La progestérone joue un rôle
particulièrement important dans l'immunité.
Ses effets sont complexes et nécessitent que des
études complémentaires soient
réalisées pour préciser ces effets du
point de vue de diverses affections et surtout de
l'infection à VIH.
De nombreuses études sur la progestérone ont
été développées ces
dernières années afin de comprendre pourquoi,
au cours de la grossesse (période
caractérisée par des valeurs
élevées en progestérone), il existe une
tolérance immunitaire qui fait que la mère
tolère d'une part le matériel
génétique transmis par le spermatozoïde
et d'autre part, ensuite, le fœtus lui-même, et
qu'elle ne développe pas de rejet immunologique de
ces éléments étrangers.
Donc, ces études dans ce domaine constituent un
modèle pour mieux comprendre les
phénomènes de tolérance immunitaire et
ceux qui correspondent aux situations
d'immunodépression, ainsi que d'auto-immunité
(puisque certaines affections auto-immunes peuvent
être soit exacerbées, soit
améliorées au cours de la grossesse ; cf.
infra : II.D.).
À ceci, il faut ajouter que de nombreuses études ont
été réalisées ces
dernières années pour étudier certains
mécanismes d'infertilité. La principale
conclusion de ces études (non résumées
dans la suite de notre article) est que les modifications
induites au niveau de l'acrosome du spermatozoïde,
nécessaires à son introduction au niveau de
l'ovocyte, sont induites par la progestérone. Cet
effet est médié par une interaction au niveau
des récepteurs à la progestérone qui
sont présents au niveau des spermatozoïdes. La
conséquence en est un afflux de calcium qui induit la
réaction acrosomale. Cet afflux de calcium s'explique
en partie par la mise en jeu des canaux calciques.
De ce fait, il conviendrait d'envisager d'autres
études afin d'étudier si le fait que ces
récepteurs à la progestérone soient
présents au niveau des spermatozoïdes chez
l'homme pourrait avoir d'autres incidences dans d'autres
domaines, comme les différentes affections
immunologiques.
Il convient de rappeler à ce propos que certains
chercheurs ont avancé que l'infection des cellules
par le VIH pourrait se faire par l'intermédiaire
d'autres récepteurs que le CD4 (communément
présent au niveau des lymphocytes T4), et notamment
par des récepteurs appelés canaux ioniques
(récepteurs sodiques, calciques ou potassiques qui
interviennent dans de multiples fonctions physiologiques).
Le canal calcique serait un récepteur important,
notamment pour expliquer l'infection des cellules au niveau
du cerveau (à ce niveau, le récepteur des CD4
n'existe pas).
Cependant, il convient de souligner la complexité de
ces phénomènes : la mise en jeu des canaux
calciques au cours de la réaction acrosomale ne doit
pas faire perdre de vue que la progestérone
participerait à l'immunodépression de la
grossesse en inhibant le canal potassique au niveau des
cellules T (cf. infra II.A.8.), et sans agir
(ou en agissant peu) sur les autres canaux ioniques
(calciques, ainsi que sodiques).
Les
défenses immunitaires font intervenir des messagers
appelés cytokines qui contrôlent les
réponses immunitaires.
Elles agissent soit au niveau de l'immunité à
médiation cellulaire (Th1), soit au niveau de
l'immunité à médiation humorale
(Th2).
Les cytokines de type Th-1 sont représentées
par l'interleukine 2 (IL-2), l'IL-12 (l'IL-12 stimule les
cellules cytotoxiques, comme l'IL-2, mais aussi les cellules
Natural Killer / NK) et l'interféron-gamma ; et les
cytokines de type Th-2 sont représentées par
Il-4, IL-5, IL-6, IL-10, IL-13 et par
l'interféron-alpha.
Il existe un certain équilibre entre ces deux
systèmes. Cet équilibre est modifié au
cours de certaines situations, notamment dans le sens d'un
renforcement de Th2.
C'est ce qui se passe au cours de la grossesse (à
l'opposé de ce qui se passe en cas d'avortement
spontané).
Pendant la grossesse, il existe donc un certain degré
d'immunodépression secondaire à l'inhibition
de l'immunité à médiation cellulaire
résultant de l'augmentation des cytokines de type
Th-2 (en cas d'avortement spontané, il y a souvent un
profil à prédominance Th1 avec augmentation du
TNF).
C'est
aussi, dans une certaine mesure, le cas de ce qui se passe
au cours de l'infection à VIH : l'infection par le
VIH évolue vers une hyperactivité de
l'immunité de type Th-2 et une diminution de
l'activité de l'immunité de type Th-1.
Cependant, ce rapprochement n'est pas si évident : on
observe, en effet, des discordances dans certaines
expérimentations qui pourraient s'expliquer en
fonction des conditions d'expérimentation et, pour
les études in vitro, parce qu'elles ne sont pas
forcément le reflet de ce qui se passe in vivo. Ainsi
la multiplication du VIH est augmentée, surtout dans
les cellules T, les PBMC et les macrophages par le Tumor
Necrosis Factor / TNF-alpha, uniquement dans les macrophages
et les lignées promonocytaires par l'IL-6, et
uniquement dans les macrophages par l'IL-3 ; elle est
diminuée dans la plupart des cellules par
l'interféron alpha, au niveau des macrophages
uniquement par l'IL-10 et par l'IL-13, au niveau surtout des
PBMC et des lignées promonocytaires par
l'interféron bêta, et, au niveau des
macrophages et des lignées promonocytaires par le TGF
bêta.
Toujours est-il que d'autres auteurs ont
complété ce schéma en proposant
l'intervention d'autres paramètres. C'est le cas de
l'apoptose (phénomène physiologique de
programmation de la mort des cellules qui est
accéléré au cours de certaines
situations pathologiques) : les cellules Th1 seraient
détruites préférentiellement par
apoptose induite par les cytokines Th2 (les cytokines de
type Th-1, comme IL-2, IL-12 et interféron-gamma,
préviennent l'apoptose, tandis que les cytokines de
type TH-2, comme IL-4, IL-10, l'augmentent), alors que les
cellules Th2 seraient détruites directement par le
VIH.
Des
études ont montré, ces dernières
années, que la progestérone pouvait modifier
l'infection à VIH ou à d'autres
rétrovirus. Certaines ont montré une action
favorisante ; ce qui s'explique d'autant mieux que cette
hormone est connue pour avoir un effet immunosuppressif
(notamment au cours de la grossesse ; ce qui permet
d'assurer une tolérance immunitaire du fœtus de la
part de la mère, sans pour autant que la mère
se retrouve en situation de déficit immunitaire).
Mais d'autres études ont montré, au contraire,
une action inhibitrice ; ce qui peut s'expliquer en fonction
des conditions d'expérimentation ou en raison de
l'intervention d'un ou de plusieurs
paramètres.
Donc, il
apparaît important de mieux comprendre les effets
immunitaires de la progestérone au cours de la
grossesse et des avortements spontanés, ainsi que les
modifications immunologiques survenant au cours de ces
situations, tant au niveau des cytokines, de l'apoptose et
du système HLA (qui permet à l'individu de
reconnaître tout antigène qui lui est
étranger et de déclencher une réponse
immunitaire adaptée pour l'éliminer).
Il en est de même de l'intérêt
d'étudier les grossesses survenant dans un contexte
de maladie auto-immune ; l'auto-immunité est un
phénomène décrit au cours de
l'infection à VIH. La similitude qui existe entre
certains acides aminés de la gp 110 du VIH (contre
laquelle sont dirigés des anticorps neutralisants de
l'hôte infecté) et certains acides
aminés du récepteur CD4 du lymphocyte T4 (ces
anticorps se retournant contre les lymphocytes T4) est une
illustration de ce phénomène (cette similitude
constitue, notamment avec l'accélération de
l'apoptose, un des mécanismes permettant d'expliquer
pourquoi il y a beaucoup plus de lymphocytes T4
détruits que de lymphocytes infectés par le
VIH).
Les phénomènes allergiques étant
fréquents chez les personnes séropositives, il
serait intéressant d'étudier aussi les effets
de l'exacerbation de l'immunité au cours de la
grossesse.
Il nous semble important enfin de souligner encore une
certaine similitude existant entre les mécanismes
d'action de la progestérone et ceux du VIH
(récepteurs calciques).
Donc, nous
avons résumé certains travaux publiés
ces deux dernières années sur ces
différents sujets (des commentaires ont
été apportés à la suite de
certains des résumés).