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Immigration, Prison, Sida (1999).

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- Santé mentale et sida -

Association Loi 1901 à but non lucratif déclarée le 19.6.87 à Paris sous le N° 87/2385

Siège : 6 rue de l'Abbé Grégoire 75006 PARIS, Tél. 01 45 49 26 78 Télécopie : 01 45 48 07 77

BULLETIN N° 38 - MAI 1999


Remarque : les figures référencées dans ce texte ne sont disponibles que dans le bulletin de l'association,
sur simple demande par courrier ou par FAX

IMMIGRATION, PRISON, SIDA
d'une anthropologie des conflits touchant la jeunesse maghrébine (1)

Dr Radhia Moumen-Marcoux (2)

Les thèmes (énoncés dans le titre du livre) ont été choisis parce que je les ai tous explorés lors d'enquêtes effectuées pendant mon cursus universitaire et parce qu'ils sont porteurs, à des degrés divers, d'implications personnelles, professionnelles ou universitaires.

Il y a treize ans, en revenant de Nouvelle Calédonie où j'avais travaillé en ethnopsychiatrie sur le Pacifique et la culture mélanésienne, j'ai trouvé le discours ambiant sur l'immigration et sur les jeunes issus d'elle très réducteur et très violent ; et c'est ce qui m'a donné envie de comprendre ce qui se passait.


" Immigration"

J'ai fait une première étude sur les femmes issues de l'immigration musulmane maghrébine en France, et pakistanaise en Grande Bretagne, mariées à un homme du pays d'accueil ; à travers les couples mixtes formés, l'étude comparative a permis de dégager les structures communes attribuables aux cultures et civilisations respectives des acteurs, occidentaux et migrants.

J'ai fait ensuite une deuxième étude sur le vieillissement de la première génération des migrants qui démontre comment ces derniers opèrent un retour symbolique à la religion, en lieu et place d'un impossible retour géographique (à cause de l'enracinement des enfants précisément) de ces enfants dont nous allons parler.

Un troisième ouvrage (3) me permit de comprendre les échos interculturels du virus VIH et du sida chez les "travailleurs immigrés", c'est-à-dire seuls, habitant en foyer ou en hôtel meublé, et plus largement d'explorer les champs de l'anthropologie sociale et médicale.


" Prison "

J'y ai passé deux ans en qualité d'enquêteur-chercheur sur une enquête commandée par l'ANRS et qui s'appelait "séropositivité et sida en prison".

C'est en prison que j'ai fait le constat de la sur-représentation des étrangers en général, et des maghrébins en particulier, dans la population carcérale, et cela m'a donné envie de réfléchir et de tenter d'expliciter le phénomène de délinquance qui les touchait.


" SIDA "

Une implication beaucoup plus professionnelle, puisque le travail en milieu hospitalier depuis 1980 et l'accueil des toxicomanes à l'hôpital, puis en médecine sida depuis 1989, m'ont permis d'avoir une connaissance pragmatique du sujet.

C'est pourquoi j'ai essayé de réunir tous ces acquis dans ce travail de thèse, les trois thèmes me renvoyant également aux notions, très débattues ces cinq dernières années, de l'exclusion, du débat sur la double peine, (duquel j'extrapolais la question de savoir si le sida n'était pas une troisième "triple peine") et du débat sur les différents niveaux de cultures (maghrébine, carcérale ou de la maladie) afférant à ces thèmes. Les juxtaposer était une gageure, un pari à "soutenir", que j'ai soutenu.


LA PROBLÉMATIQUE

À partir du constat de la sur-représentation des étrangers en prison, et en particulier des maghrébins dans leur répartition, la problématique pose la question de la marginalisation ou de la difficulté d'entrée des jeunes dans la société française.

J'ai tenté de dégager l'existence, ou non, d'une délinquance spécifique appelant le choix d'une méthode et des champs d'exploration pouvant nous fournir les concepts sociaux, culturels ou psychologiques d'analyse.


La dynamique conflictuelle

Dès les premiers stades de l'étude, nous avons perçu un élément commun à tous ces champs : le conflit, ou plutôt une typologie des conflits traversant la problématique.

- le conflit latent ou manifeste, suppose une lutte entre deux éléments (ici l'immigration avec les jeunes issus d'elle et la société française), luttes nourries par des représentations collectives et individuelles négatives projetées les unes sur les autres et s'exprimant par un conflit de deux types de société : type communautaire et type moderne.

- un conflit privé/public où s'expriment les problèmes identitaires, avec une revendication d'égalité et de traitement pouvant aller jusqu'à la revendication d'un droit différent, sans résoudre les conflits (je vous renvoie au problème du voile à Creil).

- le conflit sur le plan individuel (aspiration à être même/différent).

- le conflit sur le plan collectif (aspiration un/multiple), l'aspiration de la société française à faire, du peuple français, Un, dans le respect de la différence.

- et enfin, le conflit englobant tous les conflits que j'ai énumérés, le conflit ami-ennemi supposant une adversité nourrissant une rancœur, une haine visant symboliquement et réellement, parfois, la mort de l'Autre.

En sociologie de la délinquance (figure 7), l'hypothèse de l'origine individuelle et collective dans l'étiologie des conduites déviantes est demeurée valable ; sans déroger à la règle, nous avons adopté quatre hypothèses :

- La première hypothèse est celle d'une marginalité-contestation : les jeunes auraient une attitude globale de remise en cause permanente de leur environnement, et d'abord de leur environnement familial. Ils contestent.

- La deuxième hypothèse est celle d'une marginalité-dissidence : les jeunes revendiquent une spécificité, une égalité de droit et de traitement traduisant une tentative d'engagement politique.

Ces deux premières hypothèses sont de même nature et renvoient au double paradoxe à vouloir être même et différent.

- La troisième hypothèse : immigré ou citoyen ? révèle un second paradoxe : la volonté de l'État français de faire l'unité du peuple français dans le "respect des différences".

- Enfin, la quatrième hypothèse est celle de la loi du retournement, au regard de laquelle je pense que la conduite délinquante s'enracine dans la construction même de la personnalité du jeune et dans sa capacité à résoudre ses complexes infantiles, et donc son identité, dans le contexte bi-culturel (je fais référence ici à la loi symbolique).

Vous remarquerez que je parle de marginalité et non pas d'exclusion. J'ai choisi volontairement le mot de marginalité, car il me paraît beaucoup plus adapté à ce que je voulais dire. Dans la marginalité, l'individu ou le groupe est mis en marge, ou se met à la marge ; il y a un aspect actif et passif que je ne trouve pas dans le mot exclusion, qui est plus porteur de la notion "d'être exclu" par l'Autre.


LA MÉTHODOLOGIE

L'enquête et l'analyse ont progressé ensemble ; de l'enquête "séropositivité et sida" je tirais une connaissance globale du terrain puisque j'ai réalisé, en prison, une trentaine d'entretiens avec des surveillants, détenus, intervenants extérieurs (moniteurs de loisirs, de sports, visiteurs de prison, personnels soignants) ; la méthode d'échantillons par quotas adoptée pour cette enquête faisait apparaître, pour la catégorie des détenus, la sur-représentation des maghrébins d'origine ; la variable de nationalité n'a pas été retenue, tout comme celle de "malade ou non", pour respecter la confidentialité. Néanmoins, leur répartition dans l'échantillon respectait le quota général de la population carcérale atteinte (environ 10%).

Avec un questionnaire adapté à ma problématique et mes hypothèses, j'ai interrogé, à l'hôpital, des sortants de prison ou détenus soignés en milieu hospitalier (c'est possible depuis la réforme de la santé en prison de 1994) ; j'ai recueilli des récits de vie d'autres détenus, dans une autre maison d'arrêt parisienne, tous séropositifs ou malades, cette fois. Enfin, des récits de parents et de proches de prisonniers et de malades ont été analysés. Ainsi, j'exploitais une cinquantaine d'entretiens et récits de vie jusqu'à saturation des données, tournant autour de la question principale : "comment en êtes vous arrivé là ?" L'analyse de contenu nous a fourni les résultats, les itinéraires.


LES RÉSULTATS

Les résultats se traduisent par la volonté de ne présenter que cinq itinéraires types, représentatifs dans leur contenu : 4 jeunes gens et 1 jeune femme. La proportion homme/femme dans la population délinquante en prison est d'environ 1 femme pour 8 hommes.

a) dans l'observation des pratiques de délinquance se dégage une délinquance structurée "à l'envers" ; c'est "l'insertion ripoux" ou "comment être inséré sans l'être", résultant d'un processus de retournement de négativité sociale en négativité positive ; c'est l'effet "El Capone", en faisant un clin d'œil à Al Capone et au symbole qu'il représente.

- la délinquance et la maladie ont été retenues comme analyseurs avec des critères discriminants :

- relation aux parents,

- rapport à l'école,

- rapport au travail,

- rapport à l'habitat,

- relation à la loi (symbolique, paternelle, juridique ou divine).

b) des itinéraires singuliers, se dégage une itinérance de type structurel, ayant pour point de rupture l'armée pour les garçons et le mariage pour les filles, montrant la difficulté des jeunes à s'inscrire dans un espace familial (notamment autour de la gestion de leur sexualité, sur le refus du mariage), social et politique. Conscients d'un marquage social, ils ne sont pas noirs, mais ils ont la couleur "arabe" ; ils nourrissent, et avant eux leurs parents, une "haine" de soi ou de l'Autre, et retournent cette violence contre eux-mêmes, ou contre les institutions et la société.

L'inscription spatiale entre le "ici" des jeunes et le "là-bas" des parents semble impossible à réaliser. Par contre, l'inscription territoriale dans la cité reste la plus cohérente ; là ils ont une véritable identité territoriale.

La tentative d'inscription politique, avec l'avènement de la gauche en 81 autorisant tous les espoirs, s'est révélée difficile, voire impossible (de leur fait, mais aussi de la non inscription de leurs parents dans l'histoire politique des pays d'origine et d'accueil).

c) l'apparition du sida a provoqué une prise de conscience, a réveillé des "forces et des passions" politiques et d'auto-défense, avec le réveil de l'Islam, le réveil des grands frères, avec une baisse sensible de la toxicomanie, dans un réflexe de survie illustré par la phrase d'un jeune : "si t'en sors c'est qu't'es mort". Expression forte qui mesure la désespérance des jeunes, mais aussi celle des parents qui voient leurs jeunes décimés par la drogue, la prison, le sida, calamités s'il en fut. Ces jeunes, surtout les aînés, auraient dû être leur bâton de vieillesse, la concrétisation de la réussite de leur projet d'émigration et la seule justification de leur "non retour". Or, constat dramatique, ces jeunes sont en prison, leurs jeunes sont dans la drogue, dans le sida...


L'INTERPRÉTATION

Elle a consisté à mettre en scène le modèle conceptuel de la dynamique conflictuelle définie grâce à 4 clefs interprétatives comme suit.

Ce modèle polémologique d'analyse, admettant pour centre le conflit, a permis de :

* décrire des antagonismes (fig. 1)

- primaires, générateurs des autres (fig. 2),

- secondaires d'environnement (fig 3) ou de foyer (fig. 4).

* de dégager l'itinérance "culturelle".

- une trajectoire d'itinérance-type potentielle (fig. 5)

- un processus-type collectif de désadaptation (école-travail-habitat) (fig. 6).

La thèse de la dynamique conflictuelle montre, à l'instar de la métaphore météorologique, que les antagonismes sont :

- la rencontre des courants air-chaud air-froid (symboliquement deux types de société moderne, judéo-chrétienne occidentale d'un côté et traditionnelle arabo-musulmane orientale de l'autre),

- la rencontre de deux courants, qui constitue la formation de dépressions (psychologiques, culturelles, sociales et politiques), dépressions qui affaiblissent les défenses collectives et individuelles (c'est ainsi que nous avons interprété les conduites délinquantes, toxicomaniaques et le sida, comme résultat d'une dépression immunitaire culturelle, sociale et politique) et c'est dans ces "zones" de tous les dangers que les antagonismes se forment et s'agrègent en maladies, mal-être, haines et violences physiques.

- de gros nuages noirs : les crises identitaires, multiples, favorisant les oppositions entre des extrêmes contradictoires (par exemple être même/différent, un/multiple...). Les crises identitaires sont elles-mêmes productrices de grappes de conflits qui éclatent en orages, en attitudes contestataires, en conduites dissidentes, violentes, remettant en cause les frontières du permis et de l'interdit, donc des lois, qu'elles soient symboliques ou réelles. Lois dont les frontières sont rendues perméables par la situation de bi-culturalité, voire de multiculturalités (le jeune a des cultures différentes, et donc des références différentes : celles de la télévision, de la société américaine, de la cité urbaine, de ses parents, de la religion, etc...).

Si l'énergie des nuages météo est l'électricité, celle qui anime les turbulences de la dynamique conflictuelle est la haine, mise en exergue dans le conflit ami-ennemi qui préside à tous les antagonismes et au nom duquel les belligérants s'affrontent, voire tentent de s'anéantir.

Les quatre clefs interprétatives sont les suivantes :

- La clef socio-culturelle investit le champ des relations privées du jeune à ses parents et à sa famille, notamment son rapport à la loi, paternelle, traditionnelle. Et nous voyons là, très précisément, comment l'éloignement de son milieu d'origine peut mener le jeune à une non-communication, une rupture de relation et donc de transmission, "trou noir" dans lequel s'installent la drogue, le sida, la dérive, au mieux, la mort au pire ; c'est en ce sens que nous défendons la thèse du sida, maladie du silence.

- La clef du contrôle social investit le champ social du jeune (l'école, le travail, la cité) et son rapport à ces institutions réputées intégratrices. Nous voyons ici comment, paradoxalement, le système normatif familial ou social peut être, paradoxalement, producteur de marginalité.

Ces deux clefs confirment l'hypothèse de marginalité-contestation et vérifient celle de la loi du retournement par laquelle les jeunes inversent, à leur avantage, les systèmes de valeurs et de sanctions dans un espace de "no man's land", ou sous-cultures entre deux cultures, où l'identité "hors la loi" s'exprime ; le niveau d'analyse ici se situe sur le versant individuel et familial, opposant plus l'individu à son environnement proche et immédiat.

- La clef socio-politique investit le champ social et politique des quinze dernières années (analyse du contexte récent socio-politico-historique des années 80-95) et permet de vérifier l'hypothèse de marginalité-dissidence opposant non plus l'individu, mais le groupe auquel il est censé appartenir -"jeune beur des cités" ou "immigration"-, groupes devenus dans une histoire récente véritable "lobby politique". La conflictualité décrite ici oppose aux structures du pouvoir de l'État les groupes lobby ; ce qui déplace insidieusement les conflits d'un plan individuel et privé à un plan social, collectif et public. L'hypothèse de marginalité-dissidence se confirme ici. Nous trouvons ici les tentatives de récupération par un Islam politique, agitant l'emblème de l'Occident décadent.

- La clef du système de justice pénale tente de montrer le rapport des jeunes à la loi juridique et pénale, faisant ressortir toute leur difficulté à "juridiciser" leur(s) conflit(s) ; cette clef montre également l'effet pervers d'une "criminalisation de la petite délinquance" tendant à considérer comme également coupables le consommateur et le trafiquant de drogue. Ceci favorise les conduites d'escalade dans les degrés de délinquance, jusqu'à la remise en cause dissidente des institutions répressives police/justice, pouvant aller jusqu'au trouble de l'ordre public par des actes terroristes (4).


CONCLUSION

En conclusion et en raison du passage obligé des niveaux d'analyses à des degrés différents, la délinquance maghrébine revêt un caractère labile, instable, subi (c'est le processus passif de l'exclusion), mais aussi voulu (processus actif de l'insertion négative à l'El Capone). Dans tous les cas elle garde un caractère changeant :

- au gré des individus,

- au gré des événements,

- au gré des moments,

- au gré des situations antagonistes, rendant difficile la construction d'une typologie des conflictualités individuelles et collectives dont les causes restent multiples : économiques, culturelles, psychologiques, sociales, rationnelles et irrationnelles, affectives, passionnées, subjectives et objectives...

Enfin, y-a-t-il une spécificité maghrébine de la délinquance ? Non ! car à l'âge du passage, la remise en question de l'environnement est normale : elle est l'adage et le propre de la jeunesse. S'il y avait une spécificité, c'est dans l'écart à la norme (et quelle norme ?) qu'il faudrait la définir, et dans la référence à la loi symbolique qui, d'un point de vue bi-culturel, deviendrait pertinente et défendable. Car le système de sanctions est pendant au système des normes et des valeurs, par définition fluctuantes selon les cultures, par opposition à l'éthique qui garde un caractère permanent.

La question de fond, qui est celle de l'entrée en société des jeunes Beurs (je dis "entrée" pour ne pas dire assimilation, intégration ou insertion, puisque le choix des termes n'est pas neutre), n'est pas simple : elle renvoie à la fois à une volonté "d'entrée en société " du côté des étrangers ou des migrants, et à la fois à une possibilité d'entrée offerte ou non par la société d'accueil.

Elle ouvre, aussi, sur une autre question qui est celle du retour au politique, qui n'est qu'une autre question d'ouverture/fermeture contenant elle-même un paradoxe indépassable, le paradoxe démocratique qui, dans une logique égalitaire, produit de l'inégalité. Ce paradoxe pose la question du déni de l'Altérité, producteur d'ordre, qui s'oppose à la tentation du repli identitaire, tentation mortifère de l'inclusion ; mais là, je m'enlise encore dans un autre grand questionnement qui serait celui du "défi démocratique producteur d'unité ou de diversités", questionnement nécessitant, pour le moins, une autre thèse. Aussi, je m'arrêterai là.

L'hypothèse oubliée (pas tout à fait car elle est présente en filigrane dans ce travail) est mon hypothèse de recherche de départ et qui n'est pas une des hypothèses de travail que j'ai exposées. Elle consiste à se demander si les "hors la loi" en prison, malades, constituent, comme individus ou comme groupe, le "bouc-émissaire" nécessaire à la survie du groupe maghrébin d'origine ?

Le processus d'acculturation, c'est-à-dire l'adoption des valeurs occidentales, l'abandon, la perte ou la modification des normes et valeurs de la culture d'origine transgressée, ne peut être que douloureux, insupportable, générateur de crises et de conflits. Le prix à payer serait-il le prix de l'occlusion (5), de la forclusion (6) d'un groupe ou d'un individu émissaire ?

Les morts du sida sacrifiés "symboliquement" traduiraient par

- leur mort ethnique (hors les murs de la centralité communautaire),

- leur mort clinique (annoncée par la séropositivité ou mort proche, par le sida),

- leur mort sociale (hors la société en prison).

une extraordinaire leçon de vie qui transcende la mort finitude.


Je rends ainsi hommage à tous ceux qui nous ont laissé leur parole avant de nous quitter. Cependant, pour ne pas rester sur une note triste, je dis que ce travail est éminemment optimiste, car il montre que, fut-ce au prix de sacrifices et de vies humaines, la protestation sous toutes ses formes est productrice de vie : "on se battra encore, ni avec délinquance, ni avec violence, avec intelligence "(7). La construction identitaire passe nécessairement peu ou prou par l'opposition, obligeant l'adversaire, l'environnement, à se repositionner et à se questionner... dans une bataille dialectique des maux - ou des mots ?


1. R. Moumen Marcoux, Paris, L'Harmattan CIEMI,1998.
2. Dr Radhia Moumen-Marcoux, sociologue, anthropologue, cadre supérieur en travail social, cadre supérieur hospitalier, assistante de service social, chercheur à Paris XII.
3. R. Moumen-Marcoux, Migrants et perceptions du SIDA, Le Maître des infidèles, Paris, L'Harmattan, 1993.
4. Syndrome Kelkal, "Moi, Khaled Kelkal", article paru dans le journal Le monde du 7 octobre 1995.
5. occlusion : employée ici au sens d'emprisonnement.
6. forclusion : (psychan.) absence de prise en compte d'une partie du réel par un processus de symbolisation, qui constitue un mécanisme de défense spécifique des psychoses.
7. Parole d'un jeune de la cité des Francs Moisins, 16 mai 1996
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Rappel : Vous pouvez obtenir le Bulletin en écrivant à l'Association Didier Seux

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