Les thèmes (énoncés
dans le titre du livre) ont été choisis parce
que je les ai tous explorés lors d'enquêtes
effectuées pendant mon cursus universitaire et parce
qu'ils sont porteurs, à des degrés divers,
d'implications personnelles, professionnelles ou
universitaires.
Il y a treize ans, en revenant de
Nouvelle Calédonie où j'avais travaillé
en ethnopsychiatrie sur le Pacifique et la culture
mélanésienne, j'ai trouvé le discours
ambiant sur l'immigration et sur les jeunes issus d'elle
très réducteur et très violent ; et
c'est ce qui m'a donné envie de comprendre ce qui se
passait.
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" Immigration"
J'ai fait une première
étude sur les femmes issues de l'immigration
musulmane maghrébine en France, et pakistanaise en
Grande Bretagne, mariées à un homme du pays
d'accueil ; à travers les couples mixtes
formés, l'étude comparative a permis de
dégager les structures communes attribuables aux
cultures et civilisations respectives des acteurs,
occidentaux et migrants.
J'ai fait ensuite une deuxième
étude sur le vieillissement de la première
génération des migrants qui démontre
comment ces derniers opèrent un retour symbolique
à la religion, en lieu et place d'un impossible
retour géographique (à cause de l'enracinement
des enfants précisément) de ces enfants dont
nous allons parler.
Un troisième ouvrage
(3) me
permit de comprendre les échos interculturels du
virus VIH et du sida chez les "travailleurs
immigrés", c'est-à-dire seuls, habitant en
foyer ou en hôtel meublé, et plus largement
d'explorer les champs de l'anthropologie sociale et
médicale.
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" Prison "
J'y ai passé deux ans en
qualité d'enquêteur-chercheur sur une
enquête commandée par l'ANRS et qui s'appelait
"séropositivité et sida en prison".
C'est en prison que j'ai fait le constat
de la sur-représentation des étrangers en
général, et des maghrébins en
particulier, dans la population carcérale, et cela
m'a donné envie de réfléchir et de
tenter d'expliciter le phénomène de
délinquance qui les touchait.
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" SIDA "
Une implication beaucoup plus
professionnelle, puisque le travail en milieu hospitalier
depuis 1980 et l'accueil des toxicomanes à
l'hôpital, puis en médecine sida depuis 1989,
m'ont permis d'avoir une connaissance pragmatique du sujet.
C'est pourquoi j'ai essayé de
réunir tous ces acquis dans ce travail de
thèse, les trois thèmes me renvoyant
également aux notions, très débattues
ces cinq dernières années, de l'exclusion, du
débat sur la double peine, (duquel j'extrapolais la
question de savoir si le sida n'était pas une
troisième "triple peine") et du débat sur les
différents niveaux de cultures (maghrébine,
carcérale ou de la maladie) afférant à
ces thèmes. Les juxtaposer était une gageure,
un pari à "soutenir", que j'ai soutenu.
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LA PROBLÉMATIQUE
À partir du constat de la
sur-représentation des étrangers en prison, et
en particulier des maghrébins dans leur
répartition, la problématique pose la question
de la marginalisation ou de la difficulté
d'entrée des jeunes dans la société
française.
J'ai tenté de dégager
l'existence, ou non, d'une délinquance
spécifique appelant le choix d'une méthode et
des champs d'exploration pouvant nous fournir les concepts
sociaux, culturels ou psychologiques d'analyse.
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La dynamique conflictuelle
Dès les premiers stades de
l'étude, nous avons perçu un
élément commun à tous ces champs : le
conflit, ou plutôt une typologie des conflits
traversant la problématique.
- le conflit latent ou
manifeste, suppose une lutte entre deux
éléments (ici l'immigration avec les jeunes
issus d'elle et la société française),
luttes nourries par des représentations collectives
et individuelles négatives projetées les unes
sur les autres et s'exprimant par un conflit de deux types
de société : type communautaire et type
moderne.
- un conflit privé/public
où s'expriment les problèmes identitaires,
avec une revendication d'égalité et de
traitement pouvant aller jusqu'à la revendication
d'un droit différent, sans résoudre les
conflits (je vous renvoie au problème du voile
à Creil).
- le conflit sur le plan individuel
(aspiration à être
même/différent).
- le conflit sur le plan collectif
(aspiration un/multiple), l'aspiration de la
société française à faire, du
peuple français, Un, dans le respect de la
différence.
- et enfin, le conflit englobant tous les
conflits que j'ai énumérés, le conflit
ami-ennemi supposant une adversité nourrissant une rancœur, une haine visant
symboliquement et
réellement, parfois, la mort de l'Autre.
En sociologie de la délinquance
(figure 7), l'hypothèse de l'origine individuelle et
collective dans l'étiologie des conduites
déviantes est demeurée valable ; sans
déroger à la règle, nous avons
adopté quatre hypothèses :
- La première
hypothèse est celle d'une
marginalité-contestation : les jeunes auraient une
attitude globale de remise en cause permanente de leur
environnement, et d'abord de leur environnement familial.
Ils contestent.
- La deuxième hypothèse est
celle d'une marginalité-dissidence : les jeunes
revendiquent une spécificité, une
égalité de droit et de traitement traduisant
une tentative d'engagement politique.
Ces deux premières
hypothèses sont de même nature et renvoient au
double paradoxe à vouloir être même et
différent.
- La troisième
hypothèse : immigré ou citoyen ?
révèle un second paradoxe : la volonté
de l'État français de faire l'unité du peuple
français dans le "respect des
différences".
- Enfin, la quatrième
hypothèse est celle de la loi du retournement, au
regard de laquelle je pense que la conduite
délinquante s'enracine dans la construction
même de la personnalité du jeune et dans sa
capacité à résoudre ses complexes
infantiles, et donc son identité, dans le contexte
bi-culturel (je fais référence ici à la
loi symbolique).
Vous remarquerez que je parle de
marginalité et non pas d'exclusion. J'ai choisi
volontairement le mot de marginalité, car il me
paraît beaucoup plus adapté à ce que je
voulais dire. Dans la marginalité, l'individu ou le
groupe est mis en marge, ou se met à la marge ; il y
a un aspect actif et passif que je ne trouve pas dans le mot
exclusion, qui est plus porteur de la notion "d'être
exclu" par l'Autre.
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LA MÉTHODOLOGIE
L'enquête et l'analyse ont
progressé ensemble ; de l'enquête
"séropositivité et sida" je tirais une
connaissance globale du terrain puisque j'ai
réalisé, en prison, une trentaine d'entretiens
avec des surveillants, détenus, intervenants
extérieurs (moniteurs de loisirs, de sports,
visiteurs de prison, personnels soignants) ; la
méthode d'échantillons par quotas
adoptée pour cette enquête faisait
apparaître, pour la catégorie des
détenus, la sur-représentation des
maghrébins d'origine ; la variable de
nationalité n'a pas été retenue, tout
comme celle de "malade ou non", pour respecter la
confidentialité. Néanmoins, leur
répartition dans l'échantillon respectait le
quota général de la population
carcérale atteinte (environ 10%).
Avec un questionnaire adapté
à ma problématique et mes hypothèses,
j'ai interrogé, à l'hôpital, des
sortants de prison ou détenus soignés en
milieu hospitalier (c'est possible depuis la réforme
de la santé en prison de 1994) ; j'ai recueilli des
récits de vie d'autres détenus, dans une autre
maison d'arrêt parisienne, tous séropositifs ou
malades, cette fois. Enfin, des récits de parents et
de proches de prisonniers et de malades ont
été analysés. Ainsi, j'exploitais une
cinquantaine d'entretiens et récits de vie
jusqu'à saturation des données, tournant
autour de la question principale : "comment en êtes
vous arrivé là ?" L'analyse de contenu nous a
fourni les résultats, les itinéraires.
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LES RÉSULTATS
Les résultats se traduisent par la
volonté de ne présenter que cinq
itinéraires types, représentatifs dans leur
contenu : 4 jeunes gens et 1 jeune femme. La proportion
homme/femme dans la population délinquante en prison
est d'environ 1 femme pour 8 hommes.
a) dans l'observation des
pratiques de délinquance se dégage une
délinquance structurée "à l'envers" ;
c'est "l'insertion ripoux" ou "comment être
inséré sans l'être", résultant
d'un processus de retournement de négativité
sociale en négativité positive ; c'est l'effet
"El Capone", en faisant un clin d'œil à Al Capone et
au symbole qu'il représente.
- la délinquance et la
maladie ont été retenues comme analyseurs avec
des critères discriminants :
- relation aux parents,
- rapport à l'école,
- rapport au travail,
- rapport à l'habitat,
- relation à la loi (symbolique,
paternelle, juridique ou divine).
b) des itinéraires singuliers, se
dégage une itinérance de type structurel,
ayant pour point de rupture l'armée pour les
garçons et le mariage pour les filles, montrant la
difficulté des jeunes à s'inscrire dans un
espace familial (notamment autour de la gestion de leur
sexualité, sur le refus du mariage), social et
politique. Conscients d'un marquage social, ils ne sont pas
noirs, mais ils ont la couleur "arabe" ; ils nourrissent, et
avant eux leurs parents, une "haine" de soi ou de l'Autre,
et retournent cette violence contre eux-mêmes, ou
contre les institutions et la société.
L'inscription spatiale entre le "ici" des
jeunes et le "là-bas" des parents semble impossible
à réaliser. Par contre, l'inscription
territoriale dans la cité reste la plus
cohérente ; là ils ont une véritable
identité territoriale.
La tentative d'inscription politique,
avec l'avènement de la gauche en 81 autorisant tous
les espoirs, s'est révélée difficile,
voire impossible (de leur fait, mais aussi de la non
inscription de leurs parents dans l'histoire politique des
pays d'origine et d'accueil).
c) l'apparition du sida a
provoqué une prise de conscience, a
réveillé des "forces et des passions"
politiques et d'auto-défense, avec le réveil
de l'Islam, le réveil des grands frères, avec
une baisse sensible de la toxicomanie, dans un
réflexe de survie illustré par la phrase d'un
jeune : "si t'en sors c'est qu't'es mort". Expression forte
qui mesure la désespérance des jeunes, mais
aussi celle des parents qui voient leurs jeunes
décimés par la drogue, la prison, le sida,
calamités s'il en fut. Ces jeunes, surtout les
aînés, auraient dû être leur
bâton de vieillesse, la concrétisation de la
réussite de leur projet d'émigration et la
seule justification de leur "non retour". Or, constat
dramatique, ces jeunes sont en prison, leurs jeunes sont
dans la drogue, dans le sida...
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L'INTERPRÉTATION
Elle a consisté à mettre en
scène le modèle conceptuel de la dynamique
conflictuelle définie grâce à 4 clefs
interprétatives comme suit.
Ce modèle polémologique
d'analyse, admettant pour centre le conflit, a permis de
:
* décrire des
antagonismes (fig. 1)
- primaires,
générateurs des autres (fig. 2),
- secondaires d'environnement (fig 3) ou
de foyer (fig. 4).
* de dégager l'itinérance
"culturelle".
- une trajectoire
d'itinérance-type potentielle (fig. 5)
- un processus-type collectif de
désadaptation (école-travail-habitat) (fig.
6).
La thèse de la dynamique
conflictuelle montre, à l'instar de la
métaphore météorologique, que les
antagonismes sont :
- la rencontre des courants
air-chaud air-froid (symboliquement deux types de
société moderne,
judéo-chrétienne occidentale d'un
côté et traditionnelle arabo-musulmane
orientale de l'autre),
- la rencontre de deux courants, qui
constitue la formation de dépressions
(psychologiques, culturelles, sociales et politiques),
dépressions qui affaiblissent les défenses
collectives et individuelles (c'est ainsi que nous avons
interprété les conduites délinquantes,
toxicomaniaques et le sida, comme résultat d'une
dépression immunitaire culturelle, sociale et
politique) et c'est dans ces "zones" de tous les dangers que
les antagonismes se forment et s'agrègent en
maladies, mal-être, haines et violences
physiques.
- de gros nuages noirs : les crises
identitaires, multiples, favorisant les oppositions entre
des extrêmes contradictoires (par exemple être
même/différent, un/multiple...). Les crises
identitaires sont elles-mêmes productrices de grappes
de conflits qui éclatent en orages, en attitudes
contestataires, en conduites dissidentes, violentes,
remettant en cause les frontières du permis et de
l'interdit, donc des lois, qu'elles soient symboliques ou
réelles. Lois dont les frontières sont rendues
perméables par la situation de bi-culturalité,
voire de multiculturalités (le jeune a des cultures
différentes, et donc des références
différentes : celles de la télévision,
de la société américaine, de la
cité urbaine, de ses parents, de la religion,
etc...).
Si l'énergie des nuages
météo est l'électricité, celle
qui anime les turbulences de la dynamique conflictuelle est
la haine, mise en exergue dans le conflit ami-ennemi qui
préside à tous les antagonismes et au nom
duquel les belligérants s'affrontent, voire tentent
de s'anéantir.
Les quatre clefs interprétatives
sont les suivantes :
- La clef socio-culturelle
investit le champ des relations privées du jeune
à ses parents et à sa famille, notamment son
rapport à la loi, paternelle, traditionnelle. Et nous
voyons là, très précisément,
comment l'éloignement de son milieu d'origine peut
mener le jeune à une non-communication, une rupture
de relation et donc de transmission, "trou noir" dans lequel
s'installent la drogue, le sida, la dérive, au mieux,
la mort au pire ; c'est en ce sens que nous défendons
la thèse du sida, maladie du silence.
- La clef du contrôle social
investit le champ social du jeune (l'école, le
travail, la cité) et son rapport à ces
institutions réputées intégratrices.
Nous voyons ici comment, paradoxalement, le système
normatif familial ou social peut être, paradoxalement,
producteur de marginalité.
Ces deux clefs confirment
l'hypothèse de marginalité-contestation et
vérifient celle de la loi du retournement par
laquelle les jeunes inversent, à leur avantage, les
systèmes de valeurs et de sanctions dans un espace de
"no man's land", ou sous-cultures entre deux cultures,
où l'identité "hors la loi" s'exprime ; le
niveau d'analyse ici se situe sur le versant individuel et
familial, opposant plus l'individu à son
environnement proche et immédiat.
- La clef socio-politique
investit le champ social et politique des quinze
dernières années (analyse du contexte
récent socio-politico-historique des années
80-95) et permet de vérifier l'hypothèse de
marginalité-dissidence opposant non plus l'individu,
mais le groupe auquel il est censé appartenir -"jeune beur des cités" ou "immigration"-, groupes
devenus dans une histoire récente véritable
"lobby politique". La conflictualité décrite
ici oppose aux structures du pouvoir de l'État les groupes
lobby ; ce qui déplace insidieusement les conflits
d'un plan individuel et privé à un plan
social, collectif et public. L'hypothèse de
marginalité-dissidence se confirme ici. Nous trouvons
ici les tentatives de récupération par un
Islam politique, agitant l'emblème de l'Occident
décadent.
- La clef du système de justice
pénale tente de montrer le rapport des jeunes
à la loi juridique et pénale, faisant
ressortir toute leur difficulté à
"juridiciser" leur(s) conflit(s) ; cette clef montre
également l'effet pervers d'une "criminalisation de
la petite délinquance" tendant à
considérer comme également coupables le
consommateur et le trafiquant de drogue. Ceci favorise les
conduites d'escalade dans les degrés de
délinquance, jusqu'à la remise en cause
dissidente des institutions répressives
police/justice, pouvant aller jusqu'au trouble de l'ordre
public par des actes terroristes
(4).
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CONCLUSION
En conclusion et en raison du passage
obligé des niveaux d'analyses à des
degrés différents, la délinquance
maghrébine revêt un caractère labile,
instable, subi (c'est le processus passif de l'exclusion),
mais aussi voulu (processus actif de l'insertion
négative à l'El Capone). Dans tous les cas
elle garde un caractère changeant :
- au gré des
individus,
- au gré des
événements,
- au gré des moments,
- au gré des situations
antagonistes, rendant difficile la construction d'une
typologie des conflictualités individuelles et
collectives dont les causes restent multiples :
économiques, culturelles, psychologiques, sociales,
rationnelles et irrationnelles, affectives,
passionnées, subjectives et objectives...
Enfin, y-a-t-il une
spécificité maghrébine de la
délinquance ? Non ! car à l'âge du
passage, la remise en question de l'environnement est
normale : elle est l'adage et le propre de la jeunesse. S'il
y avait une spécificité, c'est dans
l'écart à la norme (et quelle norme ?) qu'il
faudrait la définir, et dans la
référence à la loi symbolique qui, d'un
point de vue bi-culturel, deviendrait pertinente et
défendable. Car le système de sanctions est
pendant au système des normes et des valeurs, par
définition fluctuantes selon les cultures, par
opposition à l'éthique qui garde un
caractère permanent.
La question de fond, qui est celle de
l'entrée en société des jeunes Beurs
(je dis "entrée" pour ne pas dire assimilation,
intégration ou insertion, puisque le choix des termes
n'est pas neutre), n'est pas simple : elle renvoie à
la fois à une volonté "d'entrée en
société " du côté des
étrangers ou des migrants, et à la fois
à une possibilité d'entrée offerte ou
non par la société d'accueil.
Elle ouvre, aussi, sur une autre question
qui est celle du retour au politique, qui n'est qu'une autre
question d'ouverture/fermeture contenant elle-même un
paradoxe indépassable, le paradoxe
démocratique qui, dans une logique égalitaire,
produit de l'inégalité. Ce paradoxe pose la
question du déni de l'Altérité,
producteur d'ordre, qui s'oppose à la tentation du
repli identitaire, tentation mortifère de l'inclusion
; mais là, je m'enlise encore dans un autre grand
questionnement qui serait celui du "défi
démocratique producteur d'unité ou de
diversités", questionnement nécessitant, pour
le moins, une autre thèse. Aussi, je
m'arrêterai là.
L'hypothèse oubliée (pas
tout à fait car elle est présente en filigrane
dans ce travail) est mon hypothèse de recherche de
départ et qui n'est pas une des hypothèses de
travail que j'ai exposées. Elle consiste à se
demander si les "hors la loi" en prison, malades,
constituent, comme individus ou comme groupe, le
"bouc-émissaire" nécessaire à la survie
du groupe maghrébin d'origine ?
Le processus d'acculturation,
c'est-à-dire l'adoption des valeurs occidentales,
l'abandon, la perte ou la modification des normes et valeurs
de la culture d'origine transgressée, ne peut
être que douloureux, insupportable,
générateur de crises et de conflits. Le prix
à payer serait-il le prix de l'occlusion
(5), de
la forclusion (6)
d'un groupe ou d'un individu émissaire ?
Les morts du sida sacrifiés
"symboliquement" traduiraient par
-
leur mort ethnique (hors les murs de la centralité
communautaire),
- leur mort clinique (annoncée par
la séropositivité ou mort proche, par le
sida),
- leur mort sociale (hors la
société en prison).
une extraordinaire
leçon de vie qui transcende la mort finitude.
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Je rends ainsi hommage à tous ceux
qui nous ont laissé leur parole avant de nous
quitter. Cependant, pour ne pas rester sur une note triste,
je dis que ce travail est éminemment optimiste, car
il montre que, fut-ce au prix de sacrifices et de vies
humaines, la protestation sous toutes ses formes est
productrice de vie : "on se battra encore, ni avec
délinquance, ni avec violence, avec intelligence
"(7). La
construction identitaire passe nécessairement peu ou
prou par l'opposition, obligeant l'adversaire,
l'environnement, à se repositionner et à se
questionner... dans une bataille dialectique des maux - ou
des mots ?
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1. R. Moumen Marcoux,
Paris, L'Harmattan CIEMI,1998.
2. Dr Radhia
Moumen-Marcoux, sociologue, anthropologue, cadre
supérieur en travail social, cadre supérieur
hospitalier, assistante de service social, chercheur
à Paris XII.
3. R. Moumen-Marcoux,
Migrants et perceptions du SIDA, Le Maître des
infidèles, Paris, L'Harmattan, 1993.
4. Syndrome Kelkal,
"Moi, Khaled Kelkal", article paru dans le journal Le monde
du 7 octobre 1995.
5. occlusion :
employée ici au sens d'emprisonnement.
6. forclusion :
(psychan.) absence de prise en compte d'une partie du
réel par un processus de symbolisation, qui constitue
un mécanisme de défense spécifique des
psychoses.
7. Parole d'un jeune de
la cité des Francs Moisins, 16 mai 1996.
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