Pour la première fois, un
congrès mondial sur le sida se déroulait sur
le continent le plus frappé. Plus de 13 000
participants de 180 pays, 1 600 journalistes, les
représentants officiels de l'OMS et de l'ONUSIDA, la
plupart des ministres de la santé des pays
participants et les firmes pharmaceutiques étaient
réunis à Durban. Le congrès s'est
ouvert dans un climat de polémique
politico-scientifique entre les représentants de la
médecine officielle et le Président
Mbéki qui a laissé à un comité
d'experts d'avis totalement divergents, dont Duesberg qui
réfute le VIH comme cause du sida, le choix des
solutions thérapeutiques les mieux adaptées
à son pays. Le Président Mbéki a, dans
son discours inaugural, insisté sur le rôle
majeur de la pauvreté et des carences alimentaires,
telle celle en sélénium, dans l'explosion de
l'épidémie. Il bloque toujours l'importation
d'AZT et des autres antiviraux que la très grande
majorité des malades et de leurs associations
réclament ; et ils l'ont d'ailleurs exprimé
lors d'une grande manifestation à la Mairie de Durban
lors de la conférence. Ils ont trouvé comme
avocat et porte-parole dans ce combat E. Cameron, juge
à la cour suprême d'Afrique du Sud, blanc,
homosexuel, séropositif ; il est un rescapé de la
mort, in extremis, grâce à la prise d'une
trithérapie comportant de l'AZT. Ce juge a d'ailleurs
fait le discours d'introduction à la
conférence, rendant hommage à Jonathan Mann,
ancien président de l'OMS, mort dans l'accident du
Boeing de la Swissair en 1998 (attentat ?), pour le
rôle visionnaire qu'il avait joué en montrant
que santé humaine et droits de l'homme étaient
indissociables.
La
conférence s'est déroulée entre
participants qui acceptaient comme vérité
absolue VIH = Sida. Deux grèves de la faim se sont
cependant déroulées aux portes du Palais des
Congrès : l'une pour clamer que le VIH n'était
pas responsable de la maladie, l'autre pour clamer que le
virus était le seul responsable. La presse
sud-africaine a fait un réel travail journalistique,
en rapportant fidèlement les séances du
congrès, les événements
extérieurs, un large débat sur l'importation
et le financement des antiviraux occidentaux, notamment pour
les mères séropositives qui mettent au monde,
chaque année 180 000 orphelins dont beaucoup sont
séropositifs et qui, pour la plupart, se retrouvent
parqués dans des villages pour orphelins. Cette
presse a également rouvert le débat sur les
origines du sida en rapportant fidèlement la
thèse du biologiste américain W.D. Hamilton,
vulgarisée dans un roman de Hooper : The River, sur
la coïncidence des lieux de vaccination contre la polio
entre 1957 et 1960 et ceux d'apparition des premiers cas de
sida en Afrique ; la chronologie des vaccinations se
superposant à celle de l'épidémie de
sida. De plus, les différentes sous-classes de virus
HIV trouvées dans les différents pays
africains correspondent exactement aux zones de vaccination
pratiquée par les Américains, les
Français et les Portugais. Il est certain que cette
thèse sur l'origine du sida, qui semble
incontournable, ne sera jamais reconnue. Elle constitue en
effet un scandale trop énorme qui
discréditerait pour longtemps l'OMS et la
médecine occidentale, empêcherait toute future
campagne de vaccination contre le sida en Afrique, mais
surtout, en termes de responsabilité, ruinerait, avec
l'indemnisation des dommages, les économies
occidentales solidaires dans les campagnes de vaccination.
Une dépêche de l'OMS du 12 Septembre 2000,
reprise par le quotidien Libération le 15,
prétend tordre le cou à cette hypothèse
en indiquant que la Royal Society britannique avait
analysé les échantillons des vaccins
congelés utilisés à l'époque et
que ceux-ci ne contenaient pas de virus HIV. Faut-il que les
journalistes soient suffisamment naïfs ou complices
pour gober, sans aucun esprit critique, cette information.
Même si l'on peut croire que les lots fournis à
la Royal Society provenaient réellement de ceux
utilisés pour les premières campagne de
vaccination en Afrique, tout le monde devrait savoir, et les
journalistes en premier, que tous les singes testés
ne sont pas contaminés, et qu'il y avait
nécessairement des lots de vaccin contaminés
et d'autres pas. Il est clair que pour éviter un
scandale aux conséquences incontrôlables, un
tri préalable des échantillons a
été pratiqué avant la remise des
échantillons non contaminés à la Royal
Society, et que tous les échantillons
contaminés avaient été détruits
depuis longtemps.
Sans
vouloir faire une analyse objective du contenu de ce
congrès et sans vouloir apporter ici notre
contribution au débat sur l'origine et
l'étiologie du sida, nous allons lister les points
forts et novateurs de ce congrès.
- Les tradipraticiens ont obtenu,
après d'âpres discussions avec le conseil
scientifique du congrès, d'avoir une session
organisée par eux. Ils ont d'ailleurs
défilé autour du palais des congrès
afin de demander plus de reconnaissance dans le
système de santé africain. Ils sont en effet
incontournables et, même s'ils reconnaissent ne pas
être à même de guérir le sida, ils
peuvent le diagnostiquer cliniquement et soulager certains
symptômes (diarrhées, fièvre, ...).
-
Très nombreuses présentations de posters
concernant les traitements alternatifs, avec mise en
valeur en présentation " poster-corner "
commentée par un officiel des médecines
chinoises et indiennes. L'équipe japonaise, qui avait
montré l'intérêt de la réglisse
comme antiviral il y a 11 ans, confirme ses résultats
avec une étude in vivo, en double aveugle en Afrique,
mais, faute de moyens, ne mesure pas la charge
virale.
- Nombre
impressionnant de présentations d'effets secondaires
reconnus (lipodystrophies) ou en voie de reconnaissance
(ostéoporose, troubles de la libido, ...).
-
Confirmation de la réalité de
l'efficacité des traitements
orthodoxes, mais disparition des protocoles comportant
des combinaisons d'un nombre extravagant de
molécules, la plupart toxiques, tels que ceux
pratiqués par le professeur Katlama, avec 10
molécules, encore récemment. Les
trithérapies sont efficaces à moyen terme. Des
résistances apparaissent fréquemment, mais
peuvent être contournées avec le changement
d'au moins deux molécules d'antiviraux choisies dans
un arsenal thérapeutique de plus en plus
étendu. Les échecs thérapeutiques
complets, entraînant le décès du
patient, sont aujourd'hui exceptionnels. Enfin, il est
établi qu'il n'est pas possible, en règle
générale, d'éradiquer le virus
après plus de 2 ans de traitement hautement actif,
espoir qui avait émergé après la
conférence de Vancouver. Des réservoirs du
virus restent toujours présents et prolifèrent
presque toujours à l'interruption du
traitement.
- Nette
avancée dans la voie vaccinale, avec le
séquençage de toutes les souches sauvages du
VIH-1. Il a été établi que toutes les
souches possédaient une partie invariante commune
dans leur génome. S'il était
démontré que cette partie invariante est
suffisamment immunogène, on pourrait imaginer,
à l'horizon 2010, la commercialisation d'un
vaccin.
-
Possibilité de traitements intermittents
Un
point majeur de ce congrès pour les patients
réside dans la possibilité de traitements
intermittents ; information que le journal " Le Monde " a
reprise dans son dernier article consacré au
congrès, en les citant comme traitements en
pointillés. Après une trentaine de petits
essais présentés depuis un an dans de
précédents congrès sur le Sida
(Lisbonne, Octobre 99, San Francisco, Février 2000)
et en dépit du contre-feu lancé par les
lobbies pharmaceutiques avec de nombreuses publications
montrant le danger de l'interruption des traitements, le
congrès de Durban a présenté des essais
de plus grande taille ; 90 patients pour un essai
hispano-suisse et 150 pour une étude allemande. Ces
études ont établi l'absence de risque dans
l'interruption d'un traitement. En effet, aucune apparition
de résistance au traitement n'a été
observée, le traitement restant efficace à sa
reprise, et surtout l'interruption stimule la réponse
immunitaire spécifique au VIH, à la
manière d'un vaccin qui serait fabriqué avec
les propres souches virales du patient. Ce type de
traitement intermittent permet une meilleure compliance,
limite les effets secondaires et en abaisse le coût :
ce qui permet de l'envisager pour les pays en voie de
développement. Les essais présentés
concernent, pour le moment des patients possédant une
charge virale indétectable (moins de 50 copies par
ml) et un nombre de lymphocytes T4 supérieur à
300/ml. Les arrêts présentés sont d'au
moins deux semaines et les périodes de traitement
d'au moins deux mois. On observe dans la majorité des
cas (2/3 dans une étude) un rebond de la charge
virale à un niveau comparable à celui existant
avant traitement ; puis, lors de la reprise du traitement,
un retour à une valeur indétectable, au bout
de 4 à 6 semaines. Lors des arrêts successifs,
on observe des réponses très
hétérogènes selon les patients, qui
peuvent être soit des diminutions progressives des
rebonds avec, dans certains cas, maintient jusqu'à la
fin de l'étude d'une charge virale
indétectable en l'absence de traitement, soit des
rebonds variant avec des amplitudes imprévisibles
d'un arrêt à l'autre. Mais dans tous les cas,
à la reprise, le traitement reste efficace et le
nombre de lymphocytes T4 est généralement
maintenu ou augmenté. Rappelons que l'association
Positifs (<http://www.positifs.org/>) avait
été visionnaire dans cette approche
puisqu'elle prônait déjà cette
stratégie il y a deux ans, avec certaines
améliorations : la période d'arrêt du
traitement orthodoxe le moins toxique était
remplacée par une période de traitement par
les voies alternatives les plus performantes. De plus, il
était recommandé d'associer, avec les deux
types de thérapie, des substances
anti-mutagènes naturelles susceptibles de stabiliser
les souches virales et de prévenir les
résistances médicamenteuses.
Une autre information importante apportée par ces
études concerne les patients en échec
thérapeutique. En effet, un arrêt
prolongé de la pression médicamenteuse permet
des mutations des souches virales qui vont pouvoir redevenir
sensibles à certains traitements pour lesquels elles
étaient devenues résistantes.
De gros essais sur les traitements intermittents sont en
phase de démarrage en Europe et aux USA.
Différentes variations sur l'intermittence peuvent
être imaginées : fixation de la période
d'arrêt et de la période de traitement sur
toute la durée de l'essai, ou durée de la
période d'arrêt fixée par un seuil de
charge virale (10 000 copies/ml par exemple) et durée
du traitement limitée, au minimum, au temps
nécessaire à la restauration d'une charge
indétectable (1 à 2 mois en
général).
L'essai américain de l'Université de San
Francisco concerne des patients n'ayant jamais eu moins de
100 lymphocytes T4/ml avant l'essai, une charge virale de
moins de 50 copies/ml avant l'essai, mais ayant
dépassé les 20 000 copies/ml avant le
démarrage d'un traitement hautement actif
(trithérapies). Sont écartés de l'essai
les patients ayant été traités avec
l'hydroxyurée ou avec un immunomodulateur dans les 12
semaines précédant le démarrage de
l'essai. Dans l'autre essai américain
réalisé à Bethesda, sous l'égide
du NIH, il s'agit d'un essai de 88 semaines comparant un
groupe sous traitement intermittent et un groupe en
traitement continu, en termes virologiques, immunologiques
et du point de vue de la qualité de vie.
Dans l'essai italien, qui inclura 900 patients suivis
pendant 3 ans, il est prévu des arrêts de 4
mois, qui pourront être allongés
progressivement.
-
Élargissement de l'arsenal thérapeutique dans
les classes déjà existantes et apparition de
nouvelles classes de molécules
En
plus de l'enrichissement de la classe des anti reverse
transcriptase, nucleosidiques et non nucléosidiques,
et des anti protéases avec de nouvelles
molécules actives contre les souches
résistantes du virus, de nouvelles cibles ont
été prospectées. Citons notamment les
inhibiteurs de pénétration, les
anti-recepteurs du CCR5 et du CXCR4 membranaires, les anti
TaT et les inhibiteurs du syncytium dont fait partie la
DHEA. Très peu d'informations par contre sur les
anti-intégrase qui semblaient pourtant être
appelées à être
développées après le congrès de
Vancouver.
-
Transmission mère-enfant
Le
congrès de Durban met scientifiquement en
pièces le traitement de référence pour
la prévention de la transmission mère-enfant
qui était le traitement de la mère et de
l'enfant par l'AZT, toxique et coûteux, pendant de
longues périodes, seul reconnu par les
autorités sanitaires américaines. L'essai
HIVNET012, effectué en Ouganda, a
démontré qu'une seule prise, par voie orale,
de Nevirapine (Bohringer) par la mère (200mg) au
moment de la délivrance, et par le nouveau-né
dans les 72 heures suivant la naissance, était aussi
efficace que le traitement dit de référence.
De plus, son coût est dérisoire ; il ne
s'élève qu'à 8 $, incluant le test
diagnostic Abbott rapide. Le laboratoire Boehringer a offert
au gouvernement sud-africain la distribution gratuite du
médicament pour les futures mères
séropositives. Alors que le gouvernement sud-africain
a toujours refusé l'importation d'AZT, il semblait
disposé, dans la semaine qui a suivi le
congrès, et sous le poids des arguments scientifiques
et la pression de la presse, à accepter l'offre de
Boehringer. Avec les informations de la presse occidentale,
nous ne savons pas aujourd'hui si cette prévention a
été mise en œuvre. Si cela était, on
pourrait prévoir, pour l'année qui vient, 100
000 orphelins séropositifs de moins en Afrique du
Sud.
-
Présence de très nombreuses ONG et
Associations, la plupart avec des stands coûteux
financés par les firmes pharmaceutiques dont
certaines, activistes comme Act-up Paris qui a
manifesté avec des banderoles contre la
toxicité et le coût des médicaments et
fait de la casse à l'hôtel Hilton lors de la
conférence de presse de notre Secrétaire
d'État à la Santé, Dominique Gillot,
largement représentées. Par contre, aucune
association activiste épousant la thèse "
révisionniste " de P. Duesberg, telle Act-up San
Francisco, n'était présente. Peut-être
leur avait-on interdit l'accès au
congrès.
En marge
des informations délivrées au congrès
et dans la presse, nous donnerons deux informations à
confirmer :
- La
contamination n'est possible qu'au-delà d'un certain
seuil de charge virale. Confirmer cette information
permettrait aux hommes séropositifs ayant une charge
virale indétectable de procréer sans faire
appel aux techniques de décontamination de leur
sperme.
- Une
proposition de traitement alternatif accessible pour les
pays en voie de développement a été
distribuée dans les couloirs du congrès par un
groupe américain. Il s'agit du " International
Project for Affordable Therapy for HIV " ou traitement
combiné MACS pour un coût de 150 $/personne et
par an. Il consiste en multivitamines/minéraux
(Vitamines A, B12, Zn...) + Aspirine (inhibiteur du HIV in
vitro) + Chloroquine ou Hydrochloroquine (inhibiteur de
l'Il6) + Sélénium (rôle dans la
régulation du VIH et, in vivo, il retarde la
progression de la maladie). Il nous semble que ce projet,
s'il était soutenu par les gouvernements des pays en
voie de développement les plus touchés,
permettrait de freiner très fortement les ravages de
l'épidémie.
En
conclusion, nous rappellerons le message de Nelson Mandela
lors du discours de clôture. Il a soutenu le
Président Mbéki, demandé que les
experts des deux camps, dont aucun ne peut avoir la
prétention, humilité scientifique oblige, de
détenir la vérité absolue, trouvent un
terrain d'entente pour sauver son peuple. Il a, par
ailleurs, demandé que les pays africains, au lieu de
gaspiller leurs budgets pour s'armer contre des ennemis
imaginaires, utilisent cet argent pour sauver leurs peuples.
Dr Adrien Caprani
Président de Positifs
Directeur de Recherches au CNRS
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