Le naltrexone (nom
commercial Nalorex®) est une molécule de
synthèse. C'est un antagoniste des opiacés qui
agit en compétition avec la morphine et les
opiacés sur les récepteurs aux opiacés
du système nerveux central et
périphérique, et sur les cellules du
système immunitaire. Il a été
utilisé en traitement de soutien chez les
toxicomanes. Dans ce cas, la posologie habituellement
utilisée est de 50 mg/j.
Depuis plusieurs
années, de nombreux essais de petite taille ont
été effectués chez des
séropositifs, et aujourd'hui l'utilisation de
naltrexone à faible dose (3 mg/jour au coucher ; ce
qui nécessite qu'un fractionnement des
comprimés soit demandé au pharmacien, car les
comprimés commercialisés sont dosés
à 50 mg) fait partie du traitement de 15 000
séropositifs outre-Atlantique et en Europe, et est
prescrit par près de 600 médecins, et
notamment par le Dr Bernard Bihari de New York (tél. :
+1 212 929 4196 ; Fax : +1 212 229 9371).
L'utilisation du
naltrexone est basée sur les faits suivants :
- On observe chez les
séropositifs une diminution de la concentration
sérique d'endorphines (ß endorphine)
d'environ un tiers de la valeur normale (Spinazzola F. et
al., Riv. Eur. Sci. Med. Farmacol.,1995, 15, 5, 161-165),
même s'il n'y a pas de consensus sur ce fait
(Barcellini W. et al., Peptides, 1994, 15, 5, 769-775).
Ces substances opiacées sont des neurohormones
capables de réguler le système immunitaire
en se liant aux récepteurs présents sur
certaines cellules du système immunitaire. Cette
régulation se fait par des mécanismes,
encore peu élucidés, d'activation de
cellules, notamment des Natural Killers (G. Gatti et al.,
Brain Behaviour and Immunity, 7, 16-28,1993), et par des
sécrétions cellulaires (cytokines,
immunoglobulines).
- L'utilisation de
naltrexone à faibles doses (3 mg/j) chez les
séropositifs augmente la concentration
d'endorphines (ß endorphine et
métenképhaline), alors que l'utilisation de
fortes doses (50 mg/j et plus) supprime la
sécrétion d'endorphines.
- Le naltrexone favorise
aussi l'action des cellules Natural Killers et des
lymphocytes CD8 cytotoxiques, ce qui pourrait expliquer
aussi son action dans certains cancers.
Les premiers essais avec
le naltrexone seul ont été effectués en
1985-1986 par le Dr Bihari à New York (B. Bihari et
al., Int. Conf. on AIDS, 1989). Au cours d'un essai en
double aveugle réalisé chez 38 patients au
stade Sida pendant 3 mois, il a été
observé une diminution drastique des infections
opportunistes (I.O.) dans le groupe traité (aucune
I.O. sur 22 patients) contre 5 I.O. sur 16 patients dans le
groupe placebo. Sur le plan biologique, la réponse
des lymphocytes aux mitogènes est diminuée
dans le groupe placebo, et normale dans le groupe
traité. La concentration en alpha interféron
diminue de manière significative dans le groupe
traité, et non dans le groupe placebo.
En 1996, un bilan
effectué sur158 patients du Dr Bihari, dont seuls 10
étaient sous antirétroviraux, montre sur la
totalité du groupe une stabilisation du nombre des T4
pendant 18 mois (passage d'une moyenne de 358 à une
moyenne de 368/mm3). Sur cette même
période, on observe pour le groupe non traité
une chute significative du nombre des T4 de 297 à 176
en valeur moyenne. Sur un plus grand nombre de patients, on
observe une stabilisation du nombre des T4 sur plus de 85%
des patients. Concernant les I.O. et les
décès, on en observe respectivement 25/55 et
13/55 dans le groupe non traité, et seulement 8/103
et 1/103 dans le groupe traité. Dans cet essai,
certains patients étaient traités depuis 7
à 8 ans et l'arrêt de la progression s'est
maintenu pendant toute cette longue période. Par
ailleurs, aucun effet secondaire n'a été
observé.
Diverses combinaisons de
traitement avec les antirétroviraux conventionnels
ont donné lieu à de nombreux essais. Ainsi,
associé à l'AZT + 3TC, on observe chez 19
patients, sur une période de 18 mois, une
augmentation significative du nombre des T4, la valeur
moyenne passant de 88 à 194/mm3 avec pour tous une augmentation
d'au moins 30%. Par ailleurs, une étude comparative
avec AZT + 3TC seuls, chez 68 patients, ne fournit qu'un
très faible accroissement du nombre des T4 (valeur
moyenne passant de 352 à 392 sur une période
de six mois). Enfin, avec le naltrexone, on observe une
meilleure forme physique et une prise de poids (5 à
23 kg en deux mois !).
Sur un autre groupe de 45
patients, déjà sous AZT + 3TC + naltrexone, il
a été ajouté de l'indinavir (800 mg x
3/jour) et de la névirapine (200 mg x 2/jour), Avant
ce changement de traitement, le nombre des T4 moyen
était de 235 (entre 5 et 249) et la charge virale
moyenne de 74 210 copies/ml. Au bout d'un mois, 42 des 45
patients avaient une charge virale indétectable, qui
s'est maintenue depuis. À 7 mois, la valeur moyenne des T4
est passée à 349 et leur pourcentage est
passé de 15,2 à 20,4%. On a noté aussi
une augmentation du cholestérol (de 159 à
209). Le clinique s'est amélioré, aucune I.O.
n'est observée et il y a une prise de poids moyenne
de 4 kg. L'échec chez 3 patients du groupe est
lié à la trop faible concentration plasmatique
en indinavir (inférieure à 8M, une heure
après une prise) ; ce qui justifierait la mise sur le
marché, rapidement, de kits de dosage de l'indinavir
pour pouvoir ajuster la posologie
thérapeutique.
Il serait souhaitable
qu'une étude de ce type soit réalisée
avec du D4T à la place de l'AZT.
Les traitements
préconisés aujourd'hui par le Dr Bihari sont
pour ses anciens patients, qui étaient
déjà sous AZT + 3TC + naltrexone (1/3
environ), AZT + 3TC + indinavir + névirapine +
naltrexone, et pour ses nouveaux patients (2/3 de sa
clientèle) indinavir ou nelfinavir +
névirapine + naltrexone. Lorsque le traitement
échoue pour rendre indétectable la charge
virale, une augmentation de la posologie est
instituée (indinavir à 1 000-1 200 mg x 3/j, ou
nelfinavir à 1 000 mg x 3/j). L'association du
naltrexone avec D4T + indinavir + delavirdine serait
également intéressante (la delavirdine ayant
tendance à majorer les concentrations d'indinavir,
à la différence de la névirapine qui
les diminue).
Sur les 150 patients
suivis par le Dr Bihari, un échappement
thérapeutique n'a été observé
que chez 4% d'entre eux au bout de 13 mois ; ce qui est
nettement plus faible que ce qui est observé avec les
trithérapies classiques (20 à 50%).
*
Ces différents
résultats justifient pleinement l'utilisation du
naltrexone à faible dose (3 mg/j au coucher) à
tous les stades de la séropositivité, et en
association avec les trithérapies classiques, mais
surtout aux bithérapies moins lourdes (indinavir ou
nelfinavir + névirapine). Les associations avec de la
morphine et ses dérivés, avec de la
codéine, et en cas d'altération des fonctions
hépatiques ou rénales, constituent ses seules
contre-indications. Le taux de réussite de ce type de
traitement est, à notre connaissance, un des
meilleurs parmi tous les traitements proposés. Nous
pensons qu'il est utile d'associer aussi différents
traitements complémentaires (vitamines C et E,
sélénium, glucuronamide, gestion
adaptée du stress, etc.).
Pour terminer, mentionnons
que le naltrexone a été
expérimenté avec quelques succès dans
certains lymphomes (dont les traitements sont
particulièrement difficiles quand ils surviennent
chez des séropositifs), dans le cancer du
pancréas et dans de nombreuses maladies auto-immunes
(les concentrations d'endorphines y sont souvent basses)
telles que sclérose en plaque, arthrite
rhumatoïde, lupus, maladie de Crohn, psoriasis,
sarcoïdose, polymyosite, asthme allergique.
Dr J.
Avicenne
Conseiller médical de POSITIFS