Les
systèmes de défense de l'organisme contre des
agents étrangers (infectieux ou non) sont
constitués principalement par les globules blancs
sanguins (polynucléaires, monocytes, lymphocytes) et
les macrophages (dérivés des monocytes) dans
les tissus, et par différentes substances
sécrétées par différentes
cellules sanguines ou tissulaires.
Les systèmes de
défense peuvent être :
Non
spécifiques : polynucléaires, monocytes
et macrophages qui effectuent un travail de phagocytose
(absorption) et de digestion des agents
étrangers.
Spécifiques
: lymphocytes B
(qui sécrètent les anticorps [ac] ou
immunoglobulines classe A, M, G, D, E) et les lymphocytes T
avec différentes sous-classes (T4 ou lymphocytes
Helper, T8 ou lymphocytes suppresseurs, dont une partie est
cytotoxique et appartient au groupe des Natural Killer, qui
englobe également certains monocytes). Ces
différents lymphocytes sont spécifiques d'un
antigène particulier (structure protéique
d'une partie d'un agent étranger, ou
épitope).
Les cytokines sont des substances
sécrétées par différents types
cellulaires (principalement monocytes et lymphocytes) qui
permettent le fonctionnement et la régulation du
système immunitaire. Leurs actions sont
intercorrélées.
On classe les cytokines en
deux types :
Le type
Th1 augmente
l'immunité cellulaire - celle-ci est effondrée
dans le SIDA. Il s'agit principalement de
l'interféron gamma (INF), de l'interleukine 2 (IL2)
et de l'interleukine 12 (IL12).
Le type
Th2 augmente
l'immunité humorale (stimulation de la production
d'anticorps). Il s'agit principalement de l'interleukine 4
(IL4), de l'interleukine 5 (IL5), de l'interleukine 6 (IL6),
de l'interleukine 10 (IL10) et de l'interleukine 13
(IL13).
On retrouve enfin, dans
les processus inflammatoires, un excès d'IL1, d'IL6,
de TNF alpha et d'INF gamma.
Dans la
séropositivité HIV et le SIDA, la plupart des
cytokines sont perturbées. Il y a à la fois
altération des concentrations sanguines des
différentes cytokines, tant à l'état
basal (non stimulé) que stimulé. Au stade
SIDA, on observe, pour le profil de base, une forte
augmentation de IL1, IL3, IL4, INF gamma, TNF alpha et
bêta, et une augmentation modérée de
IL2, IL6, IL12, INF alpha, IL-ESR. En ce qui concerne le
profil stimulé (le plus important pour la
réponse immunitaire), toutes sont diminuées,
à l'exception de IL3, IL4, IL8, TNF bêta, TGF
bêta, qui sont augmentées. De plus, la
réponse dépend du stimulus utilisé.
Signalons que les perturbations des cytokines se traduisent
sur certains symptômes cliniques souvent
inexpliqués, et sur certaines anomalies du bilan
sanguin. Ainsi, l'IL1 joue un rôle central dans
l'apparitions de la fièvre. Son augmentation induit
également une hypersomnie et une anorexie. Une
augmentation de l'IL5 induit une éosinophilie. Une
augmentation de l'IL4 induit une augmentation des IgE.
Parallèlement, une augmentation de l'IL15 induit une
augmentation des IgG et des IgM.
Indépendamment de
leur action sur la régulation de la réponse
immunitaire, les cytokines agissent sur la
prolifération virale. Ainsi, le TNF active
très fortement la prolifération dans les
lymphocytes T, les macrophages, les promonocytes et les
monocytes. En contrepartie, l'augmentation de TNF augmente
la cytotoxicité des cellules cytotoxiques. En
revanche, l'IL6 n'augmente fortement la prolifération
que dans les macrophages et les promonocytes. D'autres
cytokines jouent un rôle important dans la
prolifération virale, soit comme activateur (IL2),
soit comme inhibiteur (INF oméga, le plus puissant,
INF alpha 2, bêta, gamma, IL10). Par ailleurs, le
système des cytokines est intercorrelé avec le
système endocrinien. Ainsi, le cortisol induit une
diminution de l'IL2 et de l'INF gamma, et une augmentation
de l'IL4.
Compte tenu de
l'importance de l'IL2 et de l'INF dans la défense
antivirale, il est tentant de combler leur déficit.
Néanmoins, compte tenu de la complexité du
mode d'action, non encore complètement
élucidé, des différents cytokines, leur
utilisation thérapeutique doit se faire avec la plus
grande prudence, et toujours conjointement avec un
traitement antiviral. Quelques essais cliniques, en cours,
avec l'IL2 semblent prometteurs.
Dr A.
CAPRANI
Président de l'association POSITIFS