Bien des gens vivant avec le VIH/SIDA ont
eu l'impression, à la suite de leur test
(sérologie à VIH), d'avoir raté leur
vie. " Si c'était à refaire, disent-ils, il y
a beaucoup de choses que je ferais autrement..."
Pour ma part, quoique n'ayant pas eu
beaucoup d'informations sur la vie positive avec le VIH, ce
virus ne m'ébranlerait pas de si tôt. J'ai
considéré mon poids, 65 kg depuis 1985, alors
que j'avais 22 ans. J'ai dû perdre quelques kilos
durant la période de ma mésaventure (voir
<http://www.positifs.org/d/dem5.htm>). Mais ce qui me reste comme souvenir : au
moment où je faisais mon test (sérologie
à HIV), je pesais 56 kg. J'étais
méconnaissable. Beaucoup de gens autour de moi
contaient sur mon état physique. Les raisons de ma
perte de poids étaient de différents ordres
:
- manque d'emploi
(j'étais inactif et sans ressources) ;
- manque de logement (je dormais avec 7
cousins dans le salon d'une maison de 2 pièces)
;
- manque de soins (je n'avais pas
d'argent pour aller à la consultation) ;
- manque de soutien psychologique (je
n'avais personne à qui me confier : surtout lui
exprimer mon désir de faire un test du Sida).
Ma situation sociale s'est
dégradée dans la semaine où j'ai fait
le test, avec l'apparition d'un zona sur mon dos. Mon cousin
qui nous hébergeait m'a demandé de quitter la
maison jusqu'à ma guérison complète, de
peur que je contamine les autres, et ses enfants. Il a
soutenu devant la maisonnée que les boutons que je
portais étaient le Sida. Dès lors, je
connaissais déjà sa réaction face au
résultat positif d'un dépistage du
VIH/SIDA.
Malgré tous ces problèmes,
j'ai fait mon test. Il faut signaler que le personnel
soignant a beaucoup d'influence sur les patients. L'accueil
que j'ai reçu était très bon. Mais
c'est l'attente d'être reçu par le psychologue
qui me parut longue. J'avais peur qu'une ancienne
connaissance ne soit dans le Centre, d'autant plus que mon
état physique en disait long. Enfin, j'ai
été reçu par une dame très
généreuse en sourires et en blagues. Ainsi,
pris à son "piège", je n'ai pas
résisté à faire le test. Elle me
demanda, en plus du problème de logement que j'avais,
si je n'avais pas d'autres préoccupations. Je lui
fais voir mon "corps" sur lequel des boutons apparaissaient.
Elle m'envoya chez une femme médecin qu'elle
prétendait être son amie. Elle me fit savoir
que ce médecin me soignerait gratuitement
désormais. J'étais très content d'avoir
une "amie" médecin.
Quand, sur le banc d'attente, un mercredi
soir, une charmante Dame vint nous demander si nous
étions venus la voir de la part de son amie qui est
au Centre de dépistage. Elle me reçoit le
premier, et cela me réconforta ! Elle me consulta et
me reprocha la négligence de mon corps. Elle demanda
que je sois propre, et surtout de ne pas négliger
n'importe quelle maladie. Elle me remit un traitement et des
vitamines. Avant de la quitter, je lui parlais de mon
problème d'habitation. Elle me conseilla de voir son
assistante sociale.
Quand je rencontrais cette dame,
c'était la même générosité
qui ma été réservée. Elle me fit
savoir l'existence d'un Centre de prise en charge
psychosociale et spirituelle.
Muni de l'adresse de ce Centre, je me
suis rendu au lieu sans attendre le lendemain.
L'accueil que j'ai reçu à
la réception par quelqu'un que je nomme ici, a
dépassé mon attente. Il s'agit de Romain EKRAKOU.
Puis après, j'ai été
reçu par le médecin. Lui, il avait une surdose
de gentillesse. Il me fit un traitement sur place. Il me
remit des vêtements et demanda que l'on me donne
à manger. Quand je voulus le quitter, il me dit : "Tu
ne travailles pas, non ?" Je lui répondis que non.
Alors, il me demanda de venir au Centre tous les matins, et
qu'il allait payer mon transport à raison de 4 FF par
jour. J'étais très content d'avoir eu une
occupation.
Chaque matin, je me levais très
tôt pour venir au Centre. Là, mon rôle
consistait à faire le petit déjeuner pour les
autres. Nous étions, la plupart, des indigents.
Après ce travail de serveur de petit déjeuner,
je faisais du soutien aux personnes qui avaient du mal
à accepter leur statut de P+. Je leur disais :
"Regardez... je suis P+ comme vous !" Et ils
s'étonnaient parce que j'étais propre et je
respirais la vie.
Au bout de 2 mois, mon poids est
passé à 68 kg. Mon entourage commençait
à se demander : "Qu'est-ce qui a pu se produire ?"
D'autres disaient que j'avais eu du travail chez les
blancs."
Mais ce qui m'a véritablement
changé, c'est le fait que je me suis mis à la
disposition des malades. Tous m'appelaient Chef à
leur arrivée. Le médecin m'a demandé de
me trouver une maison à louer à raison de 100
FF/mois. Avec l'aide d'un ami, j'ai trouvé la
maison. La nouvelle parvint à ma famille que j'ai
trouvé une maison. Les 2 ans que j'ai passés
dans ce Centre, personne n'a su que mon
bénévolat était à cent pour
cent. Avec l'équipe du Centre, je me rendais dans la
Commune, dans les écoles pour faire la
prévention. Après projection des diapositives,
je montais sur le podium pour dire aux gens que
j'étais P+. J'avais un calendrier de visites à
domicile chargé. Le Centre, dont toutes les
prestations étaient gratuites, avait de réels
problèmes d'argent. Nous avons créé un
regroupement des patients P+ de la clinique. J'ai
été élu Vice-Président, puis,
après, Président pendant 1 an.