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Colloques de AIDES (1999).

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- Santé mentale et sida -

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BULLETIN N° 38 - MAI 1999

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Compte rendu du Colloque de AIDES

du 02/04/99, La Sorbonne, Paris.

" Vie quotidienne et traitement de l'infection à VIH "

Philippe DUPAIN [1]


Après un discours introductif, le nouveau président de Aides, C. Saout, a souligné l'important travail effectué par les bénévoles de AIDES, malgré les difficultés que vivent les associations, suite aux restrictions budgétaires. Ensuite, le président a souligné l'impact auprès des patients vivant avec le VIH de l'enquête menée par Aides-Ipsos et qui a fait l'objet d'un ouvrage " Vivre avec le sida ", un ensemble de témoignages sur les difficultés, mais aussi les moyens d'aménager la vie quotidienne des personnes vivant avec le VIH. Cet ouvrage a été distribué gracieusement à l'occasion de cette journée.

On note, malgré les progrès thérapeutiques réalisés depuis la mise à disposition des multithérapies médicamenteuses (HAART) [2], que des difficultés d'adhésion et de compliance ressurgissent. Elles sont le propre de toute prise en charge longue et complexe (DID, HTA,...). En se chronicisant, la maladie à VIH, comme l'hépatite C, nécessite des stratégies thérapeutiques de plus en plus complexes dont le maniement échappe au profane. Car, depuis l'arrivée des antiprotéases début 1996, il existe une palette variée de molécules (nucléosidiques, non-nucléosidiques, nucléotidiques, inhibiteurs de protéase) [3] qui font que, parmi les 15 molécules disponibles actuellement, le nombre de combinaisons est multiple. Ces progrès nécessitent de plus en plus la consultation de spécialistes formés en virologie, immunologie, mais aussi sensibles à la psychologie du patient, car, en fin de compte, c'est le patient qui choisit de prendre ce qui a été prescrit.

De l'enquête de Aides-Ipsos présentée lors de cette journée par J. Soleti, il ressort certaines pistes qui restent à explorer, même si des données semblent comparables à l'étude Aproco-Anrs présentée à Chicago en 1999. Il existe cependant une certaine discordance entre la compliance aux traitements, qui est de 90% dans l'étude de Aides-Ipsos, et une étude américaine (HIV outpatient study, Palella F.J. et al., 1998 N.Engl.J.Med, 338.) qui retrouve un taux d'adhésion aux traitements différent selon les combinaisons, allant de 100% (n=6) pour une trithérapie (NARTI+NNRTI+PI) à 67% (n=12) pour une monothérapie (NARTI+OI prophylaxie). Même si, dans cette étude, on note une meilleure adhésion sous multithérapie versus monothérapie, la compliance moyenne se situe à 80% ; ce qui est un peu plus faible que dans les protocoles de recherche.

En marge, l'enquête de Aides-Ipsos montre des besoins spécifiques chez les sujets vivant avec le VIH : le besoin de prendre la parole, d'avoir des prescriptions pratiques de conduite à tenir, et surtout une meilleure information de la part des médecins sur les effets secondaires [4].

Cependant, on retrouve chez les répondeurs de cette enquête de nombreux facteurs de vulnérabilité sociale, économique et psychologique : 50% sont célibataires et 50% ont un revenu inférieur à 5 000 F/mois ; la prise de médicaments représente des modifications au niveau de la vie quotidienne qui sont assez bien supportées, même si 36% arrêtent le traitement pour des raisons liées à un état dépressif, et 41% à cause des effets secondaires gênants, en particulier une baisse de la libido.

Par ailleurs, il existe une spécificité de l'infection chez les femme, qui représentent une population plus récente dans l'épidémie : elles ont une vision moins positive des traitements que les hommes, avec des interruptions plus fréquentes. Il semble que les femmes privilégient les relations interpersonnelles, qu'elles sont plus demandeuses de soins, de soutien psychologique et qu'elles ont une plus grande fragilité au niveau de l'image du corps. Les syndromes lipodystrophiques, d'apparition récente et qui représentent un souci aussi pour les cliniciens, seraient plus mal supportés par les femmes [5].

Les réponses institutionnelles tendent à favoriser des approches instrumentales [6] plutôt que conceptuelles ; la réflexion sur le sens de l'observance et de l'adhésion aux traitements est rarement soulevée, si ce n'est dans la relation médecin/malade. Cette approche néglige la réflexion sur les raisons multiples de la non-compliance, car, purement instrumentale, elle risque de nier la place du sujet dans son intention de prendre ou non une "drogue" visant à prolonger sa survie.

La notion de compliance tend à masquer que le sida reste une maladie mortelle dont les complications restent sévères (e.g. démences liées au sida et autres évolutions invalidantes). N'oublions pas trop rapidement les années 90-95 qui voyaient plus de 5 000 personnes mourir des complications du sida. Il serait intéressant d'aborder, sur le plan psychanalytique, les aspects transférentiels de la relation médecin/malade qui président, dans ce cadre, à la confiance nécessaire pour un suivi au long cours.

L'échec thérapeutique n'est pas du seul fait du médecin ou du malade : il n'existe ni bons, ni mauvais médecins ou malades ; il existe des stratégies thérapeutiques qui nécessitent la collaboration entre deux personnes, conscientes des limites actuelles de la science médicale, où l'un reste l'expert, mais où l'autre garde son libre-arbitre ; d'autant plus qu'il est plus clairement informé. Le choix n'est pas ici de vouloir ou non guérir, mais souhaiter se soigner et être soigné ; il y a une nuance entre le souci de soi et le vouloir guérir (cf. M. Foucault). La discordance entre les préoccupations des médecins et des malades, révélées par l'enquête de AIDES-Ipsos à l'intention des médecins, montre que la nouvelle instrumentalisation de la relation médecin/malade (avec le taux de CD4 ou la charge virale) risque de faire oublier ou refouler la souffrance psychologique vécue par le patient, qui ne peut l'exprimer dans le cadre thérapeutique. Il reste vrai que, pour continuer à vivre, il peut être nécessaire au sujet d'oublier, voire de refouler, des pans de réalité ; mais on connaît aussi les effets dévastateurs d'un refoulement massif d'éléments de réalité et les souffrances qui en découlent.

En conclusion, cette enquête riche en données diverses et variées, permet d'avoir une idée de ce que représente la vie avec le VIH au quotidien en 1999 et ce, dans un pays développé où l'accès aux soins reste, certes, à améliorer, mais qui permet cependant à près de 66,5% des patients de bénéficier des multithérapies. Si aujourd'hui, environ 21 000 personnes vivent avec le sida, on estime à 120 000 le nombre de personnes séropositives. Et, comme l'a souligné le Secrétaire d'État à la Santé [7] invité à ce colloque : " Il y aurait encore, en 1999, environ 5 000 nouvelles contaminations par le VIH. Il faut donc persévérer au niveau de la prévention, mais aussi savoir que les 21 000 personnes qui vivent avec le VIH ne doivent pas être parmi les exclus du système économique de la croissance, et que leur réinsertion dans la vie économique doit passer par des paliers ". Aidons-les à remonter les marches ; mais pour cela, il faut du temps et de l'argent ; ne brisons pas le système associatif qui a émergé dès le début de l'épidémie, permettant une ouverture des établissements hospitaliers vers la société civile.

Des malades ont pris la parole et tous ont fait remarquer qu'il ne faudrait pas, sous prétexte d'économie de la santé, briser les bonnes volontés ; le bénévolat est un bien précieux qu'il ne faut pas gaspiller. Et, ce n'est pas parce que l'ARC nous " a menti à l'insu de notre plein gré ", pour reprendre une expression des " Guignols de l'info ", qu'il faut voir dans chaque association une " association de malfaiteurs ".


1. Psychologue - Hôpital Broussais.
2. HAART : High Active Antiretroviral Therapy.
3. NARTI
:

- Nucléosidiques (AZT,DDI,DDC,3TC,D4T).
- NNRTI - Non Nucléosidiques (Viramune, Rescriptor, Sustiva).
- IP- Inhibiteurs de protéase (Crixivan, Invirase, Novir, Viracept).


4. Cela ayant fait l'objet d'une table ronde (Dr M. Kirstetter et J-P. Buchmann).
5. Cf. l'intervention pertinente du Dr P. Benlian St-Antoine, Paris.
6. Intervention de B. Kouchner et S. Guglielmi (DGS).
7. Dr B. Kouchner


 

Rappel : Vous pouvez obtenir le Bulletin en écrivant à l'Association Didier Seux

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