Notre propos
n'est pas de prôner certaines formes de dopage, mais
de nous interroger sur la pertinence de certains arguments
avancés et sur certains non-dits utilisés par
ceux qui ont ouvert la chasse aux sportifs qui ont recours
à des substances dopantes ; ce qui a eu pour
conséquence de porter le discrédit sur une
substance naturelle et physiologique ayant des effets
thérapeutiques bénéfiques par
ailleurs.
Nous essayerons de comprendre pourquoi la lutte contre le
dopage s'est transformée depuis 1998 en une
véritable traque humaine, particulièrement
systématique vis-à-vis de certains sportifs du
monde cycliste.
Enfin, nous rappèlerons que l'EPO peut avoir des
effets thérapeutiques intéressants -voire
essentiels- au cours de l'infection à VIH, ainsi
qu'au cours de certaines autres maladies, en particuliers
pour les personnes atteintes d'insuffisance rénale
nécessitant des hémodialyses (rein
artificiel).
Nous serions tentés
de dire que s'en est assez de tirer ainsi sur des pianistes
!
La principale question que
nous nous sommes posée, et qui nous a conduit
à envisager la rédaction de cet article, est
la suivante : pourquoi avoir occulté la nature de
l'EPO ?
En effet, l'EPO est un facteur physiologique de croissance
(une cytokine) intervenant dans le contrôle, la
différenciation et la survie des cellules
précurseurs des globules rouges (Lacombe C. et al.,
Haematologica, 1998, 83:8, 724-32). Il s'agit donc d'un
régulateur hormonal naturel fondamental (les
conditions d'anémie ou d'hypoxie tissulaire
étant des stimuli de sa production ; ce qui se
traduit par une augmentation de l'hémoglobine, des
réticulocytes et de l'hématocrite) permettant
d'assurer une érythropoïèse correcte chez
les êtres vivants ; ce qui est indispensable pour
assurer l'oxygénation correcte des tissus.
D'autres propriétés de l'EPO sont encore
à l'étude. Ainsi, on vient de mettre en
évidence que l'EPO aurait un effet trophique sur les
neurones cholinergiques du système nerveux central,
s'opposant à la mort de certaines cellules nerveuses.
Et l'activité de l'extrémité des
neurones moteurs innervant les muscles est accrue chez
l'animal lors d'un apport localisé d'EPO (Campana VM.
et al., Int J Mol Med, 1998, 1:1, 235-41). Citons aussi son
action possible dans les défenses immunitaires contre
les infections : l'EPO accroît certaines fonctions des
macrophages, notamment contre le Candida albicans (Lefkowitz
DL. et al., Inflammation, 1997, 21:2, 159-72).
La production d'EPO est
essentiellement d'origine rénale chez l'adulte. Sa
structure chimique a été établie en
1985, et dès 1989, une forme d'EPO humaine
recombinante (production par des cellules de
mammifères dans lesquelles a été
introduit le gène codant pour l'EPO humaine) a
été commercialisée (Eprex®,
Laboratoires CILAG) et elle est devenue rapidement un
traitement essentiel des anémies survenant chez les
personnes atteintes d'insuffisance rénale (son prix
élevé et sa non-inscription sur la liste des
médicaments remboursés par la
Sécurité Sociale a fait que, pendant
longtemps, de nombreuses personnes n'ont pu
bénéficier de ce traitement).
Ce non-dit nous a donc
surpris, et nous avons été fort
intrigués quand nous avons appris qu'au cours de
l'été 1998, un des membres d'une commission
chargée de donner des éléments
d'appréciation sur le dopage à l'EPO aux
enquêteurs de la Société du Tour de
France, s'était vu remercié pour avoir
dévoilé la nature de l'EPO ! Il ne semblait a
priori pas correct de rappeler que l'EPO est, en fait, une
hormone naturelle...
Si l'on a omis de parler
de l'EPO en ces termes, on a, par contre,
évoqué ses effets secondaires sans ambages.
L'utilisation de l'EPO peut, effectivement, avoir des effets
secondaires, comme c'est le cas de nombreuses substances
ayant des effets biologiques, que ce soit des
médicaments ou des substances naturelles (à ce
propos, notons que des cas d'insuffisance rénale ont
été déclenchés par la prise
excessive de ... verveine). Mais il nous paraît douteux
de ne parler de l'EPO que sous cet angle, en ne mentionnant
pas son origine naturelle et ses utilisations en
thérapeutique.
Concernant ses effets secondaires, l'augmentation de la
pression artérielle en est le principal effet. Il
peut survenir lors de l'utilisation de l'EPO au cours du
traitement de l'anémie survenant chez les
insuffisants rénaux. Il serait dû à une
altération de l'homéostasie cellulaire du
calcium ; ce qui expliquerait pourquoi
l'indométacine, un anti-inflammatoire
non-stéroïdien, peut agir préventivement
sur cet effet (Schiffl H. et al., Eur J Med Res, 1997, 2:3,
97-100). Cette hypertension, qui s'accompagne d'une
augmentation intra-cellulaire du calcium et d'une
résistance à l'oxyde nitrique, est
indépendante du niveau de l'hématocrite, et
elle est aussi améliorée chez l'animal
recevant de la félodipine, un inhibiteur calcique (Ni
Z. et al., Hypertension, 1998, 32:4, 724-9). Par contre,
d'autres inhibiteurs calciques (vérapamil, nickel) ne
peuvent normaliser l'augmentation de calcium
intra-cellulaire induite par l'EPO, contrairement à
la génistein, un inhibiteur de l'enzyme tyrosine
kinase, qui de plus s'oppose à la stimulation, au
niveau des cellules de l'endothélium vasculaire, de
la synthèse de l'endothéline induite par l'EPO
(Vogel V. et al.,
Am J Hypertens, 1997, 10:3, 289-96).
Le risque de complications
thrombotiques est un autre de ses effets secondaires
possibles (cf.
infra, en fin
d'article). L'altération de l'activité de
certaines protéines de la coagulation en serait la
cause (notamment une diminution transitoire de la
protéine S) qui surviendrait surtout en début
de traitement ; ce qui expliquerait aussi pourquoi cet effet
secondaire survient surtout à ce moment-là,
nécessitant de ce fait une surveillance attentive (Jaar B. et al.,
Am J Nephrol, 1997, 17:5, 399-405).
Sans vouloir trop
s'étendre, on ne peut manquer de se demander pourquoi
certains ont agi de telle façon que l'EPO en est
devenue une substance déchue, mise à l'index
comme à l'époque (peu) glorieuse de la censure
!
Cela s'est d'ailleurs produit dans d'autres circonstances
pour une autre substance naturelle, à savoir la
mélanotonine qui permettrait à des millions de
personnes de ne plus avoir besoin de recourir à des
somnifères... De plus, elle intervient
physiologiquement au cours des manifestations accompagnant
certains stress ; mais, contrairement aux autres
médiateurs du stress (adrénaline, cortisol),
elle a une action bénéfique sur les
défenses immunitaires. La mélanotonine
pourrait aussi avoir un intérêt
thérapeutique au cours d'affections se traduisant par
une altération des défenses immunitaires (pour
plus de précisions, se reporter à l'article
"Stress et
Sida",
édité en C.16. sur notre serveur Internet
<http://www.positifs.org/>). Et pourtant, sa vente et
même son utilisation sont interdites dans certains
pays (en France, par exemple) !
Qui donc peut avoir intérêt à malmener
ainsi l'EPO : des personnes souhaitant porter le
discrédit sur certains sportifs, des personnes
assoiffées de pouvoir, des personnes souhaitant
favoriser le trafic d'un médicament devenu attractif,
pour certains, depuis qu'il fait l'objet d'une interdiction
(pour la mélanotonine, on pourrait se demander si son
discrédit n'a pas comme but, à
l'opposé, de protéger le marché des
somnifères).
Donc, au flétrissement de l'image de marque de l'EPO,
s'ajoute celui de l'image de sportifs de haut niveau. Et
certains n'oublieront pas de si tôt la détresse
dans laquelle ont été plongés,
allègrement et sans vergogne, par certains
journalistes (dont ils n'ont que le nom !), certains boucs
émissaires qui auraient de quoi s'énRV (non,
il n'y a pas de coquille !).
À ce propos, il convient de rappeler que le sport cycliste
est l'un de ceux qui est le plus éprouvant
physiquement, et dont les athlètes sont les moins
bien rémunérés. On peut d'ailleurs
être surpris du mutisme attentif qui s'est
emparé des autres sportifs de haut niveau, notamment
dans d'autres disciplines particulièrement juteuses
(pour ne pas dire indécentes en regard de la
précarité dans laquelle sont plongés de
nombreuses personnes de par le monde). Chacun pour soi ? On
est loin d'une certaine euphorie ... un beau soir de juillet
1998 où la France entière était
tombée sous le charme des Bleus... On est bien loin de
la Terre qui est bleue comme une orange (Paul Eluard) !
Certains seront choqués par ces dernières
lignes, car il s'agit, pour beaucoup, de bons souvenirs.
Mais les réveils sont nécessaires, et parfois
difficiles.
Au cours de notre
réflexion sur l'EPO, nous avons ensuite établi
un rapprochement avec un autre facteur intervenant sur
l'oxygénation des tissus. On sait depuis longtemps
que cette oxygénation est variable en fonction de
l'altitude, et que, en fonction de ce même
paramètre, les résultats des performances
sportives peuvent être fortement
influencés.
D'ailleurs, ces dernières années, certaines
performances établies en altitudes (mais pas toutes...)
n'ont pas été homologuées pour cette
raison (certaines ont même perdu leur homologation
après coup).
On peut donc dire que, en matière de sport, les
effets de l'EPO sont similaires à ceux obtenus dans
des conditions optimales d'altitude !
Cette similitude nous semble d'autant plus justifiée
à la lumière des résultats
récents de travaux de recherche scientifique.
Il a été établi que les personnes
vivant à moyenne altitude (2 500 m) et
s'entraînant à plus basse altitude (1 250 m)
amélioraient leur consommation d'oxygène
(VO2max), ainsi que leurs performances sportives. Une
étude réalisée chez 39 étudiants
et chez 22 sportifs de haut niveau a permis de montrer que
cela s'observait plus chez certains que chez d'autres.
Placés en altitude (2 500 m) durant 30 heures, les
meilleurs répondeurs ont présenté une
augmentation plus importante de l'EPO sérique, et 14
jours après, cette augmentation était encore
significativement élevée ; alors que chez les
non-répondeurs, le niveau de leur EPO était
redevenu similaire aux valeurs rencontrées chez les
personnes vivant au niveau de la mer. Contrairement aux
non-répondeurs, les répondeurs ont
présenté une augmentation significative du
nombre de leurs globules rouges et de leur VO2max
(Chapman RF. et
al., J Appl Physiol, 1998, 85:4, 1448-56).
Mais au fait, ne
devrait-on pas aussi se poser la question de l'incidence sur
les résultats des performances sportives de l'effet
de paramètres physiques autres que l'altitude ? Par
exemple en fonction de la composition de l'air
atmosphérique (gaz carbonique, azote, etc.), en
fonction du niveau d'ensoleillement (déperditions
caloriques, luminosité, longueur d'onde et
quantité de rayonnement ultraviolet reçue), en
fonction de l'intensité du vent, de l'ambiance
sonore, etc. Tous ces paramètres peuvent varier selon
le lieu où se déroulent des manifestations
sportives. La situation géographique a des
caractéristiques physiques propres à un
instant donné. Et le cadre même de la
manifestation peut, d'ailleurs, aussi avoir une influence
sur ces paramètres : prenons, par exemple, la
composition en gaz carbonique de l'air atmosphérique,
qui diffèrera selon qu'un stade sera situé ou
non à proximité de voies d'intense circulation
routière.
On serait tentés de pousser encore plus loin la
dérision et de se demander si la
réglementation des manifestations sportives ne va pas
aboutir, un jour, à édicter des règles
qui auront une rigueur et une recherche
d'exhaustivité similaires à celles auxquelles
les scientifiques ont recours pour définir les
conditions d'expérimentation de leurs travaux !
Que restera-t-il du sport ? Une seule finalité : la
performance, rien que la performance et ... rien d'autre ? Si,
l'appât du gain ! Mais ne sommes-nous pas
déjà arrivés à proximité
de ce résultat ?
Ceci dit, on pourrait
certes dire que les paramètres de l'environnement
sont, en un lieu donné, identiques pour chaque
athlète en présence ; ce qui leur donne
à chacun les mêmes chances.
Mais d'une part, rappelons que certaines compétitions
font l'objet de performances effectuées dans des
lieux différents, aboutissant à une
classification en vue de déterminer le meilleur
score, celui qu'il faut à tout prix toujours
dépasser (jusqu'où ira-t-on ?).
D'autre part, une même valeur d'un paramètre
physique peut avoir des répercussions
différentes chez des sportifs se trouvant en un
même lieu géographique.
Prenons l'exemple de l'ensoleillement, en nous limitant
à son effet sur la synthèse de la vitamine D.
On sait que la synthèse de cette vitamine est
augmentée au cours de l'été en raison
de la quantité plus importante du rayonnement solaire
en cette période de l'année. Or, on sait aussi
que cette vitamine diminue les besoins physiologiques en ... EPO ! Du moins, cela a été
démontré chez des hémodialysés
présentant une anémie et un
hyperparathyroïdisme, tous deux traités avec
autant d'efficacité par cette vitamine D. Aucune
corrélation n'a été trouvée
entre ces besoins en EPO et la diminution de la parathormone
chez les personnes répondant bien au traitement,
alors que chez les non-répondeurs, il existe une
corrélation (Golcoechea M. et al., Nephron, 1998,
78:1, 23-7).
Donc, comment comparer alors des performances sportives
réalisées dans des conditions d'ensoleillement
différentes ?
Pour une telle comparaison au cours d'un
événement sportif se déroulant dans un
même lieu à un même instant, cela peut
aussi poser des problèmes. En effet, on sait, par
exemple, que la synthèse de la vitamine D au niveau
de la peau dépend de bien d'autres facteurs,
notamment en fonction de caractéristiques propres
à chacun (notamment génétique, comme
par exemple les caractéristiques physiques et
chimiques de la peau, et particulièrement de
l'épiderme).
Va-t-on en arriver à ce que certains pays, soucieux
de briller dans une compétition donnée, en
arrivent à sélectionner parmi leurs meilleurs athlètes ceux qui seront les plus adaptés
à tel ou tel facteur physique ?
Ou va-t-on accepter que le propre de l'homme est la
diversité (ce qui se traduit par une certaine
inégalité devant tel ou tel
phénomène physique) et qu'il conviendrait de
s'accommoder de cet état de fait ; ou va-t-on, au
contraire, s'autoriser à donner à chacun des
sportifs des chances similaires en acceptant de pallier ces
différences ; ce qui sous-entendrait qu'un dopage
éclairé soit autorisé dans des limites
précises à définir ?
Ceci pourrait être rapproché des
aménagements que l'on fait au niveau des
équipements des sportifs en fonction de la
morphologie et de certains troubles mineurs que des
athlètes peuvent présenter. Prenons le cas des
chaussures que l'on peut choisir - voire adapter - en
fonction de la transpiration, dont on peut modifier la forme
de la semelle en raison d'un trouble statique qu'il convient
de corriger, etc.
Soit on accepte ces adaptations sans trop se poser de
questions (dont, d'ailleurs, certaines sont superflues),
soit on convient que ces adaptations d'une condition
physique donnée à une situation correspondent
à un équivalent de dopage ! Pour atteindre une
certaine homogénéité, certains seront
peut-être tentés de recommander de ne plus
porter de chaussures de sport ?
On pourrait d'ailleurs aussi se demander pourquoi on
autorise la diversité dans d'autres types
d'équipements : les sportifs seraient amenés
à utiliser des vélos identiques, des raquettes
de tennis identiques, etc. !
Nous
allons maintenant rappeler l'intérêt que l'EPO
peut avoir pour traiter certaines maladies, et en
particulier au cours de l'infection due au virus du
Sida.
En effet, l'EPO a des propriétés
thérapeutiques très efficaces qui peuvent
être très utiles dans certains cas, et qui
peuvent, de plus, améliorer la qualité de la
vie des personnes.
De plus, sa tolérance est tout à fait
satisfaisante.
Il existe cependant un risque possible de toxicité
(thrombo-embolique) dans certains cas très
précis, à savoir à des stades
avancés de la maladie. Il semblerait qu'au stade de
Sida avancé, des conditions soient réunies
pour que cette toxicité puisse
apparaître.
Chez les personnes
infectées par le virus du Sida, les infections
à mycobactéries (MAC) sont souvent
associées à une anémie qui est un
facteur de mauvais pronostic vital ; cette anémie
traduit l'extension de l'infection à MAC au niveau de
la moelle osseuse. Une étude réalisée
chez 25 personnes a montré que le traitement par 20
000 unités, trois fois par semaine, d'EPO
(recombinante) durant 16 semaines permettait
d'accroître l'hématocrite en moyenne de 9,5%
(passage de 27,7%±2,95 à 37,2%±4,77) sans
aucun effet secondaire. De plus, ce traitement permettait de
s'abstenir d'avoir à recourir à des
transfusions, comme cela était le cas
antérieurement, et ce au détriment du confort
des malades. Ces résultats sont à rapprocher
de l'efficacité de l'EPO pour traiter l'anémie
induite par certains traitement antirétroviraux (AZT)
(Cosby C. et al.,
12th World AIDS Conference Geneva, June 28 - July 3, 1998,
Abstract 32141).
Chez les enfants
infectés par le virus du Sida, l'anémie est la
principale manifestation hématologique. Elle peut
être secondaire à l'infection du VIH
elle-même ou à certains traitements
antirétroviraux (AZT). Chez 12 enfants
présentant une anémie (niveau de
l'hémoglobine inférieur de 3 déviations
standards à la moyenne en fonction de leur âge)
et ne présentant pas de déficit en fer, en
acide folique et en vitamine B12 (autres causes
d'anémie), le traitement par 150 unités/kg
d'EPO (recombinante, en sous-cutané) trois fois par
semaine, associé à une supplémentation
orale en fer, s'est traduit par des résultats
favorables chez 10 enfants (83,33%) ; l'hématocrite
et l'hémoglobine ont significativement
augmenté (respectivement, p=0,0001 et p=0,0005) sans
aucun effet secondaire. De plus, ce traitement a permis
d'éviter à 10/12 enfants d'avoir recours
à des transfusions (Troncoso AR. et al., 12th World
AIDS Conference Geneva, June 28 - July 3, 1998, Abstract
60150).
Une étude
rétrospective (1996-97) réalisée chez
108 patients a montré que 38 étaient
infectés par le virus du Sida. Parmi ces derniers, 10
présentaient un ou plusieurs évènements
thrombo-emboliques ; le plus souvent, thrombose veineuse
profonde (9 et 1 événements, respectivement,
pour ceux ayant des lymphocytes T4 inférieurs ou
supérieurs à 200/mm3), parfois embolie
pulmonaire (1 événement chez une seule
personne ayant des lymphocytes T4 inférieurs à
200/mm3) et 3 autres évènements
thrombo-emboliques (chez des personnes ayant des lymphocytes
T4 inférieurs à 200/mm3). Ces
évènements étaient survenus chez les
personnes ayant reçu de l'alpha-EPO (n=4/10) et
surtout chez celles qui avaient reçu des doses d'au
moins 10 000 unités trois fois par semaine (n=3/4) et
se trouvaient à des stades avancés de
l'infection à VIH, avec des lymphocytes
T4<200/mm3 (Bharbava A. et al., 12th World
AIDS Conference Geneva, June 28 - July 3, 1998, Abstract
60894).
Chez les personnes
infectées par le virus du Sida qui présentent
aussi une insuffisance rénale nécessitant des
hémodialyses, la réponse à
l'utilisation d'EPO (mesurée par
l'hématocrite) n'est pas influencée par la
sévérité de l'infection à VIH
(évaluée par le niveau des lymphocytes T4 et
la durée de l'infection à VIH) et elle est
corrélée avec le coefficient de saturation de
la transférine et le pourcentage de réduction
de l'urée. Les besoins en EPO de ces personnes sont
plus importants que ceux des hémodialysés non
infectés par le VIH (Ifudu O. et al., Am J Kidney Dis,
1997, 30:1, 28-35).
Concernant le traitement
de l'anémie survenant chez les personnes atteintes
uniquement d'insuffisance rénale nécessitant
des hémodialyses, de nombreuses publications ont
démontré l'efficacité de l'EPO et son
importance pour l'amélioration de la qualité
de vie de ces personnes. Ajoutons que, chez ces personnes,
il a aussi été démontré que
l'EPO améliorait leur statut nutritionnel ; ce qui
s'expliquerait par un effet anabolique permettant une
meilleure utilisation des protéines alimentaires
ingérées (Tarng DC. et al., Nephron, 1998,
78:3, 253-9).
Par ailleurs, en
association avec un autre facteur de croissance (G-CSF),
l'EPO est utilisé dans le traitement de
l'anémie de personnes atteintes d'aplasies
médullaires (affections réduisant la
production de toutes les cellules sanguines) avec des
réponses au traitement particulièrement nettes
dans le cadre de traitements prolongés et au cours
desquels aucun effet secondaire important n'est noté
(Bessho M. et al., Eur J Haematol, 1997, 58:4, 265-72). Des
résultats similaires ont été obtenus
avec cette association de facteurs de croissance pour
réduire la toxicité de chimiothérapies
chez des femmes ayant un cancer du sein (Filip S. et al., Neoplasma, 1997,
44:4, 212-8).
Chez 41 personnes présentant un syndrome
myélodysplasique et recevant de l'EPO, 13 (13,7%)
présentèrent une augmentation de leur
hémoglobine, et 4 n'eurent plus besoin de recevoir
des transfusions (Stasi R. et al., Clin Cancer Res,
1997, 3:5, 733-9).
Mentionnons aussi le fait
que le déficit en fer est la principale cause pouvant
rendre inefficace l'EPO chez les insuffisants rénaux
et que, semble-t-il, seule une supplémentation par
voie intraveineuse permet d'y remédier (elle permet
aussi de réduire les besoins en
érythropoïétine). Il convient de tenir
compte, dans ce cas, pour des personnes concernées et
qui seraient infectées par le virus du Sida, du fait
qu'une surcharge en fer pourrait, dans certains cas,
être péjorative pour leurs défenses
immunitaires.
L'inflammation est une
autre cause importante de résistance aux effets de
l'EPO chez les hémodialysés. La C
Réactive Protéine, qui est un marqueur
biologique prédictif de cette résistance, est
(comme l'EPO) inversement corrélée avec les
concentrations sériques en albumine et en fer ; ce
qui tendrait à démontrer que l'inhibition de
l'érythropoïétine induite par certaines
cytokines serait couplée au déficit en fer
(Barany P et al.,
Am J Kidney Dis, 1997, 29:4, 565-8).
Signalons enfin une
étude (Muszynski KW. et al., J Virol, 1998, 72:2,
919-25) qui montre à quel point l'EPO
intéresse les virologues. Le SFFV
(Erythroleukemia-inducing Friend spleen focus-forming virus)
est un virus qui code pour une glycoprotéine qui
permet aux érythrocytes qu'il infecte de
proliférer et de se différencier en globules
rouges en l'absence d'EPO ! Et ce, par l'activation de
certaines protéines (Stat et les kinases Raf-1/MAP).
(retour au
lien)