Commentaires.
D'après les
auteurs des études citées, l'effet de ces
trois vaccins s'expliquerait par un mode d'action commun :
la vaccination agirait comme une stimulation
antigénique qui déclencherait une activation
du système immunitaire propice à la
multiplication du VIH.
D'après
certains des auteurs des études citées, il
conviendrait, en raison de leurs résultats,
d'utiliser des traitements antiviraux pour contrebalancer
l'augmentation transitoire de la virémie apparaissant
avec la vaccination. Cela nous semble discutable car cette
augmentation de la virémie est une conséquence
de l'activation du système immunitaire induite par la
vaccination, et non un phénomène causal.
En fait, nous pensons que les résultats de ces
auteurs devraient conduire les autorités sanitaires
à promulguer de nouvelles recommandations en ce qui
concerne les indications des vaccinations pour toutes les
personnes, qu'elles soient infectées ou non par le
virus du Sida.
Comme il existe un risque d'aggraver l'infection à
VIH, les vaccinations devraient être
contre-indiquées chez les personnes
séropositives, et peut être
particulièrement aux stades précoces de
l'infection. D'ailleurs, ces vaccinations confèrent
une immunité vis-à-vis d'infections qui n'ont
aucun retentissement clinique négatif sur
l'évolution de l'infection à VIH ; donc, qui
n'ont, de ce point de vue, aucune indication chez les
personnes séropositives.
Chez les personnes a priori non infectées par le VIH,
il conviendrait, quand ces vaccins sont effectués,
d'avoir au préalable la certitude que leur test du
Sida est négatif. Donc, cela sous-entend que ce test
devrait être réalisé à chaque
vaccination. L'idéal serait de réaliser une
amplification du génome du VIH par PCR
(Polymérase Chaine Réaction) pour
éliminer les faux négatifs du test du Sida (la positivité
du test survenant en
général dans les trois mois suivant la
contamination, mais dans certains cas ce délai peut
être de plusieurs mois) !
Il faudrait aussi prévenir ces mêmes personnes
que, si elles se mettent en situation de risque de
contracter le VIH par voie sexuelle (non utilisation du
préservatif lors d'un rapport non
protégé avec une personne séropositive
ou avec une personne dont le statut sérologique est
inconnu), leur risque d'être contaminé sera
accru, comparativement à des personnes non
vaccinées.
Ce risque ne semble
exister que durant quelques semaines après la
vaccination, si l'on se base sur les résultats
concernant la virémie ; mais la réalité
est, semble-t-il, différente puisque le pic de la
charge virale est présent au 30ème jour, et
peut-être au delà. D'autre part, rien ne peut
exclure que d'autres causes d'activation du système
immunitaire puissent survenir et prolonger ce risque.
Il importe de souligner que les résultats des
études citées permettent de mieux comprendre
pourquoi, contrairement à la transmission du VIH par
voie sanguine, sa transmission par voie sexuelle ne se fait
pas à 100%. Il importe donc que des études
soient réalisées afin d'essayer d'identifier
les autres facteurs d'activation du système
immunitaire impliqués. Un premier criblage
(même à titre individuel) pourrait être
réalisé avec l'utilisation de la
néoptérine, qui est un marqueur simple
à utiliser, pour étudier l'activation du
système immunitaire.
Les vaccinations apparaissent donc comme des co-facteurs du
virus du Sida, pouvant favoriser le risque de la
contamination du VIH et l'aggravation du pronostic des
personnes séropositives.
Concernant l'effet de la vaccination contre
l'hépatite B sur le VIH, nous pensons qu'il pourrait
aussi s'expliquer par une autre raison que la seule
activation du système immunitaire. La présence
d'une enzyme, la Terminal deoxynucléotidyl
transférase (Tdt) a été
constatée dans plusieurs préparations de ce
vaccin (Beljanski
et coll., Med. Sci. Res., 1987, 15, 529-30). La similitude de son mode
d'action avec celui de la reverse transcriptase du VIH, sa
présence au sein de certains rétrovirus (non
démontrée jusqu'à présent pour
le VIH), sa capacité d'induire des mutations en
nombre, son intervention sur des gènes responsables
de l'acquisition des capacités de diversités
extrêmes des réponses du système
immunitaire ont été certains des
éléments qui nous ont conduits à
envisager que la Tdt pourrait jouer un rôle dans
l'effet de la vaccination contre le VHB sur le VIH
(Sida Tout Va Bien,
Hors-série N°2, janvier 1996).
Drs J.
AVICENNE