Catherine RENAUDIE
« Durant la soirée du
Sidaction 1996, Sida Info Service avait mis en place un
dispositif exceptionnel d'écoute en relais de
l'émission télévisée. Ses
fonctions : clarifier les informations transmises au cours
de l'émission, fournir des coordonnées
d'associations, être à l'écoute des
personnes atteintes et isolées qui auraient pu
trouver auprès de Sida Info Service un soutien et une
aide. Ce rôle essentiel n'a pu être
assuré. En effet, la diffusion tardive et très
restreinte du Numéro Vert n'a pas permis à de
nombreux appelants potentiels d'accéder à la
ligne téléphonique. Les chiffres parlent
d'eux-mêmes : 200 000 sollicitations en 1994, et
seulement 10 000 cette année ; 700 écoutants
bénévoles ont répondu à un peu
plus de 6 000 appels tandis qu'en 1994, environ 19 000
personnes avaient pu joindre la ligne. Les trop rares
apparitions du numéro vert ont malgré tout
provoqué des pics d'appels très significatifs
d'un besoin de dialogue. Cette émission, comme la
précédente, aurait pu constituer un formidable
déclencheur de paroles.
Par son intervention violente, Act-up Paris a
créé une vive émotion et suscité
deux types de réactions : ceux qui adhèrent
à ses revendications et ceux qui sont indignés
par le comportement des représentants de cette
association. Pendant une partie de l'émission, cela a
conditionné la teneur des appels et conduit des
appelants à prendre position.
Les appelants se partagent à égalité
entre les hommes et les femmes. Une personnes sur cinq a
moins de 20 ans, une sur deux entre 20 et 40. Les appels
reçus à Sida Info Service dénotent une
forte demande d'information : deux tiers des appelants
veulent des précisions sur la transmission du virus,
la prévention et le dépistage ; un appelant
sur dix souhaite des indications sur les traitements et
l'état de la recherche.
Le contenu de l'émission a favorisé une
proportion d'appels d'usagers de drogue supérieure
à l'utilisation habituelle du Numéro Vert par
ces personnes.
L'émission a suscité des sentiments
partagés : un tiers manifeste de la colère, du
désespoir ou de la déception ; un autre tiers
se déclare solidaire des personnes qui ont
témoigné. Seule une très petite
minorité a trouvé dans cette émission
une source d'espoir.
Les commentaires des appelants font ressortir qu'ils ont
trouvé cette émission utile :
particulièrement les témoignages des personnes
séropositives, malades et de leur entourage, à
l'inverse des interventions des artistes. Trois-quarts des
appelants avaient regardé le Sidaction en 1994 et la
moitié déclare avoir fait un don à
cette occasion. Ils sont deux tiers à envisager de le
faire cette année, satisfaits de l'utilisation des
fonds collectés auparavant.»