La notion de libre choix
thérapeutique suppose que les patients aient
reçu toutes les informations concernant
l'efficacité et les effets secondaires d'un
traitement donné. En pratique, dans de nombreux cas,
ces informations ne sont pas transmises par le
médecin à son patient car elles ne sont pas
nécessaires, et le patient s'en remet à la
confiance qu'il porte à son médecin. Dans le
cas du SIDA et d'autres maladies graves, où il
n'existe pas encore de certitude totale sur ces
données, certains patients souhaitent avoir la
liberté du choix thérapeutique. Ce
phénomène s'est particulièrement
développé avec le SIDA et il n'est pas sans
poser des problèmes relationnels entre le patient et
certains médecins qui n'acceptent pas que le patient
prenne part au choix thérapeutique, remette en
question un traitement officiel proposé ou souhaite
recourir à des traitements non-conventionnels. *
Cependant, le libre choix thérapeutique, tel que nous
l'avons défini, constitue une liberté
fondamentale pour ces patients.
Ce droit vient-il d'être bafoué en France ?
Des personnes séropositives ayant choisi d'avoir
recours à un traitement non-conventionnel
(Pao
pereira) associé ou non
à des traitements officiels viennent d'apprendre,
qu'en raison d'une procédure en cours dirigée
contre son inventeur et ses distributeurs (des malades
auraient été perquisitionnés et
gardés à vue !), ils ne pourront plus se
procurer en France ce médicament (alors que certains
le prenaient depuis plusieurs années). Concernant le
mode d'action de ce traitement, la plupart des personnes
avaient reçu des informations (cf. Sida Tout Va Bien
N°21) ainsi que sur ses effets secondaires, et
étaient au courant des mises en garde du
ministère de la Santé (les experts du
ministère ont exprimé leur scepticisme quant
à l'intérêt de ce traitement).
Qu'un médecin ou un expert du Ministère de la
Santé émette des réserves sur un
traitement non-conventionnel et que ces réserves
soient transmises aux personnes utilisant ce traitement nous
semble tout à fait important pour la liberté
du choix thérapeutique. De même, il est tout
à fait important qu'un médecin ou un expert
expose les avantages à suivre un traitement officiel
et les risques à ne pas le suivre.
Il importe en fait que tout traitement fasse l'objet d'une
information mixte en provenance des autorités
officielles, mais aussi des chercheurs indépendants
(malheureusement, cette pratique n'existe actuellement que
de façon limitée, notamment en France). Sa
généralisation permettrait à ceux qui
le souhaitent d'avoir accès au libre choix
thérapeutique. On peut espérer que le
développement de systèmes de communications,
comme INTERNET, permettra de répertorier le vaste
ensemble des informations scientifiques et de faciliter son
accès à toutes personnes le souhaitant.
D'ici là, il convient de dénoncer toute
atteinte à la liberté du libre choix
thérapeutique et en particulier l'accès
à certains traitements.
Un problème similaire se pose avec des trithérapies officielles qui sont encore refusées
à des patients maintenus sous bithérapie ou
sous des associations comportant certains
médicaments, comme l'AZT, que certains patients
refusent de recevoir.
Enfin, que penser des patients qui
préféreraient pouvoir continuer leur
traitement de substitution par Temgesic et que l'on oblige
à adopter la présentation devenue officielle,
le Subutex (qui parfois, pour des raisons
inexpliquées, est inefficace ou mal
toléré), sous peine que certains centres de
Sécurité Sociale n'assurent plus le
remboursement (plus de 2 000 Frs/mois) ? Souhaite-t-on que
ces patients redeviennent des toxicomanes, des
délinquants, des dealers et qu'ils transmettent le
Sida et l'hépatite C à l'occasion d'un
épisode de manque (qui favorise l'échange de
seringue et la pratique de rapports sexuels sans
préservatif) ?
À suivre.