus pauvres.
Dans la foulée, M.
Christian Saout, président de AIDES, et M.
Jérôme Martin, président d'Act Up, ont
annoncé une Assemblée générale
extraordinaire. "
Alors que tout nous opposait à nos débuts,
aujourd'hui nos associations en sont au même point :
Vestiges des luttes menées aux années
quatre-vingt, AIDES et Act Up sont aujourd'hui des coquilles
vides, " ont-ils
annoncé dans un communiqué commun.
" Nous ne savons
plus grand-chose de la réalité quotidienne des
séropositifs, hétéros ou homos,
Français ou Immigrés, hommes ou femmes, dans
ce pays. Nous regrettons de nous être
cramponnés pendant tant d'années alors nous
n'étions plus présents aux côtés
des personnes séropositives. "
D'autres responsables
associatifs, dont Yves Ferrarini de Sida Info Service,
Jean-Marie Faucher d'Arcat Sida, Jean-Marc Borello de SOS
Habitat, pourraient rejoindre le mouvement. Seul Didier
Lestrade, aujourd'hui sans mandat associatif, a
signifié dans un article fleuve pour la revue
Têtu, qu'il continuerait " jusqu'au bout " de son combat.
Enfin, le Ministère
de la Santé a déjà réagi : M.
Douste-Blazy, joint par téléphone depuis sa
maison de campagne en Vendée, nous a
déclaré, " le sida, nous l'avons
sous-traité à ces associations, en
espérant qu'elles nous débarasseraient du
problème. Il est temps d'arrêter le bla-bla et
de débloquer des moyens à la hauteur de
l'épidémie. "
Contact presse
: 01 43 73 36 24
Pour réagir
à ce communiqué : http://www.survivreausida.net/forum.php3?id_article=6390