E.4. LE LIBRE CHOIX THÉRAPEUTIQUE.


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La notion de libre choix thérapeutique suppose que les patients aient reçu toutes les informations concernant l'efficacité et les effets secondaires d'un traitement donné. En pratique, dans de nombreux cas, ces informations ne sont pas transmises par le médecin à son patient car elles ne sont pas nécessaires, et le patient s'en remet à la confiance qu'il porte à son médecin. Dans le cas du SIDA et d'autres maladies graves, où il n'existe pas encore de certitude totale sur ces données, certains patients souhaitent avoir la liberté du choix thérapeutique. Ce phénomène s'est particulièrement développé avec le SIDA et il n'est pas sans poser des problèmes relationnels entre le patient et certains médecins qui n'acceptent pas que le patient prenne part au choix thérapeutique, remette en question un traitement officiel proposé ou souhaite recourir à des traitements non-conventionnels. *
Cependant, le libre choix thérapeutique, tel que nous l'avons défini, constitue une liberté fondamentale pour ces patients.

Ce droit vient-il d'être bafoué en France ?
Des personnes séropositives ayant choisi d'avoir recours à un traitement non-conventionnel (Pao pereira) associé ou non à des traitements officiels viennent d'apprendre, qu'en raison d'une procédure en cours dirigée contre son inventeur et ses distributeurs (des malades auraient été perquisitionnés et gardés à vue !), ils ne pourront plus se procurer en France ce médicament (alors que certains le prenaient depuis plusieurs années). Concernant le mode d'action de ce traitement, la plupart des personnes avaient reçu des informations (cf. Sida Tout Va Bien N°21) ainsi que sur ses effets secondaires, et étaient au courant des mises en garde du ministère de la Santé (les experts du ministère ont exprimé leur scepticisme quant à l'intérêt de ce traitement).


Qu'un médecin ou un expert du Ministère de la Santé émette des réserves sur un traitement non-conventionnel et que ces réserves soient transmises aux personnes utilisant ce traitement nous semble tout à fait important pour la liberté du choix thérapeutique. De même, il est tout à fait important qu'un médecin ou un expert expose les avantages à suivre un traitement officiel et les risques à ne pas le suivre.
Il importe en fait que tout traitement fasse l'objet d'une information mixte en provenance des autorités officielles, mais aussi des chercheurs indépendants (malheureusement, cette pratique n'existe actuellement que de façon limitée, notamment en France). Sa généralisation permettrait à ceux qui le souhaitent d'avoir accès au libre choix thérapeutique. On peut espérer que le développement de systèmes de communications, comme INTERNET, permettra de répertorier le vaste ensemble des informations scientifiques et de faciliter son accès à toutes personnes le souhaitant.

D'ici là, il convient de dénoncer toute atteinte à la liberté du libre choix thérapeutique et en particulier l'accès à certains traitements.
Un problème similaire se pose avec des trithérapies officielles qui sont encore refusées à des patients maintenus sous bithérapie ou sous des associations comportant certains médicaments, comme l'AZT, que certains patients refusent de recevoir.
Enfin, que penser des patients qui préféreraient pouvoir continuer leur traitement de substitution par Temgesic et que l'on oblige à adopter la présentation devenue officielle, le Subutex (qui parfois, pour des raisons inexpliquées, est inefficace ou mal toléré), sous peine que certains centres de Sécurité Sociale n'assurent plus le remboursement (plus de 2 000 Frs/mois) ? Souhaite-t-on que ces patients redeviennent des toxicomanes, des délinquants, des dealers et qu'ils transmettent le Sida et l'hépatite C à l'occasion d'un épisode de manque (qui favorise l'échange de seringue et la pratique de rapports sexuels sans préservatif) ?

À suivre.


* À l'occasion de la XIème Conférence Internationale sur le SIDA (Vancouver, 1996), neuf publications ont étudié la proportion de patients séropositifs ayant recours à des traitements non-conventionnels : elle varie de 31% à 76% (soit une moyenne de 47%).


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© Copyright association POSITIFS, France, 1996.
Parution antérieure dans Sida Tout Va Bien, N° 26, novembre 1996.
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