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Colloque du 4 juin 1999.

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- Santé mentale et sida -

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BULLETIN N° 38 - MAI 1999

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COLLOQUE DU 4 JUIN

Du soin à la parole

Parler n'est pas dire, écouter n'est pas entendre...


 
 

SOMMAIRE

ÉDITORIAL : Un siècle de psychanalyse plus tard, par Patrick STOESSEL


ABSTRACTS DES INTERVENANTS :

Claude VEIL

Roberte BOMBEZY

Didier CREMNITER

Marijo TABOADA

Luc RIDEL

Isabelle GALLAND

Marianne MAZODIER

Charlotte MELMAN

Daniel SERRAND

Isabelle FUNCK-BRENTANO

Ces textes ont déjà été publiés dans le BULLETIN N° 38,
disponible à l'Association Didier Seux.

© Copyright Association Didier Seux, France, 1999


 Un siècle de psychanalyse plus tard

Éditorial par Patrick STOESSEL

Psychiatre
psychanalyste

Le point de butée constitué par le changement de siècle permet de délimiter un espace de temps dont il devient possible de tenter l'inventaire et de dresser des bilans.

Préparé par la révolution industrielle du XIXème siècle en Occident, notre siècle a vu un essor considérable de la science et de la technologie. Le XIXème siècle a vu naître les prémisses de nouveaux moyens de communication : le développement de l'industrie de l'acier a permis la construction des réseaux de chemin de fer ; la mise au point des moteurs à explosion, les balbutiements de l'automobile, l'invention du cinéma, de la photographie, du téléphone et de l'électricité, les bases de nouveaux moyens de communications individuels ou médiatiques.

Alors est apparue, avec Freud, une nouvelle théorie avec ses propres concepts, la psychanalyse, apportant un éclairage original sur l'homme, dans sa dimension philosophique, mais surtout, ouvrant des perspectives considérables dans la compréhension et le traitement de la souffrance mentale humaine. Née à la fin du XIXème siècle, la psychanalyse a connu son développement sur l'ensemble du vingtième siècle, avec dans l'histoire de son développement, des points culminants.
Cent ans plus tard, la psychanalyse, outre son développement propre, avec le concours de figures marquantes, a connu une diffusion progressive dans l'ensemble du champ culturel occidental et en France tout particulièrement.

Parallèlement, avec l'essor de la science et de la technologie, le XXème siècle aura été marqué par une révolution, dont il est prévisible que son impact sur la civilisation prendra tout son effet au cours du prochain siècle. Cette révolution est celle de la communication : révolution électronique, cybernétique et médiatique, avec la télévision, le multimédia, Internet. Préparée essentiellement à l'ouest, ce n'est qu'avec la fin de la guerre froide qu'elle a pu donner son nouveau visage à la mondialisation dont elle est devenue à la fois le vecteur principal et l'un de ses supports.

C'est dans ce contexte qu'est apparu le Sida, dont le statut de pandémie (épidémie à l'échelle mondiale), est un effet de la mondialisation favorisée par cette révolution, avec le développement du transport aérien. Celui-ci, associé au "progrès" scientifique dans son expression médicale, a favorisé la modification des écosystèmes et le développement de souches virales particulièrement pathogènes.

Depuis le début de l'épidémie, la reconnaissance d'implications affectives et psychologiques a été à l'origine de la multiplication de lieux ou d'opportunités de parole dans des cadres et sous des formes diverses : groupes d'auto-support, lignes téléphoniques gratuites (numéros verts), consultations d'urgence, counselling, groupes de parole pour les soignants, sans parler de l'efflorescence de thérapies diverses et variées, se référant à toutes sortes de courants théoriques, idéologiques -voire religieux (sophrologie, relaxation, bio-énergie, yoga, philosophie orientale, etc.).

Cette évolution s'inscrit dans un contexte culturel général marqué par le développement des outils de communication médiatiques (radio, télévision), qui ont contribué au galvaudage d'une parole symbolisant la souffrance, hors de son champ spécifique, pour la chosifier en objet de consommation banal. Les premiers talk-shows ou reality-shows, d'abord radiophoniques, avec Ménie Grégoire, puis télévisuels avec le fameux "psy-show" du psychanalyste Serge Leclair, tout en s'appuyant sur une diffusion liminaire des concepts de la psychanalyse dans la culture, y ont contribué. Quel rôle -positif ou négatif- ce phénomène a-t-il joué dans la reconnaissance de la psychanalyse comme discipline à part entière, comme technique de soin spécifiquement exercée par des professionnels ?

L'imprégnation culturelle générale de la psychanalyse, dans un contexte de révolution des techniques de communication et de logique consumériste généralisée, influe sur le statut de la parole dans le champ de la relation de soin. Le champ clinique du Sida a produit un terrain d'observation singulier et privilégié de cette influence. Sans doute faut-il tenir compte, en ce siècle finissant, d'un recul du rapport aux idéaux et aux idéologies, qu'il s'agisse de la religion catholique ou des idéaux politiques, et en particulier le marxisme-léninisme, d'un recul du sens de la solidarité, contribuant à une altération du lien social, source d'un nouveau malaise.

Partant de ce constat, nous voudrions interroger la place de la parole, de son statut, en particulier dans ses applications cliniques, sanitaires et sociales.

 

© Copyright Association Didier Seux, France, 1999


 

Claude VEIL

Psychiatre,
Directeur d'Études à l'EHESS

L'argument du Colloque a raison de rappeler qu'on peut dire sans parler, et encore raison de suggérer qu'on peut entendre sans parler. Bien sûr, on peut aussi parler pour éviter de dire. Et ainsi de suite.

Il y a bien lieu pour chacun de nous d'y être attentif pour édifier et entretenir sa compétence et sa technicité professionnelles.
Le respect de règles de bon exercice protège les uns et les autres contre les fausses routes, contre les alibis de la bienveillance.

Toujours est-il que chaque rencontre est une nouvelle donne -soit que les partenaires soient autres, soit que les mêmes protagonistes continuent une relation inscrite dans la durée.

Peut-il y avoir quelque opportunité à s'écarter d'une règle ? Par exemple, dans l'axe de l'argument, serait-on fondé à préconiser tantôt le silence en réponse respectueuse au silence, tantôt une parole allant au devant d'un non-dit trop lourd ? En fonction de quels paramètres se déterminer ? Et, last but non least, comment savoir quelle démarche sera la moins empreinte de sadisme ?

 

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"L'injonction à parler du sexe dans l'Occident moderne"

Roberte BOMBEZY

Psychanalyste

 

À partir du livre de Michel Foucault " La volonté de savoir ", Tome 1 de "L'histoire de la sexualité".

L'histoire de la sexualité est la dernière entreprise de Foucault dans son analyse des grands thèmes traversant la culture occidentale, ses savoirs, ses théories et ses pratiques.

Il a abordé successivement : l'émergence des sciences modernes dans "Les mots et les choses", puis "L'histoire de la folie à l'âge classique" ou "Naissance de la clinique".

Le Tome 1 de l'histoire de la sexualité, dont il sera question, concerne un phénomène en œuvre depuis la fin du XVIe siècle et qui se caractérise par un mécanisme d'incitation croissante à la "mise en discours" du sexe, une "fermentation discursive" qui s'est accélérée depuis le XVIIIe siècle.

Foucault dégage les axes selon lesquels s'exerce cette injonction si particulière : la confession, la littérature, la police, la justice, les collèges sur le sexe de l'enfant et des adolescents, le discours médical sur les perversions...

Son argumentation est assez bien résumée dans cette phrase : "Ce qui est propre aux sociétés modernes, ce n'est pas qu'elles aient voué le sexe à rester dans l'ombre, c'est qu'elles se soient vouées à en parler toujours, en le faisant valoir comme le secret".

 

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 Paroles d'urgence

Didier CREMNITER

Psychiatre,
Hôpital Henri Mondor (Créteil),
Cellule d'urgence médico-psychologique

 

Quel enseignement tirer d'une expérience instaurée depuis près de quatre ans, consistant en la création d'un concept d'intervention psychologique ou psychiatrique dont la mise sur pied peut s'effectuer à tout moment, en réponse à un événement inhabituel, qualifié à l'occasion de catastrophe, qu'elle soit naturelle ou accidentelle (comme les récentes avalanches, ou l'incendie du tunnel du Mont-Blanc), prenant ailleurs la tournure d'une prise d'otages, d'actes de terrorisme comme les attentats aux explosifs, ou encore de situations de guerre comme l'exode en situation de panique des populations dans l'actuelle guerre au niveau des Balkans ? Un fait paraît acquis : c'est celui d'une adéquation entre la généralisation relativement rapide de ces cellules d'urgence médico-psychologiques au niveau de chaque département, et le phénomène de société consistant à trouver habituel la présence de psychologues ou psychiatres dans de telles circonstances.

À partir de cette expérience et des enseignements à en tirer, doit-on se poser la question du bien-fondé de cette pratique, et du rôle qu'il s'agit d'y occuper, qui fait de cette présence d'écoute une réponse possible à la question du trauma supposé. Ici doit-on distinguer les paroles de stress à la phase aiguë, de celles constituées de l'organisation d'une névrose traumatique dont on sait la gravité ? Le débat porte ici sur la forme que doit prendre l'intervention psychologique précoce, et son articulation avec le destin du sujet.

 

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 Éloge du bla bla...

Marijo TABOADA

Psychiatre psychanalyste,
Horizons, Paris

 

La question de la parole dans le soin psychique est bien évidemment sous-tendue par les références théoriques auxquelles les uns et les autres nous nous rattachons. Certes, quelques déviations apparaissent de-ci de-là, où la parole est définie comme source de "guérison" ; c'est-à-dire qu'il suffirait de dire pour que le mal disparaisse.

En effet, les désordres liés à la parole interdite sont tels que tous se soucient dorénavant d'organiser des lieux où cette parole traumatique pourrait s'exprimer. Cette parole a pour but déclaré "d'extérioriser", c'est-à-dire d'évacuer (au sens excrétoire) le traumatisme douloureux plutôt que de faciliter le réaménagement psychologique qui permettrait de le réintroduire dans l'histoire du sujet. Finalement, les victimes se retrouvent paradoxalement privées de cette parole que personne ne recueille et qui ne leur est jamais restituée.

Dans beaucoup de situations actuelles, les personnes se trouvent sommées de dire leur douleur. C'est pour leur bien, certes, mais cette démarche est extérieure à eux. Nous sommes alors face à des personnes qui souffrent, mais ne savent pas très bien ce qu'elles viennent chercher, ni d'ailleurs ce qu'il est possible de chercher.

Pour autant, faut-il, au nom de la théorie ou du dogme, opposer (ou imposer) notre silence à cette tentative de parole ? À l'instar de la mère mettant des petits mots " bêtes " sur ce qu'elle perçoit des mouvements affectifs de son bébé, ne faut-il pas habiter le silence (ou son équivalent : le flux de parole ininterrompu qui empêche de penser) ? S'écouter penser ne va pas de soi. Cela exige de la part des professionnels du soin psychique de donner un temps à l'autre pour qu'il puisse prendre possession de cet exercice, mais aussi pour lui permettre de construire un espace psychique.

Dans notre pratique habituelle, c'est notre silence attentif qui permet cette construction. Mais là, le silence peut apparaître hostile et faciliter, au contraire, la mise en place de résistances. Nos mots, d'une grande banalité, vont servir de contenant à cette douleur, d'adossement au sujet en souffrance ; non pas dans le but de consoler, mais de permettre une respiration afin qu'une pensée se construise.

Il est important de laisser ainsi flotter la parole de l'autre, mais aussi la nôtre afin qu'elle puisse aussi avoir cette fonction "pédagogique" qui permettra à l'autre de se rencontrer avec curiosité, surprise -voire plaisir.

 

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 L'accompagnement : postures et impostures

Luc RIDEL

Maître de conférences
Université Paris 7.

 

On parle de plus en plus d'accompagnement -voire d'accompagnement des accompagnant. Que met-on sous ce terme et pourquoi la démarche clinique à laquelle il renvoie nous apparaît-elle pertinente pour "aider" des personnes en situation de désarroi ou de crise ?

Accompagner, c'est d'abord, à notre sens, adopter dans la relation à l'autre une position, et plus précisément une posture qui renforce la ressemblance, la connivence, la proximité... ; mais jusqu'où aller dans ce gommage des différences et dissymétries, sans tomber dans le faux-semblant et dans l'imposture ?

Deux dimensions sont alors à considérer :

- la dimension spatiale. Que prend-on en compte dans l'écoute d'une parole singulière, quelle place pour les proches, l'environnement relationnel, l'histoire d'une vie ?

- la dimension temporelle. En privilégiant le présent et la présence, l'accompagnant se fait et se veut présence à autrui, mais à un autrui qui demeure irrémédiablement autre et toujours quelque peu opaque. Indispensable reconnaissance de l'altérité pour le partage d'une expérience de vie, c'est-à-dire d'un "temps vécu" par lequel le "sujet" se dit dans le même temps où il advient à lui-même et à sa vérité.

 

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À l'écoute des femmes séropositives dans leur désir d'enfant

Isabelle GALLAND

Psychologue au CISIH,
Hôpitaux Universitaires de Strasbourg

 

L'écoute n'est pas un outil réservé spécifiquement aux psychologues. Les soignants, qu'ils soient médecins, infirmiers, aides-soignants ou même ASH, savent aussi que les patients ont besoin qu'on les écoute, et cela fait partie de leur pratique.
Pourtant, l'écoute et la parole sont les seuls outils de travail du psychologue quand il se réfère à la psychanalyse. Quelle est alors la spécificité de cette écoute ?

Des femmes séropositives au VIH viennent parler de leur désir d'enfant. En premier lieu, elles demandent des informations sur les risques de transmission du virus du Sida à l'enfant, mais elles viennent aussi exprimer leurs craintes ou leurs doutes. Parfois elles ont seulement besoin d'exprimer ce désir et qu'il soit entendu, mais quelquefois elles attendent une autorisation du médecin pour démarrer une grossesse...

L'important est de se questionner sur cette demande, et de permettre à ces femmes d'en parler, sans répondre forcément à toutes les questions. Le silence laisse émerger, alors, des aspects insoupçonnés concernant la question plus générale de la transmission. Le risque de transmission réel d'un virus recouvre l'aspect imaginaire et fantasmatique de ce qu'une mère peut, ou non, transmettre à son enfant, à partir de son histoire à elle et de sa relation à sa propre mère.

 

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Secrets et familles

Marianne MAZODIER

Praticien hospitalier,
C.H. Sainte-Anne, Paris

 

Tout individu, toute famille a ses secrets. C'est la condition pour structurer sa vie psychique, pour construire son identité et protéger son intimité.

Mais il est des secrets familiaux qui sont ressentis comme une violence. L'origine d'un tel secret est souvent lointaine, liée aux parents et ascendants. Même si un secret familial ne se communique pas avec les mots, il se manifestera sous d'autres formes et aura de multiples effets. Parfois responsable de dysfonctionnements aliénant la vie psychique, affective et sociale des descendants, le secret peut aussi stimuler des constructions imaginatives, favorisant ainsi des créations diverses.

Le SIDA se révèle être parfois une source nouvelle de secret qui touche à la gravité de la maladie et à la vie sexuelle d'un des membres d'une famille.

Secret organisateur ou Secret pathogène, tout Secret a un rôle, sur plusieurs générations, dans l'organisation psychique familiale.

 

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La parole à Sida Info Service

Charlotte MELMAN

Médecin généraliste

 

La parole attendue à Sida Info Service est celle de l'appelant. Elle se veut facilitée par l'outil téléphonique, sans besoin de rencontre, ni de présentation, accueillie par un écoutant (celui ou celle qui est dans l'action d'écoute). L'écoutant a pour mission de faire que la parole se libère, avec ses silences, et qu'elle devienne soin. Un soin qui peut se répéter autant de fois que souhaité. Pour mener l'entretien, l'écoutant observe des règles strictes et il a un atout indispensable, il est anonyme, il est interchangeable et il "ne compte pas"... Il va réfléchir les propos de l'appelant pour qu'il s'entende "dire". L'appelant peut lui confier son intimité brute, puis ensuite raccrocher le combiné. Que s'est-il passé ? Où cela est-il allé ? Ça a pu ne pas exister, ça n'est inscrit nulle part, sauf peut-être dans sa propre oreille ; il s'est peut-être entendu formuler de son intimité parce qu'il y avait lieu de le faire et lieu pour le faire.

Pourquoi un service téléphonique pour cela ? Peut-on dire que le discours de la souffrance ou de l'errance de l'autre ne trouve pas la même place, n'a pas le même objet s'il s'adresse à un proche, à un soignant ou à un écoutant anonyme ?

L'écoutant, lui, n'est pas dérangeable ; il n'a d'autres responsabilités que celle d'être là, à l'écoute, au moment où celle-ci est sollicitée.

Dans quelle mesure la relation à l'autre donne-t-elle sa dimension de soin à la parole ?

 

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Les appels des ados

Daniel SERRAND

Écoutant, Sida Info Service

 

Je voudrais parler d'un type d'appel que nous recevons à Sida Info Service de la part du jeune public. Ceux que nous appelons entre écoutants "les scénarios d'ado", ceux qui viennent d'une construction imaginaire, une projection, dans le futur, dans le réel ou l'irréel ? Il va de soi que Sida Info Service reçoit de nombreux appels d'adolescents et que la teneur de ces appels est d'abord toujours singulière et les situations évoquées sont multiples. Avec les adolescents, l'entretien tourne souvent autour des "premières fois", des premières expériences amoureuses et sexuelles.

Sida Info Service offre là un lieu de parole, la possibilité de dire angoisse et désir, bonheur, malheur et petits bobos du corps et du cœur ; parfois il s'agit de dire ce qui s'est passé, s'en libérer, simplement dire ! Car nul part ailleurs cela ne serait possible...

Le dimanche après midi, le numéro vert de Sida Info Service, et cela depuis sa création, est saturé d'appels d'enfants et d'adolescents. Et ce jour là, en particulier, nous sommes confrontés à la répétition de ces appels dits de scénario. De cette salle d'écoute, de cet observatoire, l'on pourrait croire qu'il existe une deuxième épidémie de Sida, virtuelle, celle-là, mais ignorée des épidémiologistes, chercheurs, médecins, psychologues et politiques...

Tous les enfants qui appellent le numéro vert, quelque soit le lieu de l'appel, tous ces enfants et adolescents auraient le Sida...
Ils commencent souvent ainsi : "Bonjour, j'ai le Sida"... Et ils continuent en disant : "Et je ne sais pas comment le dire à mes parents..." (Silence). C'est moi qui fais silence... eux ?

Très souvent ils ont déjà raccroché dans un rire, un cri, une insulte, un silence...

Que viennent-ils tous dire, garçons et filles, cette jeunesse des deux sexes ? Je me souviens de cette jeune fille, pas encore pubère, et qui dans un effort de rigueur au scénario qu'elle mettait en place, ajouta après un moment de silence de ma part : " Vous savez, mon père est vieux et ma mère est morte, vous voyez, je ne sais vraiment pas comment faire et puis, il y a mon copain, j'ai fait l'amour avec lui et j'ai le sida ; je ne sais ce que je vais lui dire à celui là aussi. Vous voyez, j'ai vraiment besoin qu'on m'aide "...

Depuis des années, le succès du numéro vert de Sida Info Service auprès des enfants et des adolescents ne s'est pas démenti (l'épuisement des écoutants devant cette répétition générale, non plus) ! Mais n'est-il pas dérangeant ce succès ? À Sida Info Service, les jeunes viennent interroger la transmission et le " dire " avec une apparente désinvolture, ruse ou affirmation de soi, dans cette mise en scène... Ils ne s'y trompent guère : derrière le Sida et sa transmission, ils ont flairé les forces vives qui les intéressent, qu'ils voudraient saisir, appréhender et qui font peur ; ils viennent s'essayer à la verbalisation de la sexualité et toutes les émotions qui s'y mêlent...

Tous ces scénarios, ce tohu-bohu apparent de la jeunesse d'aujourd'hui, comme il arrive à Sida Info Service, me renvoient paradoxalement au silence. Le silence, le non-dit, la sexualité restent un solide tabou, ancré dans les profondeurs de notre société. Tabou qui n'est pas sans conséquence sur la santé et le développement de nombreux individus, et c'est le dimanche, après midi, dans la salle d'écoute de Sida Info Service que résonne le plus à travers leurs cris et chuchotements maladroits, à travers ces appels, le silence des institutions. Parler de sexualité ? Santé publique. Tout le monde est sexué(e) ? Il est vrai que la question est nouvelle, ou enterrée ?

 

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Adolescents infectés par le VIH : expérience d'un groupe de parole

Isabelle FUNCK-BRENTANO

Psychologue,
Immuno-Hématologie,
Hôpital Necker-Enfants malades, Paris

 

Les groupes de parole pour enfants ou adolescents atteints d'une maladie grave ou chronique ont des effets bénéfiques en terme de maturation psychique et d'adaptation à la maladie. Néanmoins, l'utilisation de cette technique reste essentiellement circonscrite au domaine de la compliance aux traitements dans le cadre du diabète ou de l'asthme. Plus développée aux États-Unis, elle est encore très rarement utilisée pour les adolescents infectés par le VIH. Avec les progrès significatifs des thérapies antivirales, l'espérance de vie des adolescents a largement augmenté ; les groupes de parole pour adolescents infectés par le VIH devraient donc se développer dans les années à venir, dans la mesure où cette technique semble particulièrement convenir à cette tranche d'âge et leur permet d'aborder aisément les problèmes majeurs qu'ils rencontrent.

Outre les difficultés classiques inhérentes à l'adolescence, les adolescents infectés par le VIH doivent faire face à une série de difficultés inéluctables et spécifiques : dépendance médicale importante, maladie -voire perte des parents ou de la fratrie-, incertitudes de l'avenir, besoin ressenti d'en informer l'entourage, crainte aussi d'être mal jugé ou rejeté, enjeux d'une vie amoureuse, du désir d'enfant, perturbations de l'image de soi, susceptibilité anxieuse et dépressive.

L'exposé rend compte d'une première expérience conduite à l'Hôpital Necker Enfants Malades avec un groupe de 9 adolescents âgés de 13 à 16 ans qui se sont rencontrés à intervalles réguliers au cours de l'année 98-99. Deux thérapeutes ont animé les séances sur le mode d'une intervention psychodynamique non structurée. Les thèmes abordés, l'évolution des relations au sein du groupe et les premiers résultats thérapeutiques sont présentés.

 

© Copyright Association Didier Seux, France, 1999

 


Rappel : Vous pouvez obtenir le Bulletin en écrivant à l'Association Didier Seux

ASSOCIATION DIDIER SEUX

SANTÉ MENTALE ET SIDA

6, rue de l'Abbé Grégoire, 75006 Paris

Tél : +33 (0)1 45 49 26 78 - Télécopie : +33 (0)1 45 48 07 77

Les actes du Colloque du 4 juin 1999 seront publiés en octobre 1999.



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