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Colloque du 6 juin 1997.

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Colloque du 6 juin 1997 :

MÉDIAS ET SIDA

l'information entre paradoxe et malentendus.

 

Essai de synthèse du Colloque (Association Didier Seux)

 

l'information

l'identité

la connaissance

la foi

En manière de conclusion

Dans cette synthèse, les mots "information" et "médias" sont employés comme synonymes. Cela parce que le colloque traitait particulièrement du journalisme d'information médicale. Mais sans doute aussi pour des raisons moins conscientes : ne demande-t-on pas d'abord aux médias, quels qu'ils soient et quoi que ce soit, qu'ils véhiculent de l'information avant toute chose... même par le truchement de la fiction ?

Plus qu'une impossible synthèse, je vais proposer ma lecture des apports de cette journée : il s'agit donc d'un point de vue subjectif, mais à partir duquel, peut-être, d'autres réflexions pourront s'amorcer.

C'est, bien évidemment, une démarche paradoxale puisque, précisément, la question posée lors de ce colloque est, au fond, celle de l'objectivité et du sens d'une information de type médical.

Il semble que, dans cette information, le sujet humain soit souvent escamoté.

Mais comment, pourquoi, par quels mécanismes ?

Nous avons, dans la journée, fait quatre pas.


Premier pas : l'information

Ętre informé est devenu un droit au temps des médias. Le droit est ce qui permet de protéger la vie des cités, la vie des sujets.

Les médias prennent des risques pour que ce droit à l'information soit respecté. Mais qu'est, au fond, l'information ? Jaillit-elle d'un réservoir de vérités en soi ? Quand il s'agit de l'humain, y a-t-il des vérités en soi ? On perçoit bien que les fantasmes, les défenses brouillent l'information, diffractent la vérité.

Dans l'information, on quête quelque chose du côté de la réalité ; mais l'information est-elle, dans un ailleurs, l'hypothétique réservoir d'un éventuel lieu d'abstractions... (et vient-elle informer la réalité ou la crée-t-elle ?).

L'information doit-elle être totale et totalisante ? Tout dire est-il dire ?

Quel est le statut de celui qui informe ? est-il un puissant, un juge, un créateur ?

Combien de temps dure son dire ? Quelle trace laisse-t-il ?


Deuxième pas : l'identité

Actuellement, il semble que nombreux soient ceux qui sont en difficulté quant à l'identité. Ętre ou ne pas être, être comment ? Beaucoup de questions, à propos du VIH en particulier, concernent l'identité. La médiatisation façonne le sujet, crée des sujets idéaux et divers. L'information fait être : elle fait être par la parole dite, par le statut : elle peut exclure, dénier, idéaliser (cf. le modèle Corse) ; elle fait voir et permet d'être vu. Elle crée aussi des modèles : le désir d'être comme ; elle renvoie à des images idéales ; or le sujet idéal n'est pas vraiment ; il n'est pas le sujet de la réalité, le sujet historique.

Dans les médias se joue une dialectique entre toute-puissance et impuissance, le journaliste étant à l'une et l'autre place ; de même aussi celui dont on parle dans l'information, et même aussi celui qui la reçoit.

Quelle est l'identité du journaliste ? Est-il un sujet ou un miroir, et s'il est miroir, de quoi est-il le miroir ?

Le médecin, le patient dont on parle dans l'information, ont quelle identité ? Pourquoi est-ce que l'information à propos du VIH a-t-elle une place particulière ? Pourquoi cette revendication d'information à propos du VIH ? et pourquoi les patients atteints d'autres maladies sont-ils moins revendiquant par rapport à l'information ?


Troisième pas : la connaissance

Dans le cas de la maladie, la connaissance paraît être vitale ; on considère l'état de maladie comme un état de guerre ; on emploie des métaphores guerrières : attaque, défense, lutte, combat, invasion, etc. Or, quand il s'agit de la connaissance d'une maladie, il s'agit toujours de soi. La connaissance est construite dans une relation à un être imaginaire ; cet être imaginaire est un public et ce public indifférencié mais ciblé est aussi une extension de soi. La connaissance, croit-on, peut amener à se défendre contre ce qui fait mal, contre ce qui est mal. Elle confère un pouvoir au sens rationnel du terme, mais aussi un pouvoir de type magique et cela, même quand il s'agit de la science. Pour avoir cette maîtrise, on construit des modèles, des modèles antinomiques (exogène, endogène), une dialectique du pouvoir et de l'impuissance sur la maladie, du mieux et du pire...

La connaissance est aussi perçue comme pouvant donner un pouvoir sur le corps, comme un moyen de lutter contre les représentations du plus grand nombre et les idéologies, contre l'exclusion et le rejet, contre la mort. Elle est donc, avant tout, initiatique ; naguère apanage du médecin, elle permet aux patients de s'emparer de quelque chose du pouvoir médical ; elle permet d'exister, de trouver, d'être acteur en ce qui concerne la maladie.

Mais la connaissance a aussi des effets pervers : elle peut amener à une prise de pouvoir sur l'autre ; initiatique, elle peut aussi devenir maléfique, entraîner des censures.

Il existe aussi une confusion des savoirs : le savoir peut devenir une identité, un "faux-self" ; il peut aussi y avoir une infiltration des éléments émotionnels dans les savoirs : peurs, émois, qui aboutissent à la création de rumeurs, suscitent des effets fantastiques. La connaissance peut aussi avoir un effet de désignation qui crée des catégories, qui classe dans certaines catégories ce sur quoi on informe.

Il semble qu'il soit important, pour lutter contre ces effets pervers, de travailler en temps réel, de créer des structures de régulation.


Quatrième pas : la foi

L'information travaille toujours dans le partiel, et le partiel (image, parole) devient la réalité. Pour que cela soit reconnu comme objectif, donc avec des possibilités de mise à distance, donc maîtrisable, il faut la foi car la preuve est impossible ; on insiste donc toujours sur l'objectivité en des temps et en des moments peu vérifiables : la guerre (mai 68, la guerre du Golfe...) ou bien la maladie.

L'information suscite des représentations, mais on cherche toujours un au-delà des représentations et on en arrive à une diabolisation ou à un angélisme, éléments du registre de la foi.

Dans le type de relation qu'ils suscitent, les médias renvoient à l'histoire des représentations (représentations de l'école, de la douleur), mais ils moralisent implicitement, et de ce fait figent ces représentations.

Il semble néanmoins qu'il y ait confusion entre le bien et le mal, et le "être bien, être mal", qui sont des états du sujet.

En fait, malgré les apparences, par l'information, la maîtrise est impossible et pourtant prétendue. On est aussi sans cesse renvoyé à la foi en ce que dit l'autre, en ce que montre l'autre. Mais la foi peut sans cesse être interrogée.


En manière de conclusion

Il semble bien que les médias constituent un milieu dans lequel tous sont immergés ; médias : cela renvoie à la polysémie du terme : cela signifie au sens propre "ce qui est entre", "ce qui relie" ; mais le mot "medium" en latin signifie aussi "au milieu de".

De quel milieu s'agit-il ? S'agit-il d'un milieu naturel révélé par le signifié de l'information ? S'agit-il d'un milieu maternel auquel nous sommes fusionnés, d'un milieu parental, du fait de la politique, de la façon dont les médias modèlent la cité et les individus ? On a parlé des patients aujourd'hui "orphelins des médias". Si les médias sont un milieu, existe-t-il un journalisme indépendant ?

Surtout, on peut se demander : pourquoi l'information a-t-elle pris une telle place ?

Jeannine CHICAUD

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