Dans cette synthèse, les mots
"information" et "médias" sont employés comme
synonymes. Cela parce que le colloque traitait
particulièrement du journalisme d'information
médicale. Mais sans doute aussi pour des raisons
moins conscientes : ne demande-t-on pas d'abord aux
médias, quels qu'ils soient et quoi que ce soit,
qu'ils véhiculent de l'information avant toute
chose... même par le truchement de la fiction ?
Plus qu'une impossible synthèse,
je vais proposer ma lecture des apports de cette
journée : il s'agit donc d'un point de vue subjectif,
mais à partir duquel, peut-être, d'autres
réflexions pourront s'amorcer.
C'est, bien évidemment, une
démarche paradoxale puisque,
précisément, la question posée lors de
ce colloque est, au fond, celle de l'objectivité et
du sens d'une information de type médical.
Il semble que, dans cette information, le
sujet humain soit souvent escamoté.
Mais comment, pourquoi, par quels
mécanismes ?
Nous avons, dans la journée, fait
quatre pas.
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Premier pas : l'information
Ętre informé est devenu un droit
au temps des médias. Le droit est ce qui permet de
protéger la vie des cités, la vie des
sujets.
Les médias prennent des risques
pour que ce droit à l'information soit
respecté. Mais qu'est, au fond, l'information ?
Jaillit-elle d'un réservoir de vérités
en soi ? Quand il s'agit de l'humain, y a-t-il des
vérités en soi ? On perçoit bien que
les fantasmes, les défenses brouillent l'information,
diffractent la vérité.
Dans l'information, on quête
quelque chose du côté de la
réalité ; mais l'information est-elle, dans un
ailleurs, l'hypothétique réservoir d'un
éventuel lieu d'abstractions... (et vient-elle
informer la réalité ou la crée-t-elle
?).
L'information doit-elle être totale
et totalisante ? Tout dire est-il dire ?
Quel est le statut de celui qui informe ?
est-il un puissant, un juge, un créateur ?
Combien de temps dure son dire ? Quelle
trace laisse-t-il ?
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Deuxième pas :
l'identité
Actuellement, il semble que nombreux
soient ceux qui sont en difficulté quant à
l'identité. Ętre ou ne pas être, être
comment ? Beaucoup de questions, à propos du VIH en
particulier, concernent l'identité. La
médiatisation façonne le sujet, crée
des sujets idéaux et divers. L'information fait
être : elle fait être par la parole dite, par le
statut : elle peut exclure, dénier, idéaliser
(cf. le modèle Corse) ; elle fait voir et permet
d'être vu. Elle crée aussi des modèles :
le désir d'être comme ; elle renvoie à
des images idéales ; or le sujet idéal n'est
pas vraiment ; il n'est pas le sujet de la
réalité, le sujet historique.
Dans les médias se joue une
dialectique entre toute-puissance et impuissance, le
journaliste étant à l'une et l'autre place ;
de même aussi celui dont on parle dans l'information,
et même aussi celui qui la reçoit.
Quelle est l'identité du
journaliste ? Est-il un sujet ou un miroir, et s'il est
miroir, de quoi est-il le miroir ?
Le médecin, le patient dont on
parle dans l'information, ont quelle identité ?
Pourquoi est-ce que l'information à propos du VIH
a-t-elle une place particulière ? Pourquoi cette
revendication d'information à propos du VIH ? et
pourquoi les patients atteints d'autres maladies sont-ils
moins revendiquant par rapport à l'information
?
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Troisième pas : la
connaissance
Dans le cas de la maladie, la
connaissance paraît être vitale ; on
considère l'état de maladie comme un
état de guerre ; on emploie des métaphores
guerrières : attaque, défense, lutte, combat,
invasion, etc. Or, quand il s'agit de la connaissance d'une
maladie, il s'agit toujours de soi. La connaissance est
construite dans une relation à un être
imaginaire ; cet être imaginaire est un public et ce
public indifférencié mais ciblé est
aussi une extension de soi. La connaissance, croit-on, peut
amener à se défendre contre ce qui fait mal,
contre ce qui est mal. Elle confère un pouvoir au
sens rationnel du terme, mais aussi un pouvoir de type
magique et cela, même quand il s'agit de la science.
Pour avoir cette maîtrise, on construit des
modèles, des modèles antinomiques
(exogène, endogène), une dialectique du
pouvoir et de l'impuissance sur la maladie, du mieux et du
pire...
La connaissance est aussi perçue
comme pouvant donner un pouvoir sur le corps, comme un moyen
de lutter contre les représentations du plus grand
nombre et les idéologies, contre l'exclusion et le
rejet, contre la mort. Elle est donc, avant tout,
initiatique ; naguère apanage du médecin, elle
permet aux patients de s'emparer de quelque chose du pouvoir
médical ; elle permet d'exister, de trouver,
d'être acteur en ce qui concerne la maladie.
Mais la connaissance a aussi des effets
pervers : elle peut amener à une prise de pouvoir sur
l'autre ; initiatique, elle peut aussi devenir
maléfique, entraîner des censures.
Il existe aussi une confusion des savoirs
: le savoir peut devenir une identité, un "faux-self"
; il peut aussi y avoir une infiltration des
éléments émotionnels dans les savoirs :
peurs, émois, qui aboutissent à la
création de rumeurs, suscitent des effets
fantastiques. La connaissance peut aussi avoir un effet de
désignation qui crée des catégories,
qui classe dans certaines catégories ce sur quoi on
informe.
Il semble qu'il soit important, pour
lutter contre ces effets pervers, de travailler en temps
réel, de créer des structures de
régulation.
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Quatrième pas : la foi
L'information travaille toujours dans le
partiel, et le partiel (image, parole) devient la
réalité. Pour que cela soit reconnu comme
objectif, donc avec des possibilités de mise à
distance, donc maîtrisable, il faut la foi car la
preuve est impossible ; on insiste donc toujours sur
l'objectivité en des temps et en des moments peu
vérifiables : la guerre (mai 68, la guerre du
Golfe...) ou bien la maladie.
L'information suscite des
représentations, mais on cherche toujours un
au-delà des représentations et on en arrive
à une diabolisation ou à un angélisme,
éléments du registre de la foi.
Dans le type de relation qu'ils
suscitent, les médias renvoient à l'histoire
des représentations (représentations de
l'école, de la douleur), mais ils moralisent
implicitement, et de ce fait figent ces
représentations.
Il semble néanmoins qu'il y ait
confusion entre le bien et le mal, et le "être bien,
être mal", qui sont des états du sujet.
En fait, malgré les apparences,
par l'information, la maîtrise est impossible et
pourtant prétendue. On est aussi sans cesse
renvoyé à la foi en ce que dit l'autre, en ce
que montre l'autre. Mais la foi peut sans cesse être
interrogée.
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En manière de conclusion
Il semble bien que les médias
constituent un milieu dans lequel tous sont immergés
; médias : cela renvoie à la polysémie
du terme : cela signifie au sens propre "ce qui est entre",
"ce qui relie" ; mais le mot "medium" en latin signifie
aussi "au milieu de".
De quel milieu s'agit-il ? S'agit-il d'un
milieu naturel révélé par le
signifié de l'information ? S'agit-il d'un milieu
maternel auquel nous sommes fusionnés, d'un milieu
parental, du fait de la politique, de la façon dont
les médias modèlent la cité et les
individus ? On a parlé des patients aujourd'hui
"orphelins des médias". Si les médias sont un
milieu, existe-t-il un journalisme indépendant
?
Surtout, on peut se demander : pourquoi
l'information a-t-elle pris une telle place ?
Jeannine CHICAUD
© Copyright Association Didier Seux, France,
1997
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